IV. — Louis-Gabriel- Ambroise de Bonald [Milhau
-1-1840, Paris].
1"» Les Sources. — H. de B [onald], Notice sur la vie et les ouvrages de M. le vicomte de Bonald, Paris, 1841 ; — Barbey d'Aurevilly, Les Prophètes dupasse, 1851; — Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IV, 1851; — A. Nettement, Histoire de la littérature sous la Restauration, Paris, 1853; — Ém. Faguet, Politiques et Moralistes au xix*^ siècle, Paris, 1891 ; — Henry Michel, Vidée de l'État, Paris, 1895.
2° Le Théoricien du pouvoir. — Deux mots sont inséparables du nom de Bonald : — « l'homme est une intelligence servie par des organes »; — et « la littérature est l'expression de la société ». — Ou sait encore qu'il est l'auteur d'un paradoxe hardi sur VOrigine
pas assez de confiance clans rreiivre de la Révolution! — mais qui s'étonnera de leurs craintes, au lendemain de la Restauration? et si l'on songe, non plus à l'auteur de la Monarchie selon la Charte ou à celui des Considérations sur la Rc\>olution française, mais au vicomte de Ronald, au comte Joseph de Maistre, et h l'abbé de Lamennais.
Autant que des écrivains, ce so.nt des « politiques » en effet, que ceux-ci! et si leurs débuts, — qui sont contemporains du livre de F Allemagne^ ou même antérieurs au Génie du chiistianisme, — ont passé presque inaperçus, leur talent, nourri dans la solitude et mûri dans l'obscurité, n'en éclate maintenant qu'avec plus de retentissement. Ils
du langage; — et d'un remarquable Essai sui' le dU'orce. — Mais ce qu'il est de plus, et de plus important, c'est le « théoricien du pouvoir » ; — et l'homme qui a le plus fait contre l'auteur de V Esprit des Lois; — ou contre celui du Contrat social; — pour établir que la société n'était l'œuvre ni des hommes; — ni de la nature; — mais de Dieu même. — Moins éloquent que Jean-Jacques, et moins spirituel que Montesquieu; — il a d ailleurs su trouver, pour exprimer diversement cette unique ou principale idée, — des formes non seulement diverses; — mais souvent lapidaires. — D'autres « écrivent » et d'autres « parlent » : Bonald « formule » ; — et pour toutes ces raisons, ayant été le métaphysicien de la rénovation religieuse, — il a droit à plus de place (|u'on ne lui en donne souvent dans nos histoires.
3® Lks (Klvkes. — Les OKiis'rcs esseiiticlh's de Bonald sont : la Théorie du pouvoir politique et religieux dans la société civile, 1796; — son Essai analytique sur les lois de l'ordre social, 1800; — son Divorce considéré relativement à l'état domestique et à l'état de société, 1801 ; — sa Législation primitive, 1802; — ses Itecherches philosophiques sur li's premiers objets de nos connaissances morales, 1818 ; — deux volumes de Mélanges, 1819, formés d'articles parus dans le Mercure de France, de 1801 à 1810; — quelques discours, et différents opuscules politiques ou religieux
II existe plusieurs éditions des OHuvres d»» Honald, dont la meilleure est l'édition Le Clère, Paris, 1817-1819, douze volumes, et, de plus, 18'i3, quatre volumes.
entrent en même temps tous les trois dans la bataille ; et tous les trois, sans s'être concertés, sans se connaître seulement encore, ce qu'ils attaquent avec une extraordinaire violence de passion et de style, on verrait, on devrait voir, si l'on y regardait, que c'est surtout l'individualisme. Mais on ne s'en avise pas d'abord, et, dans le premier volume de V Essai sur l'indifférence en matière de religion y qui paraît en 1817, dans les Recherches philosophie/ ues de Bonald, qui sont de 1818, dans le livre du Pape, qui est de 1819, dans les Soirées de Saint-Pétersbourg, 1821, dans le second volume de Lamennais, qui est de la même année, ce que l'opinion veut uniquement voir, c'est le plus furieux assaut qu'on ait encore livré h la philosophie du
V. — Joseph-Marie de Maistre [Chambéry, 1753; f 1821, Turin].
lo Les Sources. — Sainte-Beuve, dans son Port-Royal, III, ch. 14, 1837-1839; Portraits littéraires, t. II, 1843; ei Causeries du Lundi, t. ÏV, 1851, et t. XV, 1860; — Barbey d'Aurevilly, Les Prophètes du passé, 1851; — Edmond Scherer, Mélanges de critique religieuse, Paris, 1853; — L. Binaut, Joseph de Maistre, dans la Levue des Deux Mondes, décembre 1858, et février 1861; — A. Nettement, Histoire de la Littérature française pendant la Restauration, Paris, 1853; — Albert Blanc, Mémoires et Correspondance diplomatique de M. de Maistre, Paris, 1858-1861; — G. Mcrlci, Tableau de la littérature française sous le premier Empire, Paris, 1877; — Em. Faguct, Politiques et moralistes au xix*^ siècle, Paris, 1891 ; — F. Descotes, Joseph de Maistre avant la révolution, Paris, 1893, et Joseph de Maistre pendant la Révolution, Paris, 1895; — M. de Lescure, le Comte Joseph de Maistre, Paris, 1893; — G. Cogordan, Joseph de Maistre, dans la collection des Grands Écrivains français, Paris, 189'*.
2° L'Homme et l'Ecrivain. — Ses origines, sa jeunesse et son éducation [Cf. Descotes, loc. cit.]\ — ses premiers écrits : l'Éloge historique de Victor-Amédée III, 1775; et l'Adresse à la Convention nationale, 1794. — Séjour à Lausanne. — Cinq Paradoxes à la Marquise de M***, 1795 [publiés en 1851 seulement] ; — et combien la connaissance en importe à la définition du talent de J. de
xviii*' siècle. Les deux gentilshommes et le prêtre se sont à eux trois partagé les adversaires. Après avoir jadis essayé de détruire l'autorité de Montesquieu, Donald, le plus systématique, — et en apparence le moins passionné, mais seulement en apparence, — se mesure maintenant à Condorcet et à Condillac. Joseph de Maistrc, lui, s'est « chargé » de Bacon et de Voltaire, comme autrefois Voltaire s'était « chargé » de Pascal et de Bossuet; et, là même est la raison de plus d'une analogie que l'on peut signaler entre sa manière et celle de Bossuet. Il a retrouvé Bossuet en passant, pour ainsi dire, au travers de Voltaire; et, s'attachant alors, comme Bossuet, à l'idée de la Providence, dont on pourrait l'appeler le théologien
Maistre; — s ils établissent que nul, en son temps, n'a eu plus que lui le goût du paradoxe; — ni plus de tendance à la préciosité. — Les Considérations sur la France, 1796. — Il est nommé ministre du roi de Sardaigne à Saint-Pétersbourg; — où il demeure jusqu'en 1817; — et c'est là qu'il compose ses principaux ouvrages : V Essai sur le principe générateur des constitutions politiques, 1810 ;
— la traduction du Traité de Plutarque sur les délais de la justice divine. 1815; — son livre du Pape, 1819; — ses Soirées de Saint- Pétershourg; — et son Essai sur la philosophie de Bacon.
De l'inspiration géni-rale des écrits de J. de Maistre; — et son accord avec celle des écrits de I3on;ild, — Ils prétendent lun et l'autre remonter le courant; — renverser la philosophie du xviii» siècle; — et rétablir sur ses ruines l'autorité de la religion.
— Mais la supériorité de J. de Maistre sur Honald est d'avoir été mêlé aux grandes affaires, quoicjne d'un p(Mi loin; — et d avoir eu surtout d'admirables dons d'écrivain; — que fout valoir encore davantage son impertinence aristocrati(|ue ; — et son infatigable 0 combativité ».
Le « théologien de la Providence » ; — et comment tons les ouvrages de J. de Maistre se raj)portent à lintenlion de prouver le gouvernement de Dieu sur le monde. — Les Considérations sur la France; — et qu'à la lumière de l'idée de la Providence, personne n'a mieux vu que J. de Maistre le caractère « apocalypticpie » de la Révolution française. — Son admiration pour la France; — et comment elle perce jusque dans ses invectives. — Des livres de
laïque, la grandeur de sa doctrine se communique parfois au caractère de son style. Mais Lamennais, le plus fougueux, le plus âpre, et le plus sombre des trois, s'en prend, lui, à Rousseau, le Rousseau du Discours sur V inégalité et du Contrat social, en attendant qu'il le rejoigne un jour! Et encore une fois, on ne les comprend pas toujours, on ne voit pas très bien où ils vont, on ne mesure pas la portée de leurs principes. Eux-mêmes ne se doutent guère de la combinaison qui s'en fera bientôt, dans quelques têtes philosophiques, avec les idées du saintsimonisme naissant. On les suit cependant! Et ce que n'ont pu ni M™° de Staël avec tout son esprit, ni Chateaubriand avec tout son génie, c'est bien eux qui l'opèrent
l'Église gallicane et du Pape ; — et que l'objet en est de montrer le mal que la France s'est fait à elle-même ; — toutes les fois qu'elle s'est éloignée de la Papauté; — considérée comme l'instrument de la Providence sur la terre ; — et le centre dont on ne saurait s'éloigner sans errer. — Les Soirées de Saint-Pétersbourg; — combien le sous-titre d'Entretiens sur le gouvernement temporel de la Providence en est caractéristique; — et du rapport des Soirées de Saint-Pétersbourg avec l'Examen de la philosophie de Bacon; — si ce que Joseph de Maistre a surtout attaqué dans Voltaire, c'est la philosophie de l'Essai sur les Mœurs ; — et, dans l'Essai sur les Mœurs, la conception baconienne qui, en excluant la considération des causes finales, — exclut Dieu même de toute action sur le monde.
Du style de Joseph de Maistre ; — et qu'à certains égards il est de la famille du style de Bossuet; — ce qui s'explique, si tous les deux, parmi toutes les vérités de la religion, — se sont attachés particulièrement à l'idée de la Providence. — D'une autre ressemblance entre Bossuet et J. de Maistre; — qui consiste en ceci que leur vrai caractère, — qui fut la douceur, — a différé du caractère de leur style; — dans le même sens, et pour ainsi parler, de la même quantité. — Mais comme ils sont d'ailleurs séparés l'uti de l'autre par un siècle; — et que ce siècle est celui de l'Encyclopédie; — Joseph de Maistre a des « lumières » que Bossuet n'avait point; — et aussi dos défauts.
Violence insultante de J. de Maistre dans la polémique; — et sa
contre les encyclopédistes, contre les idéologues, et contre la révolution, plus imprégnés d'ailleurs qu'ils ne le croient de l'esprit de cette révolution, et témoins, à ce titre, de ce qu'il y a de « satanique )), ou d'apocalyptique en elle. Le mot est de Joseph de Maistre,
On ne saurait douter qu'ils soient pour quelque chose dans l'inspiration des Méditations, qui paraissent en 1820, et des Odes, — les premières, — qui sont datées de 1822. Donald et Lamennais, dans les salons aristocratiques de Paris, sont du petit nombre de ceux qui ont eu la primeur des Méditations [Cf. Correspondance de Lamartine^ 13 avril 1819] ; et Lamartine écrit à de Maistre, le 17 mars
1820 : « M. de Donald et vous. Monsieur le Comte...
tendance au paradoxe. — L'apologie du bourreau [Soirées, i<"' Entretien]; — de la guerre [Ibid., 1^ Entretien]; — de 1 Inquisition [Lettres à un gentilhomme russe]. — S'il n'eiit pas rendu plus de services îi sa propre cause en y mettant plus de modération? — et qu'en tout cas on lui rendrait plus de justice à luimême; — sinon pour quelques théories bizarres dont il a semé ses écrits; — et pour quelques prédictions plus qu'aventureuses [Cf. Considérations, ch. IVj; — mais du moiiis pour quelques idées fécondes et profondes; — qu'il a marcjuées de son empreinte; — si môme on ne doit dire qu'il en est le j)remier iutroduclrur.
3» Les Œlvrks. — Les OEuvrcs de Joseph de Maistre comprennent : ses Considérations sur la France, 1796, qu'il est exlrèmemcut intéressant de rapprocher de celles de Burke, et de celles de Fichte; — son Essai sur le principe générateur des constitutions politir/ucs, 1810-181'»; — son livre (hi Pape, 1811); — ï Église gallicane. 1821 posthume ; — les Soirées de Saint-Pétersbourg,
1821 ; — et \ Examen dr la philosophie de liacon, publié seulement en 18.*JG.
Son lils, le comte Rodolphe de Maistre, a publié en 1851 deux volumes de Lettres et Opuscules inédits de son père, Lyon, Vitle et Pémsscl; — et M. Albert Blanc, en 1858, les Mémoires politiques de J. de Maistre, Paris, Michel Lévy ; — suivis, en 1801, delà Correspondance diplomalif/ue [1811-1817], Paris, Michel Lévy.
Ses OEm'rcs complètes ont été réunies en li volumes, Lyon,
Vous avez fondé une école impérissable de haute philosophie et de politiques chrétiennes... elle portera ses fruits, et ils sont jugés d'avance. » Il a dû peut-être au contact ou à la conversation des de Maistre, des Lamennais et des Donald cette vigueur et cette fermeté qui l'ont un moment dégagé du vague où il aspirait h se perdre j et sans eux les Méditations ne seraient peutêtre que « pures comme l'air, tristes comme la mort, et douces comme du velours » [Cf. sa lettre du 13 avril 4819]. On connaît d'autre part les premières lignes de la première préface des Odes. « Il y a deux intentions dans la publication de ce livre, y disait le jeune poète, l'intention littéraire et l'intention politique, mais dans la pensée
Yitte et Pérussel, 1884-1886. Ou a refondu dans les six derniers volumes les deux volumes de 1851 ; les trois volumes de M. Albert Blanc; et on y a joint cent cinquante ou deux cents lettres inédites.
VI. — Paul-Louis Courier [Paris, 1772; f 1825, Veretz, Indre-et-Loire].
1*^ Les Sources. — Armand Carrel, Essai sur la vie et les écrits de P.-L. Courier, en tête de l'édition de ses Œuvres, Paris, 183'i [la Notice est datée de 1829] ; — Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. VI, 1852. — A. Nettement, Littérature française soi/s la Restauration, Paris, 1853.
20 L'Homme et l'Écrivain; — et qu'il mérite qu'on ne l'oublie point, pour la seule originalité de sa physionomie; — comme ayant passé sa vie de soldat à déserter son poste; — sa vie publique à jouer au « paysan » en traduisant du grec dans le français d'Amyot; — et comme ayant réuni dans ses meilleurs écrits le sentiment le plus délicat du style à une rare grossièreté de pensées. — Quelles raisons il a eues de se ranger dans l'opposition libérale sous la Restauration; — et si la principale n'en a pas été son échec à l'Académie des inscriptions, 1818? — Qu'en tout cas, c'est à partir de ce moment qu'il devient irréconciliable; — et qu'il public ses pamphlets les plus vifs ; — ce qui ne l'empêche pas, dans sa vie privée, d'être le plus exigeant des propriétaires; — le plus impitoyable des maîtres; — le plus dur des créanciers; — et qu'il faut le savoir pour ne pas imputer son assassinat aux « cagols » ; — comme on
LA LITTÉRATUnE MODERNE 407
de l'auteur la dernière est la conséquence de la première, car l'histoire des Jioinmcs ne présente de poésie cpie jugée du haut des idées nionarcliiques et des croijances religieuses. » N'est-ce pas ici le lieu de rappeler que dès avant la publication des Odes, Victor Hugo était en relations étroites avec Lamennais? [Cf. Victor Hugo raconté par un témoin de sa we, II, 38. J Des pièces comme la Vendée, comme Quiùeron, comme les Vierges de Verdun, comme Buonaparte ne démentaient point les déclarations de la préface; et aussi l'auteur, si nous en croyons Stendhal [Cf. sa Correspondance^, devenait-il le poète favori des « ultras ». C'était justice, si Lamennais, Bonald ou de Maistre n'avaient pas flétri plus énergiquement « les satur-
le l'ait encore dans de certaines histoires [Cf. Paul Albert, Littérature française au xix° siècle, t. II].
3'^Les G'^uvREs. — Les ^A'Mvre* de Paul-Louis Courier comprennent : — 1° Ses imitations ou traductions de l'antique, parmi lesquelles on peut citer sa traduction des Pastorales de Longus. de quelques fragmens iV Hérodote, et de l'opuscule de Xénophon Sur le commandement de la cavalei ie. Le choix de ce dernier texte n'est qu'affectation pure; et rien n'est plus laborieux ni plus jiédanl que la traduction de Daphnis et Chloé. — 2<^ Ses Pamphlets, litt('raires, qui sont la Lettre à M. lienouard, 1810; et la Lettre à MM. de l'Académie des Inscriptions, 1819; — et politiques, à savoir : Pétition aux deux Chambres, 1810; — Lettres au Rédacteur du « Censeur », 1819-1820; — Simple Discours (à l'occasion de la souscription pour rac(|uisitIon de Chambord), 1821 ; — Procès de Paul- Louis Courier, 1821 ; — Pétition pour des villageois qu'on empêche de danser, 1822; — et le Pamphlet des pamphlets, 182 i. — 3" Difrt'rents Fragments, dont le plus intéressaiit est la Conversation chez la comtesse d'Alhany (rédig('> en 1812); — et 4° Un volume de Lettres, souvent rriniprinn'' sous le tilie (h- Lettres de France et d'Italie (1797-1812).
La meilleure édition des OEuvres de P.-L. Coïirier est celle que nous avons cil<''e, en \ volumes, Paris, 18.T», Paulin et Perrotin.
VU. — Pierre-Jean de Déranger 'Paris, 1780; ;- 1857, Paris]. "1° Les Sources. — Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. I,
nales de rathéisme et de l'anarchie », ni traité d'un ])lus hautain mépris les « écrits sophistiques et déréglés des Voltaire, des Diderot et des Helvétius ».
Représentons-nous maintenant l'effet littéraire des Méditations et des Odes sur une génération dont les poètes admirés étaient les Andrieux et les Népomucène Lemercier, les Casimir Delavigne et les Pierre-Jean de Béranger. Tandis que celui-ci rimait laborieusement des chansons comme la Bonne vieille ou le Dieu des bonnes gens , — chefs-d'œuvre , on le veut bien , mais chefsd'œuvre du genre qui serait le plus bas de tous si le vaudeville n'existait pas, — les Méditations élevaient la poésie française à des hauteurs que peut-être n'avait-elle
1832, 1833; Causeries du lundi, t. Il, 1850; et Nouveaux lundis, t. I, 1861.
Béranger, Ma Biographie, 1857; et sa Correspondance, recueillie par M. Paul Boiteau, 1860.
Gustave Planche, Revue des Deux Mondes, juin 1850; — Emile Montégut, Nos morts contemporains, 1857 et 1858; — Savinien Lapoinle (le cordonnier-poète), Mémoires sur Béranger, 1857;
— Ernest Renan, La Philosophie de Béranger, dans le Journal des Débats du 17 décembre 1859; — Paul Boiteau, Vie de Béranger, Paris, 1861 ; — N. Peyrat, Béranger et Lamennais, 1861 ; — Arthur Arnould, Béranger, ses amis et ses ennemis, Paris, 1864; — Jules Janin, Béranger et son temps, Paris, 1866; — Brivois, Bibliographie de l'œuvre de Béranger, Paris, 1876; — Legouvé, Notice, en tôte du Béranger des Écoles, 1894.
2° Le Chansonnier; — et, à ce propos, de la chanson française avant Béranger. — Panard [Cf. Maraiontel, dans ses Mémoires]',
— et Désaugiers [Cf. Chansons et Poésies diverses de Désaugiers, Paris, 1827, Ladvocat]. — Du caractère navrant de leur gaîté, — et de la vulgarité de sentiments que leurs Chansons traiiisscnt. — Qu'au surplus, et si l'on veut reconstituer la lignée des « ancêtres » de Béranger, — il convient de se reporter au Chansonnier Maurepas', — et on reconnaît alors dans les origines de son œuvre le confluent de la chanson politique; — de la chanson erotique; — et de la chanson « bachique » ; — sans que d'ailleurs il s'y mêle quoi que ce soit de la veine « populaire ». — D'une erreur grave que
jamais atteintes; et la « lyre de bronze », aux mains du poète des Odes, rendait des sons inentendus depuis le temps de Ronsard. Quelques Yoltairiens attardés pouvaient seuls s'y méprendre : Téchelle des « valeurs » était changée; Ce que la veille encore on prenait pour de la poésie n'en apparaissait plus que comme la caricature ou la contrefaçon. Quelle comparaison du haut relief et de la vigueur de coloris du Biionaparte d'Hugo, ou de la mélancolie voluptueuse du Lac, au prosaïsme déclamatoire d'une « Messénienne » : siu' le besoin de s'unir après le départ des étrangers? Le pseudo-lyrisme des classiques, des Chéncdollé, des Fontanes, des Lebrun-Pindare, de Jean Baptiste Rousseau lui-même, s'anéantissait devant
loa commet encore à ce sujet; — et qu'il n'y a rien clans l'œuvre entière de Déranger, — qui rappelle ni la mélancolie ordinaire;
— ni la franchise habituelle; — ni la générosité naïve de l'ànie populaire; — et qu'au contraire elle est l'expression de ce qu'il y a de plus « bourgeois » dans lesprit français.
D'une autre erreur que l'on commet sur Déranger; — en se le représentant comme un « !>onhomme », de la famille tle La Fontaine ;
— qui déjà n'en fut pas un [Cf. ci-dessus l'article L\ Fo^tainkJ;
— et qu'à vrai dire, dans le combat (|U il a livré au gouvernement de la Restauration, — peu d adversaires ont été plus déloyaux [Cf. le Fils du pape, l Enfant de bonne maison, les Jiés'é rends pères, et le \'ieux caporal ^ ; — et plus perlldrs ; — en même temps que plus adroits. — On ne (latte pas plus habilement des passions, — qu il ne semble ]>as (|ue Dc'ranger [)artageàt lui-même;
— et on ne lait pas plus ingénieusement servir une philosophie plus plate [Cf. la Nature, le Dieu des bonnes ^ens\, — ou plus ignoble [Cf. les Filles, les Deux S(rurs, elc.|; — ni une ])oliss(Minei'ie plus grivoise [(^f. le Vieux célibataire, les Cinr/ éta{^'es], — à développer la défiance ou la haiii»*. — <Ju il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de la popularili'; de lîéranger; - - el <|ue c'en est d ailleurs la justification; — si ce goût de la polissonnerie; — ce refus de penser; — et cet esj)rit d Opposition ci <piand même » ;
— ne sont malheureusement pas les moins certains des caractères qu'on enveloppe sous le nom de gauloiserie.
Qu'après cela, on ne saurait disconvenir (|u il y ait infiniment d art
•cette révélation d'une poésie nouvelle. La politique seule allait essayer de le soutenir encore quelques années, jusqu'à ce qu'il n'eût plus pour lui que les abonnés du Constitutionnel; quelques vieux académiciens; et ce qu'il y avait, dans la bourgeoisie soi-disant a libérale », de plus étroit et de plus arriéré.
D'autres symptômes , aussi bien , présageaient une révolution de la littérature, et, au premier rang, le goût non pas certes nouveau, mais raisonné désormais, dont on commençait h s'éprendre pour les littératures étrangères. Ce n'était pas le résultat le moins inattendu, ni le moins naturel, des grandes guerres de l'Empire. Sur les champs de bataille de l'Europe, vingt ans durant, il s'était
dans les bonnes Chansons de Bér.'tnger [Cf. la lionne vieille, le Vieux célibataire^ les Cinq étages^ le Vieux Caporal, etc. ]. — Il y en a dans le choix des « refrains » ; — qui presque toujours expriment en un vers l'intention de la chanson tout entière; — et dont le retour est toujours amené avec infiniment d'aisance et de uaturel [Cf. Mon habit^ les Cartes, la Fille du peuple, le Vieux vagabond]. — Il y en a davantage encore dans la manière dont les chansons sont « composées » ; — comme autant de tableaux de genre; — qui parlent d'abord aux yeux; — et qui appellent l'illustration. — De la peinture de la vie bourgeoise dans les Chansons de Bérangcr; — et que rien n'est un plus sûr témoignage; — ni une plus exacte représentation; — et plus fidèlement figurée; — de la vie de la petite bourgeoisie française entre 1815 et 1830. — Et qu'il y a encore et enfin beaucoup d'art dans l'appropriation du rythme des Chansons aux sentiments qu'elles traduisent; — •comme aussi dans le choix des termes ; — et dans la clarté du style. — De Béranger comme écrivain; — et que quelques vers un peu ridicules ne l'empêchent d'avoir droit à ce nom. — « C'est un grand prosateur, a-t-on pu dire, qui a mis des rimes à sa prose. »
Mais qu'il est difficile de l'appeler un poète; — non sans doute ■qu'il n'ait trouvé quelques accents poétiques, — pour exprimer ce que la vie bourgeoise peut quelquefois enfermer de poésie [Cf. la Bonne vieille, le Vieux célibataire] ; — et, à ce propos, de la poésie de la « vieillesse » dans l'œuvre de Béranger. — Il a aussi trouvé
fait un mélange de races comme on n'en avait point vu se brasser depuis des siècles, et une espèce de communauté européenne s'était en quelque sorte cimentée dans le sang. « Il faut avoir l'esprit européen », écrivait ^P^ de Staël; et autour d'elle, à Coppet, toute une école s'était formée, dont les travaux, après avoir peut-être inspiré les siens, les complètent maintenant, les continuent, et les prolongent. Maintenant, par la brèche largement ouverte, ce n'est plus seulement Shakespeare qui passe tout entier : ce sont les Italiens, Alfieri, Manzoni, et ce sont les Allemands, Schiller, Goethe, Burger, Novalis, Hoffmann ; ce seront bientôt les philosophes, Kant, Fichte, Schclling. N'oublions pas les Écossais, Thomas Reid et Dugald-Stewart.
quelques accents patriotiques [Cf. le Vieux dvopeaii. le Cinq mai, les Souvenirs du peuple]. — Mais, d'une manière générale, il a manque de force [Cf. Jeanne la Boussc] dans l'expression des sentiments forts ; — et surtout d'élévation. — Il a aussi manqué de générosité; — et bien loin qu'il ait élevé la Chanson jusqu'à la hauteur de l'Ode; — c'est au contraire le triomphe de VOde; — et généralement du lyrisme romantique; — qui nous a ouvert les yeux sur le « prosaïsme « des Chansons (h' Béranger.
De la Correspondance de Béranger; — et (juo, tout incomplète qu elle soit, — si les cpialre volumes tpie nous en avons ne juslitient pas l'enthousiasme de ses admirateurs; — elle n'est pas une part indifférente de son œuvre. — On n y trouve» rien de bien saillant;
— ni qui témoigne d'une grande largeur d'esprit; — mais elle achève de nous peindre le personnage ; — et sous le « bonhomme « de la légende; — nous y trouvons l'adroit et prudent calculateur; — et l'un des écrivains les plus habiles (pi'il y ail eus dans l'administration fie sa popularité'. — La rriti(]ue litlérairc? (biiis la Correspondance «le Iî<'ranger [Cf. Saiiite-lbuve, N(Ut\'eaux lundis, t. I].
— Ses dernières années, —sa mort, — et ses « finu-railles ».
3" Lks (KivRF.s. — Les OEm'res de Hj'-ranger ne se composent 4Çuère que de ses Chansons, dcjut les principaux recueils originaux sont c<ux de 1815, Paris, chez l"]ymery; — 1821, Taris, l''irmin Didot; — 1825, Plassan ; — 1827, Bruxelles ; — I8;ri, Paris, Perrotin ; — et 1857, Dernières chansons, chez, le même,
A un autre point de vue, plus lilb-raire, Sainte-Beuve [Causeries
Les événements de 1815 accélèrent le mouvement. Les
revenants eux-mêmes de l'émigration y contribuent, dont on aurait tort de croire qu'ils n'aient « rien oublié ni rien appris » dans leur exil : ils y ont appris l'anglais ou Tallemand; et que la France n'était pas l'univers. C'est pourquoi, dans les premières années de la Restauration, entre 1815 et 1825, il s'établit une façon commune de penser et surtout de sentir; les bornes de l'ancien horizon se déplacent ou plutôt s'évanouissent; et le cosmopolitisme littéraire est né. Il diffère de l'ancien humanisme en ceci qu'au lieu de prendre pour base la culture gréco-latine, sa prétention est de s'approprier, pour en faire sa substance la plus intérieure, ce que les littératures « natio-
du lundi, t. II, 1850J en a proposé la classification suivante : 1° Chansons anciennes, dans le goût de Panard et de Dcsaugiers : le Roi d'Ys'etot; la Gaudriole-, M. Grégoire; — 2^ Chansons sentimentales, dans le genre du Bon vieillard, du Voyageur, des Hirondelles-, — 3» Chansons libérales et patriotiques [parmi lesquelles on est étonné de voir Sainte-Beuve, ordinairement plus difficile, donner une place au Dieu des bonnes gens] ; — 4" Chansons satiriques, du genre du Ventru ou des Clefs du Paradis; — et enfin 50 Chansons poétiques, comme les Contrebandiers, le Vieux vagabond, les Bohémiens.
Nous avons déjà dit plus haut qu'il fallait joindre aux Chansons — les Mémoires de 1857, Ma Biographie', — et quatre volumes de Correspondance.
La meilleure édition des Chansons est celle de 1847, chez Perrotin, en deux volumes in-80, plus un volume de Chansons posthumes.
VIII. — Hugues- Félicité-Robert de Lamennais [Saint- Malo, 1783;-]- 1854, Paris].
\^ Les Sources. — Correspondance de Lamennais; — Sainte- Beuve, dans ses Portraits contemporains, 1832, 1834, 1836; et Nouveaux lundis, t. I, 1861, et t. XI, 1868.
Censure de cinquante-six propositions extraites des écrits de M. de Lamennais... par plusieurs évoques de France, Toulouse, 1836; — l'Encyclique Mirari vos... dans les Pièces justificatives
iialcs » ont de plus national; et l'universalité qu'il vise est une universalité, non d'abstraction ou de généralisation, mais de composition, sous la loi de laquelle chaque élément, non seulement n'abandonnera rien de son originalité, mais la développera par l'efTet même de son contraste avec les autres.
A cette évolution de la critique répond une évolution parallèle de l'histoire, ou plutôt les deux n'en sont qu'une, si l'espace et le temps, comme Kant vient de le démontrer, ne font ensemble qu'une seule et même catégorie de la raison pure. Le sentiment de la diversité des lieux est inséparable du sentiment de la diversité des époques; et tous les deux, en s'unissant, constituent la
des Affaires de Rome, 1836-1837; — et lEucycliquc Singulari nos... au môme lieu.
Ange Blaize, Essai hiogvaphique sur M. de Lamennais, 1857;
— E. Forgues, Notes et souvenirs, en tête de la Correspondance de Lamennais, 1859; — Ernest Renan, Lamennais et ses écrits, 1857 [dans ses Essais de morale et de critique^ ; — l^lmond Schercr, Lamennais, 1859 [dans ses Mélanges de critique religieuse]; — Louis Binant, Lamennais et sa philosophie, dans la lievue des Deux Mondes du 15 août 1860; — Ravaisson, Rapport sur les progrès de la philosophie en France au xix® siècle, 1868;
— P. Janet, la Philosophie de Lamennais, 1890; — E. Spuller, Lamennais, Paris, 1892; — A. Roussel, de l'Oratoire de Rennes, iMmennais, d'après des documents inédits, Rennes, 1892; — Mercier, S. J., Lamennais, d'après sa correspondance et de récents travaux. Paris, 1893.
2® Lk nÔLE DK Lamknnais; — et (jue peut-rlro il n'y en a pas eu de plus considérable, en noire liinj)s, dans liiisloire des idées religieuses.
Origine et première rducalion de Lamennais. — Ses premiers -écrits : les Réflexions sur l'étal de lÉgli.se en iHOH, supprimées f>ar la police impériale; — et le livre de la Tradition de l Église sur l'institution des évâque.s, 181 'i. — Séjour en Angleterre, 181 i- 1815; — et publication du premier voinme de VEs.sai sur l'indifférence en matière de religion, 1817. — ICmotion qu il excite; — et <iui augmente encore par la publication du second volume en 1821.
couleur locale. C'est à Augustin Thierry qu'il faut faire honneur d'en avoir révélé l'importance à ses contemporains; et, sans rien vouloir ôter de leur mérite à Vitet, pour ses Etats de Blois, ou à Vigny pour son Cinq-Mars^ il faut pourtant nous souvenir que Cinq-Mars et les Etats de Dlois ont été précédés, en 1825, de Vllistoire de la Conquête de V Angleterre par les Normands. On a mesuré trop étroitement sa place à Augustin Thierry dans l'histoire de la formation des doctrines romantiques; et il est temps enfin de la lui faire, si, de toutes les conquêtes du romantisme, il se pourrait que ce fut lui qui eût réalisé l'une des plus durables.
Sommes-nous tenus de la même réparation envers les
— Lamennais, attaqué par une partie du clergé français, — est défendu par J. de Maistre et par Bonald [Cf. de Maistre, Correspondance, septembre 1820, et Bonald, dans ses Mélanges]. — Il répond lui-même aux attaques dans sa Défense de l Essai sur l'indifférence, 1821; — dont le premier effet est de lui susciter de nombreux ennemis à Rome. — Le voyage de 182i. — Retour en France. — Fondation du Mémorial catholique et de l'Association pour la défense de la religion. — Publication du livre sur les Progrès de la Révolution et de la guerre contre l'Église, 1828-1829.
— Luttes de Lamennais contre M. de Frayssinous et M. de Vatimesnil. — La révolution de 1830 et la fondation du journal l'Avenir.
— Difficultés nouvelles. — Second voyage à Rome, 1832. — Soumission de Lamennais, dissolution de TAssociation catholique, et suspension définitive de l Avenir, 1832 [Cf. Affaires de Rome]. — Situation difficile de Lamennais. — Il publie ses Paroles d'un croyant, 183^i. — Effet prodigieux du livre [Cf. Sainte-Beuve, Portraits contemporains, 183'!]. — L'Encyclique Singulari nos... 1834, et la condamnation de Lamennais. — Il y répond par la publication du livre sur les Affaires de- Rome, 1836, — qui clôt la première série de son œuvre et la première partie de sa vie.
Si la seconde partie de cette vie diffère de la première aussi profondément que l'a cru Lamennais lui-même? — et qu'à vrai dire en changeant de moyens, — on pourrait presque soutenir qu'il n'a pas changé véritablement d'objet.
Qu'en effet ce qu'il s'est proposé, c'a été d'établir la souveraineté
rédacteurs du Globe ? et au contraire, dans presque toutes les histoires de la littérature, n'a-t-on pas un peu surfait le personnage des Ampère et des Rémusat, des Dubois et des Magnin? Goethe, qui les lisait de près, avec une attention et une assiduité que soutenait la manière dont ils parlaient de lui, les trouvait « hardis au suprême degré! » [Cf. Entretiens avec Eckerniann, traduction Délerot, I, 241]. Les hardiesses de Jean- Jacques Ampère et de Charles Magnin nous font plutôt aujourd'hui sourire j et quelle page pourrions-nous citer d'eux? Disons donc tout simplement qu'ils ont eu leur part d'influence, comme continuateurs, eux aussi, de M"'*' de Staël; et encore pour avoir posé le principe de la distinction des
de la religion parmi les hommes; — et là même est le sens de l'Essai sur l'indifférence; — et comme il y en a plusieurs moyens;
— il a d'abord invoqué contre le progrès croissant de l'irréligion € l'alliance des vieilles souverainetés ». — Mais, s'étant aperçu que les vieilles souverainetés ne voulaient retenir de la religion que ce qu'elles croyaient utile à leurs intérêts ; — et voyant que par hv môme la défiance qu'elles inspiraient aux partis s étendait jusqu'à la religion; — il a voulu séparer la religion de la politique;
— et, selon la juste expression de Renan, c'est alors qu'il a essayé de constitu«'r la religion elle-même en parti; — cl ce sont ici les commencements de ce qu'on a depuis lors appelé c le catholicisme libéral ».
Rome a refusé de le suivre ou de s(î laisser «Mil rainer dans cette voie; — pour des raisons dont eUe était seule juge; — et qui avaient bien en \H'.lCt leur valeur politique. — Lameimais a rompu avec la Papauté- pour des motifs (|u il a donm's lui-même [Cf. Affaires de Home] ; — et c'est ainsi (|u il s est trouvé amené à poser la question dans les termes suivants : c Qu Cst-ce que le christianisme dans se» relations avec les sociétés liumaines? Quel en est le caractère? Quel ordre de pensées et de sentiments a-t-il développé dans le monde? Sur quelles idées fondamentales de droit et de justice a-t-il (Habli les rapports des hommes entre eux;* » — Mais qu'à la question posée en ces t«'rmes, — les(piels supprimaient tout simplement l'histoire, — il ne pouvait faire qu'une réponse; — lui qui jadis avait fondé la religion même sur l'auto-
oeuvres qui sont « littéraires », et de celles qui ne le sont pas. A cet égard, on pourrait dire que la théorie de l'art pour l'art est en germe dans leurs écrits, quelque surprise qu'ils dussent un jour éprouver de l'en voir sortir. Ils ont aussi aidé le romantisme h s'émanciper d'une tutelle politique qui commençait à lui devenir pesante. Et pour toutes ces raisons, on ne leur disputera pas, quand on ne les lira plus, la reconnaissance que l'on doit à ceux qui ont aimé sincèrement les lettres, et qui les ont fidèlement servies, — sans les avoir beaucoup illustrées. Dans les articles du Globe, comme à la Sorbonne, vers le même temps, dans les cours de Villemain, de Guizot, de Cousin, l'ancienne et la nouvelle
rite du « consentement universel » ; — et celte réponse était qne le christianisme et la démocratie ne sont qu'un.
C'est l'origine de ce que nous avons appelé depuis lors le < christianisme social » ou le c socialisme chrétien »; — dont la pente irrésistible est vers le socialisme pur, — dès qu'il se sépare de l'autorité et de la tradition. — Mais nous n'en revenons pas moins au même point; — et l'erreur de Lamennais ne consiste point à s'être contredit; — mais î\ avoir voulu établir entre les deux termes de religion et de démocratie, — une identité qui les rendît en tout temps convertibles l'un en l'autre; — et qui Je condamnait donc lui-même à n'être qu'un pur démocrate, — si l'Eglise refusait d'admettre cette identité.
Des autres écrits de Lamennais; — et combien ils sont au-dessous des premiers, — si l'on met toutefois à part son Esquisse d'une philosophie, 1841-1846 ; — dont on a dit avec vérité qu'elle était t une philosophie de l'évolution » [Cf. Paul Janet, la Philosophie de Lamennais] ; — et qui contient d'ailleurs quelques-unes de ses plus belles pages [Cf. son Esthétique]. — Mais ses grandes œuvres demeurent SOS premières œuvres; — et c'est d'après elles qu'il faut juger l'écrivain; — qui offre cette singularité d'être l'un des moins c personnels » qu'il y ait dans son style; — tout en étant l'un des plus « entiers » dans ses idées; — et l'un des plus puissants de ce temps. — Qu'aussi bien sa manière, très dure à ses débuts, dans \ Essai sur l'indifférence, t. I et II, — s'est détendue à mesure qu'il avançait en âge [Cf., dans les Affaires de Borne, ses
esthétique ont essayé de se réconcilier, — la critique universitaire et la critique romantique; — et elles n'y ont qu'à moitié réussi. *
On a donné du romantisme^ on en donne encore tous les jours de nombreuses définitions, et elles contiennent toutes ou presque toutes, une part de vérité. ]M"° de Staël avait raison quand, dans son Allemagne ^ elle posait en principe que, « le paganisme et le christianisme, le Nord et le Midi, l'antiquité et le moyen Age, la chevalerie et les institutions grecques et romaines » s'étant partagé l'histoire de la littérature, le romantisme était donc, par contraste avec le classicisme, tout à la fois le chevaleresque, le moyen âge, les « littératures du Nord » et le christia-
descriptions de voyage] ; — et que, s'il y a du pastiche, — et de la déclamation dans les Paroles d un croyant, — il y a aussi de la poésie.
30 Les Œuvres. — Il existe deux éditions des OEuvres complètes de Lamennais, l'une en douze volumes, Paris, 1836-18^7, P. Daubrée et Cailleux ; — et 1 autre en dix volumes, Paris, 18i'», Paii;nerre;
— toutes les deux fort incomplètes, mais surtout la première, en raison même de sa date; et puis parce que Lamennais lui-même semble s'en être désintéressé.
Il faut ajoiiter aux écrits que contiennent ces deux éditions; — Amschaspands et Darvands, 18'i.'{: — le Deuil de la Pologne, 18'i6;
— son Esquisse d'une philosophie. I8'il-18'i6; — ses Mélanges philosophiques et politiques. I85('): — sa traduction des Evangiles; — et sa traduction de la Divine Comédie [posthume], 1855-
Sa Correspondance a été publiée, j)arlie par lùit,r 1). Korj^ues, 2 vol., Pari», 1859, Paulin et Lechcvalii'r : — partie par son neveu, A. Blaizc, 2 vol., Pari», 1866. Dentu ; — «'I parlie par M. lùij<. Forgues fils, Correspondance de Lamennais avec M. de Vitrolles, Paris. 188'i, Charpentier.
IX. — Stendhal (Marie-Henri Beyle) (ircnol.lc. 1783; f I8'.2. Paris].
i** Les SoiRCEs. — Journal de Stendhal, Paris, 1888; Vie de Henri lirûlard. Paris. 1890; Souvenirs d égotisme, 18^2, ouvrages
nismc [Cf. De V Allemagne, II® partie, chapitre II]. Et il faut noter, à ce propos, qu'environ trente ans plus tard, Henri Heine, clans le livre où il refera celui de M"** de Staël, ne donnera pas du romantisme une idée si différente! Mais Stendhal n'avait pas tort, lui non plus, quand il écrivait en 1824 : « Le romanticisnie est l'art de présenter aux peuples les œuvres littéraires qui, dans l'état actuel de leurs habitudes ou de leurs croyances, sont susceptibles de leur donner le plus de plaisir possible » [Cf. Racine et Shakespeaj'e\. On a seulement fait observer, sur ce mot, que, si le « romanticisnie » n'était que le « modernisme », Racine, Boileau, Voltaire auraient donc été des romantiques à leur heure, ce qui est parfaitement
posthumes, publiés par M. Casimir Stryienski; — R. Colomb, Notice sur la vie et les ouvrages de Beyle, en tète de l'édition Hetzel de la Chartreuse de Parme, Paris, 18'i6.
H. de Balzac, son article [20 septembre 1840], à la fin de l'édition Hetzel de la Chartreuse de Parme; — P. Mérimée, H. B., Paris, 1850; — Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IX, 1854; — ïaine, Essais de critique et d'histoire, Paris, 1857 [L'article ne figure que dans les l'"'' et 2" éditions]; — A. Collignon, lArt et la vie de Stendhal, Paris, 1868; — A. Paton, Henri Beyle, Londres, 1874; — Emile Zola, Les Romanciers naturalistes, 1881; — P. Bourget, Essais de psychologie contemporaine, Paris, 1883; — Edouard Rod, Stendhal, dans la collection des Grands Ecrivains français, Paris, 1892.
2° L'Écrivain; — et d'abord, ce qu'il y a dans son œuvre de la tradition des idéologues, et môme des encyclopédistes. — Les premiers maîtres de Stendhal : Montesquieu, Marivaux, Duclos, Helvétius, Cabanis. — La carrière militaire et administrative d'Henri Beyle, 1800-1814; — et d'une expérience de la vie, rare chez les hommes de lettres, qu'il y a de bonne heure acquise. — Son admiration pour Napoléon [Cf. le Bouge et le Noir, et sa Vie de Napoléon]. — Son long séjour à Milan, 1814-1817 et 1817-1821 [Cf. la Chartreuse de Parme, ch. i, et la célèbre épitaphe : Arrigho Beyle,. Milancse]. — Les premiers écrits de Stendhal : Vies de Haydn, Mozart et Métastase, 1814, 2^ édition, 1817; — et l'Histoire de la peinture en Italie, 1817. — Ses relations avec lord Byron et avec
insoutenable. Rappellerons-nous encore d'autres définitions ? celle d'IIugo, par exemple, quand, après avoir déclaré, dans la deuxième préface des Odes, en 1824, « qu'il ignorait profondément ce que c'était que le genre classique et le genre romantique », il n'en définissait pas moins le second, trois ans plus tard, dans la préface de son CromwelU parle mélange des genres; par l'alternance du sublime avec le grotesque; et finalement par la substitution, comme idéal d'art, de la « recherche du caractère » à la réalisation de la beauté? Et nous avons aussi les définitions ironiques de Musset, dans ses Lettres de Dupuis et Coto/iet, 1836, — moins spirituelles à la vérité qu'animées du désir de l'être, — mais qui ne laissent pas d'avoir sur
Destult (le Tracy. — Le livre de V Amour, 1822; — et qu'il est bien un livre du xvin° siècle; — pour la sécheresse et l'ironie continue du ton ; — pour l'airectalion du cynisme; — pour le décousu de la composition. — Mais que l'on voit bien que Cabanis a passé parla [Cf. /{apports du physique et du moral] ; — et qu'en outre on y discerne deux ou trois éléments orij^inaux et nouveaux; — qui vont faire de Stendhal un des précurseurs de l'idéal romantique.
— Son intervention dans la bataille : Racine et Shakespeare, 1823;
— et qu'il n'est pas inutile de savoir que le livre a en partie paru dans une revue anglaise; — s'il porte ainsi témoignage du cosmopolitisme de lîcylc. — Les Promenades dans Rome, 1829; — et le Rouge et le Noir, 1830.
Que, si Stendhal ne les a pas dégagés nettement, il a fourni pourtant au romantisme trois «les principes (îssenliels de son esthétique; — l('s(piels sont, <'t sans parler d une orientation générale de la curiosité vers des littératures étrangères : — 1" le Principe de ictiuis'alrnce des arts; — ou du perp(Hucl échange (|uo la poésie, la priuture et la înnsique peuvent faire de leurs « moyens » ;
— et conséquemment de leurs elfrts; — 2'^ le Pri/iripe de la représentation du caractère comme objet essentiel de lart; — en tant que le caractère est l'expression du « lempé'rament » physiologique des individus; — cl des peuples; — et 3" le Principe de la glorifi' cation de l énergie', — si son admiration pour Xapolé-on ; — pour l'Italie; — et pour l'Anglelcrr»' prouve esscntielh.Muent sa .'sympathie pour la résistance des in<livitlus aux conventions cl aux lois
toutes les autres ce grand avantage d'être « successives », et ainsi de poser la question comme il faut qu'on la pose. La définition du romantisme n'est pas une question d'étymologic ni de doctrine, mais d'histoire; et le mot de romantisme, n'ayant point en soi de signification principale ou première, n'est rempli que des sens différents dont les hommes et les œuvres l'ont chargé dans l'histoire, c'est-à-dire dans le temps.
Mais, de cette multiplicité de sens que lui ont donnée tour à tour les Hugo et les Dumas, les Vigny et les Musset, les Sainte-Beuve et les George Sand, — pour ne rien dire des moindres, — et de cette diversité de traits qui le caractérise, si nous essayons d'en dégager, d'en isoler,
de la société. — Il est aussi l'un des premiers qui aient fait de la « culture du moi » la loi du développement de l'artiste.
Il'a dû à d'autres raisons; — différentes quoique connexes; — de survivre lui-même au romantisme; — et par exemple i» son goût du « petit fait » ou du fait précis et « documentaire » ; — à sa tendance à transformer en lois de l'esprit ou de la nature des anecdotes particulières; — à sa manière d'écrire, anonyme ou impersonnelle, mais surtout « analytique »; — et d'ailleurs à la valeur de quelques-unes de ses observations. — Si cependant la valeur même « documentaire », — et surtout la valeur littéraire de la Chartreuse de Parme, 1839, — sont aussi considérables qu'on l'a quelquefois prétendu? — ou encore, si la profondeur n'en est pas souvent plus apparente que réelle? — et à ce propos d'une étrange facilité que se donnent les ironistes, — qui est de nous faire croire qu'ils pensent dès qu'ils se moquent. — Les dernières œuvres de Stendhal : Viltoria Accoramboni , 1837; — Les Cenci; La duchesse de Palliano, 1838; — L Ahbesse de Castro, 1839. — La lettre de Stendhal à Balzac, 1840; — et les deux phrases devenues célèbres : « La Chartreuse de Parme est écrite comme le code civil » ; — et : « Je songe que j'aurai peut-être quelque succès vers 1880 ».
3*^ Les Œuvres. — Les OEus'res de Stendhal comprennent : 1° Ses Romans, que nous avons tous indiqués, à l'exception du premier : Armance, 1827; — ses Chroniques italiennes, 1855; — et Lamiel, publié de nos jours par M. Stryienski, 1888;
et d*en préciser un, dans la dépendance duquel se rangent aisément tous les autres, il semble bien qu'il ne puisse y avoir de longue hésitation ; et le i^omantisme, \ c'est avant tout, en littérature et en art, le triomphe de l'individualisme, ou l'émancipation entière et absolue du Moi. Nous retrouvons ici, victorieuse enfin des obstacles qui l'avaient longtemps contrariée, l'influence de Rousseau et de Chateaubriand. Chacun de nous est son seul maître. L'artiste et le poète, comme tels, n'ont qu'une loi, et, comme hommes, ils n'ont qu'un devoir, qui est de se (( communiquer ». Ni leurs contemporains ne sauraient \ leur en demander davantage, ni eux-mêmes ne pourraient nous le donner, sans manquer au respect dont ils sont
2" Ses OEuvres de critique [criliqne d art ou critique littéraire], dont les principales sont : les Vies de Haydn, Mozart et Métastase, 1814-1817 [sous le pseudonyme de Louis César Alexandre Bombet] ; — Vllistoire de la peinture en Italie, 1817, par M. B. A. A. ; — Home, Naples et Florence, 1817; — Racine et Shakespeare, première partie, 1823; et deuxième partie, 1825; — la Vie de liossini, 1824; — et Promenades dans Home, Paris, 1829;
3» Ses OEuvres diverses, dont les deux principales sont : le livre de V Amour, 1822; — les Mémoires d'un touriste, 1838; — sa Correspondance, dont on a pui)lié deux volumes en 1855; — et un volume «le Lettres à sa sa'ur, 181>2.
Ses OEuvres complètes ont (Hé rt-unics en 13 volumes, d'une part; et de l'autre 't volumes, intitulés OEuvres posthumes, Paris, 1853- 1855, Calmann Lévy. On y a depuis ajout»' : \'ie de Napoléon, 1876; cl les cinq ou six volumes publiés par .M. Casimir Slryienski.
X. — Alphonse-Marie Louis Prat de Lamartine IMàcon. 1790; f 18G9, Paris J.
1° Les SoiKCES. — Lamartine lui-même, dans sa Correspondance, publiée par M'»° Valcntine de Lamartin(>, 1" édition, 1873-1875; cl 2« édition, I88I-IHS2 [plus romplèle, mais très incomplète encore] ; — ses Confidences, 18'i9 ; — ses Nouvelles confidences, 1851; — ses Mémoires inédits [1790-1815], 1870; — et le Manuscrit de ma mère, 1871.
Sainte-Beuve, Portraits contemporains, t. I, 1832, 1836, 1839; et
422 MANUEL DE L HISTOIRE Dlî LA LITTÉBATUDE FRANÇAISE
comme tenus envers leur propre originalité. Et si nous avons, à diverses reprises, assez insisté sur ce point pour estimer sans cloute inutile d'y appuyer encore, nous nous contenterons d'ajouter qu'entre 1825 et 1835 il n'était rien, — depuis l'exemple de Byron jusqu'à r « idéalisme subjectif » de Fichte, — qui ne concourût à favoriser ce développement de l'individualisme. C'est donc aussi précisément pourquoi, de tous les caractères du romantisme, il n'y en a pas qui lui soit plus essentiel : j'entends par là qui explique mieux les causes de sa grandeur; celles de sa décadence; et la nature de la réaction qu'il devait provoquer.
Guerre au classicisme, liberté, vérité dans l'art, cou-
Causevies du lundi, t. I, 1849; cl t. IV, 1851; — A. Vinet, Études sur la littérature française au xix" siècle, t. II, 1845; — Gustave Planche, dans la Revue des Deux Mondes, juin 1851 , novembre 1859 ; — Cuvilliei"-Fleury, Dernières études littéraires, 1859; — Victor de Laprade, Le Sentiment de la nature chez les modernes, 1868; Eugène Pelletan, Lamartine, sa vie et ses œuvres, Paris, 1869: — Ch. de Mazade, Lamartine, sa vie littéraire et politique, Paris, 1870; — Emile OUivier, Lamartine, Paris, 1874; — Ernest Legouvé, Soixante ans de souvenirs, Paris, 1876; — Ch. Alexandre, Souvenirs sur Lamartine, Paris, 1884; — F. Brunetière, La poésie de Lamartine, dans la lievue des Deux Mondes, août 1886; et \ Evolution de la poésie lyrique, t. I, 1894; — Ém. Faguet, XIX"^ siècle, 1887; — Ch. de Pomairols, Lamartine, Paris, 1889; — Chamborand de Périssal, Lamartine inconnu, 1891; — F. de Reyssié, La jeunesse de Lamartine, Paris, 1892; — Ém. Ueschanel, Lamartine, Paris, 1893; — Jules Lemaitre, Les contemporains, t. VI, 1895.
20 Le Poète, — et quelque rôle qu'il ait joué par ailleurs; — comme aussi quelque air de dédain qu'il ait alleclé parfois pour sa poésie; — et quelque service enfin qu'il nous ait rendu dans un jour fameux ; — que sa gloire sera toujours d'èlre Fauteur des Méditations et des Harmonies; — et non celui de V Histoire de la Restauration ou même de l'Histoire des Girondins.
Son origine et son éducation [Cf. sa Correspondance, toute pleine de précieux renseignements sur ses premiers maîtres et ses premières lectures]. — La famille de Lamartine; — et d'un mot de
LA LITTERATURE MODERNE 41î3
leur locale, imitation des littératures étrangères, tous ces autres noms, en efTet, dont on a fait tant de bruit, n'ont servi que de couverture ou de déguisement à l'étalage du moi. Ce que Victor Hugo, ce que Musset, le vieux Dumas ou George Sand ont imité de Gœthe ou de Byron, ce n'a jamais été que leur manière de vivre leurs romans, ou de « romancer » leur vie; de se mettre eux-mêmes en scène ; de raconter, de confesser publiquement leurs amours ; le Werther du premier, le Don Juan du second; — mais non pas la rare application de l'un au perfectionnement de sa propre individualité, ni la mort héroïque de l'autre. Pareillement, si nous examinons en quoi la liberté a consisté pour eux, — la liberté dans l'art, et non la liberté
Sainte-Beuve à propos de Rousseau : « qu'il est bon d'être né do la race des purs ». — Le senlirnent de la nature; — et comment Lamartine n'a pas eu besoin de 1 acquérir pour le posséder; — en ayant clé pénétré dès l'enfance. — Le sentiment religieux; — et combien il est plus sincère chez Lamartine que chez Chateaubriand; — ou du moins plus « natif» ; — • et })eut-ètre ainsi d'autant plus favorable à la poésie. — Noblesse naturelle de limagination de Lamartine. — Ses premiers vers [(>f. sa Correspondance]; — et leur ressemblance avec ceux de Chènedollé ; — mais surtout do Parny. — L'Elvire des Méditations \CA\ A. France, L'Ehire de Lamartine]. — Lssais dramati(|uos du poète ot ses relations avec Talma. — La ptiblicalion dos Méditations, 18PJ, — Kflet qu'elles produisent, tout à fait hors do comparaison avoc celui des Poésies de Chénicr, 1SI9; — ot nouvelle orientation (ju'olles donnent à la poésie. — Les Nouvcilcs Méditations, ot la Mort de Socrate, 1S'21{.
— Séjour en Italie. — Le Dernier chant du pèlerinage de Cliilde llarold, 1825. — Lamartine charg»' d'an'airos do France à Florence.
— Composition (hs Harmonies ; — retour à Paris. — Il(''coplion à l'Académie française; — et publication (h's Harmonies, IH.'JO. -- Au lendemain de la révolution do I8.*{(>, il (b)niu' sa (h'niission ; — et publie son piomier écrit [)oliti(|uo. — Son échec «'locloral dans le Var; — son départ pour 1 (Jrient ; — sa rencontre avoc lady Eslher Stanhope. — Hontréo en Franco, 1H:>;{; — pul)lication du Voyage en Orient, 18.*}'); — et de Jocelyn, \H'M].
A. Les Méditations. — Du caractère général dos j)romières Médi-
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de l'art, qui sont deux choses très différentes, — ce n'a pas été sans doute à se rendre maîtres du choix de leurs sujets, puisqu'on avait bien permis à Voltaire d'aller chercher les siens jusqu'en Amérique et jusqu'en Chiiu : m \\ écrire des drames en prose, puisque CromwcU, Hernani, Christine, Othello sont en vers; ni même h violer les « règles », puisqu'enfin quelles « règles » dira-t-on qu'il y eût de l'élégie, de l'ode, du roman, et Cinq-Mars^ les Orientales y Notre-Dame de Paj-is , les Confessions de Joseph Del orme sont-elles, ou non, des œuvres romantiques? Il faut l'avouer : les romantiques n'ont entendu la liberté que du droit d'être eux-mêmes en tout; de n'incliner devant aucune puissance au monde la « souve-
tations; — et, quand on les compare aux Chansons de Bérangcr, 1816-1824; — ce qui est presque une profanation ; — ou mcnie i\ux Élégies de Chénier, 1819; — que ce qu'on y voit de plus neuf, test que le poète y a retrouvé les vrais « thèmes » lyriques ; — lesquels sont la Nature, l'Amour et la Mort ; — et les a traités avec autant d'élévation qu'il y a de sensualité dans les vers de Chénier; — et de « gauloiserie ); narquoise ou d'épicurisme sournois dans les chansons de Béranger. — De la Mort de Socraie ; — et de l'aptitude de Lamartine à la poésie philosophique [Cf. Voltaire, dans ses Discours sur l'homme]. — Les Nouvelles Méditations [Cf. le chapitre de M. Pomairols, dans son Lamartine]; — et qu'aux caractères des premières elles en joignent un autre; — qui est d'allier plus de grâce [Cf. Ischia] à plus de force [Cf. le Crucifix] ; — non moins de sincérité à plus de virtuosité [Cf, les Préludes] ; — et d'être à la fois ce qu'il y a dans la poésie française de plus noble et de plus voluptueux.
B. Jocelyn', — et qu'il a d'abord ce mérite; — qui en est bien un; — d'être le seul « poème » de quelque étendue que nous ayons en notre langue. — Du sujet de Jocelyn; — et de quelques objections que l'on a faites à Lamartine [Cf. sur ce point les quatre articles de Yinet et Em. Deschanel, dans un sens, et de Sainte- Beuve et J. Lemaître dans l'autre]. — Que de reprocher à Lamartine de n'avoir point marié Jocelyn et Laurence; — c'est reprocher à Corneille d'avoir séparé Polyeucte de Pauline; — et oublier qu'ils n'ont sans doute écrit que « pour les séparer » l'un son drame,
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raincté » de l'artiste; de ne reconnaître de loi que celle de leur caprice ou de leur fantaisie :
Toujours le cœur humain pour modèle et pour maître! Le cœur humain de qui ? Le cœur humain de quoi ? Quand le diable y serait, j'ai mon « cœur humain » moi!
Et si Ton a pu dire enfin, si je crois avoir dit moimême que le romantisme avait pris en tout le contre-pied du classicisme, la grande raison en est uniquement que le classicisme avait fait de l'impersonnalité de l'œuvre d'art l'une des conditions de sa perfection.
Par là également, par cette liberté d'être soi-même, et de n'être que soi, ou, si l'on le veut, de (.( réfracter » en
et l'autre son poème. — Dune comparaison que Sainte-Beuve a faite de la « poésie de curé de campagne » qu'il feint d'admirer surtout dans Jocelyn; — avec la poésie de Wordsworth; — et que c'est louer Jocelyn par son moindre mérite, — Que si ce mérite est on effet réel; — et s'il y a dans Jocelyn toute une veine de poésie familière : — on y retrouve pourtant aussi le poète des Méditations; — son sentiment de la nature; — sa conception de l'amour, toujours aussi chaste dans son expression qu'ardente en son désir. — On y retrouve cette ricliesse d'inspiration; — et cette fécondité descriptive aux(nielles on ne peut reprocher, — que de tendre à labus d'elles-mêmes. — VA on y retrouve enfin ce caractère « phihjsophique » de la poésie de Lamartine; — que nous avons déjà sif^nah' dans les Méditations; — et (|ni fait songer par endroits <le Kénclon.
C. F.es Harmonies; — <'t (pj'ayant paru avant Jocelyn ; — si cependant c'est après Jocelyn (ju'on en jiarle; — la raison en est « qu'étant écrites comme elles ont été senties, sans liaison et sans suite » ; — elles sont la substance même de la poésie de Lamartine; — quand, au lieu de se contenir vi <!<• se surveiller, elle s'épanche. — Klle trahit en effet ainsi sa véritahh' nature; — qui est précisément de ne pas savoir se borner; — et de tendre non seulement à la philosophie; — mais à la philosophie panthéiste; — et à force d'abondance, au vague et à lincK-termination. — Que cette observation n'a pas d'ailleurs pour objet de « déprécier » les Harmonies; — si Lamartine, à cette inspiration générale, a mêlé
soi l'univers, s'explique l'abondance, la richesse et l'éclat du lyrisme romantique. Il n'y a rien de supérieur dans notre langue aux Méditations de Lamartine, à quelquesunes des grandes odes d'Hugo, — depuis les Deux Iles, 182 !, jusqu'aux Mages, 1856, — ou aux Nuits d'Alfred de Musset. Si ces très grands poètes ne nous intéressent pas toujours en nous parlant d'eux-mêmes, ils ne nous intéressent jamais qu'à nous parler d'eux-mêmes. Ou plutôt encore, ce qui les a eux-mêmes émus dans l'histoire ou dans la vie, telle est l'origine et le sujet de leurs chants, qui ne nous intéressent point quand ils n'y ont mis d'eux que ce qu'il y avait en eux de plus singulier, mais à l'unisson desquels nous vibrons tout entiers quand nous
quelques-unes de ses inspirations les plus précises [Cf. Le premier regret, Milly ou la terre natale] ; — mais de le montrer s'échappant à lui-niôme ; — ne se préoccupant désormais ni de choisir entre ses idées; — ni de donner des digues au flot toujours plus abondant de son improvisation ; — et se préparant ainsi à écrire la Chute d'un ange. — S'il faut regretter que Lamartine se soit tourné vers la politique; — et qu'il semble bien qu'eu tout cas son inspiration poétique fut dès lors sinon tarie ; — mais assurément « dépersonnalisée ». — Qu'il appartient d'ailleurs encore à l'histoire de la littérature; — par quelques-uns de ses Discours [Cf. L. de Ronchaud, La politique de Lamartine, Paris, 1878]; — et quelques-uns de ses pressentiments [Cf. E. M, de Vogué, Heures d histoire, Paris, 1893]. — Il lui appartient encore par son Histoire des Girondins, 1847; — où sans doute l'histoire est étrangement déligurée ; — mais dont un poète seul pouvait écrire certaines pages; — et il lui appartient enfin par ses romans personnels; Raphaël, 1849; — les Confidences, 1849; — les Nouvelles Confidences, 1851; — Graziella, 1852. — Mais, à partir de cette date, — réduit, comme on disait jadis, à « travailler pour le libraire », — on trouve sans doute quelque ressouvenir de son passé dans ses livres et dans ses journaux; — et on y trouve surtout plus de critique et de jugement qu'on n'affecte parfois de le croire ; — mais il a cessé d'agir sur l'opinion; — et, près de quinze ans avant sa mort, — son rôle littéraire est terminé.
30 Les Œuvres. — Les Œuvres de Lamartine se composent de :
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y retrouvons nos propres émotions répercutées, amplifiées, et multipliées par IVcho de leur voix. A cet égard on peut bien dire qu'ils nous ont révélé pour la première fois la grande poésie lyrique, celle dont Ronsard n'avait eu que le pressentiment, et que Malherlje « avait réduite aux bornes du devoir », en la dérivant vers la grande éloquence. Mais, quelle différence y a-t-il entre l'éloquence et le lyrisme, si d'ailleurs les mêmes « mouvements », et les mêmes a images », et les mêmes « qualités de langue » les caractérisent l'un et l'autre? Une seule peut-être, très petite et très grande à la fois. Tandis que l'orateur essaie de donner à son émotion la forme la })lus générale qu'il puisse, afin d'atteindre ainsi l'auditoire le plus divers et
1° Ses Poésies, qui sont les Méditations, 1820; — la Mort de Socrate, 1823; — les Nouvelles Méditations^ 1823; — le Dernier chant du pèlerinage de Childc-IIarold, 1825; — les Harmonies poéti(/ues et religieuses, 1830; — Jocelyn, 1836; — la Chute d'un ange, 1838; — les Recueillements poéti(/ues, 1839.
Il y faut joindre un volume de Poésies inédites, publie en 1873; et d'assez nombreuses poésies de jeunesse, éparses dans le premier volume de sa Correspondance ;
2° Ses Romans: Raphavl, 1819; — Geneviève, 1850; — le Tailleur de pierres de Saint-Point, 1851 ; — Craziella, 1852 ; el [^([uoicpic d'ailleurs il s'y rencontre heauconp de vérité mêlée à heaucou]) d'iinaginalionj, — les Confidences, IH'i'J; — et les Nouvelles Confidences, 1851 ;
3° Son Voyage en Orient, 1832-1833;
4" Son Histoire des Girondins, 18'i7 ; — et son Histoire de la Restauration, 1852, etc.;
5" Sa Correspondance.
6<> Son Cours familier de littérature.
Il existe plusieurs éditions d(!s OEuvrcs complètes de Lamartine ■ Paris. 18'i0,cliez CJosselin, 13 volumes; — Paris, I8i5-I8'i9, Furnc, 8 volumes [qui ne comprennent en réalité (pie les OKuvres poétiques et le Voyage en Orient j] — et Paris, 18G0-18G3, chez l'auteur, rue de la Ville-1 Kvècpie, (piarante volumes [dont ne font d'ailleurs partie ni la Correspondance, ni la totalité de son Cours familier de littérature].
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le plus étendu, c'est au contraire la forme la plus individuelle possible que le poète s'efforce de donner aux émotions de tout le monde. Ainsi du moins ont fait les Musset, les Hugo, les Lamartine ; et ainsi, bien loin d'eux, mais comme eux, le poète des ïambes ou celui des Confessions de Joseph Delorme, auxquels tous on a précisément reproché d'être en général plus orateurs que poètes. Le reproche méconnaissait à la fois les conditions du lyrisme et le principe du romantisme. S'ils sont bien les plus grands de nos poètes lyriques, c'est qu'ils en sont les plus personnels; et parce qu'ils en sont les plus personnels, ils en sont les plus romantiques.
Et là toujours, dans ce besoin de parler d'eux-mêmes,