III. — La dernière époque de la vie de Voltaire
1® Lks Sources. — [Cf. ci-dessus : La I'kkmiî.iu: ivotivi: dk la vu: DR Voltaire].
2® La royauté de Ferney; — et que celle expression n'a rien d'exagéré si l'on considère : — la situation même de l'erney [Cf. Correspondance, '2\ décembre 1758J; — les relations cjue Voltaire a su s'assurer tant avec le roi de Prusse qu'avec l'impératrice de Russie;
impuissant de l'avocat Moreau : Mémoire pour sentir à Vhistoire des cacoiiacs^ 1757, sans discerner d'ailleurs très nettement si l'on y riait de l'auteur ou de ceux qu'il attaquait. Mais ce que l'on voyait très bien, c'est qu'aucune de ces critiques, sérieuse ou plaisante, n'atteignait le fond des choses, n'en approchait seulement de loin ; et non moins fiers de l'inutilité des efforts de leurs adversaires que de leurs propres talents, la réputation des Encyclopédistes et la fortune de V Encyclopédie s'accroissaient, se fortifiaient, et se consolidaient par ces efforts mêmes.
« C'est à ce moment même, écrit Garât, qu'une voix qui n'était pas jeune et qui était pourtant tout à fait inconnue, s'éleva, non du fond des déserts et des forêts, mais du sein même de ces sociétés, de ces académies et
— sa réputation croissante; — et l'espèce de consécration que lui donnent son intervention dans l'aCTaire des Calas [Cf. Athanase Coquerel, Jean Calas et sa famille, 2° édition, Paris, 1869]; — et dans celle des Sirven [Cf. Camille Rabaud, Etude historique sur l'avènement de la tolérance, 2^ édition, Paris, 1891]. — Il eu profite aussitôt pour publier ses Anecdotes sur Fréron, 1761 ; — ses Lettres sur la Nouvelle Ilcloïse, 1761 ; — son Éloge de Crébillon, 1762; — et sa Relation du voyage de Pompignan, 1763; — qui ne sont qu'autant de recueils d'injures à l'adresse de tous ses adversaires. — Il reçoit en même temps les « philosophes » à Ferney;
— continue de faire des tragédies, Olympie, 1762; — des Contes, Jeannot et Colin, 1764; — écrit sa Philosophie de l'histoire, 1765;
— son Dictionnaire philosophique, 1765 [Cf., pour le discernement des parties successives de ce Dictionnaire, Beuchot dans son édition, t. XXVI, et Bengesco, t. III] ; — et correspond avec tout Punivers. — Son intervention dans l'affaire du chevalier de la Barre [Cf. Cruppi, V Avocat Linguet, Paris, 1895; et Edouard Herz, Voltaire und die Strafrechtspfîege, Stuttgart, 1887]; — et son Commentaire du traité des délits et des peines [de Bcccaria], 1766. — L'occasion lui paraît propice pour attaquer à fond le christianisme; — et tous les moyens lui deviennent bons ; — encouragé qu'il est à la fois par les instigations de Frédéric, — et P « avènement » de laDuBarry,
de cette philosophie où tant de himières faisaient naître •et nourrissaient tant d'espérances... et au nom de la vérité, c'est une accusation qu'elle intente, devant le genre humain, contre les lettres, les arts, les sciences et la société même » [Cf. Garât, Mémoires sur M. Suard, t. I, p. 164J. Et — renseignement précieux! — « ce n'est pas, ajoute-t-il, comme on le dit, le scandale qui fut général; c'est l'admiration et itne sorte de terreur qui furent presque universelles «. Il faut rapprocher ce passage d'un endroit des Confessions : « Audacieux, fier, intrépide, écrit Rousseau, je portais partout une assurance d'autant plus ferme qu'elle était simple et résidait dans mon âme plus que dans mon maintien. Le mépris que mes profondes méditations m'avaient inspiré pour les mœurs, les maximes et les préjugés de mon siècle me
1769. — Son Histoire du parlement le remet en grâce auprès des puissances. — Publication des Questions sur lEncyclopédie, 1770-1772. — Sou intervention dans les affaires Montbailly, 1770; — Morangiés, 1772; — Lally, 1773 [procès de rchabililalion] ; — des serfs de Saint-Claude, 1770-1777; — et comment lindéconce de ses plaisanteries habituelles gâte l'efTet de son dévouement. — Ses relations avec Turgot, 1770. — Les derniers écrits de Voltaire. — Son Commentaire sur l'Esprit des lois^ 1777, et sa dernière escarmouche contre Montes(juieu. — Ses dernières Itemarques sur les Pensées de Pascal, 1777; — et de lintérèl qu'en oflVe le raj)pro- •cheraeni avec les premières; — qui sont de cinquante ans antérieures. — Les Dialogues d'Jù'hémère, et le Prix delà Justice et de l'humanité^ Mil . — Ses démarches pour obtenir qu'on le laisse rentrer à Paris. — Il quitte Ferney le 5 février 1778; — et arrive h Paris le 10 du même mois.
IsOEuvre philosophique de Voltaire; — et (jue sans vouloir «n exagérer 1 importance, — elle a toutefois plus de portée; — mais surtout plus de coh<'sion (|u on no le croit quchpiefois ; — -et que l'objet n en diffère de celui de .Montesquieu que dans la mesure où diffèrent leurs tempéraments. — Trois itfc'-es maîtresses ressortcnt en effet de son Dictionnaire philosophique comme de ses tragédies; — et de son Candide ou de son Ingénu non moins
rendait insensible aux railleries de ceux qui les avaient^ et j'écrasais leurs petits bons mots avec mes sentences^ comme j'écraserais un insecte entre mes doigts » [Cf. Confessions^ partie II, livre 9, sous la date de 1756]. Il a raison, et Garât aussi. C'est le mépris de «leurs mœurs », de leurs « préjugés », de leurs « maximes, » qui ont détaché violemment Rousseau de ses anciens amis les philosophes. Il a ouvert, à lui tout seul, une route nouvelle. Et, parce qu'ils le verront bien, ou plutôt, et avant de le voir, c'est parce qu'ils s'en doutent, c'est pour cela que tous ensemble, les Marmontel et les Morellet, les- Grimm et les Diderot, d'Alembert, la société du baroD d'Holbach et celle de M™* d'Epinay, Voltaire lui-même^ à dater de la Lettj-e sur les spectacles^ 1758, — qui est la déclaration de guerre du « citoyen de Genève », — ils
clairement que de son Essai sur les mœurs; — dont la première serait précisément le respect de l'institution sociale ; — si d'ailleurs ce mot de « respect » ne jurait avec la manière de Voltaire Mais sa philosophie n'en est pas moins une philosophie sociale;
— et l'on a pu dire de lui qu'il avait été « conservateur en tout^ sauf en religion ». — Si en effet il n'ignore pas que les hommes ne valent pas grand'chose [Cf. Candide et l'Histoire d'un bon Bra~ min\\ — il n'en considère pas moins « qu'on peut les dresser à la raison comme à la folie » ; — et qu'en cela même doivent consister l'œuvre de la civilisation [Cf. ses Remarques sur les pensées de Pascal]; — et l'objet de la société [Cf. VA, B, C]. — C'est ce qui le sépare profondément de Rousseau; — et bien mieux que l'opposition de leurs intérêts; — c'est ce qui explique la violence de leursdisputes; — Voltaire ayant toujours vu la condition des seuls progrès dont les hommes soient capables, — dans ce qui est aux yeux de Rousseau la cause de leur « dépravation ». — Cette première idée le conduit à une autre, qui est de poursuivre à outrance^
— et malheureusement par tous les moyens, — tout ce qu'il trouve (\ irrationnel, ou seulement de déraisonnable dans l'organisation de la société; — et de là ses attaques à une « justice »
— dont il avait lui-même éprouvé l'injustice; — de là ses déclamations contre la guerre, — qu'il impute sans hésitation ni réflexion
vont former contre lui la plus compacte et la plus acharnée des coalitions.
On discute encore quelquefois l'inutile question de savoir qui des deux, de Diderot ou de Rousseau, a comme qui dirait le premier « retrouvé » cette idée de « nature », contre laquelle trois ou quatre générations d'écrivains et de penseurs avaient jusqu'à eux si vigoureusement réagi? Admettons que ce soit Diderot, et, aussi bien, puisqu'il en a revendiqué la gloire, admettons qu'il ait « pâli » sur les premiers ouvrages de Rousseau, il eût donc bien fait en ce cas de nous expliquer comment aucun de ses ouvrages, à lui, Diderot, n'a produit la même impression a d'admiration et de terreur universelles » que les deux premiers Discours de Rousseau. Que ne se vante-t-il aussi d'avoir pâli sur VE/nile, sur le Contrat social, sur les
à des mobiles toujours bas et intéressés; — de là ses attaques à la religion, qu'il considère à la fois comme inhumaine, irrationnelle, et « bonne pour la canaille n [Cf. à cet égard Dieu et les hommes, Y Examen de Mylord liolinghroke, et dix autres pamphlets]. — Mais après cela, comme il est Voltaire, — c'est-à-dire trop perspicace pour ne pas savoir ce que vaut une religion comme « principe réprimant ». — il croit à l'existence d'un « Dieu rémunérateur et vengeur», — qui implique la croyance à l'immortalité de l'âme;
— ainsi qu'à la Providence; — et généralement à tout ce qui constitue la « religion naturelle » ; — y compris la confiance au « Dieu des boniies gens » ; — avec celle arrière-pensée que, de tous les mortels, ce Dieu n'en regarde aucun avec plus de bienveillance que les amis des lumières; — quand surtout ils écrivent eu vers; — et qu'ils font des tragédies.
Il n'a d'ailleurs pas vu qu'il n'y n pas de « religion naturelle » ;
— pas plus qu'il n'y a pas de « nécessité libre » ou de « hasard constant »; — l'association même de ces idées (Hant contradictoire dans les termes; — toutes les vérités qu'enseigne la religion naturelle lui venant d'une autre source qu'elle-même; — et n'étant qu'une « laïcisation » des enseignements de quelque religion a révélée ». — Il n'a pas vu davantage que, — si la raison peut atteindre quelques-unes des vérités constitutives de la religion, —
Lettres de la montagne? Mais la vérité, c'est qu'en s'empa-
rant de cette idée de « nature » Rousseau en a saisi toutes-
les conséquences, y compris celles que l'imagination trop
prompte et trop fuligineuse de Diderot n'avait point vues;
il l'a faite sienne, vraiment sienne, uniquement sienne h sa
! date: et l'échauffant alors de l'ardeur de ses rancunes, de I . , . . . .
ses haines, de son orgueil, l'enrichissant, pour ainsi parler,
de sa propre substance, et lui communiquant la flamme I de son éloquence et de sa passion, il lui a donné un j degré d'importance et une vertu de contagion qu'elle \ n'avait jamais encore eus.
Considérons en effet, que, de la manière qu'il opposait la nature, non plus comme autrefois les Rabelais ou les Montaigne, aux vices qui la déshonorent, mais à l'art luimême, Rousseau décrétait, pour son coup d'essai, non seu-
ce n'en sont point les plus hautes; — ni surtout les plus efficaces;
— et que la croyance en un « Dieu rémunérateur et vengeur » ne pouvant être un principe ni surtout un mobile d'action, — mais uniquement un motif de ne pas faire, — ne saurait suffire à fonder la morale; — laquelle devient donc ainsi purement sociale; — et conséquemment relative, diverse et changeante. — Qu'au surplus, dans sa polémique injurieuse et grossière contre le christianisme, — il a manqué non seulement de justice, mais de loyauté;
— en méconnaissant la supériorité du christianisme sur le mahométisme, par exemple, ou sur le paganisme; — si, du point de vue purement historique ou humain, le christianisme a renouvelé la face du monde, — et si d'autre part l'intolérance et le o fanatisme » ne l'ont point attendu pour se déchaîner parmi les hommes.
— Il ne semble pas en effet qu'une ardeur de prosélytisme ait précipité les Perses contre les Grecs ; — ni que les partisans de Marins ou de Sylla se soient enlr'égorgés pour une question de dogme,
— Et ce qu'enfin il a vu moins clairement encore que tout le reste,
— c'est que, dans cette société môme, la raison toute seule n'a jamais rien fondé de vraiment durable; — si même on ne peut dire qu'elle tend plutôt à l'anarchie qu'à l'union. — C'est ce qu'avaient fortement établi les Bossuet et les Pascal ; — que pour ce motif Voltaire a tant combattus, sans les avoir toujours com-
LA DÉFORMATION DE l'idÉAL CLASSIQUE 351
Icmcnt de caducité, mais d'erreur originelle tout ce qu'on avait fait depuis deux cent cinquante ans, pour « artialiser la nature ». On se trompait depuis plus de deux siècles! Il n'y avait qu' « erreur et folie dans la doctrine des sages » de Y Encyclopédie. On ébranchait les préjugés sans en atteindre ou sans en voir seulement la racine, et comment voulait-on qu'elle ne poussât pas d'âge en âge de nouveaux rejetons? « Dites-nous, célèbre Arouet, combien vous avez sacrifié de beautés fortes et mâles à notre fausse délicatesse? » [Cf. Lettre sur les spectacles et rapprochez Nouvelle Héloïse, partie II, lettres 14, 17, 21]. Ou, en d'autres termes, dites-nous combien votre art, en exigeant de vous des concessions que votre nature lui eût certainement refusées, a rabaissé votre génie. Vous avez dit, non ce que vous aviez à dire, mais ce que vous avez cru qui plairait à
pris. — Incomparable pour saisir avec rapidité les aspects superficiels et la ressemblance extérieure des grandes choses, — Voltaire n'a jamais eu la force de méditation; — il no s'est jamais donné les loisirs studieux qu'il faut pour les approfondir;
— et c'est ce que de bons juges veulent dire, — quand ils lui refusent le litre de philosophe ou de penseur, — et qu'ils appellent son œuvre « un chaos d idées claires » [E. Faguet].
Mais sa philosophie n'en forme pas moins un système lié ; — si peu de gens ont le goût d'approfondir les grandes questions;
— et si c est même cette disposition (ju'on peut appeler le voltairianisme. — 1-^Ile est assez générale; — et de dire qu'elle est naturelle à lesprit français, ce serait assurément trop dire; — mais une espèce d'épicurisme intellectuel nous y a de tout temps inclinés.
— Le génie de Voltaire est d'avoir incarné cette disposition; — comme personne avant lui, ni depuis ; — et le secret de son influence est de l'avoir consacrée, — par la triple autorité de son esprit ; — de sa fortune littéraire; — et de son succès mondain. — Il a fait le tour des idées de son temps [Cf. Taine, Wincicn liègimc] ; — toutes ou presque toutes il les a résumées sous « une forme portative » ;
— assez grossière quelquefois; — mais le plus souvent spirituelle, ingénieuse, plaisante; — généralement claire. — Il en a vu les rapports sommaires; — indiqué les liaisons suffisantes; — il les a
352 MANUEL DE l'hISTOIRE DE LA LITTÉHATURE FRANÇAISE
VOS contemporains. Vous ne vous êtes pas contenté de vouloir leur plaire, mais vous avez imité, vous avez subi, pour leur plaire, des modèles que vous n'aviez point choisis, que vous avez souffert que l'on vous imposât. Il vous fallait être approuvé du public! Né pour être vous-même, unique peut-être en votre espèce, vous avez accepté la tyrannie de la mode, et vous" avez mis votre gloire à ressembler à d'autres, aux autres, à tous les autres. Mais si c'est ainsi que l'art, bien loin d'aider en vous la nature, l'y a d'abord comprimée, puis asservie, et finalement pervertie, quel est le remède h ce mal, et quel enseignement votre exemple nous donne-t-il? C'est de retourner h la nature pour nous y conformer; et, rien qu'en posant ce principe, mais surtout en l'appuyant de ces « considérants », Rousseau renversait à la fois l'antique autorité des règles, le peu qui
rattachées, tellement qucllcment, les unes aux autres ; — et ainsi son mérite cmiuent est d'avoir soulagé ses lecteurs de ce que l'attention a nécessairement de pénible. — Il leur a procuré l'illusion de comprendre les grands problèmes; — et ils l'ont à leur tour admiré et aimé de se trouver eux-mêmes si intelligents. — C'est probablement quelque chose de cela que Gœthe voulait dire quand il l'appelait « le plus grand écrivain que l'on pût imaginer parmi les Français » ; — et, à ce propos, qu'avant d'accepter l'éloge, — où se mêle un peu d'envie peut-être, — il faut y faire attention; — et se demander s'il n'envelopperait pas, au fond, une critique assez méprisante, — de toute notre littérature et du génie de notre race.
Le retour à Paris et la mort. — Il ne reste -plus qu'à rappeler brièvement les circonstances du dernier séjour de Voltaire à Paris [Cf Desnoiresterres, Voltaire et la société française^ etc., t. VIIIJ. — Arrivé à Paris le 10 février, il descend à l'hôtel de Bernières; — où dès le lendemain affluent la ville et la cour, — l'Académie et la Comédie; — les musiciens et les philosophes; — l'ancien et le nouveau monde. — Une lettre de M'"^^ du Dcfland : « Il est suivi dans les rues par le peuple, qui l'appelle \ Homme aux Calas » ; — et, à ce propos, qu'il y a peut-être quelque exagération ■dans ce trait; — comme aussi bien dans la plupart des témoi-
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survivait du pouvoir de la tradition, et celui que la communauté s'arrogeait sur les sentiments de l'individu.
Car, nos sentiments c'est nous-mêmes, ou plutôt, chacun de nous n'est soi qu'autant que ses sentiments s'expriment en toute liberté, et c'est cette liberté même qui est la nature : « Nous naissons tous sensibles... Sitôt que nous avons, pour ainsi dire, conscience de nos sensations, nous sommes disposés à rechercher ou à fuir les objets qui les produisent. Ces dispositions s'étendent et s'afiermissent... mais contraintes par nos habitudes^ elles s'altèrent plus ou moins. Avant cette altération elles sont ce que j'appelle en nous la nature » [Emile y I, 1]. Qu'est-ce à dire, sinon qu'autant qu'à l'art en particulier a la nature » s'oppose à la civilisation en général? Rousseau le dit en propres termes :
gnagcs contemporains, — qui se plaisent à faire contraster l'enthousiasme de la ville avec la froideur de la cour [Cf. Grimm, ou plutôt Meister, et La Harpe, dans leurs Correspondances littéraires], — La journée du 30 mars : la séance de l'Académie; — et la sixième représentation â'/rène. — Le couronnement do Voltaire. — Il s'occupe de faire à Paris un étahlissement définitif.
— Sa visite à la loge maçonnique des Neuf Swurs. — On lui ceint le tablier « du frère Ilelvétius » ; — qu'il « veut baiser avant de le recevoir » [Cf. Desnoiresterres, VI H, p. l{05-307j.
— La séance du 21) avril à l'Académie des sciences. — Voltaire et Franklin. — La séance du 7 mai à l'Académie française, et le Projet (In Dictionnaire historir/ue. — Fatigues, maladie, et mort de Voltaire [30 mai 1778J, — La lettre de Tronchiu, sur les derniers instants de Voltaire [Cf. Desnoiresterres. Vlil, p. 364-366]; et s'il convient d en tirer le parti qu'on en a liri'-. — Légendes qui courent sur la mort de Voltaire; — et qu'il scmMe hicn qu'elles ne soient cpie des légendes.
3** Lks (LrvKKS. — Les OEuvrcs de Voltaire se composent de : lo Ses Poésies, comprenant de tout un peu : un poème épique, la Henriade; — des Odes, des Epitres, des Satires, des l'.pif^rammes, des Madrigaux, i\c9, Contes; — des poèmes didactiques ou philosophiques : tels que les Discours sur l'/ioninie, le Poème sur la loi
« Tout est bien, sortant des mains de l'Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l'homme... Les préjugés, l'àutTjrité, la nécessité, l'exemple, toutes les institutions sociales dans lesquelles nous nous trouvons submergés, étouffent en nous la nature » [Emile, I, 1]. Quel sera donc l'objet de la véritable éducation? Ce sera de nous débarrasser des préjugés qui empêchent en nous la nature de se développer conformément à elle-même. « Dans l'ordre naturel, les hommes étant tous égaux, leur vocation, commune est l'état d'homme, et quiconque est bien élevé pour celui-là, ne peut mal remplir ceux qui s'y rapportent... En sortant de nos mains notre élève ne sera ni magistrat, ni soldat, ni prêtre, il sera premièrement homine : tout ce qu'un homme doit être, il saura l'être au besoin tout aussi bien que qui que ce soit » [Emile , I, 1]. Avons-nous
naturelle, le Poème sur le désastre de Lisbonne, etc.; — des Traductions ; — et enfin sa Pucelle.
2° Son Théâtre, c'est-à-dire : des tragédies, dont les plus célèbres sont OEdipe, 1718; Zaïre, 1732; Alzire, 1736; Mahomet, 1741; Mérope, 1743; Sémiramis, 1748; l'Orphelin de la Chine, 1755; et Tancrède, 1760; — des comédies, dont il n'en a survécu pas une, à moins que ce ne soit l'Ecossaise, 1760, pour des raisons qui n'ont rien de littéraire; — et quelques opéras.
3° Ses Histoires, qui sont V Histoire de Charles XII, 1732; — le Siècle de Louis XIV, 1751-1752; — les Annales de l'Empire, 1753-1754; — l'Essai sur les Mœurs, 1756; — l'Histoire de Bussie, 1763; — et l'Histoire du Parlement, 1769.
4° Ses Contes en prose, dont les principaux sont : Zadig, 1747 ; — Micromégas, 1752; — Candide, 1759; — Jeannot et Colin, 1764; — l'Ingénu, 1767; — l'Homme aux quarante écus, la Princesse de Babylone, 1768 ; — et les Oreilles du comte de Che'sterfield,
5» Sou Dictionnaire philosophique, 1764; — et ses Questions sur l'Encyclopédie, 1770, tondus ensemble et réunis par ordre alphabétique, à partir des éditions de Kehl.
6° Son Commentaire sur Corneille, 1764.
7» Ses Mélanges, qui comprennent un peu de tout, eux aussi.
LA DÉFORMATION DE l'idÉAL CLASSIQUE 355
besoin de faire observer que c'est ici le renversement de l'ancienne discipline, celle qui se proposait avant tout de former l'homme pour la société? celui de l'ancienne morale, dont le principe était de substituer en nous des motifs généraux d'action à l'impulsion personnelle de l'instinct ? et le renversement de l'ancienne esthétique, dont le premier article consistait justement à se défier de la sensibilité comme étant de toutes nos facultés la plus ondoyante, la plus mobile, et la plus diverse?
Mais ce n'est pas tout encore, et l'homme n'étant pas h lui seul toute la nature, il reste à voir quels sont les rapports de la nature et de l'homme. Qu'est-ce donc que l'homme dans la nature? Si Rousseau s'était tout à l'heure emparé d'une idée de Diderot, c'est la grande idée de BufFon qu'il s'approprie maintenant, pour la pousser à
comme ses Poésies : de véritables ouvrages, comme ses Lettres anglaises, 173'i; son Traité de Métaphysique, 173't; son Traité de la Tolérance, 1763; — et de simples opuscules, de la dimension et du caractère de nos articles de journaux, comme ses plaisanteries sur Lefranc de Pompignan, les Car, les Quand, les Si.
On pourrait les diviser en Mélanges scientifiques \ — Mélanges philosophiques; — Mélanges historiques \ — Mélanges littéraires; — et Mélanf^es anti-religieux.
8° Sa Correspondance, — qui ne remplil pas moins de 20 volumes de l'cdilion Beuchot, 18 volumes de l'édition Moland, au total plus de 10 000 lettres, — et qui est loin d'être complète. Tous les jours en effet on publie de nouvelles lettres de Voltaire. Nous savons où il y en a des centaines d'inédites. VA quand on nous les aura données. on en découvrira probablement d'autres encore. C'est d'ailleurs une chose admirable (jue, de tant de K'itres, il n'y en ait presque pas une qui soit absolument insiLCiiiiianle, et c'est ce qui les distingue des Lettres de Rousseau, par exemple, et surtout de Montesquieu. Disons mieux, et si 1 on met à part qiiebpies Correspondances de femmes, ou |)lutùt les seules Lettres do M'"" do Sévigné, la Correspondance de Voltaire est un monument unique dans notre littérature; et, de son œuvre entière, la partie la plus vivante.
bout. La nature est la cause des effets que nous sommes. Nous sommes donc à son égard dans une dépendance entière; et par conséquent nous ne nous devenons intelligibles à nous-mêmes qu'autant que nous nous saisissons dans la complexité des rapports qui nous unissent h elle. Là même est le secret du bonheur. « Il n'est rien tel qu'un heureux climat pour faire servir à la félicité de l'homme les passions qui font ailleurs son tourment » [Nouçelle Héloîse, partie I, lettre 23] ; et c'est la nature seule qui a procuré h Rousseau lui-même « quelques instants de ce bonheur plein et parfait, qui ne laisse dans l'âme aucun vide qu'elle sente le besoin de remplir » [Cf. Lettres à M. de Malesherbes]. Livrons-nous donc à la nature, et ne faisons plus désormais consister notre orgueil h la dominer, mais notre sagesse à lui obéir. Ne