‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 4)Chapitre 8 sur 85 · I. — La formation de la langue française · texte numérisé non relu

I. — La formation de la langue française

lo Le» Sources. — Aniédée Thierry, Histoire des Gaulois, (?t Histoire de la Gaule sous la domination romaine ; — Rogor tli; Belloguct, Ethnogénie gauloise, Paris, 1801-1808; — Fusicl de Coulanges, Histoire des Institutions politiques de l'ancienne France, t. I. 2« édition, Paris, 1887.

G. Korling, Encyklop.rdie und Metliodologir drr romonischen Philologie, Heilhronn, 188'i-188r); — (i. (iroixr, (hundnss der romanischen Philologie, Strashourf^, 1888-IS".M').

Raynouard, /,e.r/<///c ro///r///, Paris, 18;{8-18i'»; — Edelestnnd du Mëril : Essai philosojfhifjuc sur la foriiialicn de la lunette fian-

et, à mesure que j'avançais dans ce travail, fêtais rempli d*étonncment en voyant la prodigieuse similitude qui se rencontre en toutes ces lois; et j'admirais comment des peuples si différents et si peu mêlés entre eux avaient pu s'en donner de si semblables. » [Tocqueville, L'Ancien régime et la Révolution ^ livre I, chap. iv.] C'est la même admiration ou le même étonnement qu'inspire une étude attentive de la littérature européenne du Moyeu-âge. Rien ne ressemble à une Chanson de geste comme une autre Chanson de geste, si ce n'est un Roman de la Table-Ronde à un autre Roman de la Table-Ronde, un Conte h un autre Conte, ou enfin un Mystère à un autre Mystère ; et deux gouttes d'eau ne sont pas plus semblables, ou, pour mieux dire, deux tragédies classiques, ni deux romans naturalistes. On y croirait d'abord apercevoir des différences, mais pour peu qu'on essaie de les

çaise, Paris, 1852; — F. Diez : Grammaire des langues romanes, traduction française de Gaston Paris et Morel-Fatio, 3*^ édition, Paris, 1874-1876; — W. Meycr-Liibkc, Grammaire des Langues romanes, traduction Rabiot et Doutrepont, Paris, 1890-1895 ; — les Grammaires historiques de Brachet, Darmesteter, Brunot; — les Dictionnaires étymologiques de Diez, Scheler, Korting; — et les Dictionnaires historiques de Forcellini pour le latin classique; du Gange pour le bas-latin; la Curne Sainte-Palaye et F. Godefroy pour l'ancien français.

2° Les Eléments successifs du français.

A. L'élément celtique; — et de la difliculté d'en déterminer aujourd'hui la nature; — si surtout les langues celtiques et la langue latine sont elles-mêmes des langues sœurs [Cf. William Edwards, Recherches sur les langues celtiques', et Zeuss, Grammatica celtica]. — Que, si rinfluence de l'élément celtique se retrouve dans le français, il semble que ce soit moins dans le vocabulaire que dans la syntaxe; — et moins peut-être encore dans la syntaxe que dans la prononciation. — Considérations à ce sujet; et de rinfluencc iiiî-Luxfinformation des organes, ou de la nature des eaux, 4^sairs et de» lieux sur la prononciation. — Que, pour /'

préciser, elles s'évanouissent, et tout se confond. Il semble ainsi qu'au Moyen-Age une façon de penser et de sentir commune, imposée à l'Europe entière par la triple autorité de la religion, du système féodal, et de la scolastique, ait opprimé en littérature, pendant plus de quatre ou cinq cents ans, et comme anéanti toutes les distinctions d'origine, de race et de personne.

Quis primus?... D'où viennent les Chansons de geste; et d'où nos Romans de la Table-Ho/ide? La source première en est-elle romane? ou germanique? ou celtique peut-être, à moins que l'on ne veuille que, comme celle de nos fabliaux, elle soit arabe ou hindoue? Le fait est que nous n'en savons rien. Cette littérature n'a pas d'état civil. [Cf. Pio Rajna, Le Origini deW Epopea francese, Florence, 1884.] Encore n'est-ce pas assez dire, et, sachant par ailleurs que tel Conte ou tel Mystère a vu le jour

mal définie que soit rinfluence celtique, on ne saurait pourtant la révoquer en doute; — et qu'on ne saurait s'expliquer sans elle la différenciation du français, et de l'italien ou de l'espagnol.

B. L'élément latin. — Latin littéraire et latin vulgaire; — conquête et « romanisation » de la (îaule ; — vanité des arguments « patriotiques o en pareille matière. [Cf. Granier de ('assagnac, Les origines de la langue française.] — Hypothèse de Raynouard sur la formation d'une « langue romane » intermédiaire entre le baslatin ou latin vulgaire et les langues novo-lalines ; — dans quelle mesure on peut la soutenir; — et, en tout cas, de la comnu)dil(> qu'elle offre. — Déformation ou transformation du latin vulgaire par les accents locaux; — et par le seul effet du temps. — Parlers provinciaux : dialectes et patois.

C. L'élément germanique; — et d'abord, dans quelles conditions se sont faites les « invasions barbares ». [Cf. l'ustel d(.' (boulanges, Histoire des Institutions, etc.] — ('ommcnt ««t pourquoi la « germanisation » (!<» la Gaule ne pouvait sucréfler à sa « romanisation »,

Gallia capta fera m victorrin ccptt...

De quelques catégories d'idées et <le mots qui semblent avoir passé

pour la première fois en France, ou en Italie, c'est en vain que nous nous eflbrçons de reconnaître en lui des traces de son origine, une empreinte locale, quelqu'un enfin de ces traits de « race », à la détermination psychologique ou esthétique desquels on a trop souvent, en notre temps, essayé de réduire toute l'histoire de la littérature. Une cathédrale gothique — opiis francigenum — n'a rien aussi de plus français à Paris qu'à Cologne, ou de plus allemand à Cologne qu'à Cantorbéry. Et en effet, les « races » de l'Europe moderne ne représentent que des formations historiques, dont les littératures ne sont pas tant l'expression que l'un des multiples « facteurs ». Allemands ou Français, Italiens, Espagnols, Anglais, nous avons tous été, dans la littérature et dans l'art, comme dans l'histoire et dans la politique, des nations avant de devenir des « races ». Mais avant d'être des

du germanique dans le français [Cf. Gaston Paris, Littérature française au moyen âge] ; — termes de guerre, — termes d'architecture, — termes de marine, etc. — Si l'on en peut conclure à une pénétration bien profonde du français par le germanique?

3° Les premiers Monuments de la. Langue. — Les Gloses de lîeichenau, vii<5-viii« siècle; — les Serments de Strasbourg, 842; — la Prose de sainte Eulalie, vers l'an 880; — V Homélie sur Jonas, première moitié du x^' siècle ; — la Passion et la Vie de saint Léger, seconde moitié du x<^ siècle; — la Vie de saint Alexis^ vers 1040.

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