I. — Bernard Palissy [Paris, 1510; f 1590, Agen
1® Les Sources. — Bernard Palissy, Discours admirables de Vart de terre, édit. B. Fillon, t. II, p. 206 et suiv. ; — Lamartine, dans le Civilisateur, juillet 1852; — Haag, la France Protestante, article Palissy, 1857; — Louis Audiat, Bernard Palissy, Paris, 1863 et 1868; — A. Jacquemart, Les Merveilles de la céramique, t. II, Paris, 1868; — Louis Audiat, Palissy, sa vie et ses œuvres, en tête de l'édition Fillon, Niort, 1888; — Ernest Dupuy, Bernard Palissy, Paris, 1891.
2® L'Artiste, l'Écrivain et le Savant. — De quelques éloges extravagants que l'on a faits de B. Palissy [Cf. l'article indiqué de
1. II faut noter ici, sans attendre davantage, qtic l'édition des Essais de 1S80 ne comprend que les deux premiers livres de l'ouvrage, auxquels le troisième ne s'est ajouté pour la première fois que dans l'édition in-4 de 1588.
un temps transportés, ils retournent en foule à la tradition latine.
Ils éprouvent en même temps le besoin d'égaler à la perfection de la forme , qu'ils croient avoir atteinte [Cf. Estienne Pasquier, Recherches de la France^ livre VII, chap. 8, 9 et 10], la solidité, la gravité, la dignité du fond. J'en vois un curieux témoignage dans la coquetterie pédantesque et naïve avec laquelle, toutes les fois qu'ils expriment une idée générale, ils ouvrent les guillemets
« » pour attirer l'attention du lecteur. Il en résulte
qu'au lieu que les Italiens s'égarent déjà, pour achever bientôt de s'y perdre, dans les subtilités de l'alexandrinisme, et, — selon l'expression de l'un des meilleurs historiens de leur littérature [Cf. Francesco de Sanctis, Storia délia Lett. italiana, t. II, ch. ii], — deviennent comme
Lamartine, et Henri Martin, dans son Histoire de France] ; — et que les chefs-d'œuvre de Tart de terre ne méritent pas tant d'enthousiasme ; — s'il peut y avoir infiniment d'art, mais il n'y a pas de grand art où il n'y a pas de grand dessein ; — et il n'y en a pas dans un pot. — Intérêt littéraire de la distinction. — Vie et aventures de Bernard Palissy. — La page fameuse de VArt de Terre [Édit. Fillon, II, 206 et suiv.] ; — et qu'il y entre bien de la déclamation [Cf. Benvenuto Cellini, dans ses Méinoires] ; — mais c'est de la a déclamation » sincère, ou dont son auteur est dupe; — et à ce propos, de Palissy comme écrivain.
Qu'il est fort de son ignorance; •^- et, à cette occasion, d'une forme de vanité particulière aux « autodidactes ». —La dédicace des Discours admirables au seigneur de Pons. — L'œuvre de Palissy est le témoignage de l'état d'esprit d'un « povre artisan » de son temps. — C'est ce qui en fait la singularité, l'originalité et le naturel. — Talent du conteur [Les Ammonites de Marennes^ éd. Fillon, I, 48, 49; — Le Débat des outils d* agriculture, I, 106, 107. — L'allégorie de YEssay de la teste des hommes, I, 108, et suiv.]. — Le sentiment de la nature. — Dans son style, comme dans ses émaux, Palissy est de ceux qui ont su faire non seulement vivre, mais « grouiller » les êtres. — L'observateur et l'expérimentateur.
« indifférents au contenu, » dont la forme seule est encore capable d'intéresser leurs sens, c'est précisément « au contenu » ou au fond des choses que nos écrivains s'attachent ; et ce qu'ils essaient d'en exprimer, c'est ce qu'ils voient ou ce qu'ils croient voir en elles de plus permanent et de plus universel. C'est un second trait de l'idéal classique qui commence à se dessiner : le goût des idées générales ; ou, comme on va bientôt le dire, le goût de la réduction à rUnwerseL
Là est l'explication du prodigieux succès d'Amyot et de ses traductions. Son Plutarque n'est qu'un rhéteur; mais ce rhéteur a composé les plus intéressantes « biogra* phies » que l'on connaisse peut-être; et, de la manière qu'Amyot les a traduites, on ne saurait imaginer de « leçons de choses » plus instructives, a Si nous sentons
S'il faut en faire un « savant? » — Pour quelles raisons il ne >eut avoir eu que des pressentiments. — Témoignages de Cuvier Histoire des sciences naturelles^ et d'Isidore Geolfroy-Saint-Hilaire Histoire des règnes organiques], — Ses attaques contre les alchimistes. — Importance de la forme qu'il a donnée à son œuvre [Dialogues entre Théorique j ou l'idée a priori, et Pratique, c'est-àdire l'expérience]. — Il ne semble pas cependant qu'il ait fait aucune découverte importante ; — ni posé aucun principe de méthode; — ni formé d'ailleurs aucun disciple. — Que son grand mérite est d'être émancipé de la servitude de son temps à l'égard des anciens.
3<» Les Œuvres. — Recette véritable, par laquelle tous les hommes de France pourront apprendre à multiplier et augmenter leurs trésors ; 1563, — et Discours admirables de la nature des eaux et des fontaines-, 1580.
La meilleure édition des Œuvres de Palissy est celle de M. Benjamin Fillon, déjà citée, Niort, 1888, Clouzot.
II. — François de la Noue [Fresnay-en-Retz (Loire-Inférieure) 1531 f 1591, Moncontour (Côtes-du-Nord)].
1® Les Soubces. — La Noue lui même en ses Mémoires', — Brantôme, dans ses Hommes illustres) — Moïse Amyrault, Vie de
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un plaisir singulier à écouter ceux qui retournent de quelque lointain voyage, racontant les choses qu'ils ont vues en pays étranges, les mœurs des hommes, la nature
des lieux et si nous sommes quelquefois si ravis d'aise
et de joie que nous ne sentons point le cours des heures en oyant deviser un sage, disert et éloquent vieillard, quand il va récitant les aventures qu'il a eues en ses
verts et jeunes ans combien plus devons-nous sentir
d'aise et de ravissement de voir en une belle, riche et véritable peinture, les cas humains représentés au vif, » Ainsi s'exprime-t-il dans la préface de ses Vies parallèles ; et on ne saurait mieux indiquer ce que ses Vies contien* nent d'enseignements, ou, comme nous dirions aujourd'hui, de (( documents » sur l'homme.
A la vérité, l'influence n'en a pas été louable à tous
François j seigneur de la Noue y 1661 ; — Albert Desjardins, Les moralistes français au XVI^ siècle^ Paris, 1870 ; — H. Hauser, François de la Noue, Paris, 1892.
2^ L'Homme et l'Écrivain. — Celui-ci aussi, comme Bodin déjà, el comme Palissy , quoique dans un autre genre, est un a observateur » .
— Sa carrière militaire ; — mais qu'il ne faut pas prendre son surnom de Bras de fer pour un témoignage de son énergie ; — et qu'il y a eu du politique dans ce soldat. — Les scrupules de conscience d'un capitaine protestant ; — comparaison de Montluc et de la Noue ;
— supériorité morale du second. — Les Discours politiques et
militaires, — Il sont l'ouvrage de ses prisons. — Curieux rapports
entre Bodin, Palissy et la Noue. — Division des discours dç la
Noue : Discours militaires proprement dits [11,13,14,15,16,17,
18]. — Comparez la manière dont il y parle de la guerre avec une
>age célèbre des Soirées de Saint-Pétersbourg. — Discours politiques
1,4,6,12,20,21,22]; — Comparez les vues politiques de la Noue et
e « grand dessein « d'Henri IV. — Mais les plus intéressants pour
l'histoire des idées sont les Discours moraux [5,3,5,6,7,10,19,23, 24,25] et parmi ceux-ci, les Discours 23, sur la pierre philosophale ; 6, contre les Amadis ; et 24, contre les Epicuriens ; — La Noue précurseur de Bossuet [Maximes sur la comédie] dans son Discours contre les Amadis ; — et de Rousseau dans son Discours contre les
égards; et, si c'est bien Amyot dont le Plutarque nous a comme imbus de ce vague idéal d^héroïsme à la grecque ou à la romaine qui deviendra celui de notre tragédie classique ; et, deux cent cinquante ans durant, si ce sont bien ses Agésilas et ses Timoléon, ses Coriolan et ses Marins qui défraieront la scène française^ ou plutôt qui l'encombreront, sans réussir toujours à la remplir; — il est permis de le regretter. Que serait-ce après cela, si, depuis Poussin jusqu'à David, nous énumérions ici tout ce que nos peintres lui ont fait d'emprunts ? Et voudrait-on encore que nous lui fussions reconnaissants de l'idéal de fausse vertu, sentimentale et déclamatoire, dont ses Lycurgue et ses Philopœmen, ses Caton et ses Brutus ont offert des modèles à nos publicistes ou aux membres de nos assemblées révolutionnaires? [Cf.
Épicuriens, — C'est dire de lui qu'il est surtout un « moraliste ». — La composition dans les Discours de la Noue ; — le tour oratoire ; — la fermeté de la langue et du style ; — la passion patriotique. — Succès des Discours. — Quelques mots des Mémoires de la Noue. — Sa mort au siège de Lamballe.
3® Les Œuvres. — Discours politiques et militaires du sieur François de la Noue; Bâle, 1587, François Forest.
Il n'en existe pas de rééditions modernes, et les plus récentes sont du commencement du xvii^ siècle ; mais on trouve des Lettres de la Noue dans un certain nombre de publications historiques.
III. — Guillaume de Saluste, seigneur du Bartas [Montfort (Gers) 1544, f 1590, Montfort].
1° Les Sources. — J. de Thou, dans son Histoire^ livre 99; — Goujet, dans sa Bibliothèque française^ t. XIII ; — Sainte-Beuve, Poésie française au XVI^ siècle ; et Bévue des Deux Mondes ^ février 1842 ; — Poirson, Histoire littéraire du règne d'Henri /F, au quatrième volume de son Histoire, 2® édition, 1867; — G. Pellissier, La vie et les œuvres de Du Bartas, Paris, 1882.
2® Le Poète. — Son éducation protestante ; — et que, par delà Ronsard, tout en en profitant, c'est à l'auteur du Miroir de l'âme pécheresse qu'il faut qu'on le rattache. — La cour de Jeanne d'Al-
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J.-J. Rousseau dans ses Confessions^ et Mme Roland dans ses Mémoires et dans sa Correspondance J] Mais, d*un autre côté^ toute cette antiquité qui flottait avant lui dans une espèce de brouillard mythologique ou légendaire, c'est vraiment dans ses Vies parallèles que les grandes figures en ont pris comme un air de réalité et de vie. Ressemblants ou non, — ce n'est pas là le point, — ses personnages ont de la consistance, ne sont plus de vains fantômes; et il semble qu'on les touche du doigt. Oui! son expression mérite qu'on la retienne : ce sont bien là des cas humains représentés au vif dont la description a enrichi notre connaissance de l'humanité. Entraînés au fil du récit, c'est à peine entre eux, mais plutôt avec nousmêmes, sans nous apercevoir de la comparaison, que nous confrontons son Lysandre et son Sylla. Un rapproche-
bret. — Vogue de Du Bartas en pays protestant; — un jugement de Goethe [OEuvres complètes, Cotta, 1868, Stuttgart, t. XXV, p. 261]. — Son intention déclarée de réagir contre le paganisme ambiant. — La Première Sepmaine, 1579, et la Seconde, 1584. — Ija Première est une adoration de Dieu dans les merveilles de la nature; — la Seconde est une sorte d'histoire universelle. — La description et l'éloquence dans les poésies de Du Bartas. — Du style de Du Bartas et de l'absence d'art qui le caractérise. — Qu'il est responsable avec Baïf du discrédit où est tombé Ronsard. — De Du Bartas comme caricature de Ronsard. — Efforts inutiles de la critique pour le relever. — Son influence est aussi difficile à saisir que son œuvre a été populaire en son temps . — Explication de cette singularité.
3<* Les Œuvres. — La Muse chrétienne, 1574, contenant le Triomphe de la foi, Judith etVUranie; — La Sepmaine ou création du monde, 1578 ; — La seconde sepmaine ou Enfance du monde, 1584, comprenant 7®'' Jour : 1^ L'Eden; 2° L'Imposture; 3^ Les Furies; 40 Les Artifices; et //® Jour : 1° L'Arche; 2° Bahylone; 3^ Les Colonies; 40 Les Colonnes.
Il y faut ajouter, dans l'édition posthume de 1590-1591, chez Uaultin, à la Rochelle : Les Pères et V Histoire de Jonas, fragments du ///« Jour; les Trophées, première partie du IV^ Jour;
ment inconscient s'opère, dont l'effet, s'il est d'une part d'abolir en nous le sens historique, — je veux dire le sens de la diversité des époques, — est d'autre part de nous enseigner l'identité foncière de la nature humaine. C'est ce que personne, avant Amyot, ne nous avait montré ; et si l'on s'étonnait là-dessus qu'un simple traducteur doive occuper une place aussi considérable dans l'histoire de la littérature de son temps, il suffirait de rappeler que ses « belles, riches et véritables peintures » ont éveillé la vocation de Michel de Montaigne.
Car, d'où vient l'intérêt que nous prenons à tous ces personnages, et quelle en est au vrai la nature? Montaigne va nous le dire : c'est « que tout homme porte en soi la forme de l'humaine condition ».
la Magnificence; et une traduction en vers de la Lépanthe de Jacques F/, roi d* Ecosse. On y trouve également le Cantique de la victoire d'Ivry,
' Cette même édition de 1591 est précieuse pour les Commentaires qu'elle contient. Il n'y a pas de rééditions modernes de Du Bartas.