‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 31 sur 85 · IV. — François de Malherbe [Caen, 1555; f 1628, Paris · texte numérisé non relu

IV. — François de Malherbe [Caen, 1555; f 1628, Paris

lo Les Sources. — Racan, Vie de Malherbe, entête ou à la fin de la plupart des éditions de Malherbe ; — Godeau, Discours sur les oeuvres de M. de Malherbe, en tèlc de lédilion de 1666. — Lettres de Malherbe; — Bayle, dans son Dictionnaire, article Malherbe; — Sainte-Beuve, Tableau de la Poésie française; Causeries du JAindi, t. VIII; et Nouveaux Lundis, t. XIII; — G. Allais, Malherbe et la Poésie française à la fin du xvi» siècle, Paris, 1891 ; — F. Brunot, La doctrine de Malherbe, Paris, 1891 ; — V. Bourienne, Points obscurs et nouveaux de la vie de Malherbe, Paris,. 1895; — duc de Broglie, Malherbe, Paris, 1897.

2** L'HoM.ME, LE Poète et le Réformateur.

A. — Que Malherbe, en dépit de ses allures dédaigneuses, n'a pas autant quonle dit rompu avec le passé. — Sa conception générale de la poésie est celle de Ronsard; — et la ressemblance s'étend au détail : — il fait des « pointes » comme Ronsard ; — il use et il abuse, comme Ronsard, de la mythologie [Cf. Stances à M. du Perier ; — Ode à Marie de Médicis ; — Stances sur le départ de Louis À7II\ ; — et ses sentiments enfin, comme ceux de Ronsard, sont purement païens [Cf. Consolation à Caritée]. — De quelques anec-

dite naïve, le mauvais goût étonnent. Mais, d'une manière générale, sous rinfluence des précieuses, la littérature, les mœurs même s'épurent, ou si Ton veut, se polissent. Ni M™« de Rambouillet, « l'incomparable Arthénice )), ni sa fille, Julie d'Angennes, pour qui soupira si longtemps Montausier, ni tant d'aimables femmes, formées aux conversations de la célèbre « chambre bleue », ne supportent qu'on leur offre à l'esprit, dans la causerie ou dans les livres, l'image toute nue de ce que, dans la réalité de la vie quotidienne, chacun de nous s'efforce à cacher. Ni tout ce qui se fait ne peut se dire, ni tout ce qui se dit ne peut s'écrire. Il faut avoir désormais égard

dotes que l'en conte de lui, et qui viennent à l'appui de cette dernière indication [Cf. Talleniant des Réaux, I, 287, 290, 284].

B. — Que les qualités qui font le poète sont en lui médiocres ou nulles, mais quil a possédé celles d'un excellent versificateur. — On ne manque pas plus que lui d'enthousiasme; — le mot du cavalier Marin. — Absence en lui d'imagination. — La mythologie, vivante encore chez Ronsard, n'est plus qu'une « machine » chez Malherbe ; — et les « figures » n'y sont plus des pointures de son émotion, mais de simples « ornements » du discours. — Son manque de sensibilité. — C'est de sensibilité, si c est de chaleur, (pie le mouvement manque dans ses Odes, et encore plus de variété. — Son manque enfin de naturel. — Mais il a en revanche le sens du développement logique; — celui de l'harmonie oratoire; — le goût de la chose bien faite. — Ses théories sur 1 injporlance et sur la richesse de la rime; — sa sévérité de grammairien [Cf. Racan, dans sa Vie de Malherbe]', — et qu il est étrange à cet égard que les Banville et les Gautier de nos jours n'aient j)as reconnu en lui leur véritable ancêtre.

C. — Que le caractère même des leçons de Malherbe en explique la portée, sans quil en soit pour cela plus grand. — Son idéal, comme celui de Ronsard vieillissant, a tendu à « épurer » le lyrisme de tout ce qu'il contenait de jx-rsonnel ; — et conséquemmcnt à le transformer en éhxpKMice. [Cf. Les Stances au roi Henri le Grand partant pour Ir /.imonsin.] — CClail justement alors ce que l'on demandait; — et aussi bien vr qn avait fait Ik'rtaul dans quelques-unes de ses pièces, ou le cardinal <hi Perron [C(. le Recueil

a la condition, au temps ou à la circonstance, à l'âge, au sexe. La situation des femmes en est aussitôt et singulièrement relevée. On comptera désormais avec elles, on ménagera leurs pudeurs, on les traitera d'égales. Et si quelque survivant attardé de l'autre siècle est incapable de cette contrainte, les cabarets lui sont ouverts, la Po/;//77e de Pin, le Mouton blanc, où il ira rimer, entre hommes, ses couplets bachiques et ses chansons ordurières.

Quand les mœurs se polissent, le langage aussi s'épure, et, n'était la crainte de paraître jouer sur les mots, je dirais volontiers que « politesse )> et « polissure » sont choses qui vont naturellement ensemble. La distinction

des plus beaux vers de ce /e/M^5,1606]; — Malherbe na rien fait de plus, mais il a mieux fait. [Cf. le sonnet sur la Mort de son fils: — VOde sur l'attentat de 1605; — l'Ode à M. de Bellegarde.] — Qu'il est donc ainsi le témoin, plutôt que louvricr, de la réforme à laquelle on attache son nom; — qu'au surplus le premier recueil de ses Poésies, jusqu'alors éparses un pou partout, n'a paru qu'en 1630; — qu'on ne voit point qu'il ait laissé devrais disciples, si les deux seuls qu'on nomme sont Maynard et Racan; — et que l'Académie naissante n'a pas critiqué moins vivement les Stances de 1605, son chef-d'œuvre, que le Cid lui-même.

30 Lçs Œuvres. — Les œuvres de Malherbe se composent : 1° de ses Poésies, soit en tout 125 pièces, dont la première : les Larmes de saint Pierre, a paru en 1587; et les dernières, qui sont, les Vers funèbres sur la mort d'Henri le Grand, et l'Invective contre le maréchal d'Ancre :

Va-t'en à la malheure, excrément de lu terre,

dans l'édition de 1630 seulement; — 2° de son Commentaire sur Desportes, qui n'a paru qu'en 1825; — 3° de ses traductions du xx!!!" Livre de Tite-Live, 1621 ; du Traité des Bienfaits; et des Lettres de Sénèque à Lucilius, 1637, 1638, 1639; — 4° de sa Correspondance, très intéressante pour l'histoire du temps de la régence de Marie de Médicis.

Parmi les éditions de Malherbe, et après la première, donnée en 1630 chez Charles Chappelain, il convient de signaler : —

(les mots suit celle des habitudes, et le choix des idées entraîne celui des termes. La victoire de la préciosité a donc été l'origine d'une révolution de la langue, et même c'est à cela que l'on a ramené trop souvent et, à tort, toute la préciosité. Pour beaucoup d'historiens de la littérature, le rôle des précieuses n'aurait consisté qu'à rayer quelques mots du vocabulaire, à y en introduire quelques autres, et surtout à remplacer l'usage habituel du terme propre, direct et précis, par l'emploi de la métaphore. Et je conviens qu'elles l'ont fait! Mais ce qui est peut-être plus intéressant, et en tout cas plus important, que d'énumérer ici quelques mots ou quelques locutions dont

— l'édition de 1666, chez Thomas Joli, avec les observations de Ménage; — l'édition do 1757, Paris, cliez Barbon; — l'édition Charpentier, 1842, à laquelle on a joint les commentaires d'André Chénier; — et l'édition Lalanne, Paris, 1862, Hachette.

V. — Jean-Louis Guez de Balzac [Angoulème, lod^i -, f 1654, Anpoulèmej.

1" Les Sourcks. — Oj^ier, Apologie pour M. île Balzac, 1627; — Goulu, Lettres de Pliyllarque à Aristc, 1628; — Balzac lui-même « pro dorao suà » dans ses Entretiens : Relation à Ménandre (Maynard) et les Passages défendus; — (^assagne. Préface sur les œuvres de M. de Balzac, en tète de h» granck» édition de KWio; — Niceron, dans ses Hommes illustres, t. \XI1I; — Bayle, dans son Dictionnaire ; — d'Olivel, dans son Histoire de l'Académie.

Rœderer, Mémoire pour servira l'histoire de la Société polie ;

— Sainte-Beuve, dans son Port-Iioyal, appendice au tome II, sur Balzac le (îrand Epistolier; — F. Lolheiseii, (ieschichte des franzOsischen Literatur, t. I, p. 165-201, Wien, 1877.

2" L l.NFLLENci: OK Bai.zac. — iJu privilège de poésie, et (ju il explique seul (pic la réputation de Malherbe ait survécu à celle de Balzac. — Admiration des contemporains : témoignages de Descartes [édition V. Cousin, t. VI, p. 18'.>|; — de Bossuet |.S'ar le style et la lecture des écrivains pour former un orateur, dans KIoquet, Etudes, t. IIj; — de Boileau [Réflexions sur l.ongin, VII |. — L'influence de Balzac, prescjue contemporaine de celle tle Malherbe, a été bien plus considérable; — et en un certain sens plus heu-

elles ont été les introductrices, c'est de démêler les raisons qui ont dirigé le choix de ces locutions et de ces mots cîux-mêmes. Nous venons de l'indiquer. Il y a des actes qui sont ignobles, comme d'aller à la garde-robe, et généralement tous les actes qui sont la trace en nous de notre origine animale : les mots qui servent à les nommer participent de leur ignominie ou de leur bassesse, si l'on ne doit dire qu'ils l'exagèrent, du fait de l'intention dégradante qu'on y joint quand on les emploie. D'autres actes sont indifférents, comme de marcher, par exemple, ou de s'asseoir, et les termes qui les traduisent n'ont donc aussi rien que d'indifférent. Mais il y a des

reuse, comme n'ayant rien dû détruire pour trouver à s'exercer. — Qu'elle a d'ailleurs agi dans le mémo sens; — et qu'ils ont bien pu médire l'un de l'autre; — mais ils ont eu mêmes disciples et même admirateurs.

Des principales qualités que les contemporains ont admirées dans Balzac. — 1° La pureté de l'élocution; — définition de ce mot et qu'il implique le choix, la propriété et l'agrément des termes. — 2° h' harmonie de la phrase et de la période [Cf. la Préface de Cassagne et le Discours de Godeau sur Malherbe]. — T La hardiesse, la justesse et l'abondance des figures. — Si Balzac à cet égard imite les Espagnols; — et, à ce propos, de l'influence d'Antonio Ferez [Cf. Philarète Chasles, Études sur le xvi® siècle, et de Puibusque, Histoire comparée des Litt. française et espagnole]. — Une observation de Cassagne : « M. de Balzac, dit-il, choisit toujours bien ses métaphores, et il ne manque pas de les suivre après les avoir choisies. » — Qu'il faut ajouter à ces qualités, naturelles ou acquises, un perpétuel souci de les observer [Cf. la lettre à Costar sur la grande éloquence].

Que le principal défaut qui gâte ses qualités ne procède pas tant chez Balzac de leur exagération que du manque d'idées. — Juste remarque doBoileau, — qu'en composant surtout des Lettres, Ba\zuc s'est mépris sur la convenance du genre épistolaire et de la nature de son talent. — C'est ce qu'on voit bien quand on compare ses Traités ou ses Dissertations avec ses Lettres proprement dites. — Qu'il manque d'ailleurs dans ces Traités eux-mêmes d'une certaine expérience des choses dont il parle; — sa politique est encore

LA NATIONALISATION DE LA LITTl-RATURE 123

actes nobles, comme de se dévouer, ou, sans aller jusque-là, comme tous les actes qui sont une victoire de Tcsprit sur la chair, de la volonté sur l'instinct, de la civilisation sur la nature; et de ces actes la noblesse s'en communique aux mots et pour ainsi parler jusqu'aux syllabes qui les expriment. 11 y a donc un juge même de l'usage, quoi qu'on en ait pu dire. Nous nous révélons dans nos manières, que l'on connaît à nos paroles encore bien plus qu'à nos gestes; une race ou un peuple se trahissent dans le caractère de la langue qu'ils parlent; et une époque, enfin, se peint dans le choix de ses mots et dans le tour de ses phrases.

toute « livresque » ; — et sa philosopliie s est formée tout oiilièro dans le cabinet. — Que cependant ni Pascal [Cf. le Prince, p. 27 de l'édition de 1665]; — ni Bossuet [Cf. Sociale chrétien, p. 239, 240] — ne semblent l'avoir lu sans prolit. — Mais Corneille surtout l'a médité [Cf. les quatre Dissertations politiques, à M'"'- de Rambouillet, sur les Romains et sur la gloire].

On peut donc dire qu'avec tous ses défauts c'est un peu plus que sa « rhéloricjue » selon l'e.xpression de Sainte-Beuve, (ju'il a fait faire à l'esprit français. — Il a su où étaient les sources, et, comme disaient les anciens, les « lieux n de la jurande éloquence; — il a fait preuve en plus d'une occasion d'un sens crilicjue assez juste et assez exercé VA. ses jugements sur Itonsard et sur Montaigne]; — et il a enfin tendu constamment à lélévation. — Que toutes CCS raisons font de son personnage un personnage considérable de notre iiistoir»? litléi-aire. — On la beaucoup suivi, beaucoup innlé; — c est en lui (jue s est achevée; la transformation du lyrisme en éloquence; — et sa plus grande erreur, (pii est celle de toute son époque, n'a été tjue de croire (pie lObjet de l'art était d'orner la nature, pour la fain; plus belle. — Il faut connaître les moyens (pi'il y en a, j)Our en user le moins possible; — et les proportionner aux sujets et aux conjonctures.

3" Lks (J'^uvrks. — Les OEusnes de Balzac se composent : 1" de 27 livres de Lettres dont les premières ont paru en 162» et les <lcrnières après sa mort. Six livres de ces Lettres sont adressés à Chapelain, et quatre à ('onrart. Mlles offrent tontes ou prescpie toutes le i)lus grand inlc'rèt pour Ihisloire littéraire du temps. —

12't MANUEL DE L^HISTOIilE DE LA LITTERATURE FRANÇAISE

C'est ce que les précieuses ont admirablement senti. Leurs façons de dire n'ont été que l'expression de leur manière de penser; et le jugement qu'il convient d'en porter ne relève pas tant de la linguistique ou de la philologie que delà psychologie. Ce n'est pas principalement, comme les poètes de la Pléiade, qu'elles ont essayé d'épurer ou de réformer la langue, mais secondairement, et pour avoir entrevu que la réforme de la langue pouvait seule assurer la réforme des habitudes littéraires. Et sans aucun doute, en y travaillant par tous les moyens qui étaient en leur pouvoir, elles n'ont pas résisté au désir ou à la tentation de se singulariser, de former des

2° do ses Entretiens ou Dissertations, au nombre de 67, ainsi divisés : Dissertations chrétiennes et morales, 25; — Dissertations politiques, 14; — Dissertations critiques, 28. [La Relation à Mcnandrc et les Passages défendus, qui sont sa propre défense contre les attaques du père Goulu, l'auteur des Lettres de Phyllarque à Ariste, font partie des Dissertations chrétiennes. Les trois dissertations sur les Romains sont les trois premières des Dissertations politiques.] — Enfin viennent : 3° les Traités, c'est-àdire : le Prince, 1631 ; — le Rarhon, 1648; — Socrate Crestien, 1652;

— et Aristippe, 1658. Ajoutons, pour terminer, — i^un Recueil de lettres latines.

Les meilleures éditions des OEuvres de Balzac sont : — celle que l'on forme en réunissant les six volumes imprimés par les Elzevier, soit à Leyde, soit à Amsterdam, auxquels on ajoute le Socrate chrétien; — et la grande édition de 1665, en 2 vol. in-f", Paris, chez Louis Billaine.

Il n'y en a pas d'éditions modernes, à moins que l'on ne compte comme telle un « choix » en deux volumes, donné par M. Moreau, Paris, 1854, Lecolfre.

YI. — Claude Favre de Vaugelas [Meximieux (Ain), 1585; f 1650, Paris].

l" Les Sources. — Niceron, dans ses Hommes illustres, t. XIX;

— Pellisson et d'Olivet, Histoire de l'Académie française; — Goujet, Bibliothèque française, t. I; — Abbé Lambert, Histoire littéraire du siècle de Louis XIV, t. III.

coteries entre elles, et comme Ton dit, de se « distinguer ». Mais, parmi les manières de se distinguer, si l'on en connaît une qui soit assurément excusable, et légitime même à de certains égards, n'est-ce pas celle qui consiste à vouloir sentir, penser, et agir plus noblement, plus délicatement, plus finement? De là la vogue, en des genres bien différents, des petits vers de Voiture, au nombre desquels il y en a de cbarmants; des Leltres ou des Traités de Balzac ; et des romans de Gomberville et de Gombaud, de V Endymion et du Polcwandre. La raison en est aussi que tandis que le grand épistolier s'efforce à trouver des expressions et des tours dont l'empliase

'Sionconri, De la méthode grammaticale de Vaugelas, Paris, 1851,

— Sayous, Littérature française à Vétranger, Paris et Genève, 1853, t. I, ch. t. 3 et 4. — Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. VI.

— Chassang, Notice, en tête de son édition des Remarques sur la langue française, Paris et Versailles, 1880.

2° Le ROLE DE Vaugelas. — Origine de Vaugelas; — et, à cette occasion quelques mots de l'Académie florimontane. — • Le père de Vaugelas : Antoine Favre; — ses relations avec l-'rançois de Sales et Honoré d Urlé. — Vaugelas précepteur dans la maison de Carignan.

Importance des Remarques sur la langue française. — I']n proclamant que l'usage est le maître des langues, Vaugelas a soustrait l'évolution de la langue au.v caprices du goût individuel; — en distinguant un bon et un mauvais usage, il a séparé le langage de la « cour » de celui des « croclieteurs du Port au foin » ; — et en faisant de l'usage « parlé » le modèle et le juge de l'usage « écrit », il a imprimé son caractère essentiel à la langue classicjue, cpii est d'être une langue parlée. — Digression à ce sujet; — et que Bos- Huct, Molière, Saint-Simon, et tant d antres écriront comme « ils parleront ». — Par là s évanouissent la plupart des incorrections ou des licences que (piehpies grammaiiiens leur reproclienl; — et par là s'explicpient les (pialilés d'ordre int«'iieur ; — de clarté vivante; — de mouvement <'t de nalui'el (pii sont celles de la langue classique?. — Les scrupules de Vaugelas; — et de leur concordance avec ceux de Balzac; — et avec les leçons de Malherbe. — Le mot de Bossuet snr « ce (pi'on ne confie rien d éternel à des

réponde à ce que l'on appelle autour de lui le « grand goût », les autres, les romanciers, dans leurs interminables récits s'essaient aux subtilités de l'observation et de l'analyse psychologique.

Autre service encore dont nous sommes redevables aux précieuses : dans la conversation des ruelles, ce n'est pas la langue seulement qui s'est dénouée ou déliée, c'est l'esprit aussi qui s'est affiné. On étudie de plus près le développement des sentiments ou des passions, et voici que l'on commence h discerner une foule de nuances dont il semble bien que les « anciens » n'eussent pas eu l'idée, nî même les écrivains de la génération précédente.

langues toujours changeantes ; » — et, à ce propos, de la fausse comparaison d'une langue avec un organisme. — Qu'il y a de la diflcrcnce entre « immobiliser », une langue, et la « fixer » : — Vaugelas a voulu « fixer » l'usage; — et dans quelle mesure il y a réussi.

Vaugelas à l'hôtel de Rambouillet, — et à l'Académie Française. — Contradictions que ses Remarques soulèvent. — L'opuscule de La Mothe le Vayer touchant les Remarques de la Langue française. — Jugement du P. Bouhours sur Vaugelas [Cf. Entretiens d'Ariste et d'Eugène. \

3° Les Œuvres. — Remarques sur la langue française, Paris, 1647, in-4o; — et Quinte Curce : de la vie et des actions d'Alexandre le Grand, traduit par le sieur Cl. Favre de Vaugelas, Paris, 1653, in 4".

Nous avons signalé plus haut l'excellente édition des Remarques donnée de nos jours, 1880, par M. A. Chassang.

Vn. — Pierre Corneille [Rouen, 1606; f 1685, Paris].

1° Les Soukcks '. — Bibliographie Cornélienne ou description raisonnée.... des ouvrages relatifs à Corneille et à ses écrits, par M. Kmile Picot, Paris, 1876; — Fontenelle, Vie de Corneille,

1. On en trouvera l'énumcration, coniplèto ù sa date [18761 dans la Bibliographie coriiflienne de M. Emile Picot, Paris, Auguste Fontaine, 1 vol. in-8 de xv-5>2 pages. Aussi, pour Corneille, comme d'ailleurs en général pour les grands écrivains, n'indiquerons-nous en fait de sources que ce qu'il nous paraît indispensable d'en connaître.

Quand ce ne serait que pour mieux distinguer entre eux les termes du bel air ou du bon usage, ne faut-il pas qu'on analyse les notions qu'ils expriment, ou, pour mieux dire encore, qu'on les « anatomise )>? Qu'est-ce qui est noble? On ne peut le savoir qu'en y regardant. A la faveur de la préciosité, la propriété de l'expression et la finesse de l'analyse s'introduisent donc ensemble dans le discours. En devenant curieux de grammaire et de politesse, on l'est insensiblement devenu de psychologie. Pendant qu'on ne cherchait qu'à dire, d'une manière neuve, originale et au besoin bizarre, des choses anciennes , ce sont des choses nouvelles que

1685, 1729, 1742; — Thomas Corneille, Dictionnaire géographique, article Rouen; — Goujet, Bibliothèque française, t. XYIII ; — V . Guizot, Corneille et son temps, 1" édition, 1813, dernière édition, 1852; — Taschereau, Histoire de la vie et des ouvrages de Pierre Corneille, 1829 et 1855; — Marty-Laveaux, Notice, en tête de son édition des OEuvres, Paris, 1862; — F. Bouquet : les Points obscurs de la vie de Corneille, Paris, 1888.

Corneille : Discours, et Examens de ses propres tragédies. — (ira net. Recueil de dissertations sur plusieurs tragédies de Corneille et de Racine, Paris, 1740, chez Gisseq et Bordelet. — Voltaire , Commentaire sur Corneille, 1764. — Laharpe, Cours de littérature, 1799, 1805. — Schlegel, Cours de littérature dramatique, 1809; — et traduction française, 1814. — Sainte-Beuve. Portraits littéraires, t. 1. 1829; Port-Royal, t. I, 1837; et Nouveaux Lundis, t. VII, 1864. — Desjardins, le Grand Corneille historien, Paris, 1861. — Levallois, Corneille inconnu, Paris, 1876. — J. Lcinaître, Corneille et Aristnte, Paris, 1882.

Frédéric (îodefroy. Lexique de la langue de Corneille, Paris, 1862; — Marty-Laveaux. Lexique, elc, Paris. 1868, fornianl les deux derniers volumes du Corneillr (!<• la roUection des Crands Ecrivains.

2" I/IIoMMK KT I.K Poi TI .

A. Les émules de Corneille; — et, à ce propos, de liirgeiice de « désencombrer » l'histoire de la littérature; — et cpie Mairet, ou môme Rotrou, n'ayant laissé qu'un nom et pas une œuvre, ils ne sont bons à connaître qu'en « fonction » de ('orneille. — Comment

l'on a découvertes ; on va se piquer maintenant d'en trouver d'autres ; ce sera bientôt la grande affaire des faiseurs de Maximes-, — et, un jour, la Rochefoucauld ne sera, de son vrai nom, que le dernier des illustres précieux.

Il convient d'ajouter que tout ce travail se fait en commun, non seulement entre gens de lettres, mais entre « honnêtes gens » ou « gens du monde » ; et sans doute c'est pour cette cause que la a préciosité », d'une manière générale, n'a pas eu le même sort en France qu'en Angleterre, en Espagne, et en Italie. Car pourquoi ïeiiphuis/ne en Angleterre, ou le inarinisme en Italie, ou le gongo-

et dans quelle mesure ils lui ont préparé les voies. — La Sophonishe de Mairet, et que Corneille l'a bien connue, puisqu'il lui a emprunté les imprécations de sa Camille. — Prédominance de l'élément romanesque dans le théâtre de Mairet. — La préface de la Silvanire, 1625, et la règle des trois unités [Cf. Breitinger, Les unités avant le Cid de Corneille, Zurich, 1883]. — Tendance générale des tragiques à travailler sur des sujets déjà traités. — Les quatre Sophonishe [Trissino, 1515; Mellin de Saint-Gelais, 1559; Claude Hermel, 1593; Moncrestien, 1596]. — Retard de la comédie par rapport à la tragédie. — Les Galanteries du duc d'Ossonne. — L'imitation du théâtre espagnol dans le théâtre de Rotrou [Cl. Puibusque, Histoire comparée des littératures française et espagnole, Paris, 1842; et Jarry, Essai sur les œuvres dramatiques de Rotrou, Paris, 1858]. — Comment le romanesque y tend perpétuellement à l'e.vtravagance ; — et le sentiment à l'enflure. — Les traces de l'influence de Rotrou dans l'histoire du théâtre français : — sur Corneille, sur Molière, sur Racine.

B. La Jeunesse de Corneille. — Fausse idée que Ion se fait d'un Corneille constamment héroïque; — et qu'au contraire ses débuts ont été d'un poète comique. — Mélite, 1629; Clitandre, 1632; La Veuve, 1633; La Galerie du Palais, 1633; La Suivante, 1634; La Place Royale, 1634; V Illusion comique, 1636. — Intérêt littéraire des comédies de la jeunesse de Corneille. — Elles ne doivent rien à l'imitation de l'étranger; — ce sont des aventures de la vie commune à peine « romancées » ; — et dont les personnages sont déjà de condition presque bourgeoise. — La galanterie dans les

risme en Espagne n'ont-ils pas exercé la même influence que chez nous la préciosité? C'est qu'en France l'intention purement littéraire a été dominée par l'intention sociale, et la manie de se singulariser par le besoin d'avoir en foule des approbateurs de sa singularité. Nos précieuses n'ont jamais oublié quels adversaires elles avaient d'abord dû combattre, et qu'ils étaient les ennemis de toute discipline et de toute régularité. C'est pourquoi, tandis qu'en Espagne ou en Italie, le gongorisme ou le marinisme aboutissaient à de nouveaux excès de l'individualisme, au contraire, chez nous, c'était finalement l'esprit de société qui sortait vainqueur de la crise. Cette tendance inté-

comédies de Corneille ; — et qu elle y est une parfaite imitation du langage des ruelles; — et, à ce propos, qu'il y a un style Louis XIII en littérature comme en architecture. — La « jeune lille » dans les comédies de Corneille ; — le style des comédies.

— Caractère singulier de Y Illusion comique ; — et d'où viennent, vers 1635, tant de comrdies des comédiens. — Médée, la première tragédie de Corneille. — Quelles raisons ont poussé Corneille, vers la tragédie [Cf. Ilatzfeld, Les commencements de Corneille. 1857;

— P. Vavasseur, Corneille poète comique, 186i; — et F. llémon, son Etude sur les comédies de Corneille, en tète de son édition des OEuvres, 18861.

C. Les chefs-d'o'uvre. — Le Cid, 16l{7; Horace, 16'i0; Cinna, 16<i0; Polyeucte, 1641; Pompée, I6'il; Le Menteur, 16'»2; La Suite du Menteur, 1643; liodogune, 1645; Théodore, 1645; Iléraclius, 1647; Andromède, 1650; Don Sanc/ie d'Ara fjon, 1650; Nicomède, 1651 ; Pertharite, 1653. — De (jiiclques influences qui ont sans doute agi sur Corneille : — et. à ce pro|)os, de Yactualité dans le théâtre de Corneille; — Le Cid et la cjuestion des duels;

— l'influence de lîal/ac et de ses Entretiens sur les liomains [Cf. sa lettre à Corneille sur Cinna]; — les conspirations contre Richelieu et la trag^'dio de Cinna; — Polyeucte et le jansénisme [Cf. Sainte-Beuve, dans son Port-lioyai . — Comment Corneille perd une partie de son génie (piand il se jetl<' dans les sujets « d'invention » pure. — Les complications d'intrigue dans Hodogune et dans Héraclius. — Mais <]ue, là même encore, son intention est de rivaliser avec les romanciers ses contempo-

rieure de la littérature à se rendre plutôt l'interprète des « idées communes » ou générales que des opinions particulières, et qu'on a déjà vue poindre chez quelques écrivains de l'âge précédent, ce sont nos précieuses qui l'ont développée, fortifiée et consolidée. Elles ont fait ainsi la fortune de ces genres qu'on appelle « communs », dont le caractère est de n'exister qu'autant qu'il existe un public pour les y encourager. Entendez qu'on peut bien composer une « élégie » pour soi-même, et une « satire », au besoin ; on peut écrire un roman et l'enfermer sous une triple clef; on peut être l'annaliste secret des hommes et des choses de son temps, mais on n'a jamais eu l'idée

rains : La Calprenède et Scudéri. — De la peinture des mœurs de la Fronde dans les chefs-d'œuvre de Corneille. — Comment il ajoute à ce que ses modèles romains ou espagnols ont déjà de trop empanache. — Il essaie un moment, dans Don Sanche et dans Nicomède, d'une comédie plus tempérée; — mais il y renonce tout de suite dans son Pertharite; — dont l'échec l'éloigné pour sept ans du théâtre.

D. Le génie et le système dramatique de Corneille; — et de ne consulter sur ce point qu'avec beaucoup de précautions ses Discours et ses Examens; — parce qu'ils ne sont qu'à peine et indirectement dogmatiques et explicatifs, mais plutôt justificatifs et polémiques; — l'abbé dAubignac et sa Pratique du théâtre [Cf. Arnaud, Théories dramatiques au wii^ siècle, Paris, 1887]. — Des caractères de l'imagination de Corneille. — Il l'a eue d'abord forte et hardie; — c'est-à-dire portée de nature, et aussi par les circonstances, vers l'extraordinaire ou l'invraisemblable; — et de là, sa théorie que le sujet d'une belle tragédie doit n'être pas vraisemblable [Voyez l'édition Marty-Laveaux, V, 147]; — de là, sa théorie sur l'emploi de l'histoire dans le drame [Voyez l'édition Marty-Laveaux, I, 15], — de là, sa théorie de l'héroïsme :

Le sort qui de l'honneur nous ouvre la carrière Offre à notre constance une illustre matière...

— De là encore, dans son théâtre, l'allure épique des personnages [Cf. dans la France d'Henri Heine une jolie page à ce sujet]; —

de préparer un « discours », iii de faire, pour soi tout seul, une tragédie en cinq actes, et en vers.

Ce sont toutes ces influences qui ont préparé d'abord, soutenu, et consacré le succès du « grand » Corneille, si personne moins que lui n'a ressemblé au bonhomme de génie dont on retrouve le profil héroïque dans toutes nos histoires, et au contraire si nul n'a mieux su reconnaître et prendre le vent de l'opinion pour y incliner la souplesse de son talent. Il tient, et à bon droit, dans le Grand Dictionnaire des Prétienses, de Bodeau de Somaize, une place considérable, une place d'honneur, et il y est appelé « le plus grand homme qui ait jamais écrit des

l'absence relative d'analyse et de psychologie ; — la subordination des caractères aux situations [Cf. Saint-Evremond, .S/o' /'Alexandre de M. Racine]. — Comparaison à cet égard de Rodogune et do Riiy Blas, ou de Cinna et d' Ileniani. — Que le goût de la complication aurait dès lors conduit Corneille au mélodrame.

Mais, en même temps que forte et hardie, il avait aussi l'imagination noble et haute ; — c'est-à-dire que, dans l'extraordinaire et dans le romanesque, il préfère ce qui est noble à ce qui est bas; — ce qui exalte l'àme à ce qui la déprime; — cl g(Miéralemonl les héros aux monstres. — Qu'il n est pas vrai cependant que, comme on l'a dit [Cf. V. de Laprade, Essais de critif/ue idralistr], son théàtn' soit le triomphe du devoir sur la passion [Cf. Ir Cid, Horace, Rodogune, Iléraclius]; — il n est que le triomphe de hi volonté [Cf. J. LemaîtrcN Cornrille cl .irisfote] sur les obstacles qui s'opposent à son développement; — et de là, dans ce théâtre : — h' goût de la tragédie politique, dont le domaine est justement le « lieu » de l'exercice de la volonti' ; — le nu'pris des passions de l'amour, qu'il considère comme étant ti'Op « chai'gées do faiblesse » ; — l'intention ou plutôt l'apparenco i\v linlcntion morale ; — do là encore, la tension des sentiments; — ot dt' là onlin, rot art d'épuiser les sujets qu'il traite [Cf. Examen de Rodogune. édition Marly- Lavcaux, IV, '»21]. — « Le second acte passe le pr«'mi<'r; le troisième est au-dessus du soconrl ; et le derni(?r r<'mport<" sur tous les autres. » — Il est le maître de ses sujets comme ses héros sont les maîtres de leurs destinées. [Voyez le contraire dans le drame romantique.]

132 MANUEL DE L HISTOIitE DE LA LITTERATURE FRANÇAISE

jeux du cirque ». C'est la note juste; et qu'on l'étudié dans les comédies de sa jeunesse : Mélite^ la Veiwe^ la Galerie du Palais, ou dans les chefs-d'œuvre de sa maturité, la grande préoccupation de Corneille a été de gagner le suffrage des précieuses.

Il se vante lui-même, dans son Examen de Méliie, d'avoir pour ses débuts établi le règne de la décence et des mœurs sur une scène où les libertés qu'on prenait avant lui rendaient le théâtre inabordable aux femmes. S'il emprunte un sujet à l'Espagne, — parce que l'Espagne est à la mode, — il imprime donc à ses personnages, dans le Cid ce caractère d'humanité, dans le

C'est dommage, après cela, qu'il ait l'imagination subtile et processive] — ce qui revient à dire qu'il a eu lui, sinon du Bas-Normand, ou de l'avocat, mais assurément du casuiste. — Les « cas de conscience » dans la tragédie de Corneille; — et comment ils en font la grandeur; — mais aussi la subtilité. — De là, dans son théâtre, les actions qu'il appelle « implexes » [Cf. dans Horace le personnage de Sabine, ou dans Polyeucte celui de Sévère]; — analyse d'Héraclius; — aveux de Corneille à ce sujet. — Comment à la complication de l'intrigue il ajoute celle des motifs ; — et observations de Schlegel sur ce point [Cf. Littérature dramatique, trad, de Saussure, II, p. 41 et suivantes]. — Machiavélisme de Corneille : — et qu'on pourrait extraire de son œuvre autant de maximes d'immoralité que du livre du Prince.

Tous ces crimes d'Etat qu'on fait pour la couronne, Le ciel nous en absout alors qu'il nous la donne.

Prétentions politiques de Corneille ; — mots que l'on cite à ce sujet, de Condé après Sertorius : « Où donc Corneille a-t-il appris la guerre? » — et de Grammout après Othon.

E. La vieillesse de Corneille. — Œdipe, 1659; Sertorius, 1662;

- Sophonisbe, 1663; Othon, 1664; Agésilas, 1666; Attila, 1667;

— Tite et Bérénice, 1670; Pulchérie, 1672. — De Corneille, peintre d'histoire; — et de la fausseté du paradoxe de Desjardins, dans son Grand Corneille historien. — La couleur locale dans l'œuvre de Corneille. — Que les défauts de ses dernières

Menteur ce caractère de politesse, et, dans l'un et dans Tautre, ce caractère de généralité qui sont autour de lui les caractères des « honnêtes gens », et comme les signes auxquels ils se reconnaissent entre eux. Pareillement, dans son Horace, dans son Cinna, dans sa Bodogune, lorsqu'il mêle ensemble les choses de la politique et de la galanterie, ne vous imaginez pas que ce soit Justin qu'il imite, ni Sénèque, ni Tite-Live, mais ce sont bien les mœurs de son temps, et des « modèles » qui posent devant lui. Quelle est cette précieuse dont nous parle Somaize, « qui ne s'est pas seulement acquis, nous dit-il, beaucoup d'estime par sa beauté, /)?ais encore par la

pièces se développoiil du minie fond que les qualités de ses chefs-d'œuvre. — Qu'elles ne sont plus que plaidoiries et thèses.

— Le machiavélisme des motifs [Cf. Perthavite, t. VI, p. 571; — Othon, t. VI, p. 632; —Attila, t. VII, p. 107, p. 162]. — Comment la noblesse et la grandeur y dégénèrent : — en affectation [Nicomèdc, t. V, p. 531]; — en enflure [Don Sanchc, t. VI, p. 458]; — en inhumanité [Attila, t. VII, p. 172] ; — et comment enfin la forme de son imagination se change en une fureur d inventer, d innover, et de compliquer sans raisons. — C^'est pour cola qu « il charge maintenant ses sujets de matière » ; — qu'après voir e.xpulsé lamour, il 1 y réintroduit, sous les espèces de la galanterie la plus froide [Cf. Othon, t. VI, p. 587. et Attila, t. VII, p. l'iO, Tri]; — et qu'il fausse l'emploi de l'histoire de la tragédie.

F. La langue et /<• slylc de Corneille. — Que, dans ce naufrage de ses anciennes (jualitcs. un don demeure et survit chez, le poète.

— si personne penl-èlre n'a mieux écrit en vers (|ue Coineille. - [Cf. les discours d Auguste dans Cinna et les récits du Menteur.]

— Qualités de son style ; — et j)Our nous en rendre compte, comparaison du style de Polyeucte avec celui d Androniaf/iic : — ou encore du style comique de Corneille avec celui de .Molière et de Hegnard.

— Propriété et fermeté de la langue. — Pl«'nitud<* el nombre du vers. — Ampleur et force de la période. — Kn (juel sens Corneilh* demeure naturel et conforme à lui-même jus(|ue dans le galim.»tias et dans la préciosité. — De fiuehjues rappeirls de Corneille avec les romantiques; — el. par coiisé(ju«iit , de la litlé-ralure romanlicjue avec la littérature du temj)s de Louis MIL

grandeur de son dme et dont l'esprit ne s'est pas seulement arrêté à la bagatelle, mais s'est élevé jusquait.v affaires de la première importance P » Nous le savons; et qu'avant de s'appeler Emilie dans le Cinna de Corneille ou Cléopâtre dans sa Rodogune^ elle a donné, dans la réalité de l'histoire, sous son vrai nom de duchesse de Chevreuse, plus d'une inquiétude au grand Cardinal. Que de rapprochements on pourrait faire encore! Dans son Sertorins^ dans son Othon, dans son Attila, si Corneille compliquera, s'il embrouillera, s'il enchevêtrera ses intrigues à plaisir, ce ne sera pas tant pour obéira sa propre inspiration que pour disputer aux Gomberville,

3° Les Œuvres. — En dehors de ses tragédies ou de ses comédies, la seule œuvre de Corneille un peu importante est sa traduction en vers de l'Imitation de Jésus-Christ.

Nous citerons donc seulement ici, parmi les éditions de ses OËuvres : — l'édition de 1660, en 3 vol. ; — celle de 1664, en deu.x volumes in-f°, la plus monumentale, mais où manquent malheureusement les pièces de sa vieillesse; — l'édition de 1738, avec les commentaires de Jolly; — l'édition de 1764, la première qui contienne les commentaires de Voltaire et les figures de Gravelot; — et enfin, de nos jours, pour ne rien dire de beaucoup d'autres, lédition de Marty-Laveaux, dans la collection des Grands Ecrivains de la France, Paris, 1862, Hachette.

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