‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 5)Chapitre 39 sur 89 · V. Fournel, Les Contemporains de Molière, Paris · texte numérisé non relu

V. Fournel, Les Contemporains de Molière, Paris

Samuel Chappuzeau, Le Théâtre français, accompagné d'une préface et de notes par Georges Monval, Paris, 1876; — Eugène Despois, Le Théâtre français sous Louis XIV, 4^ édition, Paris, 1894.

2° L'HOxMME ET LE PoÈTE.

A. Les années de jeunesse, d'apprentissage et de voyage [Cf. Gœthe, Wilhelm Meister]. — La famille de Molière; — son père, Jean Poquelin, et sa mère, Marie Cressé; — second mariage du père de Molière, 1633. — Études de Molière au collège de Clermont; — et qu'il n'y a pas eu le prince de Conti pour « camarade » ;

— mais qu'en revanche il a fréquenté la maison de Luillier, le père naturel de Chapelle [Cf. V Historiette de Luillier dans Tallemant des Réaux, t. IV, et, là même, les notes de Paulin Paris];

— et qu'il y a peut-être connu Gassendi; — lequel très assurément n'était pas un cartésien. — Si Molière, dans un passage connu du Misanthrope,

La malpropre, sur soi de peu d'attraits chargée,... etc.,

a traduit un passage non moins connu de Lucrèce? — et que d'autres en tout cas l'avaient imité avant lui; — dont Desmarets dans ses Visionnaires, et Scarron dans son Japhet d'Arménie. — Que ces premières fréquentations de Molière n'étaient pas les meilleures que pût avoir un jeune bourgeois de 1640; — et comment elles sont devenues pires quand il a eu lié connaissance avec les Béjart [Cf. Jal, dans son Dictionnaire, et Henri Chardon, Monsieur de

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triomphe. Elle gagnait la ville, bientôt même les provinces; et, plus loin encore, à l'étranger, dans les petites cours d'Allemagne ou sur le trône restauré des Stuarts^ l'exemple et la leçon qu'elle était pour la France, elle les devenait pour l'Europe entière, à son tour.

C'est qu'aussi bien, en même temps qu'une époque de l'histoire des mœurs, le changement en marquait une aussi de la grandeur française; et, parmi tout cela, du

Modène, etc.]. — 11 renonce à la charge de tapissier valet de chambre du roi pour se faire comédien, 1643. — Fondation de \ Illustre Théâtre, 1643. — L'entreprise ne réussit pas; — une seconde échoue plus rapidement encore au jeu de paume de la Croix Noire; — Molière prisonnier pour dettes, 1645. — Modification de la troupe, et départ de Molière pour la province, fin 1646 ou commencement de 1647.

A travers la province [Cf. Chardon, La troupe du Roman comique dévoilée y Paris, 1876]. — Les étapes de Molière : — 1647, Carcassonne, Toulouse et Albi; — 1648, Nantes et Forttenay-le- Comte \ — Angoulême? — Limoges? [On remarquera que Limoges est la seule ville de France dont un nom de rue soit spécifié dans le théâtre de Molière]; — 1649, Toulouse, Narbonne; — 1650, Agen; — et comment ce séjour d'Agen permet de croire que Molière a joué deux ou trois fois auparavant à Bordeaux [Cf. Etudes critiques, t. 1]; — 1651, Pézenas, Carcassonne-, — 1652, Lyon; — 1653, Lyon, la Grange des Prés [Cf. Mémoires de Daniel de Cosnac"]', — 1654, Montpellier, Lyon, Vienne? — 16bb, Montpellier, Lyon, Pézenas; — 1656, Pézenas, Narhonne, Béziers; — 1657, Béziers, Nîmes, Lyon, Dijon, Avignon; — 1658, Grenoble et Rouen.

— Le 24 octobre de la même année, Molière débute devant le roi, a dans la salle des gardes du vieux Louvre », par une représentation de Nicomède et du Docteur amoureux.

Du profit que Molière a retiré de ses années de voyage. — Il y a appris son métier, d'abord; — et, à ce propos, qu'il est singulier qu'aucun « moliériste » n'ait eu l'idée d'essayer de reconstituer le Répertoire de Molière. — Il y en aurait plusieurs moyens, comme :

— si l'on recherchait quelles pièces ont réussi à Paris, de 1646 à 1658; — si l'on s'informait des auteurs avec qui les Béjart étaient en relations personnelles [et on en connaît au moins trois : Rotrou, Magnon, et Tristan l'Hermite]; — si l'on retrouvait enfin dans sa

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milieu même des divertissements, Taction du maître se faisait sentir : l'énergie de sa volonté, la puissance de son application, l'ubiquité de son regard et le poids de son bras. Il n'avait pas accepté seulement, il avait pris, et gardé tout entier pour lui, l'héritage de pouvoir que lui avaient comme accumulé lesMazarin et les Richelieu. Plus de ministres, des commis! Plus de conseillers, des courtisans! Plus d'égaux, non pas même au dehors, mais, sur

bibliothèque [Cf. Eud. Soulié, Recherches] des pièces qu'il eût imi* tées dans les siennes, et qu'il n'aurait jamais jouées à Paris [Cf. les Visionnaires, de Desmarets; le Déniaisé, de Gilet de lu Teyssonnerie; le Pédant joué, de Cyrano] — Autres avantages que Molière a tirés de ses campagnes. — Pendant les guerres de la Fronde, il a vu la province in naturalibus; — et à ce propos, de l'utilité des révolutions pour la littérature. — En sa qualité de bohème ou de comédien, il a vu du dehors les ridicules des autres ; — et il a mesuré l'inégalité des conditions ; — la sottise des puissants du monde; — la force de résistance ou d'inertie des préjugés. — Acteur, auteur et directeur de troupe, il a pris enfin l'habitude des respons.abilités ; — qui est une chose que son ami La Fontaine, par exemple, ne connaîtra jamais; — et de tout cela, s'il est résulté quelque amertume, c'est à cette amertume qu'il a dû la supériorité de son génie.

B. Le théâtre de Molière.

Pourquoi il convient d'en étudier d'abord la langue, et qu'il y en a deux raisons au moins; — parce que c'est presque le seul point sur lequel on « chicane » encore aujourd'hui Molière; — et puis, parce que c'est d'abord comme écrivain qu'il fait contraste avec tous ceux qui l'ont précédé, sauf Pascal. — Erreur d'Alexandre Dumas quand il croit qu'on reprocherait à Molière l'enchevètrcmcnt de ses qui et de ses- que [Cf. préface d'Un père prodigue]. — On lui reproche au contraire — de n'avoir pas le style organique [Scherer]; — de s'embarbouiller dans ses métaphores [Schercr, Fénelon, La Bruyère] ; — de cheviller « abominablement » [Scherer]

— et d'être souvent incorrect [Vauvenargues, Bayle, La Bruyère].

— On peut répondre : que beaucoup de ses incorrections n'en sont pas, non plus que celles que Voltaire trouve à blàmçr dans Corneille [Cf. son Commentaire] ou Condorcet dans Pascal [Cf. Éloge de Pascal]; — qu'à la vérité les chevilles abondent dans ses

les bords de la Tamise ou dans les sables du Brandebourg, des (( pensionnaires » et des « clients ». Il n'y fallait qu'à peine cinq ou six ans. Sous l'influence de cette action souveraine on voyait Tordre se rétablir, la paix régner dans les provinces, la justice y pénétrer, la probité rentrer dans les affaires, le commerce, l'industrie, les arts, attirés et transplantés de Flandre ou d'Italie en France, y prendre comme un nouvel essor. L'état fran-

vers, parce qu'il écrit trop rapidement; — mais que la régularité des métaphores est un caractère de cette « préciosité » dont il se déclare ouvertement l'ennemi [Cf. les métaphores de Saint-Simon ou celles de Montaigne] ; — et que la comédie n'est pas enfin le lieu du « style organique ». — Que, d'autre part, Arnolphe ne saurait parler comme Agnès, Agnès comme Armande, Armande comme Angélique; — et qu'ainsi le style de Molière se conforme au caractère de ses personnages; — il est dramatique et il est comique; — ou, en d'autres termes, il est d'abord expressif de la vérité des caractères. — Si Molière écrivait comme Térence, il ne serait qu'un « demi-Molière ». — Qu'après cela, pour des raisons de tempérament, — d'origine, — et d'expérience personnelle de la vie, — le style de Molière est : — bourgeois, ce qui le distingue du style de Racine; — « cossu », selon le mot de Sainte-Beuve, ce qui le distingue du style de Regnard [Cf. J.-J. Weiss dans son Éloge de Regnard] ; — il est « vivant », ce qui le distingue du style de Boileau, lequel, bien que coulant de la même veine, demeure cependant « livresque » ; — enfin, et comme étant constamment prosaïque, ce qui le distingue du style de La Fontaine, le style de Molière est éminemment réaliste ou « naturaliste ».

Du naturalisme de Molière ; et comment il se traduit premièrement dans son attitude ; — si l'on fait exception pour ses deux pièces de début; — et qu'on l'étudié dans ses Précieuses ridicules, 1659; son Sganarelle, 1660; son École des maris, 1661; son École des femmes, 1662; sa Critique de VÉcole des femmes, 1663; son Impromptu de Versailles, 1663, et son Tartuffe, celui de 1664. — Précieux et pédants; — marquis et bourgeois; — comédiens et auteurs; — gens de cour ou d'église; — prudes et « turlupins » ou grotesques, — tous ceux qu'il y attaque ce sont ceux qui déguisent, ou qui fardent la nature; — ce sont tous ceux qui interposent le pédantisme des règles ou le respect des préjugés

LA NATIÛNALISATtON DE LA LITTlâflATURB 176

çais devenait bientôt, de tous les états de l'Europe, le plus riche et le plus populeux. Et quand le traité d'Aixla-Chapelle, après quelques mois de campagne, couronnait Tœuvre des Pyrénées et de Westphalie, s'il n'y avait pas de cour plus brillante que celle de Louis XIV, il n'y avait pas non plus de prince mieux obéi de ses peuples, plus admiré, plus redouté ni plus envié de ses rivaux que ce souverain de vingt-neuf ans !

entre l'art et la représentation de la vie; — et ce sont surtout ceux qui prétendent contraindre ou discipliner la nature. — On ne refait pas la nature; — et là même, dans la vanité des efforts que l'on entreprend pour la refaire, est la source du comique de Molière. — Là aussi est le principe de son indépendance à l'égard des règles; — et à l'égard de l'étranger; — plus de Bertrand de Cigarral ni de dom Japhet d'Arménie ! — Et de là encore les attaques de Molière contre Corneille et les « grands comédiens », qui sont ceux de l'hôtel de Bourgogne ; — si ces gens-là ne travaillent pas d'après le modèle vivant; — mais d'après un idéal dont nous ne pouvons pas vérifier la justesse dans la nature.

Que ce naturalisme se retrouve dans la philosophie de Molière ;

— et, en effet, liaison de ces principes avec ceux des « libertins » ;

— et avec ceux de Montaigne et de Rabelais [Cf. ci-dessus, p. 59 et 88]. — Dans ses premières pièces, et jusque dans Tartuffe^ Molière ne paraît point douter que la « nature soit bonne » ; — et en tout cas qu'il vaille mieux la laisser à elle-même que s'efforcer de la « dénaturer ». — De l'interprétation de Tartuffe j — [Cf. Stendhal, Racine et Shakespeare ; Louis Veuillot, Molière et Bourdaloue ; abbé Davin, Les Sources du Tartuffe^ dans le journal le Monde des 2, 13, 15, 22, 27 août, et 3, 15, 19 septembre 1873; Louis Lacour, le Tartuffe par ordre de Louis XIV^ 187^7] ; — et que, si Ion veut comprendre les colères qu'il a soulevées, c'est du côté du personnage d'Orgon qu'il faut l'examiner. — Que les jansénistes y sont pris à partie comme les jésuites ; — et que l'attaque à la religion y est indubitable, en tant que la religion est conçue comme « principe réprimant ». — Des raisons que Molière a eues de croire que Louis XIV l'approuverait ; — et des tracas dont son Tartuffe a été l'origine et la cause pour lui.

Que ces tracas coïncident avec la période critique de la vie de Molière; — avec ses ennuis conjugaux; — et avec les commence^

Nous étonnerons-nous qu'en de semblables conditions les « gens de lettres » l'aient admiré, comme les autres; et, comme les autres aussi, qu'ils se soient rangés tous ensemble a l'obéissance, ou encore, si l'on préférait une expression plus noble, — et plus juste peut-être, — qu'ils aient tous gravité, comme vers un centre naturel et inévitable d'attraction, vers ce soleil levant. Leurs intérêts les y engageaient, les intérêts mêmes de leur art, et le

ments de sa maladie. — Sa philosophie de la « nature » en est-elle ébranlée? — Caractère incertain et presque énigmatique des pièces qu'il donne entre 1664 et 1669 : Don Juan y 1665; le Misanthrope^ 1666; Tartuffe (le second), 1667; VAvarej 1668; Georges Dandin, 1668. — La signification n'en est pas claire; — il y semble admettre que la nature ait besoin quelquefois d'être modifiée ; — il subit sans doute aussi l'influence de « la politesse » ambiante; — et ses obligations de courtisan le gênent pour suivre la tendance de son tempérament. — Mais l'autorisation de jouer enfin publiquement Tartuffe l'émancipé de sa contrainte, 1669; — la vanité de la médecine le raffermit dans ses idées [Cf. Maurice Raynaud, les Médecins au temps de Molière]; — et ses pièces redeviennent aussi claires que jamais.

Monsieur de Pourceaugnac, 1669; le Bourgeois gentilhomme, 1670; les Fourberies de Scapin, 1671; les Femmes savantes, 1672; la Comtesse d'Escarbagnas, 1672; le Malade imaginaire, 1673. — Comment Monsieur de Pourceaugnac nous ramène à l'époque de V Étourdi et du Dépit amoureux, si surtout on y joint les Fourberies de Scapin. — Pareillement, les Femmes savantes nous ramènent aux Précieuses ridicules; — sans que peut-être il y en eût alors de bien bonnes raisons ; — ei le Malade imaginaire nous ramène au Médecin malgré lui. — Du caractère des plaisanteries de Molière contre les médecins, — et qu'il leur reproche essentiellement de vouloir être plus habiles que la nature. — On ne « refait » pas la nature quand elle est « défaite », — mais plutôt on achève de la défaire [Cf. Malade, III, se. 3]. « La nature nous a mis sur les yeux des voiles trop épais pour connaître les mystères de notre machine... Lorsqu'un médecin vous parle de... remettre la nature dans une pleine facilité de ses fonctions... il vous fait le roman de la médecine... Si nous sommes malades, la nature, d'elle-même, se tire doucement du désordre où elle est tombée. »

souci de leur dignité. Si, par exemple, ils avaient besoin d'un Dieu qui leur fit des loisirs, — et comment, en un temps où l'on ne concevait pas l'idée qu'un écrivain pût vivre de sa plume, s'en seraient- ils passés? — la protection du roi les émancipait de la domesticité du grand seigneur ou du traitant; les dispensait d'écrire désormais des « dédicaces a la Montauron » ; les classait à un rang, modeste encore sans doute, mais toutefois défini

Dans l'art de Molière enfin, — son naturalisme se manifeste par le choix de ses sujets, qui sont de moins en moins compliqués. — Il n'y a presque plus de «.matière », comme dira bientôt Racine, et presque pas d'intrigue dans le Misanthrope, 1666; dans VAvarey 1668; dans le Bourgeois gentilhomme y 1670; dans la Comtesse d'EscarbagnaSy 1672; dans le Malade imaginaire, 1673; — ou quand il y en a le semblant d'une, comme dans les Femmes savantes, on ne s'y intéresse point; — et, à ce propos, des dénouements de Molière. — En second lieu, et tandis que jusqu'à Tartuffe les comédies de Molière ne mettaient en scène que des individus, c'est « la famille » qu'il nous montre constamment dans les dernières; — dans l'Avare] dans Georges Dandin; dans le Bourgeois gentilhomme; dans les Femmes savantes; dans le Malade imaginaire ; — et la raison en est que nos ridicules ou nos vices ne prennent toute leur valeur ou ne portent toutes leurs conséquences que dans nos rapports avec les autres. — Et troisièmement, et en dernier lieu, Molière élargit de plus en plus le champ de son observation, de manière à y faire entrer la totalité de son expérience de la vie : — ce qu'il connaît de la province, dans Pourceaugnac et dans la Comtesse d*Escarbagnas ; — de la petite bourgeoisie, dans le Bourgeois gentilhomme; — de la demi-bourgeoisie dans Georges Dandin. — C'est comme si l'on disait que, d'œuvre en œuvre, il appelle de plus nombreux spectateurs; — plus divers, à juger de la vérité de ses peintures; — et à se reconnaître eux, leurs enfants, et leurs voisins dans les représentations de la vie qu'il leur offre. — Que là même est la raison de l'amertume qui est au fond d'une partie de son œuvre ; — et, à ce propos, de la liaison du « naturalisme » en littérature avec le « pessimisme ». — Si cette liaison, entrevue par Molière, ne l'a pas obligé, de peur de tomber dans le drame, à augmenter la part de la bouffonnerie dans ses dernières œuvres : Monsieur de Pour^

dans la hiérarchie sociale. Qu'importe après cela qu'ils aient payé cette protection de quelques flatteries? et par hasard, s'ils avaient manqué de gratitude, les Molière, les Boileau, les Racine en seraient-ils plus grands? Mais ils se rendaient bien compte que, dans une société tout aristocratique, ni leur talent, ni leur génie n'auraient suffi pour leur permettre d'accomplir librement leur œuvre ; pour les imposer à la considération de leurs adversaires ;

ceaugnaCy le Bourgeois gentilhomme y le Malade imaginaire; — et si quelque tristesse n'est pas inhérente à toute observation un peu profonde de la vie?

Comment Molière a échappé aux conséquences de son naturalisme; — et, d'abord, qu'il n'y a pas toujours échappé; — dans son Dandin par exemple ou dans son Malade imaginaire. — Mais qu'ayant absolument besoin de la protection de Louis XIV, il a tâché de se conformer au goût du prince ; — et, à ce propos, de Molière courtisan [Cf. Tartuffe et Amphitryon]. — Comment le principe de la subordination des situations aux caractères l'a encore plus sûrement sauvé de son naturalisme ; — parce qu'il y a peu de « caractères » dans la nature, peu de Tartuffes, d'Harpagons, ou d'Alcestes ; — mais les commencements en sont dans tout le monde; — et de conduire ces commencements jusqu'à leur terme, c'est ajouter quelque chose à la nature; — et en l'imitant c'est la dépasser [Cf. les e types » du roman de Balzac, dans Eugénie Grandet ou le Père Goriot]. — Que l'idéal ne consiste pas uniquement dans la représentation de la beauté ; — mais aussi dans la peinture des caractères ou des types. — Ajoutez à cela que la plupart des grandes comédies de Molière sont un peu des « thèses » ; — et la thèse, au théâtre comme dans le roman, implique un jugement sur la nature même qu'on imite; — pour ne pas dire une intention de la corriger. — C'est justement le cas de Molière ; — et là même est ce qui fait la force « satirique » de sa comédie. — Enfin Molière écrit généralement en vers ; — et quelque prosaïque, en général aussi, que soit son vers; — il y a des choses qu'on ne saurait jamais faire dire au vers.

C. L'Influence de Molière ; — et qu'en aucun genre, sur les oeuvres du même genre, il ne s'en est vu de plus considérable. — Son influence sur Regnard ; — les Folies amoureuses ne sont qu'un déguisement à l'italienne, avec travestissements et lazzi, de l'École

pour triompher des résistances des coteries et de l'opinion. Sans la protection de Louis XIV, Molière eût succombé sous l'acharnement de ses ennemis ; et c'est bien lui, le roi, qui prendra sur lui d'imposer les chefsd'œuvre de Racine à l'admiration des courtisans euxmêmes de l'ancienne cour. Ils préféraient tous Corneille; et, pour ne rien dire ici de la cabale des deux Phèdre, qui ne connaît le mot de M""* de Sévigné sur l'auteur

des femmes ; — le Légataire universel n'est qu'un mélange habile du Malade imaginaire et des Fourberies de Scapin. — Son influence sur Le Sage : — Turcaret n'est qu'une combinaison du Bourgeois gentilhomme et de la Comtesse d* Escarhagnas ; — et Gil Blas luimême n'est que la comédie de Molière, transposée sur le ton de la narration, et versée dans le cadre du roman. — Que son influence n'a pas été moins grande à l'étranger [Cf. Macaulay, le Théâtre anglais sous la Restauration^ — Les comédies de Fielding ne sont encore que des « adaptations » de la comédie de Molière; — et pareillement l'un des chefs-d'œuvre de la scène anglaise, l'Ecole du scandale de Sheridan [Cf. Louis Moland, Histoire posthume de Molière]. — Qu'on retrouve enfin Molière dans le chef-d'œuvre de Beaumarchais, qui est le Barbier de Séville [Cf. l'Ecole des femmes^ pour la donnée principale, et pour les détails du sujet, comme la scène du maître à chanter, le Malade imaginaire]. — Que l'on pourrait donc presque dire que, depuis deux cents ans, une comédie est bonne à proportion qu'elle se rapproche de la comédie de Molière; — et médiocre ou mauvaise, à mesure qu'elle s'en éloigne; — ou, qu'en d'autres termes, il a constitué, depuis deux cents ans, la « comédie européenne » comme genre.

Il a d'ailleurs moins agi sur les idées, — et, comme on le verra plus loin, ses attaques ont tout à fait échoué contre la préciosité [Cf. Rœderer, Mémoire sur l'histoire de la société polie]. — Pourquoi les femmes n'aiment pas Molière. — A-t-il réussi contre la religion ? — C'est ce qu'il ne semble pas non plus ; — et il n'a même pas réussi contre la « dévotion » ; — si, comme peinture de mœurs, son Tartuffe serait presque plus vrai de la société française de 1690 que de celle de 1665 [Cf. La Bruyère]. — Mais où il a réussi moins encore qu'ailleurs, c'est contre les médecins; — et justement, c'est depuis qu'il les a poursuivis de ses plaisanteries que les médecins sont devenus de véritables directeurs de conscience. — S'il

àH Andromaquel Je crains aussi pour leur mémoire, — et pour les épaules du poète, — qu'en un autre temps, les Chapelain et les Montausier n'eussent fait bâtonner l'auteur des Satires. Et enfin, sans presque y tâcher, je veux dire par le seul effet de l'exemple et de l'autorité, si Louis XIV, en les mêlant aux « gens de cour », a obligé les « gens de lettres » à dépouiller insensiblement je ne sais quelle morgue bourgeoise ou quelle rouille pédan-

faut conclure des échecs de Molière que l'art ne doive avoir d'autre objet de lui-même ?

Non ! si Molière est demeuré pour beaucoup d'hommes un maître de conduite. — Exagérations des Moliéristes à ce sujet, — et de Sainte-Beuve lui-même [Cf. Nouveaux Lundis^ t. V, 1864]. — D'une parole de Goethe [Cf. Entretiens avec Eckermann] ; — et que ni la perfection de ses chefs-d'œuvre, — ni les chagrins de l'existence de Molière ne sauraient nous empêcher de voir et de marquer les bornes de son génie. — Qu'une partie de sa philosophie est faite de la caricature ou de la dérision de toute délicatesse [Cf. Bossuet, Maximes sur la Comédie, et Rousseau, Lettre sur les spectacles] ; — et que là même est la raison de son insuccès dans le combat qu'il a livré contre la préciosité ; — parce qu'il a enveloppé dans ses railleries ce que l'esprit précieux représente de légitime résistance à la grossièreté naturelle. — Si l'on peut dire que cette haine de la préciosité ferait le fond de l'esprit gaulois [Cf. Renan, la Farce de Pathelin et la Théologie de JSéranger, dans ses Essais de morale et de Critique]. — Qu'une erreur plus grave de Molière, inséparable aussi peut-être de l'esprit gaulois, est d'avoir constamment attaqué toute idée de contrainte et de discipline,

Notre ennemi, c'est notre maître, Je vous le dis en bon français...

Et il ne faut pas lui reprocher d'avoir manqué de noblesse et d'élévation ; — parce que ce n'est pas des leçons d'élévation ni de noblesse que l'on demande à la « comédie » ; — les grands sentiments n'étant pas de son domaine ; — ni même peut-être une politesse trop exacte. — Mais Molière n'en serait certainement pas moins grand pour avoir modéré la force ou la violence même de !

quelques-uns de ses traits. — Et son théâtre eût pu prêcher une I

morale moins facile. ]

tesque dont ils étaient encore comme encrassés ; s'il les a mis ainsi du nombre des « honnêtes gens » ; s'ils ont acquis, au contact et dans la fréquentation des hommes d'état, des « gens du monde », et des femmes, quelques qualités qui ne germent point d'ordinaire dans l'arrièreboutique d'un « maître tapissier » ou dans le ménage d'un greffier du Palais, méconnaîtrons-nous aujourd'hui la grandeur du service ainsi rendu à la littérature française?

3<* Les Œuvres. — Nous pouvons ici nous contenter d'ajouter les Œuvres dont nous n'avons pas eu l'occasion de faire mention dans cette note, et qui sont : le Médecin volant, et la Jalousie du Barbouillé, deux canevas dont l'authenticité est douteuse; — Dom Garde de Navarre, 1661 ; les Fâcheux, 1661 ; la Princesse d'Elide, 1664; le Mariage forcé, 1664; l'Amour médecin, 1665; le Médecin

I malgré lui, 1666; Mélicerte, 1666; le Sicilien, 1667; et les Amants

magnifiques, 1670; — deux pièces de vers : le Remerciement au roi et la Gloire du Val- de- Grâce', — enfin ses Préfaces ou Dédicaces et les Placets au roi à l'occasion de Tartuffe.

Les principales éditions sont, comme éditions originales, ou capables d'en tenir lieu, l'édition de 1666; — l'édition de 1673; — Tédition de 1674; — et l'édition de 1682, procurée par Lagrange et Yivot. Elles forment toutes les quatre une première famille, à

^ laquelle on peut joindre les éditions elzévirienues. L'édition de 1682,

^ que quelques éditeurs prennent encore aujourd'hui pour type, est

aussi parfaitement incorrecte que laide.

Viennent ensuite : l'édition de 1734 [avec le commentaire de Joly et La Serre, et les illustrations de Boucher], 6 vol. in-4o, Paris, Prault ; — et l'édition dite des Libraires associés [avec le commentaire de Bret, et les illustrations de Moreau], Paris, 1773. La première est plus belle, et la seconde plus estimable.

On peut enfin citer de nos jours, parmi beaucoup d'autres édi-

• lions : l'édition A. Régnier, 5 vol. in-4o, Paris, 1878, Imprimerie

nationale; — et l'édition de la collection des Grands Écrivains, par MM. Eugène Despois et Paul Mesnard, Paris, 1873-1893, Hachette, 11 vol. in-8o.

III. — Jean de La Fontaine [Château-Thierry, 1621 ; f 1695, \ Paris].

1° Les Sources. — Baillet, Jugements des savants, t. V de l'édi-

C'est en efiFet à ce moment, sous Tinfluence et par un effet du concours de toutes ces causes, que la littérature devient vraiment humaine^ dans le sens le plus large du mot, en même temps que vraiment naturaliste ou naturelle. Qu'y a-t-il de plus « naturel » que la comédie de Molière, si ce n'est la tragédie de Racine ; et qu'y a-t il de plus humain? C'est par ce caractère d'humanité qu'elles s'opposent, tout en les continuant, à la tragédie de Cor-

tion de 1722, n^ 1551 [Cf. Furetière dans son second /Vzcfam] ; — Louis Racine, Mémoires sur la vie de son père, 1747; — Matthieu Marais, Histoire de la vie et des ouvrages de la Fontaine^ publiée pour la première fois en 1811 ; — Walckenaër, Histoire de la vie et des ouvrages de La Fontaine, Paris, 1820, 1822, 1824, 1858;

— Paul Mesnard, Notice biographique en tête du La Fontaine de la collection des Grands Écrivains, Paris, 1883.

C. Robert, Fables inédites des xii®, xiii^ et xiv® siècles et Fables de La Fontaine, Paris, 1825. — Lessing, Abhandlungen ûber die Fabel [1759], dans la collection de ses Œuvres^ t. VIII, édition Gôschen, 1868, Leipzig; — Saint-Marc Girardin, La Fontaine et les fabulistes, cours fait en 1858-1859 et publié en 1867; Paris. — Max MuUer, la Migration des fables, dans ses Essais de mythologie comparée, Londres et Paris, 1870.

Chamfort, Éloge de La Fontaine, 1774; — Taine, La Fontaine et ses fables, Paris, 1853-1860; — Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. I, 1829, et Causeries, t. XIII, 1857; — G. Lafenestre, La Fontaine, dans la collection des Grands Écrivains français, Paris, 1895.

Damas-Hinard, La Fontaine et Buffon, Paris, 1861; — P. de Rémusat, La Fontaine naturaliste, dans la Bévue des Deux Mondes du l*'»' décembre 1869 ; — Nicolardot, La Fontaine et la Comédie humaine, Paris, 1885.

Marty-Laveaux, Essai sur la langue de La Fontaine, Paris, 1853;

— Th. de Banville, La Fontaine, 1861, dans le recueil des Poètes français, de Crépet, t. II, et à la suite de la 2*» édition de son Petit traité de poésie française, Paris, 1881.

2o L'Artiste, l'Homme et le Poète. — La première partie de la vie de Jean de La Fontaine [1621-1660]. — Son éducation négligée; — son passage à l'Oratoire; — son mariage [1647]; — et comment, sans Molière, il n'eût sans doute été qu'un « précieux u et un « libertin ». — Son adaptation de V Eunuque de Térence, 1654.

neille, au roman de La Calprenède, h la comédie burlesque de Scarron, — V Ecolier de Salamanque ou Dont Japhet d'Arménie^ — et comme le dit La Fontaine, parlant des Fâcheux :

Nous avons changé de méthode, Jodelet n'est plus à la mode, Et maintenant il ne faut pas Quitter la nature d'un pas.

— Le pensionnaire du surintendant Fouquet, 1657. — Sonnets, Madrigaux et Ballades. — Le poème d'Adonis [Cf. VAdonis de Shakespeare], 1658. — Le Songe de Vaux, 1658; — l'Élégie aux nymphes de Vaux, 1661. — Liaison de La Fontaine avec Molière,

^ Boileau et Racine [Cf. le Prologue de Psyché; et Scherer, le

i Cabaret du Mouton blanc, dans ses Études critiques]. — Il

passe de la protection de Fouquet sous celle de la duchesse de Bouillon [Cf. Amédée Renée, les Nièces de Mazarin]. — Les premiers Contes, 1664-1666; — et les premières Fables, 1668.

Du caractère de La Fontaine. — Son insouciance et son égoïsme ; son manque de dignité; — son parasitisme. — Que fût- il advenu de la condition de l'homme de lettres, si nous avions eu beaucoup de La Fontaine? — La gauloiserie de La Fontaine; — et ce qu'il faut entendre par ce mot [Cf. Taine, La Fontaine et ses fables]. ' Du danger qu'il peut y avoir à témoigner trop d'indulgence pour

^ La Fontaine ; — que ses Contes, en général, sont une œuvre mal-

saine; — et comment il aggrave le texte, même de Boccace [Cf. Marc Monnier, la Renaissance, de Dante à Luther, Paris, 1884].

— Comment les contemporains ont accueilli les Contes. — Que la « naïveté » de La Fontaine ne l'a pas empêché de se peindre en beau dans le Prologue de Psyché; — ni de s'entendre admirablement à « vivre sans rien faire » ; — et comment, en dépit de la morale, ses défauts mêmes se sont tournés en quelques-unes de ses plus rares qualités.

A. L'Artiste. — Un mot de M™" de la Sablière sur le Fablier. — Pour la raison même qu'il n'a jamais pris la vie au sérieux, et qu'il a vécu comme en marge d'elle, la vie n'a donc été qu'un spectacle pour lui. — En quoi cette disposition d'esprit est éminemment

I « artiste » [Cf. G. Flaubert, Préface pour les œuvres de L. Bouilhet] ;

[ — et qu'en même temps que le décousu de l'existence de La Fontaine

elle explique le caractère unique de ses Fables en leur temps. —

Il est d'ailleurs bien entendu que, de cette nature, que l'on suit à la trace, on n'imite que ce qu'elle offre ellemême a l'observation de plus général et de plus permanent, mais aucun des accidents, aucune des exceptions, aucune des difformités qui l'altèrent ou qui la corrompent, pour ne pas dire qui la « dénaturent ». C'est que, s'il n'est pas douteux qu'un borgne, un boiteux, un bossu soient des hommes, on pense, et on a raison.

Corneille a eu des intentions ; — Molière a soutenu des thèses et des combats ; — La Fontaine ne s'est proposé que de peindre ce qui lui plaisait; — ou même ne s'est rien proposé du tout, que de se faire plaisir. — Explication par là du caractère de sa prétendue satire; — et exagération de Taine à ce sujet. — Que les hommes soient pervers et les femmes bavardes ; — que les riches soient insolents et que les pauvres soient habituellement plats ; — que les grands soient tyranniques et que les petits soient complaisants ;

— ou que le lion soit enfin le roi des animaux et que l'âne en soit l'éternelle dupe, rien de tout cela n'indigne ou n'irrite La Fontaine ;

— ce qui est pourtant la première condition de la satire. — Il n'y a point de satire sans intention morîtle. — Mais La Fontaine « constate » et ne juge jamais. — Sa malice né va pas au delà de l'amusement qu'un pauvre diable de philosophe trouve à prendre un des grands de ce monde en flagrant délit de sottise; — il estime d'ailleurs que tout ce qui est humain, étant « naturel », a les mêmes droits à l'attention du peintre ; — et c'est ainsi que son épicurisme d'artiste le conduit insensiblement au naturalisme.

B. Le Naturaliste. — Qu'il ne faut pas toutefois abuser de ce mot pour faire de La Fontaine un curieux « inspectateur » des mœurs des animaux [Cf. Paul de Rémusat, La Fontaine naturaliste] ; — et qu on peut même se demander s'il les a observés de très près. — De la vérité scientifique et de la vérité poétique. — Qu'il suffit en tout cas que les animaux de La Fontaine soient quelque chose de plus pour lui que les masques des hommes ; — et ils le sont effectivement. — Ils ont pour lui leur physionomie très individuelle et nettement caractérisée ; — ils ont leur pelage ; — et ils ont surtout leurs mœurs. — - Mais en le qualifiant de naturaliste, on veut dire :

Que sa curiosité de la nature et la liberté de l'imitation qu'il en fait n'ont jamais été retenues ou modérées chez lui ; — ni par la néces-

non pas précisément que la vue ou la représentation en sont affligeantes, mais qu'ils font eux-mêmes défaut, pour ainsi parler, à la définition de l'homme. Pareillement on ne nie point la réalité d'un Attila, ni celle d'un Jodelet ou d'un doni Japhet d'Arménie, — quoique d^ailleurs on le pourrait, si l'on le voulait, — mais on estime que ce qu'il y a d'extraordinaire en eux les excepte et les tire hors de la- nature et de l'humanité. Rien de plus encore,

site de « faire sa cour » ; — ni par des obligalions comme celles que les exigences du théâtre imposaient à Molière et à Racine ; — ni enfin par aucune considération de morale. — Il a pris ainsi l'habitude de s'intéresser à plus de choses que beaucoup de ses contemporains; — et, de là, cette conséquence qu'il y a dans son i œuvre une plus grande part de nature enclose et représentée que

* dans l'œuvre de pas un de ses contemporains. — Eux n'ont repré-

senté que l'homme, et encore pas l'homme tout entier; — La Foni laine, au contraire; — et jusqu'à nous le montrer dans des attitudes

i qu'il eût mieux fait de ne pas représenter. — Il a aussi peint les

animaux ; — et c'est en quoi la vie de sa Fable diffère de la sécheresse de la fable ésopique [Cf. Lessing, Abhandlungen]. — Et il a peint aussi des astres, des ciels et des eaux, toute une « nature extérieure » qui est absente de l'œuvre des autres. — C'est ce qui \ en fait le charme; — et au moins par un côté, quoi qu'on en ait dit

f. [Cf. J.-J. Rousseau, dans son Emile], c'est ce qui rend sa Fable

éminemment convenable à l'éducation de l'enfance. — La fréquentation des Fables de La Fontaine est pour l'enfance une promenade au Jardin des plantes ; — et quand on y apprendrait « qu'il ne faut point juger des gens par l'apparence » ou encore que de tout temps « les petits ont pâti des sottises des grands », quel inconvénient y voit-on? — Le même caractère de familiarité se retrouve dans son style. — Quelque travaillé qu'il soit, ce style encore est d'un ' « naturaliste » ; — par la liberté dans le choix des mots, qui sont

chez lui de toutes les conditions; — par la rareté des termes abstraits ou l'heureux mélange qu'il en fait avec les termes de l'usage populaire; — et enfin par la liberté d'un tour qui suit toujours plus volontiers les indications de la sensibilité que les règles de la logique.

Comment, par cette façon d'être « naturaliste », La Fontaine se rapproche de Molière ; — et qu'ils ont bien tous les deux la même

186 MANUEL D£ l'hiSTOIRE DE LA LITTERATURE FRANÇAISE

et il faut se garder de confondre les temps ! On ne se propose que de plaire aux honnêtes gens. Mais on est obligé, pour leur plaire, d'entrer d'abord dans leurs sentiments, et comme ces sentiments ne nous sont connus, comme nous n'en pouvons trouver une expression qui dure qu'a la condition de les avoir éprouvés nous-mêmes, le rare ou le singulier s'élimine insensiblement de la conception de la littérature. « Qu'est-ce qu'une pensée...

« philosophie » ; — quoique d'ailleurs moins raisonnée chez La Fontaine que chez Molière. — La Fontaine est un épicurien pratique, mais non pas militant; — de la famille de Saint-Évremond autant que de celle de Molière, — plus occupé de jouir que de prêcher; — et assez insouciant pour ne pas même se fâcher si la fortune s'avise de le troubler dans sa jouissance. — Mais il est surtout poète ; — et c'est ce dernier trait qui achève de le distinguer de quelques-uns de ses illustres contemporains.

C. Le Poète. — Le choix qu'il a fait du vers libre ou « lyrique » en est un premier témoignage; — et, à ce propos, de la peinture ou de l'expression du sentiment par la diversité du rythme. — Que l'alexandrin n'est devenu « lyrique » qu'en devenant « romantique », c'est-à-dire en rompant avec son uniformité classique. — De la versification de La Fontaine [Cf. Théodore de Banville, La Fontaine]. — Étrange opinion de Lamartine à ce sujet; — et qu'en reprochant à La Fontaine ses vers « inégaux », il avait sans doute oublié combien il en a fait lui-même. — Le poète se reconnaît encore chez La Fontaine à la discrète mais constante intervention de sa personne dans son œuvre; — c'est lui-même qui nous renseigne sur ses goûts, sur sa vie, — au besoin sur son mobilier; — et ceci, dans la mesure où le réduit le goût du temps, c'est encore du lyrisme. — Joignez le don de peindre, d'évoquer la vision des choses; — le nombre et l'harmonie, la musique du vers; — et le don supérieur d'enlever à la réalité, même dans ses Contes^ ce qu'elle a de trop matériel, et de la spiritualiser. — Il a des vers qui sont tout un paysage :

Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent...

Il en a qui sont pour ainsi dire toute une saison de l'année : Quand les tièdes zéphirs ont l'herbe rajeunie...

neuve? dira bientôt Boileau. Ce n'est point, comme se le persuadent les ignorants, une pensée que personne n'a jamais eue, ni dû avoir : cest au contraire une pensée qui a dû venir à tout le monde, et que quelqu'un s'avise le premier d'exprimer. » Rappelons-nous là-dessus une Satire ou une Epître de Boileau lui-même, une comédie de Molière, V Ecole des Femmes ou le Misanthrope, une tragédie de Racine, Andromaque ou Bajazet, une fable

et il en a qui sont, en même temps qu'une caresse pour les yeux et une volupté pour l'oreille, des vers de rêve et d'illusion :

Par de calmes vapeurs mollement soutenue La tète sur son bras, et son bras sur la nue, Laissant tomber des fleurs et ne les semant pas...

Si ces qualités en font un homme « unique en son espèce », l'exceptent-elles de la littérature de son temps? — Non; et son idéal d'art est très conforme à celui de ses illustres contemporains. — Par sa manière générale de penser, il est de la famille de Molière et de Boileau; — par sa façon de rendre et d'exprimer, il est de la famille de Racine ; — et nous avons dit qu'il avait commencé par être de l'école de Voiture et de Racan. — Toute la différence consiste en ce qu'il a écrit surtout pour lui; — ce qui est sans doute permis dans la Fahle comme dans VOde\ — et en revanche qui ne l'est pas au théâtre.

Dernières années de La Fontaine. — Admiration qu'excitent ses Fables; — et pourquoi Boileau n'en a-t-il rien dit dans son Art poétique? — Suppositions à ce sujet; — et qu'en tout cas la Dissertation sur Joconde nous empêche d'en faire de désobligeantes pour Boileau. — Les éditions successives des Contes : 1667; 1669; 1671 ; 1674. — Le lieutenant de police se décide à les faire saisir. — Les Fables de 1678 [livres 7, 8, 9, 10 et 11]. — Témoignages de U^^ de Sévigné. — L'affaire de l'Académie, 1683. — Si La Fontaine a tenu la promesâe qu'il avait faite « d'être sage »? — Les Aveux indiscrets et le Fleuve Scamandre. — Ses relations avec M>»^ d'Hervart — avec les Vendôme [Cf. Desnoiresterres, les Cours galantes , et, du même : la Jeunesse de Voltaire] — avec M™® Ulrich [Cf. CEuvi'es de La Fontaine, édit. Régnier, lettres 26 et 27]. — Qu'il est fâcheux que la dernière protectrice du poète ne nous soit connue que par des notes de police. — La maladie de 1692 et la conversion de La

de La Fontaine, les Animaux malades de la Peste ou le Meunier^ son Fils et VAne, une maxime de La Rochefoucauld, un sermon de Bossuet ou de Bourdaloue. Quelque diverses que soient ces œuvres, le premier mérite en est d'être de tous les temps, de tous les lieux, vraies de l'homme universel et non pas seulement du Français du XVII® siècle, naturelles en tant c^^humaines, humaines parce que naturelles, — et si je ne craignais que l'expres-

Fontaine. — Il fait des poésies pieuses. — Sa dernière lettre à son ami Maucroix, — et sa mort.

3° Les Œuvres. — Nous avons de La Fontaine, sans parler de ses FahleSy dont nous avons ci-dessus indiqué les dates de publication successives : — 1° cinq livres de Contes, dont nous avons également relevé les dates; — 2° cinq Poèmes, qui sont : Adonis, 1658, publié pour la première fois en 1669; le poème du Quinquina, 1682; la Captivité de saint Malc, 1673; Philémon et JSaucis; et les Filles de Minée, 1685 ; — 3° des Poésies diverses , soit six Élégies, neuf Odes, treize Ballades, vingt-cinq Épitres, et des Dizains, Sizains, Chansons, Madrigaux, etc.; — 4^ quelques opuscules, en prose mêlée de vers : Psyché et Cupidon ; le Songe de Vaux [fragment] ; Lettres à sa femme', — et 5° son Théâtre, douze pièces en tout, depuis son adaptation de l'Eunuque, 1654, jusqu'aux deux premiers actes d'un Achille qui n'ont été publiés pour la première fois qu'en 1785. La Fontaine n'avait point le génie du théâtre.

Les éditions particulières des Contes ou des Fables sont trop nombreuses pour qu'il nous soit possible d'en énumérer ici même les principales, et nous nous bornerons à signaler, pour la beauté de l'illustration, l'édition de 1735-1759, 4 vol. in-f», pour les Fables, avec les figures d'Oudry ; — et l'édition des Contes dite des Fermiers Généraux, Amsterdam [Paris], 1 vol. in-8*^, 1762, avec les figures d'Eisen.

Les meilleures éditions de ses GEuvres complètes sont : — l'édition ou les éditions successives de Walckenaer, qui s'était fait comme un fief littéraire de la vie et de l'œuvre de La Fontaine, Paris, 1822, 1826, 1835, 1838, 1840; — l'édition Marty-Laveaux, dans la Bibliothèque Elzévirienne , Paris, 1857-1877; — et l'édition H. Régnier, dans la collection des Grands Écrivains, Paris, 1883- 1892, Hachette.

sion ne parût un pea métaphysique, — je dirais : un fragment de nature et d'humanité réalisé sous l'aspect de l'éternité.

Ce caractère d'humanité ne les empêche pas d'être en même temps nationales, et je voudrais exprimer trois choses par ce mot, qui se tiennent, mais qu'on peut et qu'il faut distinguer. S'ils se mettaient, comme autrefois leurs pères, et quelques attardés, à l'école de l'étranger,

lY. — Jacques-Bénigne Bossuet [Dijon, 1627 ; f 1704, Paris].

lo Les Sources. — Lévesque de Burigny, Vie de Bossuet ^ 1761 ; — cardinal de Bausset, Histoire de Bossuet j Paris, 1814; — Floquet, Études sur la vie de Bossuet^ Paris, 1855; ei Bossuet précepteur du dauphin, Paris, 1864; — abbé Guettée, /ourna/ [1 vol.] et Mémoires [3 vol.] de l'abbé Le Dieu, Paris, 1856 ; — abbé Réaume, Histoire de Jacques-Bénigne Bossuet, Paris, 1869; — abbé Delmoni, Quid conférant latina Bossuetii opéra ad cognoscendam illius vitam... Paris, 1896.

P. de la Rue, Oraison funèbre de Bossuet, 1704; — Maury, Essai sur l'éloquence de la chaire, 1777 ; — Dom Deforis, ses Notices, en tête des volumes de la première édition des Sermons de Bossuet, 1772; — Jacquinet, les Prédicateurs du xvii® siècle avant Bossuet, Paris, 1863, et 2^ édition, 1885; — abbé Vaillant, Étude sur les sermons de Bossuet, Paris, 1851 ; — Gandar, Bossuet orateur, Paris, 1867; et, à cette occasion, Edmond Scherer, dans ses Études, 1867; — abbé Lebarq, Histoire critique de la prédication de Bossuet, Paris, 2« édition, 1891; — Freppel, Bossuet et Véloquence sacrée au xvii« siècle, Paris, 1893 [leçons professées à la Sorbonne en 1855, 1856, 1857].

Gérin, Recherches sur V assemblée du clergé de France en 1682, Paris, 1870, 2® édition; — abbé J.-T. Loyson, V Assemblée du clergé de France en 1682, Paris, 1870 [Cf. les livres de J. de Maistre, Du Pape et De V Église gallicane, dont le second surtout est dirigé contre Bossuet].

Voltaire, Essai sur les mœurs; — Turgot, Discours de Sorbonne et Fragments historiques, dans la collection de ses OEuvres, t. II; — Herder, Idées sur la philosophie de l'histoire de Vhumanité.

Rébelliau, Bossuet, historien du protestantisme, Paris, 1891.

Abbé Bellon, Bossuet, directeur de conscience, Paris, 1895.

Abbé de la Broise, Bossuet et la Bible, Paris, 1890.

des Espagnols ou des Italiens, nos écrivains croiraient donc désormais trahir « la pensée du règne », et faire publiquement acte d'ingratitude envers le roi qui les protège. C'est pourquoi, dans les œuvres les plus admirées de la précédente génération, — la Jérusalem dèlwrèe du Tasse, par exemple, et la Diane énamourée de Georges de Montemayor, — ils ne veulent plus voir, pour eux, que l'obstacle qui les a trop longtemps détournés d'être

Th. Delmont, Bossuet et les saints Pères, Paris, 1896.

Tabaraud, Supplément aux histoires de Bossuet et de Fénelon, Paris, 1822 ; — A. Bonnel, la Controverse de Bossuet et de Fénelon sur le quiétisme, Mâcon, 1850; — Guerrier, Madame Guyon, sa vie et sa doctrine, Paris, 1881 ; — Crouslé, Bossuet et Fénelon, Paris, 1894.

Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. X, 1854; t. XII, 1856; t. XIII, 1857; et Nouveaux lundis, t. XII. — Poujoulat, Lettres sur Bossuet, Paris, 1854; — G. Lansou, Bossuet, Paris, 1891.

2'> La Vie, le Rôle et l'Influence de Bossuet. — Que Bossuet n'ayant jamais écrit une ligne qui ne fût un acte, l'histoire de sa vie et celle de son œuvre sont donc inséparables. — Son origine, et qu'il importe de noter qu'il sort d'une famille de magistrats; — ses études à Dijon [collège des Godrans]; — et à Paris, au collège de Navarre, et en Sorbonne. — Il est ordonné prêtre et nommé archidiacre de Sarrebourg, 1652; — son séjour à Metz [Cf. Floquet, t. II, et Gandar, Bossuet orateur]; — et que, de 1653 à 1659, c'est à Metz qu'il a comme arrêté presque toutes ses idées. — Si Bossuet a eu des doutes ? — et comment il faut entendre la question. — Observation sur son caractère, et que peu d'hommes ont moins ressemblé à leur style. — Qu'il ne semble pourtant pas que ses doutes aient jamais ébranlé chez lui le fondement de la foi. — Dans quelle mesure ses perplexités ont ressemblé à celles de Pascal, et dans quelle mesure elles en ont différé. — De la prédilection de Bossuet, parmi les Pères grecs pour saint Jean Chrysostome, et parmi les Pères de l'église latine pour saint Augustin. — Si, dans sa vie studieuse, il n'a pas un peu négligé d'étudier les hommes ? — Différence à cet égard de Pascal et de lui. — Son premier écrit public : la Réfutation du catéchisme de Paul Ferry, 1655. — Ses premiers sermons [Cf. Gandar, et surtout Lebarq, Histoire critique]. — Il se fixe à Paris, 1659.

eux-mêmes. Lisez plutôt à cet égard la Dissertation de Boileau sur Joconde^ — qui est Tune de ses premières œuvres, — et voyez avec quelle assurance il y donne à La Fontaine, dans un sujet emprunté de TArioste, la supériorité sur TArioste! C'est comme s'il disait que le fond n'est rien, dans l'œuvre d'art, c'est la forme qui est tout; et, tout le monde admettant d'ailleurs que les Grecs et surtout les Latins sont à peine des étrangers pour nous,

A. Les Sermons de Bossuet, — Histoire des Sermons de Bossuet [Cf. Lebarq, Histoire critique). — Il a prêché à Paris : le Carême de 1660, aux Minimes de la Place Royale; — le Carême de 1661, aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques; — le Carême de 1662, à la cour ; — VAvent de 1665, à la cour; — le Carême de 1666, à la cour; — VAvent de 1668, à Saint-Thomas du Louvre;

— et VAvent de 1669, à la cour. — Il faut dater environ du même temps V Oraison funèbre de Nicolas Cornet, 1663; et celle de la reine d'Angleterre, 1669. — Celle-ci est le second écrit qu'il ait fait imprimer, sur les instances de Madame, duchesse d'Orléans. Les trois manières de Bossuet. — La première est surtout « théologique et didactique » [Cf. Sermon sur la Bonté et la Rigueur de Dieu ; — Premier sermon pour le Vendredi Saint ; — Panégyrique de saint Gorgon; — Panégyrique des saints Anges gardiens]. — Les Sermons de cette manière sont plus longs; — plus embarrassés de dissertations; — moins habilement composés; — d'un réalisme de termes quelquefois excessif; — mais par cela même plus a colorés ». — Le chef-d'œuvre de cette première manière est le Panégyrique de saint Paul, 1657, — où d'ailleurs on peut voir aussi bien l'annonce de la seconde manière.

— Celle-ci est surtout « philosophique et morale » ; — quoique non pas du tout pour cela « laïque » ; — et d'ailleurs pourvu qu'on ne prenne pas ces distinctions au pied de la lettre [Cf. iSermons : sur la Providence, 1656 et 1662, — sur la Mort, 1662, — sur l'Ambition, 1662 et 1666, — sur le Délai de la conversion, 1665, — sur la Justice, 1666, — pour la fête de la Toussaint, 1669]. — Bossuet s'efforce de démontrer, comme Pascal, qu'indépendamment de tant d'autres raisons qui commandent d'y croire, la religion est encore, de toutes les « philosophies », celle qui explique le mieux l'homme et la nature. — La composition, plus libre, est aussi plus originale; — le style, moins coloré peut-être,

mais plutôt des ancêtres, c'est d'abord en se libérant, par l'originalité de la forme, de toute influence étrangère, que la littérature devient véritablement nationale.

Elle le devient, d'une autre manière, en développant dès lors, de son propre fond, et comme à l'abri de toute action du dehors, des qualités plus intérieures, assez difficiles à définir, et dont la nationalité se reconnaît a ce signe que les étrangers ou ne les voient pas, ou ne

a plus d'ampleur et de mouvement, est plus oratoire ou « lyrique » même. — Enfin, et si l'on ne tenait compte que des Sermons proprement dits, la troisième manière serait plutôt « homilétique »,

— et on veut dire, moins tendue, plus indulgente, moins autoritaire surtout; — l'esprit de la Bible ou de l'Ancien Testament y occupe moins de place, et celui de l'Évangile une plus grande [Cf. les Sermons pour la Pentecôtej — (troisième) pour la fête Je la Circoncision', — (troisième) pour le jour de Noël], — On a moins de Sermons de cette dernière manière ; — Bossuet improvisant avec plus de liberté, sans doute; — et il faut se souvenir qu'ils sont contemporains des grandes Oraisons funèbres.

Les contemporains ont-ils apprécié les Sermons de Bossuet à leur valeur? — Témoignages à ce sujet [Cf. Etudes critiques, t. V, l'Éloquence de Bossuet]. — Qu'il semble qu'en tout cas la gloire du controversiste ait nui à celle de l'orateur. — Que, de dire de Bossuet qu'il était trop supérieur à son auditoire pour en être apprécié, c'est se tromper étrangement sur des auditeurs qui étaient les lecteurs de Pascal et les spectateurs de Racine. — D'un mot de Nisard à ce sujet. — C'est méconnaître également la manière dont agit l'éloquence. — Que si, comme le dit Voltaire, « Bossuet ne passa plus pour le premier prédicateur quand Bourdaloue parut » la raison en est bien simple ; — c'est que Bourdaloue aborde les chaires de Paris au moment où Bossuet en descend, — pour n'y plus remonter qu'à de rares intervalles; — à partir de sa nomination comme évêque de Condom, 1669; — et comme précepteur du Dauphin, 1670.

B. Du râle de Bossuet à la cour. — Il publie son Exposition de la doctrine de V Église sur les matières de controverse, 1671 ;

— il essaie de détacher Louis XIV de M^^e de Montespan; — ses Lettres au roi, 1675; — sa Lettre au maréchal de Bellefonds, 1675.

— Si Bossuet a manqué de courage dans cette occasion ? — et que

I les sentent point. Telles sont, entre autres, les qualités que nous goûtons peut-être le plus dans Racine : profondeur, subtilité d'analyse ou d'observation morale ; négligence apparente mais étudiée du style, dont le contour sinueux imite en quelque sorte ce qu'il y a de plus caché dans les mouvements de la passion ; harmonie des proportions ; et, généralement, tout ce que la forme oratoire de sa tragédie semble, en vérité, dérober à tous ceux qui n'ont

voudrait-on qu'il eût fait davantage? — De l'éducation du Dauphin, et comment Bossuet l'a dirigée [Cf. la Lettre au pape Innocent XI, du 8 mars 1679]. — L'affaire de la régale et l'assemblée du clergé [Cf. Gérin et Loyson]. — Si Louis XIV eût été jusqu'au schisme?

— Le Sermon sur l'unité de VÉglisej 1681. — Comment ses origines parlementaires ; — son éducation de Sorbonne ; — une complaisance de sujet fidèle ou de bon Français ; — et l'idée qu'il se faisait du pape Innocent XI portaient Bossuet à l'attitude qu'il a prise à cette occasion. — Paroles caractéristiques de Joseph de Maistre dans son livre. De V Eglise gallicane [Liv. II, ch. 8]. — Les quatre articles. — Mariage du Dauphin, 1680 ; — Bossuet est nommé aumônier de la Dauphine, 1680; — et, l'année suivante, évêque de Meaux.

G. Le Discours sur l'histoire universelle. — Le Discours est, de tous les écrits que Bossuet a composés pour l'éducation du Dauphin, le seul qu'il ait publié lui-même. — Des raisons qu'il a eues de le publier ; — et qu'elles sont analogues à celles de Pascal lorsqu'il composait son apologie. — Des objections que l'on a faites au Discours ^ et que les unes ne tiennent pas compte que le Discours que nous avons devait être suivi d'un second ; — qu'il y en a d'autres qui proviennent de ce qu'on le lit mal, et qu'on en néglige la seconde partie : la Suite de la Religion, — Que cependant cette seconde partie est la plus importante ; — en ce sens que Bossuet y répond : aux attaques des « libertins » contre la religion; — au Traité théologico-politique de Spinoza; — et à la naissante exégèse de Richard Simon. — Beauté du plan du Discours.

— Simplicité, vigueur et majesté du style. — Dans quelle mesure l'érudition moderne a-t-elle ruiné le Discours sur Vhistoire univer* selle ? — Aveu de Renan sur ce point ; et que le dernier effort de sa « philologie » a été de reconnaître qu*il n'y avait que « trois histoires de premier intérêt : la Grecque, la Romaine et la Juive »;

pas en naissant respiré l'air de France. Telles sont aussi quelques-unes des qualités de Bossuet. On rend universellement justice à la force et a la précision de sa langue ; on admire en lui l'historien et le controversiste ; on rend hommage à l'orateur, plus abondant que Cicéron et plus nerveux que Démosthène. Je ne sais si Ton apprécie hors de France tout ce qu'il y a de naturel, de simplicité, j'oserai dire de familiarité sous la splendeur de cette inimi-

-^ et que par conséquent d'acheminer les deux premières jusqu'à leur rencontre avec la troisième, quand ce ne serait qu'une méthode, ce serait encore la bonne. — Que, ce point accordé, les jugements particuliers de Bossuet conservent une valeur « scientifique » réelle; — et contiennent des observations dont on n'a depuis lui dépassé ni la justesse ni la profondeur. — Ajoutez qu'il a fondé dans la littérature européenne la « philosophie de l'histoire » [Cf. Robert Flint, la Philosophie de t histoire].

D. La grande idée de Bossuet : la réunion des Églises. — • Quelles raisons il a eues de croire cette réunion possible. — ' Nombreuses conversions auxquelles il a coopéré. — La conversion de Turenne. - — Embarras des protestants à réfuter la doctrine de V Exposition. — I^îl Conférence avec M. Claude^ 1682, — Les grandes Oraisons funèbres. — Les progrès du « libertinage » et V Oraison funèbre d'Anne de Gonzague. — "L'Oraison funèbre de Michel Le Tellier et la révocation de l'Édit de Nantes. — Que, comme l'idée de la Providence domine toute la philosophie de Bossuet, l'idée ou le rêve de la réunion des Églises domine toute sa controverse.

— Que par là s'expliquent : — son indulgence [Cf. Ingold, Bossuet et le Jansénisme, Paris, 1897] pour le jansénisme; — sa sévérité contre les casuistes; — son rôle dans l'assemblée de 1682; — et sa méthode apologétique. — Entre protestants et catholiques il n'y a pour lui qu'une question, qui est la question de l'Église; — et il n'a entrepris son Histoire des variations que pour montrer à quels signes certains se reconnaissait la véritable Église.

È. h' Histoire des variations des églises protestantes, 1688.

— Discussions récentes à ce sujet [Cf. Rébelliau, Bossuet historien] — et que Bossuet, dans ce grand livre, a fait vraiment œuvre d'historien. — Solidité de son érudition; '— finesse et impartialité de sa critique. — Que d'ailleurs dans ce livre trop peu lu se trouvent quelques-unes des plus belles pages de Bos-

La nationalisation de LA LlTténATURB 195

table éloquence, combien peu de rhétorique et d'apprêt, quelle absence d'amour-propre et de vanité littéraire! Et La Fontaine encore, combien y a-t-il d'étrangers qui comprennent ce que nous avons d'admiration singulière pour cet alliage, unique en lui, de nonchalance épicurienne, de malice gauloise, et de pure poésie? Ils ont peine surtout à concevoir que « le plus français de nos poètes )> soit en même temps le plus « inspiré des

suet. — Les portraits dans V Histoire des variations ; — les narrations; — la dialectique. — Sobriété, force et rapidité du style de Bossuet. — Effet produit par VHistoire des variations. — Elle est attaquée par Burnet, et par Jurieu, dans ses Lettres pastorales. — Bossuet répond à Burnet dans sa Défense de l'Histoire des variations f 1691; — et à Jurieu par ses Avertissements aux Protestants f 1689-1691. — Comment les Avertissements font corps avec VHistoire des variations. — Les trois premiers Avertissements [Cf. Pressensé, les Trois premiers siècles de V Eglise chrétienne] et Ad. Harnak, Lehrbuch der Dogmen Geschichte^ 2^ édition, Fri* bourg, 1888-1890]; — le quatrième Avertissement, sur le Mariage chrétien; — le sixième Avertissement; et si Bossuet n'y a pas prévu, indiqué et décrit par avance l'évolution du protestantisme contemporain? — Qu'en tout cas, le problème est toujours de savoir comment on conciliera l'individualisme protestant avec la prétention du protestantisme à former des églises. — De la clarté souveraine dont Bossuet a illuminé ces questions difficiles et obscures; — et qu'il n'y a rien de plus oratoire, même dans ses Sermons^ que dans les Avertissements, ou dans VHistoire des variations.

F. Autres travaux de Bossuet. — Sa Defensio cleri gallicani [ouvrage posthume]. — Sa Défense de la tradition et des saints Pères contre Richard Simon. — Du respect de Bossuet pour la tradition. — Le jugement de l'envoyé de Brandebourg sur le rôle de Bossuet [Cf. Ezcchiel Spanheim, Relation de la cour de France en 1690]. — Correspondance avec Leibniz [Cf. Foucher de Careil, Œuvres de Leibniz, t. I et II, Paris, 1867], — Les Maximes sur la comédie^ 1693. — L'affaire du quiétisme. — Comment Bossuet s'y est trouvé mêlé sans y avoir songé. — Importance de la question, et comment elle s'est compliquée d'une question politique [Cf. A. Griveau, Etude sur la condamnation du livre

anciens » ; et qu'un recueil de Fables, dont il n'y en a pas une qui ne soit empruntée de quelque source étrangère, ne soit cependant qu'une perpétuelle création.

Ce n'est pourtant pas tout encore, et dans toutes ces œuvres, ce que je trouve de plus national, c'est l'impossibilité même d'y séparer ce qui est proprement et purement français de ce qu'elles contiennent d'universel. Elles sont universelles ; et on ne conçoit pas qu'elles eussent

des Maximes des saints, Paris, 1878], — Le parti du Dauphin et le parti du duc de Bourgogne [Cf. la correspondance de Madame, duchesse d^ Orléans]. — Du rôle que Bossuet a tenu dans la controverse. — Comment il comprend le mysticisme. — h' Instruction sur les Etats d'oraison et la Relation sur le quiétisme, 1697-1698.

— Que, s'il a manqué de « charité » dans l'ardeur de la lutte, ses adversaires y ont manqué de franchise. — Les dernières années de Bossuet [1700-17041. — Il met la dernière main à ses anciens travaux. — Il achève sa Politique) — ses Elévations et ses Méditations \ — il reprend sa Défense de la tradition des saints Pères.

— Son œuvre de direction. — Ses préoccupations de famille, et sa faiblesse pour son neveu. — Ses sollicitations auprès du roi. — Sa mort.

G. Les Élévations sur les mystères et les Méditations sur VÊvangile. — Dans quelles conditions ont été composés ces deux ouvrages; — et que Bossuet y a voulu faire passer la substance de ses anciens sermons. — C'est ce qu'il a fait aussi dans sa Politique [Cf. les sermons sur les Devoirs des rois et sur la Justice \.

— Qu'il est possible encore qu'il y ait dans les Méditations et les Elévations quelque chose de ce que Bossuet avait dû rapprendre pour combattre Fénelon. — Plan des Élévations et des Méditations, — Originalité des premières, et leur portée philosophique.

— Les premières semaines des Élévations contiennent quelquesunes des plus belles inspirations de Bossuet. — De l'accent de tendresse des Méditations'^ — et, à ce propos, de la douceur du caractère de Bossuet. — Témoignages à ce sujet : — du Père de la Rue, dans son Oraison funèbre; — de l'abbé Le Dieu, dans son Journal) — de Saint-Simon, dans ses Mémoires. — Que les titres mêmes des Méditations et des Élévations nous révèlent ce qu'il y a de lyrique dans le tempérament de Bossuet [Cf. les Élévations de Vigny, les Méditations de Lamartine]. — Que, pour cette raison,

L pu naître ailleurs qu'en France, et au xvii® siècle! Et f cejendant d'être de tous les temps et de tous les pays, non seulement cela ne fait point qu'elles ne soient aussi du leur, mais il semble qu'une part au moins de leur oricfiDalité consiste en cela même. Elles sont en ce sens l'équivalent de la peinture italienne de la renaissance ou de la sculpture grecque de la grande époque, dont il faut bien que les chefs-d'œuvre soient nationaux de leur

les Élévations et les Méditations forment peut-être ensemble le plus « personnel » des ouvrages de Bossuet; — et qu'ainsi, en le ramenant aux préoccupations de ses débuts, elles terminent harmonieusement sa vie : — après l'enthousiasme de la jeunesse, les agitations, les inquiétudes, les combats de Tâge mûr; — peut-être aussi les faiblesses; — et, pour finir, la retraite dans le sanctuaire des hautes idées et de l'espérance.

H. De l'influence que Bossuet a exercée sur ses contemporains ^ — et de l'injustice du reproche qu'on lui fait [Cf. Sainte- Beuve, dans son Port-Royal, et Renan, introduction à l'Histoire de l'Ancien Testament de Kuenen] de n'avoir pas deviné Voltaire. — Comment, au contraire, une partie de son œuvre est dirigée contre « les libertins » ; — comment une autre a pour objet d'empêcher qu'on augmente les difficultés de croire; — et comment une autre enfin prouve qu'il a compris que le premier danger que courût sa religion était dans la division des chrétiens [Cf. Sermons sur la Vérité de la religion, 1665; — V Oraison funèbre de la Princesse palatine, 1685 ; — la Lettre à un disciple du P. Maie branche, 1687; — le sixième Avertissement aux protestants, 1691]. — Qu'il a également bien vu où tendait la critique de Richard Simon; — et qu'on ne peut raisonnablement lui faire un grief de n'avoir pas admis, avec le a père de l'exégèse moderne », que la Bible fût un livre de la nature de V Iliade ou du Ramayana. — Qu'en réalité Bossuet: pendant près d'un siècle, a été le maître de la pensée orthodoxe; — aussi, est-ce contre lui que les «philosophes » porteront bientôt leur principal effort; — et pour cette raison, on ne saurait comprendre Voltaire, si l'on ne connaît d'abord Bossuet.

3® Les Œuvres. — On peut distinguer les Œuvres de Bossuet, qui ne forment pas moins d'une quarantaine de volumes [dans l'édition de Versailles] en OEuvres d'exégèse; — OEuvres d'édi^ fication et de piété; — Œuvres de controverse et de polémique ;

universalité même, puisqu'enfin on les a partout imités et cependant nulle part, je ne veux pas dire égalés, mais reproduits seulement. Ainsi la tragédie de Racine, ou la comédie de Molière-; et s'il est difficile d'éclaircir le mystère, ce n'est pas toutefois une raison de le nier. Natu^ relies en tant qu humaines, disions-nous tout a l'heure ; et maintenant il nous faut dire : nationales en tant qu^unii^erselles, et universelles en tant que nationales.

— Œuvres composées pour l'instruction du Dauphin; — et Œuvres diverses.

A. Ses OEuvres d'exégèse nous appartiennent à peine, comme étant écrites en latin; — et celles qui sont écrites en français, — comme son Explication de V Apocalypse, 1689; et ses deux Instructions sur la version du Nouveau Testament imprimé à Trévoux^ — faisant aussi bien partie, ou même à plus juste titre, de ses OEuvres de controverse.

B. Ses OEuvres d'édification et de piété, sans parler de ses OEuvres pastorales, peu nombreuses d'ailleurs, comprennent : ses OEuvres oratoires, Sermons, Panégyriques et Oraisons funèbres ;

— ses Élévations sur les mystères, ses Méditations sur VEvangile\

— et ses Lettres de direction.

De ces OEuvres il n'a paru du vivant de Bossuet que les six grandes Oraisons funèbres, 1670, 1670, 1683, 1685, 1686, 1687; et le Sermon dit de l'Unité de l'Église, 1682.

Les Élévations et les Méditations, qu'il avait lui-même destinées à l'impression, n'ont paru qu'en 1727 et 1730-1731, par les soins de son neveu, l'évêque de Troyes.

Les Lettres de direction, presque toutes adressées à des religieuses, et dont les plus importantes sont les L^ettres à la sœur Sainte-Bénigne [M«»e Cornuau] et les Lettres à Af'^^ d'Albert de Luynes, ont été publiées, les premières en 1746 et 1748, les secondes en 1778.

Quant aux Sermons, qui existent pour le plus grand nombre en manuscrits à la Bibliothèque nationale, ils ont paru pour la première fois, de 1772 à 1778, par les soins de Dom Deforis. Ils ont été revisés par M. Lâchât, pour son édition des OEuvres, Paris, 1862 et aun. suiv.. Vives. Enfin et plus récemment ils ont été de nouveau revisés, et classés pour la première fois dans l'ordre chronologique, par M. l'abbé Lebarq, dans son édition ses OEuvres ora-

Un troisième caractère en dérive, ou s'en compose, explique les autres et s'explique par eux, qui est qu'en même temps que du désir de plaire, toutes ces œuvres sont animées de l'ambition d'instruire, didactiques ou moraleSy dans le sens élevé, dans le sens large de l'un et l'autre de ces deux mots. Que ce caractère s'aperçoive d'abord, et, presque sans métaphore, qu'il saute aux yeux dans un sermon de Bossuet ou de Bourdaloue, dans un

toires de Bossuet, Paris, 6 vol. iii-8**, 1890-1896; Desclée et de Brouwer.

C. Les Œuvres composées pour V éducation du Dauphin, — ou, pour mieux dire, à l'occasion de l'éducation du Dauphin, sont : 1® le Discours sur l'histoire universelle, publié par Bossuet luimême en 1681 ; — 2° la Politique tirée des propres paroles de VÉcriture Sainte, publiée par son neveu, avec la Lettre au pape Innocent XI sur l'éducation du Dauphin [en latin], 1709; — 3° le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, publié pour la première fois, en 1722, comme étant de Fénelon, dans les papiers duquel on l'avait retrouvé, et pour la seconde, sous le nom de son véritable auteur, en 1741; — et 4°, un Abrégé de l'histoire de France qui n'a paru pour la première fois qu'en 1747.

On range aussi dans cette classe le Traité du libre arbitre, publié par l'évèque de Troyes en 1731, mais nous avons peine à croire qu'il ait été composé pour l'éducation du Dauphin.

D. Les Ouvrages de controverse comprennent : 1° Les ouvrages Contre les protestants, dont les principaux sont : Y Exposition de la doctrine de l'Eglise catholique en matière de controverse, 1671 ;

— la Conférence avec M. Claude, 1682 ; — V Histoire des variations des églises protestantes, 1688; — les six Avertissements aux protestants, 1689-1691 ; — et les deux Instructions sur les promesses de l'Eglise, 1700 et 1701. Il y faut joindre le recueil de Dissertations et de Lettres, composées dans la vue de réunir les protestants d'Allemagne à l'Église catholique, publié pour la première fois en 1753; complété dans les éditions successives des Œuvres; et, par M. Foucher de Careil, dans les deux premiers volumes de son édition inachevée de Leibniz, 1867.

2<* Les ouvrages relatifs au Quiétisme, dont les principaux sont :

— l'Instruction sur les états d'oraison, 1697 ; — le recueil intitulé : Divers écrits sur les Maximes des saints, 1698; — et la

chapitre de Malebranche ou dans une Satire de Boileau, rien de plus naturel, si même ce n'est un peu de naïveté que d'en faire ici la remarque. Il est déjà plus intéressant de retrouver la même intention dans les Maximes de La Rochefoucauld et dans les Fables de La Fontaine, de tous ces grands écrivains le plus irrégulier sans doute, et celui que Ton se plaît, trop volontiers peut-être, à regarder de nos jours comme une exception en son temps. Parce

Relation du quiétisme, 1698. — Il y faut joindre une volumineuse Correspondance, qui n'a paru qu'en 1788, et qui ne remplit pas moins de trois tomes entiers de l'édition de Versailles.

3° Les ouvrages relatifs à la Question Gallicane, presque tous composés en latin.

4<^ Enfin les ouvrages relatifs à Richard Simon, et dont les principaux sont : — les Instructions sur la nouvelle version du Nouveau Testament donnée à Trévoux, 1702 et 1703; — et la Défense de la tradition et des Saints Pères, qui n'a paru qu'en

E. Une dernière classe peut être formée des Ecrits ou Opuscules divers et de la Correspondance de Bossuet. Nous nous bornerons à citer parmi ces écrits : — les Maximes sur la comédie, 1693 ; — le Traité de la concupiscence ; — le Traité du libre arbitre, 1731 ; — et le Traité de l'usure, 1753. La Correspondance est assez considérable, et du plus grand intérêt pour l'histoire de Bossuet.

Les meilleures éditions de Bossuet sont l'édition de Versailles, en 43 volumes in-8<*, Versailles, 1815-1819, de l'imprimerie de Lebel ; — et l'édition de M. Lâchât, 31 volumes in-8°, Paris, 1862, Vives. — Il y faut joindre aujourd'hui l'édition des (JEuvres oratoires donnée, comme nous l'avons dit, par l'abbé Lebarq, Paris, 1890-1896.

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