‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 5)Chapitre 38 sur 89 · I. — François [VI], duc de la Rochefoucauld [Paris · texte numérisé non relu

I. — François [VI], duc de la Rochefoucauld [Paris

f 1680, Paris].

1° Lfs Sources. — La Rochefoucauld lui-même, dans ses Mémoires [Cf. Mémoires du cardinal de Retz et Lettres de M^^ de Sévigné] ; — Sainte-Beuve, Portraits de femmes [M™® de Longueville, M™o de Sablé, M™^ de La Fayette, M. de la Rochefoucauld], 1840; — V. Cousin, Madame de Sablé, 1858; — Éd. de Barthélémy, Les Amis de M^^ de Sablé, Paris, 1865; — Gilbert, Notice sur La Rochefoucauld en tête de son édition des Œuvres, Paris, 1858; — d'Haussonville, Madame de L^a Fayette, Paris, 1891; — J. Bourdeau, La Rochefoucauld, Paris, 1893.

A. Vinet, Les Moralistes français au xvii° siècle : L.a Rochefoucauld, 1837; — Prévost-Paradol, Études sur les moralistes francais, 1865.

Interrogez plutôt les témoins des débuts du règne : M™' de Motteville en ses Mémoires^ M"® de La Fayette dans son Histoire de Madame Henriette^ Montglat, Loret dans sa Gazette^ Bussy dans son Histoire des Gaules^ et Molière enfin, Molière lui-même, l'adroit Molière, dans sa relation des Plaisirs de Vile enchantée. Au sortir de la contrainte un peu mélancolique, chagrine même, du règne précédent, et au lendemain des agitations, puériles, mais pourtant

2^ L'Homme et l'Écrivain. — Sa famille et ses débuts dans le monde; — le liseur de romans. — h' Ami des femmes : — la duchesse de Chevreuse commence sa fortune, — qu'il compromet dans son aventure avec la duchesse de Longueville; — il se console de ses ambitions déçues dans l'intimité de la marquise de Sablé ; — et il termine une vie d'épicurien auprès de la comtesse de La Fayette. — A cette expérience des choses de Tamour et du grand monde ajoutez celle de la politique; — ou du moins de l'intrigue; — et les qualités ou les défauts du grand seigneur homme de lettres, qui sont : — la supériorité d'aisance et de goût; — la préoccupation de n'être pas dupe; — l'indépendance d'esprit; — et l'impertinence [Cf. Fénelon et Chateaubriand].

Comment s'est composé le livre des Maximes, — et qu'il est une quintessence de l'esprit précieux. — Les dîners de M™® de Sablé, ses « potages » et ses a confitures » [Cf. Cousin, Madame de Sahlé, p. 105 et suiv.]. — La fureur des Maximes dans le salon de M"^'' de Sablé. — Comment cette fureur procède, quant au fond, du même état d'esprit que les analyses psychologiques du roman de M'*^ de Scudéri; — et quant à la forme, du goût régnant à l'hôtel de Rambouillet. — Premiers écrits de la Rochefoucauld : son Portrait par lui-même, 1659; — ses Mémoires, 1662; — et, à ce propos, de l'état d'esprit d'un homme qui publie lui-même ses Mémoires de son vivant [Cf. Chateaubriand]. — La préparation du livre des Maximes. — On le communique aux amis [Cf. Gilbert, dans son édition, t. I, Jugements des contemporains y p. 372-398]; — et on le donne même au public sans le lui donner [Cf. Willems, Étude sur la 1^ édition des Maximes, 1864]. — Si cette manière d'éprouver l'opinion était aussi fréquente qu'on Ta quelquefois prétendu ?

De la valeur des Maximes, et qu'on l'a étrangement surfaite. — La Rochefoucauld a-t-il un système ou seulement une « doctrine » ?

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désastreuses, de la Fronde, une ardeur de divertissement, une avidité de jouir, une sorte de fureur de vivre s'était emparée de la cour, et du prince, et de la brillante jeunesse, hommes et femmes, qui lui faisait cortège. Dans ces jardins « enchantés » de Versailles et de Fontainebleau, — c'est M"** de Motteville qui les appelle ainsi, — mille intrigues se' nouaient, se dénouaient, s'enchevêtraient, se contrariaient, qui faisaient gronder d'indigna-

— Qu'elle ne consiste, s'il en a une, qu'à s'en prendre aux hommes en général des défauts de sa propre nature. — Les Maximes ne sont que le résumé de son expérience de la vie ; — et l'expérience de La Rochefoucauld est bornée de trois côtés : — par sa grande ignorance; — par l'étroitesse relative du milieu où il a vécu; — par son indifférence aux grandes questions. — Banalité de quelques-unes de ses Maximes [Cf. édition Gilbert, Max., 2, 31, 79, 132, 134, 174, etc.]. — Répétitions dans les Maximes [Cf. sur l'amour, 74, 76, 77, 136, ou sur la fortune, 53, 57, 58, 60, 165, 470]. — Absence de composition et d'ordre dans les Maximes. — Le style des Maximes et sa conformité avec l'idée du style précieux [Cf. 4, 115, 175, 252, 355, etc.]. — Si cette préciosité ne va pas jusqu'au galimatias [Cf. 69, 78, 97]. — Mais il en reste quelques-unes qui méritent la réputation qu'on leur a faite : — de réelle ingéniosité [Cf. 165, 182, 218]; — de vivacité [Cf. 19, 367, 370] — et surtout de netteté. — Comment cette dernière qualité, tout à fait rare jusqu'alors, a sans doute assuré le succès du livre.

Si La Rochefoucauld a été le collaborateur de M"*© de La Fayette?

— Le mot du Segraisiana : « M^^ de La Fayette disait de M. de La Rochefoucauld : « Il m'a donné de l'esprit, mais j'ai réformé son cœur ». — Les premiers romans de M™° de La Fayette : la Princesse de Montpensier, 1660; — Zayde, 1670; — la Princesse de Clèves, 1672. — Témoignage à ce sujet de M™<* de Scudéri [Cï, Correspondance de Bussy-Rahutin, éd. Lalanne, III, 340],

— et de ne pas confondre M™® de Scudéri, la femme de Georges, avec Madeleine, sa belle-sœur. — Qu'en dernière analyse, il est difficile de rien reconnaître dans la Princesse de Clèves qui porte la marque de La Rochefoucauld ; — qu'il est seulement vrai que la Princesse de Clèves et lés Maximes sont également, et en des genres un peu différents, des « fleurs » naturelles de l'esprit précieux; — et qu'il n'y a ni dans les unes ni dans l'autre de trace

tion les pédants de vertu, ceux que Molière, du consentement du roi, peut-être, et en tout cas à son grand contentement, attaquait dans son Tartuffe, Il semblait, — dit un historien, dont je me reprocherais d'emprunter l'idée sans en reproduire aussi la phrase, « il semblait que la volupté s'empressât d'entourer de ses guirlandes et de couvrir de ses fleurs ce trône qu'elle se montrait jalouse de disputer à la gloire » [Cf. Walckenaër, Mémoires

de « cartésianisme » ; — mais qu'il est facile d'y en signaler du « jansénisme » [Cf. la préface de la première édition].

De la place de La Rochefoucauld dans la littérature de son temps; — et de l'abus qu'il y aurait à en faire « un grand écrivain ». — Un « grand écrivain » est toujours abondant, fécond, et plus varié surtout que ne l'a été La Rochefoucauld. — Qu'à ce titre, et dans tous les sens du mot, on peut l'appeler a un rare écrivain » : — rare en tant que stérile; — rare en tant qu'original; — et là où il est bon, rare enfin en tant qu'exquis.

30 Les Œuvres. — Portrait de M. de La Rochefoucauld, dans la collection des Portraits de M^^^ de Montpensier, 1659 ; — Mémoires de M. D. L. R., Cologne, 1662, Vandyck ; — Réflexions ou sentences, et Maximes morales. La Haye, 1664, J. et D. Stencker, réimprimé par M. Alphonse Pauly, Paris, 1883, D. Morgand. — L'édition vraiment « originale » n'en demeure pas moins l'édition de 1665, Paris, chez Barbin.

Nous avons encore de La Rochefoucauld quelques Opuscules ou fragments que Ton a joints, suivant leur nature, tantôt aux éditions de ses Mémoires, et tantôt aux éditions de ses Maximes; — et une centaine de Lettres.

La dernière édition qu'il ait donnée lui-même de ses Maximes est celle de 1678, contenant 541 maximes au lieu de 314; — la meilleure édition des Œuvres est celle de MM. Gilbert et Gourdault; Paris, 1868-1883, Hachette.

H. ~ Jean-Baptiste Poquelin de Molière [Paris, 1621; T 1673, Paris].

lo Les Sources*. — Bayle , dans son Dictionnaire, article

1. Conférez la Bibliographie moliêresqiie de M. Paul Lacroix, Paris, 1875, Auguste Fontaine.

sur Madame de Sét^ignéy t. II, Paris, 1844]. Ce n'était que festins, collations, promenades, carrousels, divertissements sur Teau, « bains en rivière », mascarades, concerts, comédies et ballets, d'où naissait et se dégageait, non sans quelque dommage des mœurs, une politesse nouvelle, moins apprêtée, plus libre que l'ancienne, également éloignée

De la grande raideur des vertus des vieux âges

PoQUELiN, 1695; — Grimarest, La Vie de M, de Molière, 1705; — Baillet, Jugements des savants, n*" 1520, t. V de l'édition de 1722 ; — les frères Parfaict, Histoire du théâtre francaisj t. X, 1747; — J. Taschereau, Histoire de la vie et des ouvrages de Molière, 1825, — et 5<* édition, 1863; — Bazin, Notes historiques sur la vie de Molière, 1847, 1848, 1849, 1851 ; — Soulié, Recherches sur Molière et sur sa famille, Paris, 1863; — Jal, dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, articles Béjart et Molière, 1864, et 2^ édition, Paris, 1872; — J. Loiseleur, les Points obscurs de la vie de Molière, Paris, 1877; — L. Moland, Molière, sa vie et ses ouvrages, 2^ édition, Paris, 1885; — Henri Chardon, Monsieur de Modène.,. et Madeleine Béjart^ Paris, 1886; — G. Larroumet, la Comédie de Molière, V auteur et le milieu, Paris, 1887; — Paul Mesnard, Notice, Formant le tome X du Molière de la collection des Grands Écrivains de la France, 1889; — G. Monval, Le Moliériste, 10 volumes, de 1879 à 1889. [Les brochures relatives au passage de Molière dans telle ou telle ville de province, trop nombreuses pour qu'on puisse ici les énumérer, sont presque toutes visées dans ces cinq derniers ouvrages.]

Vauvenargues, Ré flexions critiques sur quelques poètes, 1746; — Diderot, Entretiens sur le Fils naturel, et Essai sur la poésie dramatique, 1758; — Rousseau, Lettre sur les spectacles, 1758; — Chamfort, Éloge de Molière, 1769; — N. Lemercier, Cours analytique de littérature, iS10'lS16, t. IV; — Schlegel, Cours de littérature dramatique, 1809-1814; — Sainte-Beuve, dans ses Portraits littéraires, 1835; dans son Port-Royal [livre III, ch. 15 et 16]; et dans ses Nouveaux Lundis, 1864; — P. Stapfer, La Petite Comédie de la critique littéraire, Paris, 1866; — Louis Veuillot, Molière et Bourdaloue, Paris, 1863 et 1875; — F. Brunetière, La Philosophie de Molière [Études critiques, t. IV] et Les Époques du théâtre français. — J. Lemaître, Impressions de théâtre, 1886-1896.

et des cérémonies de la préciosité, qu'elle rendait les unes et les autres diversement, mais également ridicules. Elle s'insinuait rapidement, dans les manières d'abord, qui devenaient à la fois plus élégantes et plus naturelles ; dans le langage, qu'elle achevait d'épurer; dans les sentiments, qui devenaient plus subtils et plus compliqués. Le succès du Misanthrope en 1666, celui à^Andromaque en 1667, celui à' Amphitryon en 1668 en célébraient le

F. Génin, Lexique comparé de Molière, Paris, 1845; — Paringault, De la langue du droit dans le théâtre de Molière, Paris, 1861 ;

— Alexandre Dumas fils, dans la préface à^ Un père prodigue, 1868;

— Edmond Scherer, Une hérésie littéraire, 1886; — Ch. Livet, Lexique comparé de la langue de Molière, Paris, 1895-1897.

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