‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 45 sur 85 · L'IIoMMK II I, KcRIVAI.N · texte numérisé non relu

L'IIoMMK II I, KcRIVAI.N

A. Le Moraliste. — Origines de La Bruyère; — ses ('ludes, — et que seul des grands écrivains de son temps il a su cjualre ou cinq langues, dont l'allemand; — sa famille et ses années de jeunesse [Cf. Scrvois, Notice hiograpliif/ue]. — Il est nommt- trésorier des finances dans la généralité de Caen ; — il entre dans la maison de Condé comme précepteur du jeune duc de Bourbon, 1684. — Ce qu'on voyait chez les Condé [Cf. Saint-Simon, dans ses Mémoires],

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Un homme d'esprit et de mérite, Charles Perrault, — qui n'a d'autre tort que d'avoir débuté, comme Scarron, par « travestir » Virgile, et aussi de se moins connaître eu bonnes lettres qu'en a bâtimens », — conçoit un jour l'idée de flatter son roi d'une manière un peu nouvelle ; et, d'abord, n'en trouve pas de meilleure que de nommer son siècle le Siècle de Louis le Grand : n'avons-nous pas le siècle d'Auguste et le siècle de Périclès? Mais, est-ce bien assez de dire que le siècle de Louis XIV n'a rien qui le cède à ceux d'Auguste et de Périclès? Perrault ne le croit pas. Le siècle de Louis XIV n'égale pas seulement les siècles de Périclès et d'Auguste; il les surpasse! et d'autant que le maître lui-même est au-dessus d'Au-

— Liaisons de La Bruyère avec Bossuet ; — et avec Boileau. — Du prétendu « roman » de La Bruyère; — et que l'histoire littéraire n'en a rien à tirer. — Si La Bruyère, en formant le dessein de son livre, s'est inspiré de la Galerie de Portraits de M"® de Montpensier? — ou des « portraits » répandus dans les romans de M"« de Scudéry? — Invraisemblance de cette supposition. — Qu'en revanche il est plein de La Rochefoucauld, — de Pascal, — et de Malebranche [Cf. Auguste Damien, Etude sur La Bruyère et Malehranche, Paris, 1866J. — Si les Caractères de Théophraste n'ont été pour lui qu'un prétexte; — ou s'il s'est mépris sur leur valeur littéraire; — comme Boileau sur Lougiu, et son Traité du sublime?

— La première édition des Caractères, 1688 ; — et qu'à peine contient-elle une demi -douzaine de portraits; — ce sont les Maximes qui dominent; — et La Bruyère n'est dans ce premier essai de son livre qu'un émule de La Rochefoucauld.

S'il y a « un plan » dans les Caractères; — et qu'en tout cas Boileau ne l'y avait point vu; — et qu'il est certain que si le chapitre du Mérite personnel était après le chapitre de l'Homme; — ou le chapitre de la Conversation avant le chapitre du Cœur; — on ne voit pas non plus que l'économie du livre en fût altérée. — Mais que cela ne prouve point que le chapitre des Esprits forts ne soit qu'une précaution; — et au contraire, en un certain sens, on peut soutenir, avec l'auteur, que tout le reste du livre y tend.

— L'ami, le protégé de Bossuet, le futur auteur des Dialogues sur

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guste et de Périclès, d'autant Bossuet, par exemple, est-il au-dessus de Démosthène, Molière au-dessus de Plaute ou de Térence, Racine au-dessus d'Euripide, la France au-dessus d'Athènes ou de Rome; et généralement les modernes au-dessus des anciens. Ainsi commence ou s'émeut la dispute, sans que Perrault lui-même en ait envisagé les suites. Il n'a voulu que flatter son prince; et, content d'avoir fait acte de bon courtisan, il en fût resté là, si les partisans des anciens ne l'avaient comme obligé de voir clair dans son paradoxe. C'est en effet l'idée de progrès, vague encore, diffuse ou éparse, à peine consciente d'elle-même, mais c'est bien elle, qui circule dans \es Parallèles des anciens et des modernes. En vain Racine,

/(* quiélisme, a voulu faire œuvre d'apologiste; — ou tout au moins (le moraliste; — et c'est au surplus ce qui ressort de la lecture suivie de la première édition du livre; — comme du Dis'cours sur Thcophraste. — La Bruyère a voulu du même coup opérer contre les Modernes et contre les Libertins, — comme s il eût entrevu la solidarité de leur cause; — répondre au Siècle de Louis le Grand de Perrault ; — en même temps qu'aux Entretiens sur la pluralité des mondes ; — et cette double actualité l'a peutêtre, dans les premières éditions de son livre, autant servi que son talent.

B. /.Artiste. — Mais il y avait un « artiste » en La Bruyère; — nous «lirions aujourd'hui un styliste; — bien plus encore qu'un moraliste; — et nous en trouvons la preuve dans cette étrange parole : — « .Moyse, Homère, Platon, Virgile, Horace ne sont au dessus des autres écrivains ry«e par leurs images. » — Boileau, qui eût été volontiers de cet avis, y avait mis du moins la restric-' tien :

Avant <lonc que «l'écrire, apprenez à penser.

Du style de La Bruyère; — et (jue tout eu manquant de conti-" nuité, — il ne laisse pas d'être néanmoins oratoire; — en ce sens que les Caractères sont le répcrioire de la rhétorique classiquei — Ni auctin des e mouvements ■ : interrogation, exclamation, sns-

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La Bruyère dans ses Caractères^ 1688-1696; Boileau dans ses Réflejcions critiques sur Longin, 1694, essaient de réagir ou de résister. On leur répond assez spirituellement qu'eux-mêmes prouvent par leurs ouvrages cette supériorité qu'ils s'irritent qu'on accorde aux modernes. « Combien, s'écrie Perrault, le public n'a-t-il pas préféré aux Caractères du divin Théophraste les réflexions du Moderne qui nous en a donné la traduction! » [Cf. Parallèles, etc., troisième dialogue, 2® édition, 1693J. Les jeunes gens, les femmes se rangent en foule du côté des modernes, sans parler des « Quarante », qui ne sont pas six en tout du côté de Racine et de Boileau. Pareillement les « gens du monde ». Car, si l'on veut.

pension, digression, interpellation, adjuration, n'y manque; — ni aucune des « figures » : litote, hyperbole, synecdoche, catachrèsc ou prosopopée ; — ni, depuis l'ironie jusqu'à l'emphase, aucune des « modalités » ou des modulations cataloguées dans les traités.

— Mais que cette rhétorique est sauvée de ses propres excès; — par sa tendance au réalisme; — ou à l'exacte imitation de la nature ; — et à ce propos du « naturalisme » de La Bruyère. — Combien il est soucieux de faire le tour de ses modèles; — de noter en eux ce qui les distingue individuellement les uns des autres; — et de faire que leurs portraits ne conviennent qu'à eux.

— Les clefs de La Bruyère; — et, sans préjuger de ses intentions de satire personnelle, — qu'elles témoignent de la véracité de ses peintures. — Qu'une autre preuve s'en trouve dans son pessimisme ; — et, à ce propos, retour sur la liaison du pessimisme et du réalisme — Si La Bruyère est plutôt triste, — c'est pour avoir tâche de rendre, — et pour les rendre, de voir les choses telles qu'elles sont. — On peut d'ailleurs le soupçonner de les avoir vues plus laides; — ou plus ridicules quelles ne sont; — aiin d'en tirer de plus beaux efl'ets de style; — et ainsi d'avoir été ramené, par les artifices même de sa rhétorique, — à l'exagéra^ tion qu'il voulait éviter.

C. Le Satirique. — De l'intérêt de cette question pour en résoudre une autre; — qui est celle de la portée philosophique du livre de La Bruyère. — De la parole célèbre : « Un homme n«*

LA NATIONALISATION DE LA LITTEIlATLllE 2i3

disent-ils tous, examiner les choses dans la rigueur, c'est nous qui sommes vraiment les anciens. Nous savons plus de choses que nos pères, et nos fils en sauront plus que nous. Assez et trop longtemps « des hommes revêtus de noir et le bonnet carré en tête nous ont proposé les ouvrages des anciens, non seulement comme les plus belles choses tlu monde, mais comme l'idée même du Beau »! Le moment est venu de nous émanciper de cette servitude. On s'en émancipe donc, et de cette émancipation, trois conséquences en résultent.

La curiosité se déplace; et de la connaissance ou de la méditation des œuvres des anciens elle se porte tout entière vers l'observation des choses voisines, réelles, et

chréliou et français se trouve coutralnt dans la satii-o ». — La quatrième édition des Caractères, 1689; — et de la hardiesse croissante de La Bruyère, jusqu'à la neuvième, 1696. — Mais qu'il laut faire allention que, n'épargner personne, cesl presque aussi n'attaquer personne, — Quand ou raille également les hommes et les femmes ; — les gens de la cour et ceux de la ville ; — les partisans et les gens de justice; — les dévots et les libertins; — ou est sans doute un pessimiste, — mais non pas uu révolutionnaire [Cf. Taiue, Nouseaiix essais de critù/ue et d'/iistoire]. — Cette obsei'vation une fois faite, on peut et on doit convenir : — que les indignations de La Bruyère ont assurément quelque chose de plus profond que celles de La Fontaine; — quil s'est moins aisément arrangé que Molière de la société de son temps; — et quOn voit percer une pitié chez lui cjui n est pas dans Boileau. — (^est 1 idée d humanité qui commence à se faire jour.

De quelques autres méi'iles des Caraiicres ; — et lu j)arliculier de quelques portraits et de (|uel(|ues narrations; — (jui annoncent la prochaine fortune du roman [Cf. Lesage, dans son Diable hoiteux] — Le livre de La Bruyèie fait la tiansilion du caractère tel qu'on l'entend dans la cométlie de Molière, — aux caracti'res tels qu'on les entendra dans le roman de mœurs. — Les ennemis tle La Bruyère. — Il leur répond dans son Discours de réception à l'Académie, I69;j, — et dans la Prrfaco (piil mot à ce Discours. —

SV* MANUEL DK L*HISTOinE DE LA LlTTÉRATt'ttE FttANÇAtSË

contemporaines. C'est la revanche des Femmes savanlcs. « C'est une chose presque infinie, — écrit Perrault dans son cinquième et dernier Dialogue, — que les découvertes que l'on a faites en notre siècle »; et, en effet, si les historiens de notre littérature, en général, ont mal daté le triomphe du cartésianisme, de trente ou quarante ans trop tôt, ils ont en revanche daté de trente ou quarante ans trop tard ce que Ton pourrait appeler l'avènement de l'esprit scientifique (Cf. sur ce point F. Cournot, Considérations sur la niavvlie des idées ^ t. I, livre III). A vrai dire, la réorganisation ou le renouvellement de l'Académie des sciences, en 1699, est une date presque aussi importante, dans l'histoire de l'esprit français, que

Il essaie d'y délînir « le plan » de son livre; — mais un peu tard, comme autrefois La Rochefoucauld, dans \ Avertissement do ses Maximes; — et il réussit bien à montrer que tous les autres chapitres se subordonnent au dernier; — mais non pas qu'il y ait entre eux un ordre, ou une gradation, ou un rapport perpétuel à son idée principale. — Qu'il vaut d'ailleurs la peine de noter que cette idée principale est déjà « toute laïque » ; — la religion de La Bruyère étant d'un degré moins chrétienne que la religion de Malebranche; — si môme on ne peut l'appeler une religion purement naturelle. — Des Dialogues sur le quiétisme; — et qu ils n'ont rien ajouté à la gloire de La Bruyère.

30 Les Œuvres. — Nous avons énuméré toutes les Œuvres de La Bruyère.

Les éditions à consulter sont, depuis la première, celle de 1688, rééditée de nos jours dans le Cabinet du bibliophile, Paris, 1868, toutes les éditions qui ont suivi, jusqu'à la neuvième inclusivement, celle de 1696.

Nous nous bornerons à citer, parmi les éditions modernes — l'édition Walckenaër, 1845; — l'édition Destailleur, 1854; — et l'édition G. Servois, dans la collection des Grands Écrivains de la France, Paris, 1865-1878, Hachette.

Deux éditions « classiques » méritent aussi d'être mentionnées : — l'édition Ilémardinquer, 1849, 1854, 1872, 1890, Delagrave ; — et l'édition Rébelliau, 1890, Hachette,

celle de la fondation de l'Académie française, en 1635, et non moins significative. Que Boileaii rime donc, s'il lui plaît, sa Satire des femmes :

Bon ! c'est celte savante

Qu'estime Roberval et que Sauveur fré([uenlo;

la géométrie n'en intéresse pas moins désormais jusqu'aux femmes; et le spectacle d'une « dissection », que Molière trouvait si comique, lorsqu'il le faisait offrir par Thomas Diafoirus à l'Angélique du Malade imaginaire, est maintenant le spectacle oii le sexe court en foule. Ce qui paraît naturel, c'est d'être, comme le dit l'anatomiste Du Yerney, présentant îi la duchesse du Maine

VIII. — François de Salignac de la Mothe-Fénelon [dià- Icau de Fénelon, près de Sarlal, 1G51 ; -[ 1715, Cambrai^.

1" Les Sources. — La volumineuse et intéressante Correspondance de Fénelon, faisant suite à la grande édition des OEuvres dite é'dition de Versailles, 1820-1830, et complétée, jusqu'à nouvel ordre, par un assez grand nombre de Lettres publiées sous les dates de 18'i9, 1850, 185;]. 18G9, 187:} et 18U2.

La Harpe, Kloge de Fénelon, 1771; — d Aleuïbert, Eloge de Fénelon, 177'i: — cardinal de Bansscl, Histoire de Fénelon, îi*" édition, 1817; — abbc" (iossclin, Histoire littéraire de Fénelon, 18'i3;

— Sainle-lk'uvc, Causeries du l.undi, t. If, 1850, et t. X, 185'i; — V. .lanet, Fénelon, dans la colb'ction des (îrnnds Ecrivains français, Paris, 1892.

O. Douen, l Intolérance de Fénelon, '1" l'clilion, Paris, 1875.

Tabaraud, Supplément aux histoires de liossuet et de Fénelon, Paris, 1822; — A. Honnel, la Controverse de liossuet et de Fénelon sur le f/uiétisme, Màcon, 1850; — Algar (irivoau, Etude sur la condamnation du livre des Maximes des saints, Paris, 1878; — Guerrier, Madame (iuyon, sa vie et sa doctrine, Paris. 188! ;

— Crouslé, Fénelon et liossuet, Paris. lH«.>i. Lnimanuel de Hroglic, Fénelon à Camhrai, Paris, 188'». Albert Le Hoy, Ea France et Home de l'JII) à 1:15, Paris, 1892. Voyez pucore, avec précautions, les Mémoires de Saint-Simon;

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M"° de Launay, « la fille de France qui connaît le nn< ux le corps humain )) ; et, au contraire, ce qu'on trouve étrange, c'est qu'il se trouve encore, pour admirer Pindare, des hommes qui se croient du jugement et du goût. Nous sommes les gens de maintenant! et ce qu'il nous faut avant tout connaître, c'est le monde où nous vivons, dont nous sommes. Que peuvent en savoir? que peuvent là-dessus nous apprendre Aristote, qui était de Stagyre, et Cicéron qui était d'Arpinum?

On ne tarde pas h voir l'effet de ces idées nouvelles, ou, pour mieux dire, de cette nouvelle orientation de la curiosité, jusque chez les partisans eux-mêmes de l'antiquité, dans les Caractères de La Bruyère, par exemple, ou dans

— les Lettres de la duchesse d'Orléans; — et La Beaumelle : Mémoires et Correspondance de Madame de Maintenon.

2" L'Homme et I'Ecrivain. — D'un écrivain de plus qui ne ressemble point à son style; — et qu'autant il y a de douceur ou d'onction même dans le Télémaque, autant le vrai Fénelon fut dur, imployable et cassant. — Si l'on ajoute, à ce trait essentiel, une très haute idée de soi-même, de sa race, et de sa dignité personnelle ; — une préciosité naturelle qui se traduit par le goût des opinions rares et singulières ; — enfin une espèce d'insincérité dont il n'a presque pas conscience; — on aura le premier Fénelon, — dont le second ne s'est dégagé ciuc très tard; — et on ne l'aura pas tout entier, le personnage étant étrangement complexe et ondoyant; — mais on aura de quoi le comprendre; — et de quoi ramener à une sorte d'unité, sa vie. son rôle et son œuvre.

A. La jeunesse de Fénelon. — Sa famille; — ses premières éludes : Cahors, le collège du Plcssis, et le séminaire de Saint- Sulpice. — Ses lettres de jeunesse [à Bossuet, à la marquise de Laval]; — et qu'elles sont marquées aux signes de la préciosité.

— Il est nommé directeur des Nouvelles catholiques. — S'il en faut croire Saint-Simon sur les intrigues de l'abbé de Fénelon pour se pousser? — et qu'en règle générale, il est toujours prudent de commencer au moins par ne pas croire Saint-Simon. — A-t-il seulement jamais vu Fénelon? — Qu'en tout cas Louis XIV

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le Tèlèmaque de Fénelon, qui datent respectivement, la dernière édition des Caractères, de 1696, et le Tèlèmaque de 1699. C'est La Bruyère qui a essuyé le premier les attaques ou les railleries des modernes; et, pour Fénelon, jusqu'à son dernier jour, il restera fidèle aux anciens. Mais à quoi s'intéresse effectivement La Bruyère? Il nous l'a dit en propres termes, dans un endroit bien curieux de son livre, qui n'est pas un livre, mais un recueil d'observations, d'observations directes et d'observations précises sur ses contemporains. « 11 se fait dans tous les hommes des combinaisons infinies de la puissance, de la faveur, du génie, des richesses, des dignités, de la noblesse, de la force, de l'industrie, de la capacité, du vice, do la

a commence par se défier de Fénelon; — qu'il n a jamais, eu dépit de ses premiers succès oratoires [Cf. le Sermon pour la fête de l'Epiphanie, 1685], — appelé à prêcher à la cour; — et auquel, après les succès de sa « Mission de Saintonge », 1686-1687, — il u a jamais voulu conférer ni l'évèché de Poitiers, — ni celui de la Rochelle. — Comment Fénelon a triomphé des préventions du prince; — par 1 intermédiaire du duc de Beauvilliers ; — par l'intermédiaire de M"^'' de Maintenon; — et par lintermédiaire enfin de Bossuel. — Il fait partie de 1 entourage ordinaire de Bossuel.

— Il écrit pour lui, contre Malehranche, la Itôfutation du Traité de la nature et de la grâce. — Sa nomination de précepteur des enfants de France, 1689.

B. Ses premiers ous'rages. — Le Sermon pour la fête de l Epiphanie, 1685, — et qu'il marque j)res(jue une époque de léloquence de la chaire, — Sé(hiction, charme et noblesse de la manière de Kënolon. — Le Traité de l'éducation des filles, 1686; — et, à ce propos, du chemin accompli depuis ^loVivrc t'i ses Femmes savantes.

— Le Tèlèmaque, 169IJ 169'i? — et des principales questions qu'il soulève. — Quelle a été l'intention de FcMielon en l'écrivant?— Ps'y a-t-il pris qu'une satisfaction d artiste à « d(''{î^urer u l'antiquité selon limace cju il s'en formait ? — ou s'il y a mis une intention de satire? [(^f. la Lettre à Louis A'IV]; — à moins encore qu il n'y ait tracé son proi^ramme de gouvernement? — Quelle part Fénelon a-t-il prise à la publication de 1699.' — et ;'i cet égard d'une

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faiblesse, de la vertu, de la stupidité, de la pauvreté, de l'impuissance, de la roture et de la bassesse. Ces choses, mêlées ensemble en mille manières différentes et compensées l'une par l'autre^ forment aussi les différents états et les différentes conditions . » Et ce sont, dirons-nous après lui, ces mille combinaisons qu'il aime à démêler dans ses Caractères^ les différentes conditions, les différents états, et non plus « l'homme en général ». Non seulement il peint d'après nature; mais c'est véritablement de « l'actualité » qu'il s'inspire, et toute son ambition n'est que de représenter au vif « les mœurs de son temps ». Telle est aussi la grande raison du grand succès de son livre. On y reconnaît les gens de son quartier. Voilà

phrase étrange du Mémoire où il se disculpe d'y avoir pris la moindre part : — « il a mieux aimé, dit-il, le laisser paraître informe et défiguré que de le donner tel qu'il l'avait lait ». — Si le copiste infidèle qu'il accuse de lui avoir dérobé son manuscrit n'a pas été bien inspiré de ne le publier qu'après la nomination de fénelon au siège de Cambrai, 1695? — et Fénelon lui-même encore plus heureusement d'avoir attendu jusque-là, — depuis deux ans que traînait l'affaire du quiétisme, — pour entrer eu lutte avec Bossuet?

C. Les grands combats. — L'affaire du quiétisme [Cf. ci-dessus l'article de Bossuet]. — Difficultés de la situation de Fénelon. — Sa politique dilatoire; — et sous les apparences de la douceur, — sa résistance invincible. — Le fond de la controverse et la question de l'amour pur, ou désintéressé. — Ce que la doctrine avait de séduisant pour l'àme aristocratique et singulière de Fénelon, — La politique s'introduit dans l'affaire. — Ambitiou de P'énelon ; — et qu'elle est surabondamment prouvée ; — par sa Lettre à Louis XIV; — son Télémaquc, et ses Tables de Chaulnes. — L'utopie de Fénelon ; — et son caractère rétrograde. — S'il faut regretter que son élève n'ait pas régné? — La condamnation du 12 mars 1699 et les Lettres patentes du 14 août. — L'exil de Cambrai. — Du fond de son exil Fénelon continue d'entretenir des relations avec son parti [Cf. sa Correspondance avec le duc de Bourgogne], — et de dessiner le plan de son gouvernement futur. ^— Sou combat contre le janséuisme; — et du peu de scruptilc

Diphile^ et voici Théodcctel On sait qui est Irène, qui Laïs, et qui Cêsonie. C'est ce qui amuse; c'est ce qui instruit; c'est ce qui nous apprend en combien de manières un homme peut difTérer d'un homme; et s'il se plaint après cela que « les grands sujets lui soient interdits », laissons passer cinq ou six ans encore, et Fénelon les aborde dans son Têlémaque.

Je ne crois pas qu'il y ait de livre, de livre célèbre, et justement célèbre, où l'antiquité nous soit présentée sous de plus fausses couleurs que dans le Télèmaque\ non! pas même le Cyriis ou la CJèlie de M^'*^ de Scudéri, dont aussi bien il procède autant que de Sophocle ou d'Homère. Bossuet le trouvait « indigne » d'un prêtre, et je

dont il y a fait preuve. — Qu'il est peruiis d'y voir uuo revanche de sa défaite; — et eu tout cas tout un côté de sa politique. — Imprudence de cette politique; — si la destruction de Porl-Royid n a pas moins contribué que la révocation do ledit de Nantes à frayer les voies au libertinage. — Espérances que conçoit Fénelon à l'époque de la mort du Dauphin [Cf. lettre du l'i avril 171 Ij; — cest à ce moment même qu'il rédip^e ses Tables do C/inuInrs. — Mort du duc de Bourf^ogne [février 1712.

D. Les doviiièros annrcs ilv Fônclon. — Une fois tombées les espérances qui l'avaient soutenu pendant quinze ans, — il ne s abandonne j)as lui-même; — et au contraire il eu accepte l'anéantissemenl connue \\\\ décr«'t do Dieu sur lui [Cf. sa Correspondance, années 1712, 1713, 171'i|. — Son mot au duc de Chaulnes : « O mon cher duc, mourons de bonne foi » [n)ars 1712;; — et oi\ peut dire qu à dater de ce moment, il ne fait ])lus (pie se pn'parer passionnément à la m()rl. — Il essaie bien (le se <Iislraire; — et compose sa Lettre sur les occupations de l'Académie française, 171'»; — pcul-èlre aussi retouche-t-il ses l)ialo};ues de l'éloquence; — et son Traité de V L.ristence de l)iru. — Il continue encore de combattre les restes du jansénisme; — et administre admirablement son diocèse. — Mais il est touché- à mort ; — et fl'anné'c en anm-e, pr<*s(|ue de mois en nu)is, rien n Cst un phis beau spectacle que son (b'-pouillemeut successif «le lui-nu''me.

E. De (/urlffucs autres ouvrages dr Fénelon. — La Lettre sur lea

crains bien qu'il n'eût raison. Mais lisez-le comme il faut le lire, en le remettant à sa date, et l'aspect en est aussitôt modifié. Comme La Bruyère, ce sont aussi des « portraits », et des « portraits contemporains » que Fénelon nous trace. Il est Mentor, et son Télémaque est le duc de Bourgogne. Il fait la leçon à son prince, et il la lui fait moins sur la morale que sur l'article du gouvernement.

Le conte fait passer le précepte avec lui.

Il a des vues d'homme d'état, et elles peuvent bien être « chimériques », mais le rapport en est étroit avec l'état de la France de son temps. C'est donc aussi de a l'actua-

occupations de l'Académie française; — et qu'on y retrouve à la fois l'esprit rare et singulier de Fénelon. — Son jugement sur la poésie française; — qu'il plaint d'être soumise aux lois de la versification. — Son jugement sur Molière. — Son Projet d'un traité sur l'histoire. — Ses Dialogues sur l'éloquence [parus en 171S ;

— et qu'ils contiennent sur ou contre l'éloquence de la chaintoutes les objections que Voltaire relèvera soigneusement un jour;

— qu'à ce titre, ils sont d'un bel esprit plutôt que d'un évèque;

— et souverainement injustes en ce qui regarde Bourdaloue. — Fénelon est même déjà de l'avis d'un critique de nos jours ; — et on lui ferait presque dire avec Edmond Scherer : « que le sermon est un genre faux ». — Du Traité de l'existence de Dieu; — et, dans la première partie du livre, de l'influence du mouvement scientifique du temps. — Comparaison de la seconde partie avec les Entretiens sur la métaphysique de Malebranche; — et de la facilité qu'il y aurait d'en tourner plus d'une page au sens du panthéisme.

On ne peut après cela se dispenser d'ajouter : — que, si le style de Fénelon n'est pas t l'homme »; — et s'il ne lui ressemble qu'en ce qu'ils ont tous les deux de merveilleusement ondoyant; — un charme très vif s'en dégage; — une sorte d'optimisme social; — et un sentiment très vif aussi de ce que l'on appellera l'humanité.

— Fénelon est en effet très bon; — pour tous ceux qui reconnaissent sa supériorité; — et il est aussi très sensible. — Ce sont

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lité n qu'il s'inspire. Il tend vers un but, et ce but n'est pas éloigné, mais prochain; ni vague, mais précis. Comment donc les contemporains n'auraient-ils pas lu le Télémaque avec passion? n'y auraient-ils pas vu que c'était d'eux qu'il s'agissait.^ n'auraient-ils pas cherché h deviner sous les leçons du précepteur ce que serait le gouvernement de son royal élève? C'est ainsi que, comme les Caractères^ le roman de Fénelon répond à ce besoin nouveau de connaître ou de savoir. C'est le livre d'un réformateur, et quoique d'ailleurs l'idéal aristocratique de l'archevêque de Cambrai soit tout entier dans le passé, nous le savons bien aujourd'hui, mais personne alors ne s'en aperçoit. Il intéresse les hommes de son temps à

évidemment les caractères qui lui ont valu sa réputation de philosophe ou même de philanthrope [Cf. La Harpe, dans son Eloge, el le Fénelon de Marie-Joseph Chcnier]; — et ainsi, de lui comme de Bossuel , on sest formé une idée qui n'est d'ailleurs fausse qu'autant qu'on veut conclure de la nature de leurs écrits à colle de leur vrai caractère.

F. Les Œuvri:s. — Elles se divisent, ou plutôt on l(>s a divis('es, dans 1 édition de Versailles, en cinq classes :

|o Ouvrages de théologie et de controverse, «lont les principaux sont le Trtiité de l'existence et des attributs de Dieu, 1712, 17IH; — la Lrttrr à l'éséque d'Arras sur la lecture de l'/ù'riture sainte en langue vulgaire, 1707, 1718; — «l la Jiéfutation du Traité de la nature rt de la grâce, (\u\ n a paiii ponr la pi-enuère fois qu'en 1820 ;i. \, II et Mil. — Les tomes IV, V, M, VII, VIII et IX sont remplis par les dillérrnts écrits de l'»'nelon sur le sujet du quiétisme, ;i l'exception des Ma.riines des saints: — et les tomes X. XI, XII, XIII, XIV, XV et XVI par s<>s ('-crits sur on contre le jansénisme.

2" Ouvrages de morale rt de spiritualité, comprenant : — les Sermons, dont les principaux sont le Sermon pour l'Ej)iphanie, 1085, et le Sermon pour le sacre de l'h'lecteur de Cologne, 1707; — des Lettres sur divers points de spiritualité. 1718, 17;{8; — et, on ne sait trop pourtpioi, le Traité sur l'éducation des filles, 1687 t. XVII et XVIII,.

eux-mêmes; et c'est précisément ce que lui demandait la coterie des modernes.

D'antres œuvres encore, dont le mérite littéraire est moindre, ne sont pas moins significatives de la transformation qui s'opère; et dût-on y voir un peu d'irrévérence, il y a plus d'intérêt encore et plus de vérité que d'irrévérence, h rapprocher du roman de Fénelon et des Caractères de La Bruyère la comédie de Dancourt. C'est effectivement dans le théâtre de Dancourt, dans ses « levers de rideau )> comme dans ses grandes pièces, — dans son Moulin de Javelle^ dans sa Foire de BesoiiSy dans ses Vendanges de Suresne, comme dans son Che- \>aUer à la niode^ dans sa Femme d'intrigues, dans ses

3-^ Recueil des Mandements de Fénelon, 1701 à 1713 [t. XVIII].

4° Ouvrages de littérature, comprenant les Fables, au nombre de trente-six ; — les Dialogues des morts, vraisemblablement imités de ceux de Fontenelle, et publiés successivement au nombre de quatre en 1700, — quarante-sept en 1712, — soixante-neuf en 1718, — soixante-quatorze en 1787, — et quatre-vingt-un en 1823; — les Aventures de Télémaque, 1699 et 1717; — les Dialogues sur l'éloquence, 1718, et divers opuscules, dont \a Lettre sur les occupations deV Académie française, 1716 [t. XIX, XX, XXI et XXII].

5° Ecrits politiques^ comprenant divers Mémoires concernant la guerre de la succession d'Espagne ; — V Examen de conscience sur les devoirs de la royauté; — et l'Essai philosophique sur le gouvernement civil, qui n'est point de Fénelon, mais du chevalier de Ramsai, < d'après les principes de M. de Fénelon », Londres, 1721 [t. XXII].

Il y faut joindre la Correspondance, en douze volumes, ainsi divisés : Correspondance avec le duc de Bourgogne [t.I]; — Lettres diverses [t. II, III, IV] ; — Lettres spirituelles ou de direction [t. V et VI]; — Lettres relatives au quiétisme [t. VII, VIIT, IX, X, XI]. — Le tome XII contient une bonne lievue des ouvr;iL;«'s de F'énelon ; — et les Tables des trcMite-trois volumes.

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