‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 56 sur 85 · IV. — Les premières difiBcultés de l'Encyclopédie · texte numérisé non relu

IV. — Les premières difiBcultés de l'Encyclopédie

Si les jésuites qui rédigeaient le Journal de Trévoux ont été jaloux du succès de l'Encyclopédie! [Cf. Diderot, Lettre au P. Berthier, t. XIII des OEuvres; Voltaire, le Tombeau de la Sorbonne, t. XXXIX; et d'Alembert, Sur la destruction des Jésuites]. — La thèse de l'abbé de Prades, collaborateur de l'Encyclopédie pour la théologie; — et sa condamnation en Sorbonne [Cf. Picot, op. cit., III, 185], — Jésuites, jansénistes et gens en place en prennent

« nationale » nous n'avons pas subi l'influence anglaisej mais quand l'idéal classique a commencé de se déformer, l'influence anglaise a passé aussitôt par la brèche, qua data poj'ta, et elle est devenue souveraine. C'est ce qui nous permet d'en mieux voir les effets et de dire qu'ils n'ont pas d'abord été très heureux.

« Nous avons pris des Anglais les annuités, les renies tournantes, les fonds d'amortissement, la construction et la manœuvre des vaisseaux, l'attraction, le calcul différentiel, les sept couleurs primitives, l'inoculation. Nous prendrons insensiblement leur noble liberté de penser, et leur profond mépris pour les fadaises de l'école. » C'est Voltaire qui écrivait en ces termes à Helvétius, en oubliant d'ajouter que, pour son compte, et de plus, il avait pris Micromègas à Swift, son Poème de la loi naturelle à

occasion pour s'élever contre Y Encyclopédie. — L'abbé de Prades, exilé de Paris, part pour Bei-lin; — Voltaire s'emploie pour lui auprès de Frédéric; — et à celle occasion entre pour lu j>reniière fois en rapports un peu étroits avec d'Alenibert et Diderot. — \j Encyclopédie est « supprimée » par arrêt du Conseil, 1752 [VA. Mémoires de Barbier, t. V; et de d'Argenson, t. Yllj. — Mais comme elle a des protecteurs en cour, — dont M""" de Pompadour, <jue Quesnay, son médecin, intéressi» à l'entreprise; — et dans le nnnislèrc, dont .M. de MalesluM-bes lui-même \VA. M'"« de Vandeul, Mémoires sur Diderot^ on laisse continuer la publication; — et les tomes III, IV, V, VI et VII se succèdent régulièrement de I75;{ à 1757. — Les Lncyclopédistes profilent des conflits du parlement et de la cour, 1756 \{\\'. Uocquain, l Esprit révolutionnaire, elc. ); — leurs imprudences iA, l'article Encyclopédie \ — et leurs aveux,

— Le pamphlet de l'avocal Moreau : Mémoires pour servir à l'/iistoire des Cacouacs, 1757; — et 1 article (îenèvo. — Réclamation des pasteurs de (ienève, indigni's d'être loués de leur tendance au « socinianismc ». — Intervention de Voltaire et de Kousseau dans la querelle; — Rousseau écrit sa Lettre sur les spectacles, 1758.

— Découragement de d'Alemhert. — Diderot publie son ]*èrc de famille, et Helvétius son livre de \ Esprit, I75H. — Mandement de rarchevcque de Paris. — Le Parlement évoque à lui l'aHaire; —

Pope, et Zaïre à Shakespeare. Et, lui-même, ayant pillé Shakespeare, il eût sans doute bien fait de ne pas détourner ses contemporains de l'une des sources de poésie les plus profondes et les plus pures qu'il y ait au monde. Mais si nous examinons ce qu'il appelait la « noble liberté de penser » des Anglais, nous trouvons que c'est l'agressive incrédulité des Bolingbroke, des Collins, des Toland. Et quant au « mépris des fadaises de l'école » c'est sans doute le nom qu'il donne à l'étroit utilitarisme de Locke : « Il n'y a de connaissances vraiment dignes de ce nom que celles qui conduisent à quelque invention nouvelle et utile, et qui nous apprennent à faire quelque chose mieux, plus vite, ou plus facilement qu'auparavant » [Cf. Joseph Texte, loc. cit. y p. 100]. La conclusion est-elle difficile il tirer? Entre 1730 et 1750 la pensée anglaise a tout

on lie le sort de l'Encyclopédie à celui du livre d'Helvétius. — Réquisitoire du procureur général; — condamnation de l'Encyclopédie; — et révocation définitive du « privilège », mars 1759. — Rétractation piteuse d'Helvétius; — retraite de d'Alembert; — et défection de Rousseau.

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