‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 71 sur 85 · II. — Jules Michelet [Paris, 1798; f 1874, Hyèies · texte numérisé non relu

II. — Jules Michelet [Paris, 1798; f 1874, Hyèies

1^ Les Solucks. — André Cochut, dans la Revue dos Deux Mondes, janvier 1842; — Alfred Nettement, Histoire de la littérature sous le gouvernement de Juillet, t. II, Paris, 1855; — H, Taine, Essais de critique et d'histoire, 1855 et 1856; — Emile IMonlé^ut, dans la lievuc des Deux Mondes, fôvricM' 1857; — G. Monod, Jules Michelet, 1875 et 18'J7: — (). d'Haussonville, Etudes biographiques et littéraires, Paris, 1876; — 1'. C^orréard, Michelet, dans la Bibliothèque des Classiques populaires, 1886; — J. Simon, Notice historique sur Michelet, Paris, 1886; — Mniilc Ka^iiet, Etudes littéraires sur le xix« siècle, Paris, 1887.

2° L'ÉcHivAiN ; — et pour quelle raison on n'en a pas parlé plus tôt; — qui est que son influence, très profonde [Cf. (i. Monod, loc. cit.]. — mais d'abord circonscrite à un cercle d élèves, — n'a commencé de s'exercer sur le grand public qu'aux environs del8''i5. — On en trouverait au surplus une preuve dans ce fait que de tous les grands écrivains de son temps, — il est le seul, croyons-nous, dont Sainte-Beuve n'ait rien dit avant 1862; — et encore [Cf. Nouveaux lundis, t. II] a-t-il moins parlé de Michelet que de Louis XIV et

Elles sont l'œuvre d'Auguste Comte, — dont on ne s'attend pas que nous résumions ici le Cours de philosophie positive (1831-1842), — mais dont il faut bien savoir que le grand efFort a été dirigé contre la prétention de l'éclectisme h faire du Moi le juge de l'erreur ou de la vérité contenue dans les systèmes. Il en est de l'éclectisme comme du romantisme lui-même, et on ne les a mal appréciés, — et peut-être encore plus mal combattus, — que pour les avoir assez mal définis tous les deux. En réalité, l'un et l'autre Victor ont été les plus « personnels » des hommes, et de même qu'il n'y a qu'Hugo dans les Feuilles d'automne ou dans les Voij: intérieures, pareillement il n'y a que Cousin dans sa philosophie. Lisez et relisez son

du duc de Bourgogne. — On faisait infiniment plus de cas de Guizot, de Mignet, de Thiers même. — C'est Taine qui a le premier rendu justice à Michelet ; — en le classant au premier rang non seulement des écrivains, — mais des poètes do son temps; — et ce que Taine avait ainsi commencé, — ce sont les livres de VOiseau, 1S56: l'Insecte, 1857; l'Amour, 1859; la Femme, 1860; — et les derniers volumes de son Histoire de France, 1855-1867 ; — qui l'ont achevé.

Origines populaires de Michelet; — ses commencements laborieux; — ses débuts littéraires : la traduction des OEuvres de Vico, et le Précis d'histoire moderne, 1827. — Les premiers volumes de l'Histoire de France, 1833-1844 [des origines jusqu'à la Renaissance] ; — et s'il y faut voir, avec quelques-uns, le chefd'œuvre de Michelet? — Observations à ce sujet; — et qu'avec d'autres qualités, plus lyriques, — sa méthode est substantiellement analogue à celle d'Augustin Thierry; — mais son inspiration sensiblement plus catholique ou moins hostile à l'Église. — C'est ce qui rend plus surprenant que ces premiers volumes n'aient pas tiré tout de suite Michelet de pair; — et que les « romantiques » n'aient pas reconnu d'abord en lui l'un des plus grands d'entre eux. — Mais d'autres travaux, à ce moment môme, le détournent de l'histoire pittoresque, — vers la philosophie de l'histoire; — en même temps que son ami Quinet; — et sa nomination au Collège de France, 1837, — les précipite ensemble tous les deux dans la politique militante.

œuvre, examinez, considérez d'un peu près le fond et la fin de sa méthode, vous ne trouverez rien de plus, dans l'éclectisme, que raffirmation du droit de Victor Cousin à reprendre dans tous les systèmes le bien de Victor Cousin ; et son a observation de soi-même par soi-même » n'est qu'une application de l'individualisme aux choses de la philosophie. C'est tout justement cette ol^servation égoïste, si l'on peut ainsi dire, dont Auguste Comte a voulu démontrer l'étroitesse et la stérilité. « La prétendue méthode psychologique, écrivait-il dans sa première Leçon^ est radicalement nulle dans son principe... L'obseivation intérieure^ — c'est lui qui soulignait, — engendre presque autant d'opinions divergentes qu'il y a d'individus croyant

Un autre Micholct se dégage alors du piemier; — le Michelet des Jésuites^ 18i:i; — l'auteur du Prêtre, de la femme, et de la famille, 1845; — celui du Peuple, 1846, — et de son Histoire de la Révolution française, 1847-1853. — Qu'à première vue ce second Michelct ne se distingue pas beaucoup — de ceux de ses contemporains qui combattent le même combat; — et on dirait que son originalité première se noie — dans la baualilé des idées qu'il développe, — avec la violence d un encyclopédiste. — Mais il y a pourtant en lui quelqu*? chose de plus; — et notamment la (acuité de se mettre tout entier lui-même dans ce qu'il dit; — et dans ce qu'il écrit. — Il (juitte sa chair<î du Collège de France, 1852, [Cf. Jules Simon, loc. cit., p. 219-221J; — 'et c'est alors, dans les vingt-cinq dernières années de sa vie, — que sa réputation et son influence égalent endn son nn-rite.

Il <lécouvre « la science » ; — Ihistoire naturelle et la physiologie tout particulièrement; — et, comme il continue d'ailleurs d'être foncièrement romanti(]ne, — il en di'vient le poète [Cf. l'Oiseau, l'Insecte, la Femme, l Amour]. — lOlonnement produit sur les contemporains par celte manière de mêler ensemble — ce que le réalisme physiologicpic a de plus cru. d'une part; — et d'autre part ce que le mysticisme r<)manli(|uc a de plus lyrique. — Il applique celle méthode à l'histoire [Cf. la lienaissancc et la liéforme]; — cl il en tire des effets imprévus; — dont le moins considérable n'est pas de rabattre en quelque sorle la dignité conventionnelle de l'histoire, — sur le plan de la vie que nous vivons

s'y livrer. Les véritables savants en sont encore à demander vainement qu'on leur cite une seule découverte réelle qui soit due à cette méthode si vantée. » Et en conséquence, la méthode qu'il a voulu substituer à celle de Cousin, comme étant non seulement la meilleure, mais à vrai dire la seule bonne, c'est celle qui consiste, si vraiment nous voulons nous connaître, à commencer par sortir de nousmêmes; et, quand ensuite nous essayons de systématiser nos observations, à n'y rien mêler de notre Tond. Bien loin que notre Moi soit le juge des autres, comme l'a cru l'éclectisme, au contraire, c'est la connaissance que nous avons des autres qui nous sert à rectifier l'idée que nous nous formons de nous. Nous ne sommes, à proprement

nous-mêmes. — Sa division du règne de François I^* : « Avant l'abcès, et après l'abcès » ; — et du règne de Louis XIV : « Avant la fistule, et après la fistule ». — Combien cette manière se rapproche de celle de Victor Hugo, d'un côté; — et de l'autre, de celle de Taine et de Renan ; — et qu'elle a pu d'ailleurs lui inspirer des idées singulières ; — mais qu'elle n'en a pas moins renouvelé l'histoire. — Ce que Sainte-Beuve faisait en détail, dans ses Causeries du lundi, — Michelet l'a fait en grand ; — et là même est l'attrait, un peu équivoque, de son Louis XIV om de son Louis XV; — mais aussi là en est le danger.

Les dernières œuvres de Michelet , notamment sa Jiihle de l'humanité, ISô^i; — et les Préfaces Générales pour son Histoire de France et pour son Histoire de la Révolution. — Retour à la tendance symbolique et apocalyptique; — et, à cette occasion, ressemblance de la dernière évolution de la pensée de Michelet avec celle d'Hugo [Cf. l'article suivant]. — Analogie de leur rhétorique; — et qu'ils sont demeurés tous les deux romantiques jusqu'au bout; — c'est-à-dire lyriques, « démocrates », et invinciblement spiritualistes. — H y a toutefois plus de sensibilité chez Michelet, — et l'invention verbale étant moins abondante, — peutêtre aussi plus de sincérité.

De l'influence de Michelet; — et qu'elle a été considérable; — si, tout en favorisant le naturalisme, — elle a cependant maintenu contre lui' une tradition d'idéalisme. — Personne en efifet n'a cru plus que lui au progrès; — mais surtout au progrès moral; — sur

parler, que la scène ou le lieu de nos impressions, et notre originalité n'est généralement qu'une illusion de notre amour-propre, un mirage, une fantasmagorie. La vraie psychologie est dans l'histoire et dans la société, non pas en nous, mais hors de nous, tout autour de nous. Et l'on voit sans doute ici comment, dans la pensée d'Auguste Comte, cette conception de la « psychologie » se lie à ce que nous disions plus haut des progrès de la science de son temps. Nous ne pouvons affirmer de nos impressions qu une chose, qui est que nous les avons éprouvées, mais non pas qu'elles soient conformes h leur objet, et que par conséquent nous ayons eu raison de les éprouver. On ne voit pas moins bien, si je ne me trompe,

les conditions duquel il a pu d'ailleurs se tromper; — mais auquel enfin il a travaillé de toute son Ame; — et qu'il a surtout cru trop facile à réaliser; — mais dont il n'a jamais admis que l'écrivain se désintéressât. — C'est aussi lui qui plus que personne a travaillé à fonder « la religion de la Révolution » ; — et, quoi qu'on en puisse dire, il y a réussi. — Enfin, avec tous ses défauts, — qui sont peut-être inséparables de ses qualités, — son Histoire de France est la seule que nous ayons ; — parce que, seul de tous les historiens qui ont tenté l'entreprise, — il a eu l'imat^inalion assez forte, pour « personnaliser» la pali'ie; — et ainsi donner à son histoire quelque chose de ce vivant intérêt qui est celui de la biographie.

— Toutes les autres ne sont (jne des compilations.

3° Les Œuvres. — On peut distinguer dans l'icuvre de Michelet : 1° Ses OEus'res historiques, qui comprennent : son Histoire de /'Vawce [depuis les origines jusqu à la Ilenaissance], 1 8153-1 8 V'i ; et [depuis la Ilenaissance jusqu'à la Révolution j, I85r)-I8fi7 ; — sou Histoire de la Révolution, 1 8 'i 7- 1853 ; — et son Histoire du xix» siècle [publication posthume]; — son Histoire romaine, \W,V} ; — diverses publications, dont le Procès des Templiers, 2 vol. in-V', dans la collection des Documents inédits de i histoire de France, 1851 ; — et ses traductions des OEuvres de Vico et des Mémoires [ Tischredcn] de Luther.

2° Les OEuvres politiques ou polémiques, dont les principales sont : Des Jésuites, 18'i3 ; — le Prêtre, la Femme et la Famille, 18'i5 ;

— le Peuple, IS'iO; — le Cours professé au ('ollr:^e de France, IS'iS.

quelles en sont les liaisons avec ce que nous appelons aujourd'hui du nom de « sociologie ».

Nous distinguons aujourd'hui la « sociologie » du « socialisme » ; et du reste nous ne savons très bien ni en quoi consiste la différence, ni ce que c'est que le « socialisme » ou la « sociologie ». On ne le savait pas davantage aux environs de 1840, et le mot lui-même de « socialisme » n'était alors qu'un barbarisme d'invention récente. Mais il n'y en avait pas moins un accord, et comme une conjuration de tous ceux qui pensaient, pour dénoncer déjà les excès de l'individualisme, et pour donner à la guerre que l'on commençait à lui faire une portée plus que littéraire. De la sociologie chrétienne des Bonald et des

3° Ses autres OEuvres, qu'on uo peut appeler ni des « œuvres d'imagination », ni pourtant des « œuvres scientifiques », c'est à savoir : l'Oiseau, 1856; — l'Insecte 1857; — l'Amour, 1859; la Femme, 1860; — la Mer, 1861 ; — la Bible de l'humanité, 1864; — la Montagne, 1868, etc.

Enfin quelques écrits posthumes, dont les principaux sont : Ma Jeunesse, \%^\; — Mon Journal, 1888; — Sur les chemins de l'Europe, 1893.

Il se publie d'ailleurs, en ce moment même, sous la direction de M"e Michelet, une édition des Œuvres complètes de J. Michelet, en 40 volumes in-8'^, Flammarion, Paris, commencée il y a déjà quelques années, et qui approche de son terme.

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