VI. — Charles Perrault [Paris, 1628; f 1703, Paris
1° Les Sources. — Perrault, ses Mémoires, publiés pour la première fois en 1759; — P. Clément, Lettres, Instructions et Mémoires de Colbert, notamment t. V; — Niceron, dans ses Hommes illustres, t. XLIII; — d'Alembert, Éloge de Charles Perrault, dans ses Eloges académiques-, — Sainte-Beuve, Charles Perrault, dans ses Causeries du Lundi, t. V, et Nouveaux Lundis, t. I ; — Ch. Giraud, Lettre critique, en tète de son édition des Contes de Fées, J86i; — Arvède Barine, les Contes de Perrault, dans la Revue des Deux Mondes du l*^"* décembre 1890.
2° L'Homme et l'Ecrivain.
A. Le Premier commis des Bâtiments. — La famille des Perrault; — les Boileau et les Perrault; — Pierre Perrault, le traducteur de la Secchia rapita, 1678 [Cf. Racine, dans la préface de son Iphigénie]; — Nicolas Perrault, Claude Perrault, l'architectemédecin [Cf. Fontenelle, JÎloge de Claude Perrault]; — Charles Perrault; — ses premières études et ses premiers vers; — le « travestissement » du VI» livre de l'Enéide; — et à ce propos de la renaissance du burlesque. — Colbert fait de Perrault le secrétaire de l'Académie des inscriptions; — Perrault lui suggère l'idée delà première Académie des sciences; — il travaille avec
le sens des autres, et d'être de l'avis de quelqu'un » ; et toutes ces critiques il les a méritées. Sa tragédie d'.4.sy;^/ne nous est connue que par l'épigranime de Racine; mais nous avons ses Eglogucs^ nous avons ses Lettres galantes du che\>alier d'Her**" ; et que veut-on que Boileau ait pensé de ce petit morceau : « On nous a dit, monsieur, que vous devenez philosophe, mais d'une philosophie la plus extraordinaire du monde. Vous ne croyez plus qu'il y ait de couleurs!... J'en parlais un jour à M"^^ de B... qui est de vos amies, et qui en vérité a regret à votre raison. Elle étranglerait Descartes, si elle le tenait. Aussi faut-il avouer que sa philosophie est une vilaine philosophie : elle enlaidit toutes les dames. S'il n'y a donc point de teint,
ChapeLiin à la « Liste des bienfaits du Roi ». — Le contrôleur des Bâtiments; — ses travaux; — il inspire à son frère l'idée de la colonnade du Louvre; — ses dégoûts et sa retraite. — Les pièces de circonstance. — Le Saint Paulin, 1686 ; — et à cette occasion, de la renaissance de l'épopée. — Le Siècle de Louis le Grand, 1687; — et des deux titres de l'ouvrage à notre attention, qui sont : — d'avoir donné à Voltaire 1 idée du Siècle de Louis XIV\ — et d'avoir déchaîne la querelle des Anciens et des Modernes.
B. L'Apologiste des Modernes. — Les Parallèles des Anciens et des Modernes, 1688-1696. — Lniotion qu'excitent ces dialogues; — Boileau et Perrault; — Perrault et La Bruyère; — le but de l'œuvre et la thèse de Perrault \CA'. ci-dessous L\ Qii:uklli: dks AxciKNs KT DK8 Modkums]. — Polilessc et courtoisie de Perrault dans la discussion. — Qu'il y a d'ailleurs de fort bonnes choses dan.s les Parallèles. — Comment il faut les lire; — en ne lui imputant (jue les opinions de lAblx'' de ses Dialoi^ucs . — Kéconciliation «le Perrault vi de Hoilcau. — La j)ul)li( alion des Hommes illustres de ce siècle, 1696-1700.
C. I/Autrur des Contes de fées; — et que dAlembert dans son Éloge n'en a pas fait seulement mention; — ce (jui est une omission fâcheuse; — f'endrillon et le Chat hotte demeiirant le meilleur do l'œuvre <le Perrault; — et, de 1680 à 1715, aucun genre n'ayant été plus fécon<l (pie celui des Contes de fées. — De qu<'lques émules de Perrault; — M'"*^ d'Aulnoy, l'auteur de l'Oiseau hlew, —
que deviendront les roses et les lys de nos belles! Vous aurez beau leur dire que les couleurs sont dans les yeux de ceux qui les regardent et non dans les objets; les dames ne veulent point dépendre des yeux d'autrui pour leur teint; elles veulent l'avoir à elles en propre, et s'il n'y a point de couleur la nuit, M. de M... est donc bien attrappé, qui est devenu amoureux de M"** D. L. G. sur son beau teint, et qui l'a épousée. » Voiture n'a rien écrit de plus précieux ni Balzac de plus affecté. Mais ce que ni Balzac ni Voiture n'ont connu, c'est l'art d'envelopper ainsi de préciosité ou d'affectation une vérité scientifique ; et là est l'originalité de Fontenelle. Il met positivement le cartésianisme en madrigaux, l'astronomie, la physique,
M^'« de la Force; — M'i® Lhéritier; — et s'il ne convient pas de rapprocher de ce goût pour les Contes de fées, — celui qu'on témoigne également pour les Contes orientaux? — La traduction des Mille et une Nuits, 1704-1708. — Si les Contes de Perrault méritent les éloges qu'on en a fait? — Sunt hona, sunt inala quœdam, mediocria pluva. — La naïveté des Contes de Perrault n'existe que dans l'imagination de ceux qu'ils amusent; — le mot de La Fontaine sur Peau d'âne ; — agrément original des sujets de Perrault; — et sécheresse du style dont il les a lui-même revêtus.
3° Les Œuvres. — Les Œuvres de Perrault se composent : 1° d'un certain nombre de pièces de circonstance, telles que le Discours sur l acquisition de Dunkerque par le Roi, 1663, ou le Parnasse poussé à bout, sur la difficulté de décrire la conquête de la Franche-Comté, i66S; — 2° de son Poème sur la Peinture, 166S; de son Saint Paulin, 1686; de son Siècle de Louis le Grand, 1687; — 3° de ses Parallèles, cinq dialogues en quatre volumes, publiés, ainsi qu'il a été dit, de 1688 à 1696; et auxquels il faut joindre, comme tendant au même but, son recueil des Hommes illustres, 1696-1700; — et enfin, 4° de ses Contes de fées, qui sont: — La Belle au bois dormant, le Petit Chaperon Bouge, la Barbe bleue, le Chat botté, les Fées, Cendrillon. Biquet à la houppe, le Petit Poucet, en prose; — et Griselidis, Peau d'âne, et les Souhaits ridicules, en vers.
l'histoire naturelle; et sous ce point de vue les Entretiens sur la pluralité des mondes sont un chef-d'œuvre unique en son ofenre. Galamment et tout doucement, ils font entrer pour la première fois dans la littérature tout un ordre d'idées ou de faits qui jusqu'alors y étaient demeurés étrangers. Des préoccupations nouvelles commencent de hanter les esprits. Fontenelle s'ingénie à les entretenir; il y réussit; très répandu dans le monde, elles deviennent, grâce à lui, la matière des conversations mondaines; et grâce à lui que manque-t-il encore à la victoire du cartésianisme ou de la science même? Tout justement et uniquement ce qu'y vient ajouter la querelle des anciens et des modernes.
Ils ont paru pour la première fois, séparément, en Hollande, de 1694 à 1701 ; et en un volume, chez Barbin, sous le nom de Perrault d'Armancour, fils de Charles Perrault, en 1697-1698.
Les éditions modernes en sont innombrables.
LOiseau bleu, qu'on y joint fréquemment, est de M"^'' d'Aulnoy; et Finette ou l Adroite Princesse, de M"^ Lhéritier.