CHAPITRE III
La littérature n'est pas toujours « l'expression de la société », quoi qu'on en ait pu dire, mais quand une fois elle l'est devenue, il est sans doute assez naturel que ses destins suivent la fortune de la société dont elle est
LES AUTEURS ET LES ŒUVRES Septième Epoque
Des « Lettres persanes » à la publication de 1' « Encyclopédie ».
I. — Charles de Secondât, baron de la Brède et de Montesquieu [château de La Brède, près Bordeaux, 1689; -J- 1755, Paris].
1° Les Sources. — Maupertuis, Eloge de Montesquieu, 1755; — d'Alembert, Éloge du Président de Montesquieu, 1755, au t. V de l'Encyclopédie ; — Voltaire, Siècle de Louis XIV, au Catalogue des Écrivains, 1756; son article Esprit des Lois dans son Dictionnaire philosophique, 1771; et Commentaire sur l'Esprit des Lois, 1777; — Villemain, Éloge de Montesquieu, 1816; — Garât, Mémoires historiques sur la vie de M. Suard, 1820; — Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. VII, 1852; — Louis Yian, Histoire de la vie et
l'expression. C'est ce que l'on vient de voir commencer, et c'est ce qui achève de se produire dans les premières années du rèo-ne de Louis XV.
Délivrés ou débarrassés des protestants, du jansénisme, et de Louis XIV, les « Libertins » ne cessent de gagner du terrain et deviennent les guides et les maîtres de l'opinion. « S'il a paru autrefois des impies, — s'écrie Massillon dans son Petit Carême, — le monde lui-même les a regardés avec horreur... Mais aujourd'hui l'impiété est presque devenue un air de distinction et de gloire, c'est un mérite qui donne accès auprès des grands, qui relève, pour ainsi dire, la bassesse du nom et de la naissance, qui donne à des hommes obscurs, auprès des princes du peuple, un privilège de familiarité. » [Cf. Petit Carême, 3e sermon, sur le Respect dû à la religion.] Les princes du
des ouvrages de Montesquieu, Paris, 1879; — Albert Sorel, Montesquieu, dans la collection des Grands Ecrivains français, Paris,
Bertolini, Analyse raisonnée de l'Esprit des Lois, 1754, et au tome III de l'édition Laboulaye; — d'Alembert, Analyse de l'Esprit des Lois, 1755, et en tête de l'édition Parrelle; — Crévier, Observations sur le livre de l'Esprit des Lois, 1764; — Destutt de Tracy, Commentaire sur l'Esprit des Lois, Philadelphie, 1811 ; et 1819, Paris; — Sclopis, Recherches historiques et critiques sur l'Esprit des Lois, Turin, 1857; — Laboulaye, Introduction à l'Esprit des Lois, Paris, 1876.
Voyez encore Auguste Comte, Cours de philosophie positive, t. V et VI, Paris, 1842 ; — Ernest Bersot, Études sur le xvme siècle, Paris, 1855; — J. Barni, Histoire des idées morales et politiques en France au xvin" siècle, Paris, 1865; — P. Janet, Histoire de la science politique, Paris, 1858; et 2e édit., 1872; — Robert Flint, la Philosophie de l'histoire en France, trad. française, Paris, 1878; — H. Taine, l'Ancien régime, Paris, 1875; — Emile Faguet, Dix-huitième siècle, Paris, 1890.
2° L'Homme et l'Ecrivain. — Les origines de Montesquieu; — Gascon, gentilhomme et magistrat. — Il entre au Parlement de Bordeaux, 1714; — et il y succède à un de ses oncles dans la
peuple, ce seul les Vendôme, à moins que ce ne soit Philippe d'Orléans lui-même, puisque nous sommes en 1718; et ces hommes obscurs, dont la profession d'athéisme ou de libertinage « ennoblit la roture », nous les connaissons également : ce sont les beaux esprits qui se réunissent au café Procope ou au café Gradot; c'est ce « petit Arouet », comme on l'appelle, et qu'on vient d'embastiller, l'an dernier. S'ils ne sont pas encore du monde, ils en seront bientôt, et pour s'en rendre dignes, ils en prennent, ou plutôt ils en ont déjà les manières. On les rencontre dans les salons, chez Mme de Lambert, où la liberté de leurs propos amuse l'oisiveté des femmes et l'insouciance des hommes. Ils s'insinuent jusque dans les boudoirs, où l'esprit triomphe avec eux de l'inégalité des conditions. Et, en attendant qu'ils forment une espèce
charge de Président à mortier, 1716. — Intéressante analogie de ce commencement de carrière avec les débuts de celle de Montaigne.
— Premiers travaux de Montesquieu; — leur caractère scientifique; — ses Discours sur la Cause de l'écho, 1718; sur l'Usage des glandes rénales, 1718; — et qu'on retrouvera dans l'Esprit des Lois la trace de cette culture scientifique. — Bizarrerie de ses goûts littéraires; — son admiration pour les tragédies de Crébillon, « qui le font entrer, dit-il, dans les transports des bacchantes ». — Il publie ses Lettres persanes, 1721-1722.
A. Les Lettres persanes; — et d'abord la question bibliographique; — Pierre Marteau de Cologne et ses fausses éditions. Les sources des Lettres persanes; — et qu'on fait à Dufresny trop d'honneur en les voyant uniquement dans ses Amusements sérieux et comiques. — Mais, autant que de Dufresny, Montesquieu s'est inspiré des Caractères de La Bruyère et du Diable boiteux de Le Sage; — du Télémaque de Fénelon [Cf. l'épisode des Troglodytes]; — des récits de voyages de Tavernier et de Chardin;
— et même des Mille et une Nuits. — Fâcheux développement de l'intrigue de harem dans les Lettres persanes; — et que Montesquieu ne renoncera jamais à ce genre de tableaux [Cf. son Temple de Gnide; Arsace et Isménie, etc.]. — La satire des mœurs contemporaines dans les Lettres persanes [Cf. notamment Lettres 48,
de « corps », ou presque d'Etat dans l'Etat, la fortune et la naissance s'étonnent un peu d'abord, font mine de s'irriter, mais au fond ne s'effarouchent pas, et finalement s'arrangent d'être traitées par eux avec autant de désinvolture et d'agréable impertinence qu'elles se permettaient de les traiter autrefois.
C'est qu'aussi bien, depuis quelques années, il s'est fait de singuliers mélanges de la naissance et de la fortune elles-mêmes : « Le corps des laquais — écrit Montesquieu dans ses Lettres persanes, en 1721 — est plus respectable en France qu'ailleurs; il remplit le vide des autres états. Ceux qui le composent prennent la place des grands malheureux, et quand ils ne peuvent suppléer par eux-mêmes, ils relèvent toutes les grandes maisons par le moyen de leurs filles, qui sont comme une espèce de
57, 72, 143, etc.]; — et qu'elle va bien plus profondément que la satire de Le Sage ou de La Bruyère [Cf. 24, 29, 44, 68, etc.]. — La dernière partie du livre. — De la singulière importance que l'auteur y donne, longtemps avant Mallhus, à la question de la population [Cf. 113 à 123]. — Ses perpétuelles comparaisons de l'Europe à l'Asie. — Grand succès des Lettres persanes; — Montesquieu se démet de sa charge de président, 1726; — il entre à l'Académie française, 1728; — et entreprend une série de voyages, — qui lui font connaître à peu près toute l'Europe civilisée, 1728-1731 [Cf. Voyages de Montesquieu, Paris et Bordeaux, 1892, 1894, 1896]. — Il se fixe dans son domaine de la Brède; — et fait paraître ses Considérations en 1734.
B. Les Considérations sur les Causes de la grandeur et de la décadence des Romains. — A quelle intention Montesquieu a écrit cet ouvrage; — et si peut-être il n'y faut voir qu'un « fragment » de l'Esprit des Lois; — ou si l'auteur s'est vraiment proposé d'y rivaliser « avec Tacite et avec Florus »? — De la prédilection de Montesquieu pour Florus [Cf. son Essai sur le goût] ; — et généralement pour les Latins de la décadence ; — ce qui ne l'empêche pas de reprocher à Tite Live « d'avoir jeté des fleurs sur les colosses de l'antiquité ». — Comparaison du livre de Montesquieu avec la troisième partie du Discours sur l'histoire universelle; —
fumier qui engraisse les terres montagneuses et arides » [Cf. Lettres persanes, n° 99]. La Bruyère, dans ses Caractères, avait dit quelque chose de cela. Relisons là-dessus la deuxième partie de Gil Blas; elle est datée de 1725; on y voit un laquais devenir « par de sales emplois » l'arbitre de la monarchie espagnole; et si nous étions tentés de méconnaître la valeur « documentaire », la signification politique, la portée sociale du roman, songeons quels étaient hier encore les maîtres effectifs de l'Europe : un Dubois, le fils de l'apothicaire de Brive-la-Gaillarde, ou un Aiberoni, le fils du jardinier de Parme! Rouvrons aussi les Lettres historiques et galantes de Mme Dunoyer, ou les Mémoires de Saint-Simon. Mais songeons surtout au renversement opéré dans les conditions par le système de Law, 1716-1721, et que rien de pareil
et dans quelle mesure Montesquieu a eu l'intention de combattre Bossuet. — Sa théorie des causes; — et sa philosophie de l'histoire.
C L' Esprit des Lois. — Du lien qui rattache les Lettres persanes à l'Esprit des Lois; — et dans quel sens on peut dire que Montesquieu n'a vraiment écrit qu'un seul ouvrage. — Du dessein du livre ;
— et qu'il faut bien qu'il ne soit pas clair; — puisqu'il n'est le même pour aucun des commentateurs de Montesquieu. — Qu'à vrai dire l'ambition de Montesquieu a été de faire un grand livre;
— mais qu'il n'y a qu'à moitié réussi. — Indétermination de son plan; — tour fâcheux de sa plaisanterie; — insuffisance ou légèreté de sa critique [Cf. Voltaire dans son Commentaire]. — De quelques erreurs qu'il s'est plu à laisser subsister dans son livre [Cf. livre VII, ch. 16; livre XV, ch. 4; livre XXI, ch. 22]; — et quelles raisons il peut bien avoir eues de ne pas les réparer? — Ce que Sainte-Beuve a voulu dire, en disant « que les ouvrages de Montesquieu n'étaient guère qu'une reprise idéale de ses lectures » ; — et que cela équivaut à dire qu'ils manquent d'ordre et de logique. — Du mot de Mme du Deffand sur l'Esprit des Lois;
— et qu'il caractérise bien les défauts de la manière de Montesquieu. — Mais, que toutes ces observations n'empêchent pas Montesquieu d'avoir fait entrer dans le domaine de la littérature tout
ne s'était vu jusque-là. « Tous ceux qui étaient riches il y a six mois sont à présent dans la pauvreté, et ceux qui n'avaient pas de pain regorgent de richesses... L'étranger a tourné l'état comme un fripier tourne un habit... Quelles fortunes inespérées, incroyables même à ceux qui les ont faites! Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du néant. Que de valets servis par leurs camarades, et peut-être demain par leurs maîtres ! » [Cf. Lettres persanes, n° 138]. C'est encore Montesquieu qui parle, un satirique, assurément, mais un homme grave, un magistrat. Et c'est ainsi que, du fond de la société, toute une lie, comme une écume, en bouillonnant, monte à la surface, et s'y étale, et y demeure. Une nouvelle aristocratie se forme, douteuse ou impure en sa source, ignorante à plaisir, cynique et débraillée dans ses mœurs, raffinée
un ordre d'idées qui n'en faisait point partie; — d'avoir esquissé le premier une philosophie de l'histoire purement laïque; — d'avoir entrevu les analogies de l'histoire avec l'histoire naturelle ; — et, à un point de vue plus général, d'avoir éloquemment exprimé, — sur la liberté; — sur la tolérance; — et sur l'humanité; — des idées qui ne sont point, même de nos jours, aussi banales et aussi répandues qu'on le dit. — Succès de l'Esprit des Lois, tant à l'étranger qu'en France; — et si les défauts du livre n'y ont pas contribué autant que ses qualités?
Des moindres écrits de Montesquieu : le Temple de Gnide, 1725 ; — le Voyage à Paphos, 1727 ; — le dialogue de Sylla et d'Eucrate, 1745; — Lysimaque, 1751-1754; — Arsace et Isménie, 1754; et l'Essai sur le goût, 1757. — Des qualités du style de Montesquieu; — et qu'il est bien de la famille du style de Fontenelle; — quoique d'ailleurs plus grave, plus plein, et plus dense ; — et, à cette occasion, de la préciosité de Montesquieu. — De l'art et de la capacité de former des idées générales; — et qu'ils font encore un caractère éminent du style de Montesquieu ; — ainsi que le pouvoir d'exprimer en peu de mots non seulement beaucoup de choses, — mais beaucoup de choses différentes et conséquemment beaucoup de rapports. — Les dernières années de Montesquieu. — Il fréquente chez Mme de Tencin et chez Mme Geolfrin
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toutefois dans ses goûts, et qui sans doute ne saurait désormais reprocher aux gens de lettres l'humilité de leur extraction, puisqu'enfin, des frères Paris ou du petit Arouet, c'est encore celui-ci « le mieux né ».
Au milieu de ce déclassement universel, ou plutôt à la faveur de ce déclassement même, l'influence des femmes continue de grandir, et avec la marquise de Prie, sous le ministère du duc de Bourbon — 1723-1726 — leur pouvoir, après bien des années écoulées, s'exerce de nouveau jusque dnns l'Etat. Mme de Lambert ne faisait que des académiciens; la marquise de Prie fait une reine de France; Mme de Tencin fera des cardinaux et des ambassadeurs. « Il n'y a personne — écrit Montesquieu — qui ait quelque emploi à la cour dans Paris ou dans les provinces, qui n'ait une femme par les mains de qui passent
[Cf. Marmontel dans ses Mémoires, et P. de Ségur, le Royaume de la rue Saint-Honoré, Paris, 1897]. — Sa situation unique dans le monde littéraire; — et dans l'opinion européenne de son temps.
3° Les Œuvres. — Nous venons d'indiquer les principales œuvres de Montesquieu. Il y faut ajouter cent cinquante ou soixante Lettres familières (exactement 152 dans l'édition Laboulaye); — et trois volumes à'OEuvres inédites, publiés par le baron de Montesquieu [Paris et Bordeaux, 1892, 1894, 1896].
Les principales éditions de Montesquieu, indépendamment des éditions originales qu'il faut toujours consulter, au moins pour les Lettres persanes et pour l'Esprit des Lois, sont : — l'édition Parrelle, dans la Collection des Classiques français, Paris, 1826, Lefèvre; — et l'édition Laboulaye, Paris, 1875-1879, Garnier.
II. — Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux [Paris, 1688; f 1763, Paris].
1° Les Sources. — D'Alembert, Eloge de Marivaux, 1785; — Marmontel, dans ses Mémoires; — Geoffroy, Cours de Littérature dramatique, 1825, t. III; — Sainte-Beuve, Marivaux, dans ses Causeries du lundi, t. IX, 1854; — Edouard Fournier, Etude sur Marivaux, en tète de son édition du Théâtre complet, Paris, 1878; — Lescure, Éloge de Marivaux, Paris, 18S0; — Jean Fleury,
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toutes les grâces et quelquefois les injustices qu'il peut faire » ; et, naturellement, cette « femme » n'est pas la sienne. Aussi, qui voudra faire désormais son chemin dans le monde, faudra-t-il qu'avant tout il ait pour lui les femmes, le talent de leur plaire, de les intéresser à sa fortune ou à sa réputation. C'est ce que les écrivains comprennent; et, il faut bien l'avouer, si leur complaisance ne laisse pas d'avoir des dangers, dont le moindre est de les ramener, comme autrefois les précieux, au rôle de serviteurs ou de courtisans de la mode, il en résulte pourtant d'abord un avantage. « L'âme française, un peu légère, mobile et refroidie par le convenu, l'artificiel, semble gagner un degré de chaleur » [Cf. Michelet, Histoire de France; Louis XV]; et grâce aux femmes, et pour s'emparer d'elles, la sensibilité s'émancipe de la tutelle
Marivaux et le marivaudage, Paris, 1881; — G. Larroumet, Marivaux, sa vie et ses œuvres, Paris, 1882; — F. Brunetière, Études critiques, t. II et t. III, 1881 et 1883; et les Époques du théâtre français, 1892; — G. Deschamps, Marivaux, dans la collection des Grands Ecrivains français, Paris, 1897.
2° L'Ecrivain. — La famille de Marivaux. — Sa première éducation; — ses premières fréquentations à Paris; — ses premiers protecteurs ou patrons littéraires : Fonlenelle et La Motte. — Sa tragédie d'Annibal. — Son premier roman : Pharsamon ou les folies romanesques, 1712; — et comment, dans la veine du précieux, Marivaux remonte jusqu'au Grand Cyrus et jusqu'au Polexandre. — Son mépris de l'antiquité : V Iliade travestie, 1716; — et à ce propos, du caractère particulièrement haineux des travestissements de Marivaux.
A. Le Romancier. — Les Effets surprenants de la sympathie, 1713-1714; — la Voiture embourbée, 1714 ; — et, à cette occasion, de la pauvreté d'imagination de Marivaux; — la Vie de Marianne, 1731-1741; — et le Paysan parvenu, 1735-1736. — Caractères essentiels des romans de Marivaux. — Ce sont des romans réalistes; — par la condition des personnages, — ordinairement bourgeois ou même au-dessous du bourgeois; — par la simplicité de l'intrigue; — par la fidélité de la peinture de la vie commune.
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étroite et soupçonneuse où l'avaient retenue les maîtres de l'âge précédent.
Timidement, pour commencer, mais bientôt avec plus d'audace, on la voit poindre et s'essayer dans la comédie de Marivaux : — le Jeu de l'amour et du hasard, 1730 ; les Serments indiscrets, 1732; la Mère confidente, 1735; les Fausses confidences, 1737; dix autres pièces, qui non seulement vengent les femmes du rude dédain de Molière, mais encore font passer la comédie sous l'empire de leur sexe, l'y rangent, et l'y maintiendront à l'avenir. Non qu'il n'y ait de l'esprit, trop d'esprit, de la recherche et de la subtilité, dans les chefs-d'œuvre de Marivaux, et du « marivaudage », car où voudrait-on qu'il y en eût? Il y a aussi de la sécheresse, et, souvent, une ironie qu'il semble avoir héritée de son maître et ami Fonte-
— Ce sont en second lieu des romans psychologiques; — dont le principal intérêt ne consiste que dans l'analyse des sentiments; — et où les aventures tiennent si peu de place; — ont si peu d'importance pour l'auteur lui-même, que Marianne et le Paysan ont pu demeurer inachevés. — Et ce sont enfin des romans sinon d'amour, au moins de galanterie ; — ce qui les distingue des romans de Le Sage. — S'ils sont d'ailleurs aussi « décents » et aussi « moraux » qu'on l'a prétendu? — Comparaison à cet égard de Gil Blas et du Paysan parvenu. — Du goût bizarre de Marivaux pour « les gens de maison ».
B. L'Auteur dramatique; — et que son originalité consiste en trois points, qui sont : — d'avoir abandonné les traces de Molière;
— d'avoir transposé la tragédie de Racine dans la vie commune;
— et d'avoir mis le principal de l'intrigue dans la transformation des sentiments: la Double inconstance, 1723; — la Seconde surprise de l'Amour, 1728; — le Jeu de l'amour et du hasard, 1730;
— les Fausses confidences, 1737; — l'Épreuve, 1740. — Critiques des contemporains, et réponse de Marivaux. — « Il s'agit dans toutes ses pièces de faire sortir l'amour d'une des niches où le retiennent laraour-propre, la timidité, l'embarras de s'expliquer ou l'inégalité des conditions. » — Importance des rôles de femmes dans le théâtre de Marivaux. — Caractère original qui résulte de
nelle. Mais si la sensibilité n'y occupe pas toute la place, elle en fait l'âme; et s'il est une qualité que l'on ne puisse disputer aux Araminte et aux Silvia de ce galant homme, c'est d'être en vérité ce qu'on appelle « touchantes ». La Zaïre de Voltaire, 1732, son « Américaine » Alzire, 1736, sont plus que touchantes; elles sont pathétiques; et, ainsi que l'a fait observer un bon juge [Cf. A. Vinet, Littérature française au xvme siècle, II, 24, 37], il ne suffirait pas de dire que leurs aventures nous émeuvent : elles nous désolent. A cet égard, — comme à plusieurs autres, — les tragédies de Voltaire sont autant au-dessus de celles de Crébillon ou de La Motte que les comédies de Marivaux sont au-dessus de celles de Destouches, de Regnard même. Et quand on a fait la part de ce que ses inventions contiennent de « romanesque » et de « mélodramatique »
cette importance des rôles de femmes : — diminution de la part de la satire; — accroissement de la partie sentimentale dans ia notion même de la comédie; — et révolution qui s'en suit nécessairement au théâtre. — La comédie de Marivaux et la peinture de Watteau. — Marivaux et Shakespeare; — et, qu'avec le décor vaguement poétique, et les noms italiens, — ce qu'il y a de plus shakespearien dans Marivaux, — ■ c'est peut-être le « marivaudage ». — « Marivaudage » et « Euphuisme ». — Que d'ailleurs la préciosité n'empêche pas Marivaux d'être souvent assez sec; — et même quelquefois grossier. — Le Jeu de l'amour et du hasard, et le Ruy Blas de Victor Hugo.
C. Le Publiciste. — D'un mot de Sainte-Beuve sur « certains côtés sérieux de l'esprit de Marivaux » ; — et qu'il faut les chercher dans ses « feuilles ». — Le Spectateur français, 1722-1723;
— et que l'idée en est visiblement prise du Spectateur d'Addison.
— l'Jndigent philosophe, 1728, et le Cabinet du philosophe, 1734. — Emprunts qu'y out faits l'auteur du Neveu de Rameau et celui du Mariage de Figaro [Cf. Brunetière, Etudes critiques, t. III]. — De quelques idées de Marivaux; — sur la critique ; et sur l'organisation du « maréchalat » littéraire; — sur la condition des femmes; et sur l'éducation des enfants; — sur l'inégalité des conditions humaines.
— Dans quelle mesure Marivaux lui-même a pris ses idées au
oserons-nous dire qu'après cent cinquante ans écoulés, son Alzire, et surtout sa Zaïre, nous arrachent encore de vraies larmes? Mais un autre poète en fait couler de plus abondantes : c'est l'auteur de Manon Lescaut, 1731; de Cleveland, 1733 ; du Doyen de Kil/erine, 1735, le bon, le faible, le sensible abbé Prévost. Tempérée chez Marivaux, ou contenue par quelque crainte du ridicule, et mêlée dans la tragédie de Voltaire à d'autres nouveautés, et d'un autre ordre, c'est ici, dans les romans de Prévost, que la sensibilité se déborde. Comme elle en est l'unique inspiratrice, elle en fait aussi l'unique attrait. Observateur superficiel des mœurs de son temps, écrivain abondant, facile, harmonieux, mais inégal et négligé, ce que Prévost a de plus original et de plus communicatif, c'est sa promptitude à s'émouvoir de ses propres imaginations.
sérieux? — et comment son œuvre prépare la génération de Vauvenargues et de Rousseau.
3° Les Œuvres. — Les OEuvres de Marivaux comprennent : 1° Ses opuscules, dont nous venons d'indiquer les principaux et auxquels, pour en avoir l'énumération suffisamment complète, il suffit d'ajouter quelques articles du Mercure.
2° Son théâtre, composé de 34 pièces en tout, dont les principales sont : Arlequin poli par l'amour, 1720; — la Surprise de l'amour, 1722; — la Double inconstance, 1723; — le Prince travesti, 1724; — la Seconde surprise de l'amour, 1728; — le Jeu de l'amour et du hasard, 1730; — les Serments indiscrets, 1732;
— l'Heureux stratagème, 1733; — la Mère confidente, 1735; — le Legs, 1736; — les Fausses confidences, 1737; — l'Epreuve, 1740; — et le Préjugé vaincu, 1746.
3° Ses romans : Pharsamon, 1712, mais publié seulement en 1737 ;
— les Effets surprenants de la sympathie, 1713-1714; — la Voiture embourbée, 1714; — la Vie de Marianne, en onze parties, 1731-1741 [La douzième partie, qui ne figure pas dans toutes les éditions, est de Mmo Riccoboni]; — et le Paysan parvenu, en cinq parties, 1735- 1736. Il faut ajouter l'Iliade travestie, 1716; et le Télémaque travesti, 1736.
La meilleure édition de Marivaux, ou pour le moment la pins
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Elles l'intéressent, elles le bouleversent. Il pleure, il sait pleurer! si l'on peut ainsi dire; et tout son siècle avec lui se met à pleurer.
C'est une seconde, et grave, et profonde atteinte à l'idéal classique, la première étant, nous l'avons vu, l'abandon de la tradition. Si, comme on l'a dit en effet, nous ne saurions « rien confier d'éternel à des langues toujours changeantes » [Cf. Bossuet, Discours de réception], il est également vrai qu'on ne donne à rien de « changeant » ce caractère d'éternité qui est la condition même ou la définition de l'œuvre d'art; et, d'un homme à un autre homme, ou, dans le même homme, d'un moment à un autre, qu'y a-t-il de plus changeant que la sensibilité? Qui donc a dit à ce propos, qu'étant « une disposition compagne de la faiblesse des organes, suite de la mobi-
coraplète, car elle n'est pas d'ailleurs très bonne, est l'édition de 1781, en 12 volumes, Paris, chez la Vve Duchesne.
III. — Antoine-François Prévost d'Exilés [Hesdin, 1697; ■j- 1763, St-Firmin, près Chantilly].
1° Les Sources. — Les romans de Prévost lui-même, et en particulier : les Mémoires d'un homme de qualité; Cléveland; et l' Histoire de M. de Montcal [Cf. aussi son journal : le Pour et Contre].
— Bernard d'Héry, sa Notice en tête des éditions de 1783 et de 1810;
— Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. I et III; et Causeries du lundi, t. IX, 1853; — Ambroise-Firmin Didot, article Prévost, dans la Biographie universelle ; — ■ A. de Montaiglon, Notice bibliographique, à la fin de l'édition de Manon Lescaut, Glady frères, 1875, Paris; — F. Brunetière, Etudes critiques, t. III; — Henry Barrisse, l'Abbé Prévost, 1896, Paris; — et diverses Notices, en tête des éditions de Manon Lescaut, notamment celles d'Alexandre Dumas fils, et de Guy de Maupassant.
2° L'Homme et le Romancier. — Sa jeunesse aventureuse. — Jésuite, militaire, et bénédictin, 1721. — Il collabore à la Gallia christiana. — Il abandonne les bénédictins, 1728 ; — publie la première partie des Mémoires d'un homme de qualité, 1728 ; — et passe en Angleterre; — et de là en Hollande [Cf. Mémoires du chevalier
lité du diaphragme, de la vivacité de l'imagination, de la délicatesse des nerfs, qui incline à compatir, à frissonner, à craindre, à admirer, à pleurer, à s'évanouir, à secourir, à crier, à fuir, à perdre la raison, à n'avoir aucune idée précise du vrai, du bon, du beau, à être injuste, à être fou », la sensibilité, pour toutes ces raisons, n'était que la « caractéristique de la bonté de l'âme et de la médiocrité du génie »? Il se pourrait que ce fut Diderot, en un jour de franchise [Cf. son Paradoxe sur le comédien] ; et de fait, en tout temps, comme en tout genre, il semble bien que la sensibilité, livrée a l'impétueuse irrégularité de son cours, n'ait rien produit que d'inférieur ou secondaire. Les romans de Prévost lui-même ou les comédies de la Chaussée : la Fausse antipathie, 1733, le Préjugé à la mode, 1735, Mélanide, la Gouvernante, en peuvent
de Ravannes, et Mélanges de Bois-Jourdain]. — La première édition de Manon Lescaut, 1731 ou 1733? — Retour en France. — Publication de Cleveland, 1731 ; — le Pour et Contre, 1733. — Prévost aux gages des libraires ; — le Doyen de Killerine, 1735. — Prévost devient « aumônier du prince de Conti ».
De l'utilité de ces détails pour l'intelligence des romans de Prévost : — il a vraiment vécu sou œuvre; — les hasards de sa vie en expliquent le décousu; — et ce qu'il n'en a pas vécu, il l'a moins « imaginé » que « senti ». — Du caractère sombre et mélodramatique des romans de Prévost; — et combien ils diffèrent des romans de Le Sage et de Marivaux. — La passion de l'amour dans les romans de Prévost; — comment elle les remplit à peu près uniquement; — et qu'elle y affecte les mêmes caractères de soudaineté;
— de violence ; — et de fatalité que dans les tragédies de Racine. — Que là même, et non pas du tout dans la « psychologie » de la fille ou de la courtisane, est le mérite émineut de Manon Lescaut. — La peinture des mœurs dans les romans de Prévost; — et combien elle y est insignifiante ou superficielle. — Les romans de Prévost sont des romans idéalistes ; — nullement psychologiques d'ailleurs;
— et le style en est celui de la passion ; — c'est-à-dire, tantôt capable de la plus haule éloquence; — et tantôt de la pire bana- 1 lé ; — toujours facile d'ailleurs, harmonieux, abondant et prolixe.
ici servir d'assez bons exemples! Et si l'on en demande la raison, c'est encore Diderot qui nous la donne, en remarquant que « l'homme sensible est trop abandonné à la merci de son diaphragme... pour être un profond observateur et conséquemment un sublime imitateur de la nature ». Voilà soi-même se connaître! A travers un nuage de larmes, — il a raison! — nous ne voyons rien que de brouillé, de confus, de flottant; et l'un des premiers effets de ce débordement de la sensibilité est de modifier profondément l'observation de la nature et la nature de l'observation.
Les grands écrivains de la précédente génération ne l'avaient pas prévu, qu'en rendant une certaine tendance sociale comme adéquate à l'idéal classique, la conséquence en serait un jour de faire prédominer le point de
Les dernières années de Prévost; — et son rôle d'intermédiaire entre les littératures française et anglaise : — ses traductions de Richardson : Paméla, Clarisse, Grandisson; — de Hume : Histoire d'Angleterre; — et deMiddlelou: Vie de Cicéron. — Il collabore au Journal étranger ; — et à l'Histoire générale des voyages. — Ses relations avec Rousseau; — et qu'il est avec Marivaux le seul homme de lettres dont il soit parlé avec sympathie dans les Confessions. — Raisons naturelles de cette sympathie; — et intérêt de cette observation. — De quelques témoignages sur les romans de Prévost; — et notamment de ceux de MUo Aïssé; — et de MUe de Lespinasse. — La légende de la mort de Prévost [Cf. Henry Harrisse, V Abbé Prévost].
3° Les Œuvres. — Les Œuvres de Prévost se composent de ses romans, parmi lesquels nous citerons : les Mémoires d'un homme de qualité, dont Manon Lescaut forme la septième partie, 1728, 1731 ; — l'Histoire de M. Cléveland, 1731; — le Doyen de Killerine, 1735-1740; — l'Histoire d'une Grecque moderne, 1740; — les Campagnes philosophiques ou les Mémoires de M. de Montcal, 1741; — et les Mémoires d'un honnête homme, 1745.
Il a de plus rédigé, lui tout seul ou presque seul, les 20 volumes du Pour et Contre, 1733-1740; — traduit ou « adapté » l'œuvre entière de Richardson, plusieurs volumes de Hume, etc. ; — cl enfin
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vue de l'agrément mondain ou de l'utilité sociale sur la réalisation de la beauté et sur l'imitation de la nature! C'est cependant ce qui arrive, et c'est comme si l'on disait que X observation psychologique et morale, qui depuis cent cinquante ans avait servi de base ou de support a l'idéal classique, se change en observation sociale. « L'homme n'est point une énigme, comme vous vous le figurez pour avoir le plaisir de la deviner Il n'y a pas plus de contradiction apparente dans l'homme que dans le reste de la nature... Quel est l'homme sage qui sera plein de désespoir parce qu'il ne connaît que quelques attributs de la matière? » [Cf. Voltaire, édition Beuchot, t. 37, p. 41, 46]. C'est en ces termes que Voltaire argumente contre Pascal; et en effet toutes ces questions ne l'intéressent plus, lui, Voltaire, ni ses contemporains. Il croit
rédigé, dît-on, les 17 premiers volumes de l'Histoire générale des voyages, 1745-1761.
Il existe deux éditions des OEuvres de Prévost, jointes à celles de Le Sage, formant ensemble 54 volumes, dont 39 pour Prévost, et publiées à Paris, l'une en 1783, et l'autre de 1810 à 1816.
Les éditions de Manon Lescaut sont innombrables.
IV. — Pierre Claude Nivelle de la Chaussée [Paris, 1691 ou 1692; f 1754, Paris].
1° Les Sources. — D'Alembert, Eloge de La Chaussée; — Geoffroy, Cours de littérature dramatique, t. III; — Lanson, Nivelle de La Chaussée et la comédie larmoyante, Paris, 1887.
2° Les Origines du drame bourgeois. — Le premier succès de La Chaussée : la Fausse antipathie^ 1733; — et que son idée n'a pas tant consisté à « mélanger » les genres, — qui l'étaient déjà dans la comédie de Marivaux; — qu'à prendre au sérieux, — et à tourner au tragique bourgeois, — les mêmes événements de la vie commune dont Dancourt, Destouches et Marivaux avaient déjà fait la matière de leur théâtre. — Comment cette idée se précise dans le Préjugé à la mode, 1735; — dans l'École des amis, 1737; — et dans Mélanide, 1741. — Il s'agit de procurer le même genre d'émotion que la tragédie: — sans décor historique; —
savoir de l'homme tout ce qu'on en peut connaître; il estime que le temps est passé de descendre en soi-même : in sese descendere, comme disait Montaigne; et qu'au contraire le moment est venu d'en sortir. Là est l'explication de cette universelle curiosité dont son Charles XII, 1732, sa Zaïre, 1732, ses Lettres anglaises, 1734, son Alzire, 1736, et bientôt son Essai sur les mœurs sont autant d'assurés témoignages. Ses contemporains, à l'exception du seul Vauvenargues, ne sont pas d'un autre avis. Eux aussi croient connaître assez l'homme, ses mobiles intérieurs, ses motifs secrets d'action, ses passions, ses instincts; et ils ne s'attachent en tout, comme Voltaire, qu'à la peinture des mœurs. Qu'ils écrivent pour le théâtre, comme Gresset, dont le Méchant est daté de 1747, ou qu'ils se piquent d'être philosophes, comme
sans personnes princières; — et sans passions trop violentes. — Que celte conception ramène la comédie au roman; — et qu'en effet les comédies de La Chaussée ne sont que des romans; — en attendant le drame de Diderot et celui de Beaumarchais. — De l'idée singulière que La Chaussée a eue de tenter en vers ce genre de drame; — et quand on considère les sujets qu'il a traités [Cf. Lanson, loc. cit., p. 170, 175], — ainsi que la fortune qui leur était promise un jour, — que là peut-être est l'explication de l'oubli dans lequel il est tombé. — La comédie est déjà difficile à traiter en vers; — et le drame bourgeois impossible.
3° Les Œuvres. — La Fausse antipathie, 1733; — le Préjugé à la mode, 1735; — l'École des amis, 1737; — Mélanide, 1741;
— Amour pour amour, 1742; — Paméla, 1743; — l'École des mères, 1744; — le Rival de lui-même, 1746; — la Gouvernante, 1747; — l'Ecole de la jeunesse, 1749; — l'Homme de fortune, 1751; — le Retour imprévu, 1756.
On a encore de La Chaussée des Contes en vers, assez grossiers; — une Epitre en faveur des anciens, qui, sous le titre d'Epître de Clio, commença, en 1731, la réputation de son auteur;
— et une détestable tragédie, du nom de Maximien, 1738.
La seule édition qu'il y ait de ses OEuvres complètes est celle de Paris, chez Prault, 1761-1762.
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Duclos, dont les Considérations sur les mœurs vont paraître en 1750, leur observation n'atteint que l'homme social, et de cet homme-là même n'essaie point d'atteindre le fond, qu'elle suppose en tout et partout identique. Voltaire le dit en propres termes : « La nature est partout la même ». Il ne se lasse pas de répéter le mot d'Arlequin : « Tutto il mondo è fatto corne la nostra famiglia ». S'il étudie l'histoire, c'est pour y trouver des preuves de la vérité du dicton; et c'est même ce qu'il appelle « la lire en philosophe ». D'une époque à une autre, s'il aperçoit bien quelques différences, il ne les impute qu'à la lenteur du « progrès des lumières ». S'il n'y prend pas une très haute idée de la nature humaine, il ne continue pas moins d'estimer que « nous sommes des espèces de singes, que l'on peut dresser à la raison comme à la