‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 62 sur 85 · IV. — Les Économistes · texte numérisé non relu

IV. — Les Économistes

1» Les Sources. — Grimm, dans sa Correspondance littéraire;

— Voltaire, dans V Homme aux quarante écus ; — M™» du Hausset, Marmontel, Morellet dans leurs Mémoires; — Galiani, dans sa Correspondance.

Garat, Mémoires sur la vie de M. Suard, Paris, 1820; — Louis Blanc, Histoire de la Révolution française, t. I ; — Tocqueville, l'Ancien Régime et la Révolution, 1856; — Mastier, la Philosophie de Turgot, Paris, 1862; — F. Cournot, Considérations sur la marche des idées, etc., t. II, Paris, 1872; — L. de Loménie, les Mirabeau, t. I et II; Paris, 1879; — Rouxel, sa notice en tête de son édition de VAmi d<is hommes, Paris, 1883; — A. Neymarck, Turgot et ses doctrines, 1885; — Léon Say, Turgot, 1887; — Aug. Oncken, son introduction aux Œuvres de Quesnay, Paris et Francfort, 1888.

20 La Doctrine. — Qu'on ne fait point habituellement de place aux a Économistes » dans l'histoire de la littérature française;

— et qu'il y a lieu de réparer cet oubli ; — s'ils n'écrivent pas après tout plus mal que la plupart des encyclopédistes ; — si le meilleur jugement qu'on ait porté sur le livre d'Helvétius est celui de Turgot [Cf. la Correspondance inédite de Turgot et de Condorcet,

rompons pas, n'essayons pas de briser ou de relâcher les liens qui nous rattachent à elle. « Plongeons-nous dans son sein w , comme dira bientôt le poète, et rendons-lui la conduite d'une destinée dont le malheur n'a été fait jusqu'ici que de notre rage de la vouloir soumettre au raisonnement ou à la raison. C'est ainsi qu'après avoir émancipé l'individu de la tyrannie de la communauté, et substitué la sensibilité dans les droits de l'intelligence même, Rousseau achève son œuvre en posant ce principe qu'on exprimera désormais 1 homme en fonction de la nature. Il ne se pouvait guère d'idée plus contraire à l'humanisme, puisqu'elle en est la contradiction même, ni qui portât en conséquence une plus grave, une dernière et mortelle atteinte à l'idéal classique.

Qu'est-ce que les contemporains ont pensé de toutes

publiée par M. Ch. Henry, Paris, 1882]; — si l'une des « Correspondances » les plus intéressantes qu'on puisse lire est celle du marquis de Mirabeau avec Rousseau [Cf. /.-/. Rousseau, ses amis et ses ennemis, Paris, 18G5{; — et si Y Ami des hommes, 1756; — ou \ Essai sur le despotisme de la Chine, 1767-1768, sont au nombre des ouvrages qui ont fait en leur temps, et à bon droit, le plus de bruit et d'elfel.

Le fondateur de la doctrine : François Quesnay [Mcrey, 1694; -j- 1774, Paris]; — ses déijuts de chirurgien; — sa nomination de médecin ordinaire du roi; — et sa situation de confiance auprès de \fino de Ponipadour \{'J. Mémoires de J/"'° du Ilausset]; — ses écrits scientifi(|ues ; — ses premiers écrits «'conomiques ; — l'article Fermiers et l'article drains dans Y Encyclopédie; — sa liaison avec le marquis de Mirabeau.

L'enfant terrible du parti : Victor de Uicjuetli. inaïquis de Mirabeau [Perthuis en Provence, 171'); -|- 178'.>, Argenteuilj. — Sa jeunesse tapageuse, et sa première cani|)agne. 17.Ti; — sa liaison avec Vauvenargues [Cf. Vauvenar^ues, t. Il de ledit, (iilbertj ; — sa collaboration avec L<;franc de Pompignan : Vorw^e du Languedoc, 17'»0-17'i6; — son mariage, 17'il{; — son écrit sur Y Utilité des Etats provinciaux, 1750. — Il publie son Ami des hommes, 1756, qui devient l'origine de sa liaison avec Quesnay. — Sa

ces nouveautés? et comment les ont-ils accueillies? Ils les ont applaudies; et jamais peut-être, — on le sait, — réputation littéraire ne s'est établie plus promptement ni plus universellement que celle de Rousseau. Dix ou douze ans lui ont suffi pour égaler Voltaire même dans l'estime de son temps ; et l'opinion ne s'est trompée ni dans l'estime qu'elle en a fait, ni dans les raisons de cette estime. Dans le Discouj's de Dijon, dans le Discours sur V Inégalité^ dans la Lettre sur les spectacles, les contemporains ont reconnu les accents de cette éloquence dont on pouvait craindre que depuis cinquante ans le secret ne se fût perdu. Ils ont senti frémir dans la Nouvelle Héloïse cette ardeur de passion qu'ils ne connaissaient plus eux-mêmes, mais dont ils se rendaient si bien compte que le théâtre et le roman ne leur donnaient qu'une impuissante et

Théorie de l'Impôt, 1760, — lui vaut l'honneur d'être mis à Vincennes ; — et exilé dans sa terre du Bignon. — Son retour à Paris,

— et sa première Lettre à Rousseau, 1766; — sa liaison avec Turgot ; — et le triomphe des économistes.

Le grand homme de l'économismc : Anne-Robert-Jacques Turgot [Paris, 1727; -}- 1781, Paris]; — ses origines et ses études en Sorbonne; — sa carrière de magistral. — Il collabore à YEncyctopédie [Cf. les articles Étymologie, Existence, Expansibilité, Foires et Marchés, Fondations]. — L'intendance de Limoges, 1761-1774;

— et le Ministère, 1774-1776.

Qu'au point de vue général, qui est le seul qui nous intéresse, les Économistes se séparent et se distinguent des Encyclopédistes par trois caractères essentiels qui sont : — leur croyance en des lois économiques, aussi a nécessaires » que les lois de la physiologie ou de la physique; — leur opinion que ces lois et la connaissance qu'on en possède importent bien plus à la civilisation et aux progrès que le progrès des arts ou des lettres; — et leur conviction qu'on n'améliore la nature qu'en commençant par s'y soumettre. — On pourrait signaler d'autres différences, et par exemple celle-ci: — qu'ils sont des « empiriques » ou des a utilitaires »; — qui croient ne rien avancer que de démontrable par les faits; — • tandis que les encyclopédistes sont des « théoriciens » et des

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misérable parodie. « Les femmes s'enivrèrent du livre et de l'auteur )> [Confessions, II, 2]. Et les hommes, à leur tour, dans V Emile, dans la Lettre à V archevêque de Paris, dans le Contrat social, erurent entendre gronder sourdement ils ne savaient quelle menace! Mais on ne comprend pas toujours ce que l'on admire, ni même ce que l'on redoute; et, en réalité, les contemporains de Rousseau ne l'ont pas compris : premièrement, parce qu'ils sont les « mondains » ({u'ils sont, les habitués des « salons » qu'il attaque; et puis, parce qu'en leur qualité de mondains, après un peu d'émoi que leur a causé ce citoyen de Genève, d'autres distractions, d'autres curiosités, d'autres discussions, de toutes parts, les sollicitent, les appellent, et les retiennent.

Ne vient-on pas en effet d'expulser, mieux encore que

« rationahstes ». — Ils ont aussi pour le pouvoir un respect que n'ont pas généralement les Diderot ou les d'Alenibert; — ni même Voltaire; — et, jusqu'à la chute de Turgol, c'est l'explication de la faveur dont ils ont été l'objet.

3° Les Œuvhes. — De Quesnay : Essai pliysiquo sur l'économie animale, 2'" édit., 17'*7: — Maximes du ffou\ernement économique d un royaume agricole, 1758; — Le Droit naturel, 1765; — Du Commerce, 1766; — /,e Despotisme de la Chine, 1767, 1768.

Du marquis de Mirabeau : /.'Ami des hommes, 1756; — et La Théorie de l'Impôt, 1760.

De Turgot : Ité flexions sur la formation et la distribution des richesses. 1766. (^'cst pres(jue le seul ouvrage de Turgol, avec les articles sur V Encyclopédie, (pic les conleniporains aient connu ; et d'ailleurs tous ceu.x <jui figurent dans la colbnlion de ses OEuvres (édit. Eug. Daire), ou prescpie tous, ne sont à vrai dire que des ébauches dont le principal intérêt se lire du personnage qu'a joue leur auteur.

V. — Pierre- Augustin Caron de Beaumarchais [Paris, 1732; 11799, Parisj.

1'^ Lks SorRCKs. — (îudin (h.' la HrencUcric, Histoire de licaumarchnis, 1801-1809? [publiée pour la première fois en 1888 par

cela, de supprimer les Jésuites? et quel « sujet de conversation ! » mais quelle victoire pour la philosophie î Voltaire en a tressailli d'allégresse ; et d'Alembert y voit le juste châtiment de la malveillance que les Jésuites se sont permis de témoigner à V Encyclopédie. « Leurs déclamations à la ville et à la cour contre Y Encyclopédie avaient soulevé contre eux une classe d'hommes plus à craindre qu'on ne croit, celle des gens de lettres » ; et il ne faut jamais se faire des ennemis qui, « jouissant de l'avantage d'être lus d'un bout de l'Europe à l'autre, peuvent exercer d'un trait de plume une vengeance éclatante et durable! » [Cf. d'Alembert, édition de 1821, t. II, p. 48; et Diderot, Lettre à AF' Volland, du 12 août 1762]. Ce n'est pas au moins de lui, ni de Diderot, mais de Voltaire qu'il parle en ces termes. Le commencement de

M. Maurice Tourneux; — Esménard, article Beaumarchais dans la Biographie universelle; — Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. VI, 1852; — L. de Loménie, Beaumarchais et son temps, Paris, 1855; — Jal, Dictionnaire critique, article Beaumarchais;

— d'Arneth, Beaumarchais und Sonnenfels, Vienne, 1868; — Paul Huot, Beaumarchais en Allemagne, Paris, 1869; — Clément de Royer, les Mémoires de Beaumarchais, Paris, 1872; — Bettelheim, Beaumarchais, eine Biographie, Francfort, 1886; — E, Lintilhac, Beaumarchais et ses œuvres, d'après des documents inédits, Paris, 1887; — A. Hallays, Beaumarchais, dans la collection des Grands Ecrivains français, Paris, 1897.

20 L'Homme kt l'Ecrivain. — Origine, famille, et première éducation de Beaumarchais; — • ses débuts d'horloger et sa première querelle avec Lepaule, 1753-1755. — Le professeur de harpe de Mesdames de France, filles de Jjouis XV, 1759. — Ses duels et ses bonnes fortunes. — Il entre en relations avec Paris-Duverney,

— par lequel il se trouve mêlé à. toutes sortes d'affaires de finances. — L'aventure d'Espagne, 1764 [Cf. le quatrième Mémoire contre Goëzman, et Goethe, dans son Ctavijo]. — Ses débuts littéraires : Eugénie, 1767, et l'Essai sur le genre dramatique sérieux. — L'imitateur malheureux de Scdaine et le fidèle disciple de Diderot. — De la valeur du grand argument de Beau-

l'affaire des Jésuites a précédé le brûlement de VEmile; l'affaire des Calas le suit immédiatement. Jamais émotion ne fut plus légitime, si jamais erreur judiciaire ne fut plus déplorable. « D'un bout de l'Europe à l'autre », c'est le cas de le dire, le scandale en retombe sur la magistrature entière, et voici que tout le système du droit criminel de France en est remis en question. Encore ici c'est Voltaire qui mène la campagne, et le Traité de la tolérance, 1763, rend à lui seul son nom plus populaire en un jour que toute son œuvre en un demi-siècle. Le Parlement de Paris répond en condamnant au feu le Dictionnaire philosophique, 1765. Mais, une fois encore, l'odieuse procédure d'Abbeville et le supplice du chevalier de la Barre mettent l'opinion du côté des philosophes. Déjà vainqueurs du clergé, ils le sont maintenant de la magistrature [Cf.

marchais contre la tragédie classique, c Que me font à moi... les révolutions d'Athènes et de Rome » ; — et que la portée n'en est pas seulement littéraire, mais sociale. — Le second drame de Beaumarchais : Les Deux amis, 1770.

L'affaire Goëzman, — et les Mémoires, 1773-1774. — Effet soudain qu ils produisent; — et soudaine popularité du nom de Beaumarchais. — Raison de ce succès; — et qu'il y en a de politiques;

— mais il y en a de littéraires aussi; — quoique les plaisanteries y soient d'un goût parfois douteux ; — rélo(|uence toujours voisine de la déclamation, — et les intérêts en cause un peu mesquins.

— Du liavhier de Srville, 1775; — et comment en y reprenant l'un des 8uj<,'ts qu'on pouvait croire le plus usés, — Beaumarchais y a trouvé son chef-d'œuvre; — et le chcf-d («uvre de la comédie française au xviii" siècle. — Le succès du liarhier de Séville a consacré la comédie en prose; — c'est depuis lui que l'habileté de la disposition de 1 intrigue; — le mouvement du drame; — la verve hardie fin dialogue sont devenus des conditions du genre — Intervention commerciale et politi(|ue de Heatunarchais dans les affaires d'Amériijue, 1776, 1778. — Les qualités du liarhier se retrouvent dans le Mariage de Figaro, I783; — et il s y en joint d'autres encore; — moins tlu'àlrales peut-être; — et (pii tiennent autant de la nature du pamphlet que de celle de la comédie. — Portée poli-

Félix Rocquain, V Esprit révolutionnaire avant la RéçO' lution, livre VII; Paris, 1878]. Il ne leur reste plus, pour achever leur triomphe, qu'à jeter le discrédit sur Tadministration ; et justement, aux environs de 1768, les « Economistes » paraissent pour leur en donner l'occasion. On feint de voir en eux les « prôneurs et les fauteurs de l'autorité despotique » ; on leur reproche « leur langage apocalyptique et dévot » ; ce sont a les ennemis des beauxarts )) [Cf. Grimm, Correspondance, octobre 1767]. Voltaire écrit contre eux V Homme aux quarante écus, qui n'est pas, à vrai dire, une de ses meilleures facéties, qui n'en réussit pas moins, dont le titre passe même en proverbe. * Et eux aussi, — grâce au patriarche de Ferney, — les voilà pour un temps refoulés, battus et pas contents. Nous disons bien : grâce au patriarche; car en vérité,

tique du Mariage; — et comment elle eût sans doute été plus considérable encore; — si Beaumarchais, toujours occupé d'affaires au milieu de sa littérature, n'avait eu la malchance de s'attaquer à Mirabeau, 1786; — et d'intervenir, 1787, dans le procès du sieur Kornniann et de sa femme; — où l'avocat Bergasse le maltraite encore plus qu'il n'avait, lui Beaumarchais, douze ans auparavant, maltraité Goëzman ; — et pour d'autres raisons; — mais avec autant d'apparence de justice; — et non moins d'applaudissements à son tour.

Les dernières années de Beaumarchais. — Son opéra de Tarare, 1787. — Son rôle effacé dans la Révolution; — son drame de la Mère coupable, 1792. — Mais quoique riche et âgé déjà de plus de soixante ans, — la fureur des affaires le reprend. — Les fusils de Hollande [Cf. Loménie, t. II, p. 460]; — et à ce propos, du patriotisme de Beaumarchais; — son arrestation; — sa délivrance, et son Mémoire à la Convention, — Il est chargé d'une mission par le Comité de Salut public, — en même temps que déclaré par la Commune de Paris suspect et émigré. — Son séjour à Hambourg; — son retour en F'rance; — ses deux lettres sur Voltaire et Jésus-Christ, 1799; — et sa mort.

S'^ Les Œuvres. — Nous venons de signaler les principales œuvres de Beaumarchais; et nous pouvons nous contenter d'indi-

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si ce n'était rintervention de Voltaire clans toutes ces affaires, elles n'appartiendraient qu'à peine à l'histoire de la littérature, et surtout, si cette intervention ne lui avait assuré la place cpi'il occupe dans l'histoire de son siècle. C'est pour être intervenu dans la question du « produit net » et du « despotisme légal » qu'il est Voltaire; et il ne le serait pas s'il n'était devenu le défenseur des Calas et du chevalier de la Barre. On n'examine point d'ailleurs ici les motifs plus ou moins politiques de son intervention, et on ne veut pas décomposer en quelque sorte l'élan de sa générosité. On constate seulement qu'en vérité sa vie fut son chef-d'œuvre. Si ses contemporains n'ont rien tant admiré chez lui qu'une extraordinaire faculté d'assimilation, servie par une facilité d'exécution ou d'expression non moins extra-

qucr comme la meilleure édition de ses OEu^'res complètes celle qu'en a donnée son ami Gudin, Paris, 1809, Collin ; — l'édilion Ledoux, Paris, 1821; — et Furne, Paris, 1826.

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