IV AVERTISSEMENT
rature est l'expression de la société, confondre l'histoire de la littérature avec celle des mœurs. Elles sont bien deux.
Enfin, — et parce que ni l'originalité, ni le génie même, ne consistent à n'avoir point d'ancêtres ou de précurseurs, mais le plus souvent à réussir où beaucoup d'autres avaient échoué, — j'ai donné plus d'attention qu'on n'en accorde d'habitude aux Epoques de Transition. Faut-il montrer à ce propos, qu'en dépit de tout ce qu'on peut dire, il y a des « époques de transitions ? » et, puisqu'on les définit en histoire naturelle ou en physiologie, pourquoi ne les définirait-on pas dans l'histoire de la littérature? Non seulement toutes les époques ne sont pas marquées des mêmes caractères, mais il y en a dont le caractère propre est d'en manquer. Rares en œuvres durables, elles sont souvent fécondes en écrivains de tout genre, et surtout en idées. Est-ce une loi de l'esprit humain qu'il n'aperçoive pas d'abord toute la portée de ses découvertes ou de ses inventions? mais on ne voit presque rien aboutir en littérature ou en art qui n'ait été plusieurs fois et vainement tenté. C'est précisément ce qui fait l'intérêt des époques de transition. Elles expliquent les autres, puisqu'elles les préparent, et les autres ne les expliquent point; et ainsi, de chronologique ou de purement logique, elles transforment le lien de l'histoire en un lien généalogique.