XIV. — La comédie de 1640 à
1° Les Soukcks. — Les frères Parfaict, Histoire du théâtre français, t. VI, VII et VIII; — Léris, Dictionnaire des t/iéàtres ; — de Puibusquo, Histoire comparée des littératures française et espagnole, Paris, 18j;{; — L. de Viel-Castol, Essai sur le théâtre espagnol, dans la lievue des Deux Mondes, IS'iO, 18'*1, 18 iG; — V. Kournel, les Contemporains de Molière. Paris, 1860-1875.
Goujel, Jiihliothèf/uc française, articles Scauuon, t. W'II. et QuLMAULT, t. XVIII; — .Moi-illot, Scarron, sa r/t' et ses wusres. Paris, 1888; — (J. Roynicr, Thomas Corneille, Paris, lH\il.
2" La TRANsirioN i>i: (^on.M ii.i.i; a Moiiîin . — Do Intililo de la statistique; — et (jue rien ne la vaut pour dt'nionlroi- (pio lliisloiro de la littérature <'t l'Iiistoiro littéraire sont deux. — De IG'iO à 1660, en vingt ans, il s'est joué, ou imprinK- j)lns de deux cents tragédies, tragi-comédies, conu'dies ou pastorales; — el eombien en demeure-l-iL' — ou de combien d auteurs avons-nons conservé les noms? — Entre le Menteur vl 1rs /^rérieusrs ridicules, il sond)le donc qu'il n'y ait rien... (ju'iin Iron; — et de là, llionnenr (pie \ nn fait au Menteur d avoir ouvert les voies à la conu'die de .Molière, -r- Ce qu il faut penser de cett»' allégation \i'A. les Kpoifues du théâtre français]. — (^n il s est pourlanl passe (juebpie chose entre
exigences de la polémique, et quelque grand int(M valle qu'il y eût de la satire directe et personnelle à la plus haute éloquence, l'auteur le franchissait avec une agilité dont c'est le cas de dire qu'elle a ravissait » le lecteur. Aucune comédie n'avait paru a aux chandelles )> (jui dit aussi réjouissante. Aucune parole qui fût plus éloquente n'était tombée même du haut de la chaire. Si d'ailleurs ii la corruption des mœurs, au relâchement croissant de l'ancienne discipline, on reconnaissait la nécessité d'opposer une morale, non pas certes nouvelle, mais plutôt oubliée de quelques uns même de ceux qui avaient pour
16'i0 et 1660; — et quil y a moyen de le dégager de la statistique elle-même.
La tragédie continue de gagner du terrain; — et de ces deux cents pièces elle en réclame îi peine moins de la moitié pour elle; — dont Horace, Cinna, Polyeucte, Pompée, Rodogune, Héraclius^ pour ne rien dire de Théodore ou Perthavite; — et bien au-dessous, mais à un certain rang encore, le Saint Genest, 1646; le Wenceslas, 1647; le Cosroès, 1649, de Rotrou; — le Saûl, 1639, et le Scévole, 1646, de Du Ryer; — la Mort de Sénèque, UVi\: la Mort de Crispe, 1645; la Mort du Grand Osman, 1647, de iiisi;iu l'Hermite. — Mais la tragi-comédie recule, qui ne compte pour la môme période que cinquante pièces seulement ; — et, ce qu'elle perd ainsi de son domaine, c'est la comédie qui s'en empare. — Exactement, d'après les frères Parfaict , de trente-neuf piècos [1639-1646] la tragi-comédie tombe à seize [1646-1653], puis à douze [1653-1660], tandis que la comédie monte de dix-huit à vingt-cinq et de vingt-cinq à vingt-huit. — Conclusion : les espèces franches refoulent, et vont bientôt anéantir l'espèce hybride ou douteuse.
Mais si la première s'est déterminée et, comme disait Aristote, a reconnu sa vraie nature dans les chefs-d'œuvre de Corneille, la seconde hésite entre deux ou trois directions; — on sait où est la source des larmes; — on ignore encore l'art de toucher celle du rire. — Thomas Corneille [1625; -|- 1709] cherche le succès dans la complication romanesque des aventures; — Philippe Quinault [1635; -|- 1688], dans l'alliage d'un réalisme de détails qui sent son origine populaire; — et d'une fadeur de galanterie qui fait prévoir
mission de l'enseigner, les Provinciales la contenaient. Et enfin et surtout, — je ne parle qu'au point de vue de la littérature, — si l'on aspirait au naturel, et qu'on \ y tendît sans y pouvoir atteindre; si l'on s'était trompé jusqu'alors sur les moyens d'y toucher; les Provinciales étaient ensemble le signal et le modèle attendus. « Le premier livre de génie qu'on vit en prose, a dit Voltaire, fut le recueil des Lettres provinciales » ; et, un peu plus loin, il y rapporte l'époque de « la fixation de la langue )). On ne saurait mieux dire, mais on peut en dire davantage; et une autre époque date également des Provinciales^
ses opéras; — Paul Scarron [1610; -ç 1660J, dans ce que Molière appellera la turlupinade, ou dans l'énormité de la caricature, à moins que ce ne soit dans l'obscénité. — Tous les trois continuent d'ailleurs d'emprunter leurs modèles à l'Espagne. — Dom Japliet d'Arménie, 1652, est une adaptation d'une comédie de Moreto ; — f.es Rivales, 1653, ne sont qu'une reprise des Pucelles de Rolrou, qui passent elles-mêmes pour être enipruntées à Lope de Vega ;
— Le Charme de la voix, 1653, est une imitation d une comédie de Moreto. — Il semble que tous ces auteurs aient « des yeux pour ne point voir » et « ties oreilles pour ne point entendre »; — et c'est ce qui fait que tout ce tlu'àtre n'a, en un ccrlain sens, d intérêt que pour les curieux.
Il accoutume toutefois le public à «lissocier les (déments de son plaisir pour l'éprouver plus vif et plus complet; — et en elfet ce n est (ju(? dans le roman de Uabelais (|u'on rit d'un œil en pleurant de l'autre. — On ne voudra bientôt plus du mélange des genres;
— et c'est un premier j)as vers le naturel. — La langue aussi devient plus naturelle; — elle s assouplit, elle se diversifie; — Thomas (Corneille a de labondance; Quinault de la fluidité; Scarron souvent a de la verve; — el, à ce; propos, comparaison du comi(|ue de L'JCcolior do Salamaïufuc ou de Duin Japhct d Arménie avec celui de Htty /Uns et de Tragaldahas. — Mnlin il n est pas jusqu au goût du burlesque tjui n Cxige une certaine observation; — s'il ne saurait y avoir de bonnes caricatures que c<'lles dont on reconnaît la ressemblance avec leurs modèles.
3" Les Œuvres : — de Scarron : Jodcirt ou le maitre valet, 16'»5; — Les trois Dorothées, I6'i6; — de Th. (lorneiib' : Les
plus importante encore, qui est celle de la fixation des caractères de la littérature et de l'idéal classiques.
Le soleil est levé, retirez-vous, étoiles !
Si ce vers de Scudéri n'était quelque peu ridicule, ce serait" le moment et le lieu d'en faire une juste application. Le (( naturel » des Provinciales n'a fait sur les hommes de la génération précédente, tels que le vieux Corneille, aucune impression; et, après six ou sept ans de bouderie, quand l'auteur du Cid reparaîtra sur la scène, en 1659, ce sera avec son Œdipe^ bientôt suivi de son Serto^
Engagements du hasard, 16^*7; — Le Feint Astrologue, 1648; — de Scarron : L'Héritier ridicule, 1649; — de Th. Corneille : Don Bertrand de Cigarral, 1650; — L'Amour à la mode, 1651; — de Scarron : Dom Japhet d'Arménie, 1653; — de Th. Corneille : IjC Berger extravagant, 1653; — Le Charme de la voix, 1653; — de Quinault : L.es Rivales, 1653; — de Scarron : L/Écolier de Salamanque, 1654; — de Th. Corneille : Les Illustres Ennemis, 1654;
— de Quinault : L'Amant indiscret, 1654; — de Scarron : Le Gardien de soi-même, 1655; — de Th. Corneille : Le Geôlier de soimême, 1655; — de Quinault : La Comédie sans comédie, 1655; — de Scarron : Le Marquis ridicule, 1656.
La meilleure édition de Scarron est celle d'Amsterdam, en sept volumes, 1752, chez ^Velstein; — de Thomas Corneille, celle de Paris, en cinq volumes, 1748, chez David; — et de Quinault, celle de Paris, chez la V*° Duchesne, 1778, en cinq volumes.