‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 77 sur 94 · II. — Jules Michelet [Paris, 1798; f 1874, Hyères · texte numérisé non relu

II. — Jules Michelet [Paris, 1798; f 1874, Hyères

1° Les Sources. — A. Cochut, dans la Revue des Deux Mondes, janvier 1842 ; — A. Nettement, Histoire de la littérature sous le gouvernement de Juillet, t. II, Paris, 1855; — II. Taine, Essais de critique et d'histoire, 1855 et 1856; — Em. Montégut, dans la. Revue des Deux Mondes, février 1857; — G. Monod, Jules Michelet, 1875 et 1897; — O. d'Haussonville, Etudes biographiques et littéraires, Paris, 1875; — ■ F. Corréard, Michelet, dans la Bibliothèque des Classiques populaires, 1886; — J. Simon, Notice historique sur Michelet, Paris, 1886; — Ém. Faguet, XIXe siècle, Paris, 1887; — J. Brunhes, Michelet, Paris, 1898.

2° L'Fcrivain; — et pour quelle raison on n'en a pas parlé plus tôt; — qui est que son influence, très profonde [Cf. G. Monod, loc. cit.); — mais d'abord circonscrite à un cercle d'élèves; — n'a commencé de s'exercer sur le grand public qu'aux environs de 1845. — ■ On en trouverait au surplus une preuve dans ce fait que de tous les grands écrivains de son temps, — il est le seul, croyons-nous, dont Sainte-Beuve n'ait rien dit avant 1862; — et encore [Cf. Nouveaux lundis, t. II] a-t-il moins parlé de Michelet que de Louis XIV et

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Elles sont l'œuvre d'Auguste Comte, — dont on ne s'attend pas que nous résumions ici le Cours de philosophie positive (1831-1842), — mais dont il faut bien rappeler que le grand effort a été dirigé contre la prétention de l'éclectisme a faire du Moi le juge de l'erreur ou de la vérité contenue dans les systèmes. Il en est de l'éclectisme comme du romantisme lui-même, et on ne les a mal appréciés, — et peut-être encore plus mal combattus, — que pour les avoir assez mal définis tous les deux. En réalité, l'un et l'autre Victor ont été les plus « personnels » des hommes, et de même qu'il n'y a qu'Hugo dans les Feuilles d'automne ou dans les Voix intérieures, pareillement il n'y a que Cousin dans sa philosophie. Lisez et relisez son

du duc de Bourgogne. — Ou faisait infiniment plus de cas de Guizol, de Mignet, de Thiers même. — C'est Taine qui a le premier rendu justice à Michelet; — en le classant au premier rang non seulement des écrivains, — mais des poètes de son temps; — et ce que Taine avait ainsi commencé, - ce sont les livres de l'Oiseau, 1856; l'Insecte, 1857; l'Amour, 1859; la Femme, 1860; — et les derniers volumes de son Histoire de France, 1855-1867 ; — qui l'ont achevé.

Origines populaires de Michelet; — ses commencements laborieux; — ses débuts littéraires : la traduction des Œuvres de Vico, et le Précis d'histoire moderne, 1827. — Les premiers volumes de l'Histoire de France, 1833- 1844 [des origines jusqu'à la Renaissance]; — et s'il y faut voir, avec quelques-uns, le chefd'œuvre de Michelet? — Observations à ce sujet; — et qu'avec d'autres qualités, plus lyriques, — sa méthode est substantiellement analogue à celle d'Augustin Thierry; — mais son inspiration sensiblement plus catholique ou moins hostile à l'Eglise. — C'est ce qui rend plus surprenant que ces premiers volumes n'aient pas tiré tout de suite Michelet de pair; — et que les « romantiques » n'aient pas reconnu d'abord en lui l'un des plus grands d'entre eux. — Mais d'autres travaux, à ce moment même, le détournaient de l'histoire pittoresque, — vers la philosophie de l'histoire; — en même temps que son ami Quinet; — et sa nomination au Collège de France, 1837, — les précipitait ensemble tous les deux daus la politique militante.

œuvre, examinez, considérez d'un peu près le fond et la fin de sa méthode, vous ne trouverez rien de plus, dans l'éclectisme, que l'affirmation du droit de Victor Cousin à reprendre dans tous les systèmes le bien de Victor Cousin; et son « observation de soi-même par soi-même » n'est qu'une application de l'individualisme aux choses de la philosophie. C'est précisément cette observation égoïste, si l'on peut ainsi dire, dont Auguste Comte a voulu démontrer l'étroitesse et la stérilité. « La prétendue méthode psychologique, écrivait-il dans sa première Leçon, est radicalement nulle dans son principe... L' observation intérieure, — c'est lui qui soulignait, — engendre presque autant d'opinions divergentes qu'il y a d'individus croyant

Un autre Michelet se dégage alors du premier; — le Michelet des Jésuites, 1843; — l'auteur du Prêtre, de la femme, et de la famille, 1845; — celui du Peuple, 1846, — et de son Histoire de la Révolution française, 1847-1853. — Qu'à première vue ce second Michelet ne se distingue pas beaucoup — de ceux de ses contemporains qui combattent le môme combat; — et on dirait que son originalité première se noie — dans la banalité des idées qu'il développe, — avec la violence d'un encyclopédiste. — Mais il y a pourtant en lui quelque chose de plus; — et notamment la faculté de se mettre tout entier lui-même dans ce qu'il dit; — et dans ce qu'il écrit. — Il quitte sa chaire du Collège de France, 1852, [Cf. Jules Simon, loc. cit., p. 219-221]; — et c'est alors, dans les vingt-cinq dernières années de sa vie, — que sa réputation et son influence égalent enfin son mérite.

Il découvre « la science » ; — l'histoire naturelle et la physiologie tout particulièrement; — et, comme il continue d'ailleurs d'être foncièrement romantique, — il en devient le poète [Cf. l'Oiseau, l'Insecte, la Femme, l'Amour]. — Élonnement produit sur les contemporains par celte manière de mêler ensemble, — ce que le réalisme physiologique a de plus cru, d'une part; — et d'autre part ce que le mysticisme romantique a de plus lyrique. — Il applique celte méthode à l'histoire [Cf. la Renaissance et la Réforme]; — et il en tire des effets imprévus; — dont le moins considérable n'est pas de rabattre en quelque sorte la dignité conventionnelle de l'histoire, — sur le plan de la vie que nous vivons

s'y livrer. Les véritables savants en sont encore à demander vainement qu'on leur cite une seule découverte réelle qui soit due à cette méthode si vantée. » Et en conséquence, la méthode qu'il a voulu substituer a celle de Cousin, comme étant non seulement la meilleure, mais à vrai dire la seule bonne, c'est celle qui consiste, si vraiment nous voulons nous connaître, à commencer par sortir de nousmêmes; et, quand ensuite nous essayons de systématiser nos observations, à n'y rien mêler de notre fond. Bien loin que notre Moi soit le juge des autres, comme l'a cru l'éclectisme, au contraire, c'est la connaissance que nous avons des autres qui nous sert à rectifier l'idée que nous nous formons de nous. Nous ne sommes, à proprement

nous-mêmes. — Sa division du règne de François 1er : « Avant l'abcès, et après l'abcès » ; — et du règne de Louis XIV : « Avant la fistule, et après la fistule ». — Combien cette manière se rapproche de celle de Victor Hugo, d'un côté; — et de l'autre, de celle de Taine et de Renan; — et qu'elle a pu d'ailleurs lui inspirer des idées singulières; — mais qu'elle n'en a pas moins renouvelé l'histoire. — Ce que Sainte-Beuve faisait en détail, dans ses Causeries du lundi, — Michelet l'a fait en grand; — et là même est l'attrait, un peu équivoque, de son Louis XIV on de son Louis XV; — mais aussi là en est le danger.

Les dernières œuvres de Michelet, notamment sa Bible de l'humanité, 1864; — et les Préfaces Générales pour son Histoire de France et pour son Histoire de la Révolution. — Retour à la tendance symbolique et apocalyptique; — et, à cette occasion, ressemblance de la dernière évolution de la pensée de Michelet avec celle d'Hugo [Cf. l'article suivant]. — Analogie de leur rhétorique; — et qu'ils sont demeurés tous les deux romantiques jusqu'au bout; — c'est-à-dire lyriques, « démocrates », et invinciblement spiritualistes. — H y a toutefois plus de sensibilité chez Michelet; — et, l'invention verbale étant moins abondante ; — peutêtre aussi plus de sincérité.

De l'influence de Michelet; — et qu'elle a été considérable; — si, tout en favorisant le naturalisme, — elle a cependant maintenu contre lui une tradition d'idéalisme. — Personne en effet n'a cru plus que lui au progrès; — mais surtout au progrès moral; — sur

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parler, que la scène ou le lieu de nos impressions, et notre a originalité » n'est généralement qu'une illusion de notre amour-propre, un mirage, une fantasmagorie. La vraie psychologie est dans l'histoire et dans la société, non pas en nous, mais hors de nous, tout autour de nous. Et l'on voit sans doute ici comment, dans la pensée d'Auguste Comte , cette conception de la « psychologie » se lie à ce que nous disions plus haut des progrès de la science de son temps. Nous ne pouvons affirmer de nos impressions qu'une chose, qui est que nous les avons éprouvées, mais non pas qu'elles soient conformes à leur objet, et que par conséquent nous ayons eu raison de les éprouver. On ne voit pas moins bien, si je ne me trompe,

les conditions duquel il a pu d'ailleurs se tromper; — mais auquel enfin il a travaillé de toute son âme; — et qu'il a surtout cru trop facile à réaliser; — mais dont il n'a jamais admis que l'écrivain se désintéressât. — C'est aussi lui qui plus que personne a travaillé à fonder « la religion de la Révolution » ; — et, quoi qu'on en puisse dire, il y a réussi. — Enfin, avec tous ses défauts, — qui sont peut-être inséparables de ses qualités, — son Histoire de France est la seule que nous ayons ; — parce que, seul de tous les historiens qui ont tenté l'entreprise, — il a eu l'imagination assez forte, pour « personnaliser » la patrie; — et ainsi donner à son histoire quelque chose de ce vivant intérêt qui est celui de la biographie.

— Toutes les autres ne sont que des compilations.

3° Les Œuvres. — On peut distinguer dans l'œuvre de Michelet : 1° Ses Œuvres historiques, qui comprennent : son Histoire de France [depuis les origines jusqu'à la Renaissance], 1833-1844; et [depuis la Renaissance jusqu'à la Révolution], 1855-1867 ; — son Histoire de la Révolution, 1847-1853; — son Histoire du xix° siècle [publication posthume]; — son Histoire romaine, 1839: — diverses publications, dont le Procès des Templiers , 2 vol. in-4°, dans la collection des Documents inédits de l'histoire de France, 1851 ; — et ses traductions des Œuvres de Vico et des Mémoires [Tischreden] de Luther.

2° Les Œuvres politiques ou polémiques, dont les principales sont : Des Jésuites, 1843; — le Piètre, la Femme et la Famille, 1845;

— le Peuple, 1846 ; — le Cours professé au Collège de France, 1848.

quelles en sont les liaisons .avec ce que nous appelons aujourd'hui du nom de « sociologie ».

Nous distinguons aujourd'hui la « sociologie » du « socialisme » ; et du reste nous ne savons très bien ni en quoi consiste la différence, ni ce que c'est que le « socialisme » ou la « sociologie ». On ne le savait pas davantage aux environs de IS'iO, et le mot lui-même de « socialisme » n'était alors qu'un barbarisme d'invention récente. Mais il n'y en avait pas moins un accord, et comme une conjuration de tous ceux qui pensaient, pour dénoncer déjà les excès de l'individualisme, et pour donner à la guerre que l'on commençait à lui faire une portée plus que littéraire. De la sociologie chrétienne des Bonald et des

3° Ses autres OEuvres, qu'on ue peut appeler ni des « œuvres d'imagination », ni pourtant des « œuvres scientifiques », c'est à savoir : l'Oiseau, 1856; — l'Insecte, J 857 ; — l Amour, 1859; — la Femme, 1860; — la Mer, 1861; — la Bible de l'humanité, 1864; — la Montagne, 1868, elc.

Enfin quelques écrits posthumes, dont les principaux sont : Ma Jeunesse, 1884; — Mon Journal, 1888; — Sur les chemins de l'Europe, 1893.

Il se publie d'ailleurs, en ce moment même, sous la direction de Mmc Michelet, une édition des Œuvres complètes de J. Michèle t, en 40 volumes in-8°, Flammarion, Paris, commencée il y a déjà quelques années, et qui approche de son terme.

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