I. — Clément Marot [Cahors, 1495; f 1544, Turin
1° Li:s Sources. — L'Adolescence, et la suite de l'Adolescence Clémentine *; — Bayle : Dictionnaire historif/iie et critique, art. Marot. — Lenglct du Fresnoy, dans son édition des OEuvres de Marot, t. I et VI; — Goujet : Jiihliothèque française, t. XI; — Ch. d'IIéricault : OEuvres choisies de Marot, introduction, Paris, 1867;
1. NouB ne mettons expressément les Œuvres d'un écrivain au nombre des Sources de sa biographie qu'autant qu'elles contiennent, comme l'Adolescence CUmentine, des renseignements personnels et donnés par l'auteur comme tels.
sens perdu de rantiquité. Non pas qu'ils Taient toujours elle-même très bien comprise, ni surtout que le Moyen- Age, comme on Ta cru trop longtemps, l'eut tout à fait ignorée. Le Moyen-age avait connu Cicéron et Virgile, Tite Live et Horace, Ovide et Sénèque, Plante et Juvénal ; il les avait même traduits et imités! Mais « il n'en avait usé, dit un historien peu suspect, — le chanoine J. Janssen, dans son mémorable ouvraoe sur r Allemagne et la Réforme, — que comme d'intermédiaires pour parvenir à une intelligence plus profonde du christianisme et à ramélioration de la vie morale \ » et c'était sans doute \u\q manière parfaitement légitime d'en user, mais on en pouvait concevoir une autre. La grande nouveauté de VJiumanisme fut de donner, à l'étude ou à la connaissance de l'antiquité latine, cette connaissance elle-même ou cette
— O. Douen : Clément Marot et le Psautier huguenot, Paris, 1878; — G. Guiffrey : ()Eu\'ves de Marot, l. I et II, les seuls parus, Paris, s. d.
2° L'Homme et le PoiVfe. — Quercyuois ou Norinancl ? — l/t'lôvc de son père, Jehan Marol, et des g^rands c rhéloricqucurs » ; — sa jeunesse el ses amours; — son édition du Itomiuant de la liose, 1527. — Le valet de chambre de François I*^"". — Les prisons de Marot. — La publication de l'Adolescence Clémentine, 15)^2 ; et l'édition des OEuvres de Villon, 1533. — Marot et le protestantisme. — Le séjour de Ferrare. — Retour à Paris. — La traduction des Psaumes, 15'il. — Marot à Genève; — ses démêlés avec Calvin; — il quille (ienève pour Turin, où il meurt en \h'ï\.
Réputation de .Marot; — el qualités qui la juslident : esprit, clarté, malice. — Que ces qualités sont à j)eine d un poêle, mais plutôt d'un prosateur qui aurait mis <les rimes à sa prose. -- Marot n'a eu du poète ni lintensilé du sentiment, ni !»• pillores(|Mc de la vision, ni l'éclat du style. — (Comparaison à cet égard (!<• Marot et de Villon; — Banalité drs idées de .Marol. — et (|u il ne faut point faire peu de cas de Marot; — mais (|u il esl pourtant nécessaire de le réduire à sa juste valeur, si 1 On veut bi«n entendre la réforme et l'œuvre d<; Ronsard.
3" Les (lu vues. — Les œuvres de .Marot se composent : 1'' de
étude pour objet, et ainsi de transformer, rien qu'en les déplaçant, les bases mêmes de l'éducation ou de la culture intellectuelle. La différence est en effet profonde entre la disposition d'esprit qui consiste à chercher, dans les Tusculanes ou dans le sixième chant de VEnéide, les signes avant-coureurs du christianisme déjà prochain, et celle qui consiste à n'y vouloir uniquement saisir, pour en jouir, que les témoignages du génie mélancolique de Virgile ou de l'éloquence de Cicéron. Quantité de choses qui échappaient dans le premier cas, au long desquelles on passait, pour ainsi parler, sans les apercevoir, apparaissent alors, surprennent et retiennent l'attention. Imaginez que de nos jours on ne prétendît voir dans Rabelais ou dans Molière que les « précurseurs de la Révolution française », qu'ils sont bien dans une
Traductions et à' Allégories, comme sa traduction des Métamorphoses, 1. I et II, et comme sou Temple de Cupido, ou encore son Enfer; — 2° de Chants royaux, Ballades et Rondeaux; — 3° à' Élégies, d'Épîtres, d'Épigrammes; — 4° de pièces de circonstance, qui figurent dans les recueils sous les titres d'Étrennes, Epitaphes. Blasons, Cimetières et Complaintes ; — 5° de sa traduction de Cinquante Psaumes de David.
Les meilleures éditions sont l'édition de Niort, 1596, chez Thomas Portau; — l'édition Lenglet du Fresnoy, La Haye, 1731, Gosse et Néaulme; — et, parmi les éditions modernes, celle de Lyon, chez Scheuring, 1869; — et celle de GuilTrey, qui est demeurée malheureusement inachevée.
II. — Marguerite de Valois [Angoulôme, 1492; f 1549, château d'OdosJ.
1" Les Sources. — Brantôme : Les Dames Illustres, Discours VI, article 6; — Bayle : Dictionnaire historique, article Marguerite ; — Gcnin : Notice sur Marguerite, en tète de son édition des Lettres, Paris, 1841 ; — Leroux de Lincy : Notice, en tête de son édition de r//e/)/am^rort, Paris, 1853; — La Perrière : Le Livre de dépenses de la reine de Navarre, Paris, 1862; — Marguerite de
certaine mesure ou en un certain sens; et comptez, de leurs traits les plus caractéristiques, essayez de compter combien il y en aurait de perdus pour nous. C'est une manière de lire Tai-tiiffe que d'y chercher ce que Molière a pensé de la religion, mais évidemment ce n'est pas la seule, ni surtout la plus littéraire. [Cf. Janssen, /'yl//emagne et la Rèfonne\ trad. française, Paris, 1887, t. I et II; et Pastor, Histoire des Pa/?e5, trad. Furcy-Raynaud. Paris, 1888, t. L]
D*un autre coté, si le Moyen-âge avait assez bien connu la littérature latine, il avait presque totalement ignoré la grecque. Grœcum est, non legitur! Le grec était la langue des grandes hérésies, la langue de Nestorius, d'Arius, d'Eutychès. Et, a la vérité, le proverbe n'empêche pas que saint Thomas d'Aquin, pour ne nommer que lui, ne
Krt/o/*,par lauleur de Robert JUmmet [O^^^^ d'lh\usson\'û\Q], Paris,
20 La Femme et l Écrivain, — Los mésaventures d'une réputation royale; — et comment Marguerite a été victime de l'excès ou de l'indiscrétion de son affection pour son frère, François I'^'"; — du goùl des biographes pour les anecdotes scandaleuses; — et de son homonymie avec une autre Marguerite, (jui est celle dont te Pré aux Clercs, tes Huguenots et la Reine Margot ont popularisé la mémoire. — Mais les témoignages des contemporains, — et l'examen de ses œuvres elles-mêmes, y compris \ Heptaméron, — donnent dellc une idée? précisément contraire.
Composition de Y Heptaméron ; — témoignage de Brantôme ; -—comparaison <\c Y Heptaméron avec le Décaméron de Boccace, et les Propos et Joyeux devis de Bonaventure des Pcriers. — Que la grossièreté de certaines histoires n'y prouve que la grossièreté des mœurs et du langage du temps ; — mais que l'objet de Marguerite a été de réagir contre celte grossièreté ; — et cjue la [)reuve s'en trouve dans les Dialogues (jui si'-parent les « journées ». — Les allusions historiques dans \ Heptaméron. — Qu il est le livre d'une honnête femme, et même un peu j)rêcheu8e; — lénioignage de du Verdier, dans sa flihliotlii'(/ue, t. IV, édil. de 1772.
L'examen des Poésies et des Lettres conllrme cette interpréta-
soit plein d'Aristote. Mais Homère, Hérodote, Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, Pindare, Démosthènc, et les Alexandrins, il ne semble pas que le Moyen-âge les ait connus. Et comment Taurait-il pu, s'il n'existait seulement pas une chaire de grec dans l'Université de Paris? En se portant aux sources grecques pour s'y abreuver, c'était donc le signal d'une véritable révolution que donnaient encore les humanistes. On l'oublie trop quand on essaie, pour amoindrir sans doute notre dette envers elle, de contester l'originalité de la Renaissance. Si le mouvement n'a pas éclaté plus tôt, l'une des raisons en est probablement que le latin n'y pouvait suffire. Il y fallait cette conséquence de la prise deConstantinople par le Turc : la dispersion de l'élément grec à travers l'Europe entière du quinzième siècle. Et quand on ne saurait dire
tion ; — si les Poésies de Marguerite sont généralement des poésies pieuses; — « Elle aimait fort à composer des chansons spirituelles, dit Brantôme, car elle avait le cœur fort adonné à Dieu » ; — et ses Lettres, quand elles ne sont pas des lettres d'affaires ou des lettres politiques, sont des lettres « mystiques ». — De l'attitude de Marguerite à l'égard du protestantisme. — L'affaire du Miroir de l'âme pécheresse. — Les dernières années de Marguerite, et sa mort.
3° Les Œuvres. — Les Marguerites de la Marguerite des Princesses, 1547 ; — LHeptaméron des nouvelles de la Reine de Navarre, l''o édition, 1558, et 2^ édition, 1559; — Lettres de Marguerite d'Angoulême, publiées par Génin, Paris, 1841, pour la Société de l'histoire de France; — Dernières poésies de la Reine de Navarre^ publiées par Abel LclVanc, Paris, 1896.
La meilleure édition de Y Ilcptaméron est celle de Leroux de Lincy.