‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 5)Chapitre 42 sur 89 · I. — Les commencements de TOpéra français · texte numérisé non relu

I. — Les commencements de TOpéra français

1° Les Sources. — Goujet. dans sa Bibliothèque française, articles Benserade et Quinault ; — Chauffepié, dans son Dictionnaire , article Quinault; — Titon du ïillct, dans son Parnasse français , articles Quinault et Lully; — Grimm, dans V Encyclopédie y article Poème lyrique; — Vie de Quinault, en tête de l'édition de ses Œuvres, Paris, 1778; — Léris, Dictionnaire des Théâtres,

Nuitter et Thoinan, les Origines de VOpéra français, Paris, 1886; — Romain Rolland, Histoire de VOpéra en Europe, Paris,

2° Le Conflit de l'Opéra et de la Tragédie. — Que le triomphe des espèces pures, tragédie et comédie, n'a pas tout à fait anéanti les espèces hybrides : tragi-comédie, pastorale et ballet. — Les pièces à machines : V Andromède, 1650, et la Toison d'or de Corneille; — Isaac de Benserade et ses Ballets ; — les comédies-ballets de Molière : la Princesse d'Elide, 1664; Mélicerte, 1666; Psyché, 1671.

Quelques jésuites aussi s'en mêlent, et, comme autrefois ils donnaient des leçons de morale, donnent maintenant des leçons de goût. Les professeurs envahissent la critique. Le Père Bouhours publie ses Dialogues sur la manière de bien penser dans les ous* rages de V esprit. Il y enseigne qu'on doit imiter la nature. Mais comme exemple d'une pensée parfaitement naturelle, c'est dommage qu'il cite la suivante : « Les actions des princes ressemblent aux grandes rivières dont peu de gens ont vu l'origine, et dont tout le monde voit le cours. » Le Père Rapin, son confrère, entre deux chapitres de son Histoire du Jan^ sénisme, discute avec Bussy la question de savoir n si l'on doit tutoyer sa maîtresse » ; et sans doute ce n'est

— Analogie de toutes ces tentatives, et qu'elles ont pour objet : — de donner aux yeux les satisfactions que la tragédie leur refuse ;

— d'utiliser les fables de la mythologie ; — et de mettre en liberté rélcment musical que contient en soi toute « poésie». — La fondation de « l'Acdémie de musique », 1669, — et le premier opéra français : PomonCf 1671. — Jean-Baptiste LuUy [Cf. les Mémoires de M*'® de Montpensier]. — Sa collaboration avec Molière, — et avec Quinault. — Leurs premiers opéras : Cadmus et Ilermione, 1673;

— Alceste, 1674; — Thésée, 1675; — Atys, 1676; — Isis, 1677. Du génie particulier de Quinault pour l'opéra ; — pompeux éloge

que Voltaire en a fait; — et que, de Quinault et de Lully, c'est bien le premier qui cent cinquante ans durant a passé pour « le grand homme ». — Libertinage aimable de l'imagination de Quinault; — fluidité de sou style ; — et, à ce propos, de l'abondance dans ses vers des comparaisons tirées de la nature « liquide » ; — sa constante préoccupation de plaire; — et, pour plaire, de ne jamais approfondir la passion. — Des « lieux communs de morale lubrique » dans les opéras de Quinault.

Comment le succès du genre opéra a fait dévier l'évolution de la tragédie. — Les triomphes de Quinault ont certainement excité la jalousie de Racine ; — et qui pis est son émulation. — De l'intention de rivaliser avec Quinault dans la Phèdre de Racine [Cf. les Époques du théâtre français]. — Que la retraite de Racine a favorisé le développement de l'opéra. — La Psyché de Thomas Cor-

qu'une question de style, mais Pascal l'eût trouvée « jolie ». Cependant Quinault triomphe : le succès de ses AtySy de ses Persée, de ses Armide le venge des attaques de l'auteur des Satires; et une demi-douzaine de livrets d'opéra lui refont une réputation dont l'éclat, après quatre-vingts ans, corrompra le jugement de Voltaire. Les romans se multiplient, dans le genre de V Histoire amoureuse des Gaules, sous la plume des pamphlétaires, de l'espèce de Courtilz de Sandras, l'auteur des Mémoires de Roche fort et des Trois Mousquetaires , — je veux dire des Mémoires de M. d^Artagnon. En même temps, sur la scène illustrée par Molière, et dont ils ont fait « un échafaud » , — selon la forte expression de

neille, 1678 ; — le Bellérophon de Fontenelle, 1679 ; — la Proserpine de Quinault, 1680. — Les « auteurs tragiques » prennent l'habitude de s'exercer indifTéremment dans la tragédie, ou dans la tragédie lyrique. — De quelques conséquences de cette habitude ; — et comment, après avoir agi sur le style, dont elle relâche le tissu, — elle s'étend de la forme au fond ; — amollit la conception du drame ; — et, à l'art de peindre des caractères ou des passions, — substitue l'art d'émouvoir la sensibilité.

3<> Les Œuvres — De Quinault : Cadinus, 1673, — Alceste, 1674, — Thésée, 1675, — AtySy 1676,— Isis, 1677 ; — de Fontenelle et Th. Corneille : Psyché, 1678, — Bellérophon, 1679; — de Quinault : Proserpine 1680, — Persée, 1682, — Phaéton, 1683, — Amadis, 1684, — Roland, 1685, — Armide, 1686; — de Campistron : Acis et Galathée, 1686; — Achille, 1687; — de Fontenelle : Thétis et Pelée, 1687, — Énée et Lavinie, 1690.

IL — Nicolas Malebranche [Paris, 1638; + 1715, Paris].

1<» Les Sources. — Fontenelle, Éloge de Malebranche-, — Tabaraud, article Malebranche dans la Biographie universelle.

Cousin, Fragments de philosophie moderne ; — Francisque Bouillier. Histoire de la philosophie cartésienne, 1854; — Sainte-Beuve dans son Port-Royal, Liv. VI, chap. v et vi; — Blampignon, Étude sur Malebranche, 1861 ; — OUé-Laprune, la Philosophie de Malebranche, 1870.

Racine, — les Montfleury, les Poisson, Dancourt, qui débute, exposent leurs « turlupinades ». La Fontaine, rendu par la disparition ou Téloignement de ses anciens amis à son vrai tempérament, n'écrit plus guère que des Contes \ et quels Contes^ si Ton songe qu'il a passé la soixantaine! Le vieux Saint-Évremond, de l'autre côté du détroit, l'encourage. On se grise royalement, au Temple, chez les Vendôme, où d'ailleurs ce n'est pas ce que Ton fait de pis. Les princesses du sang fument la pipe. Et pour qu'enfin à tous égards les dernières années du siècle en ramènent le commencement, après ou avec les débauchés et les précieux, ce sont maintenant les « libertins » qui rentrent à leur tour en ligne.

Le Père André : Vie du Père Malehranche^ publiée par le Père Ingold, Paris, 1886.

29 Le Philosophe ; — et avant tout, du juste hommage qu'il convient de rendre à l'écrivain. — Bel éloge que Daunou, — se souvenant d'avoir été lui-même de l'Oratoire, — a fait du style de Maiebranche [Cours d'études historiques, VI et XX]. — Simplicité parfaite; — naïveté ; — éloquence ; — et surtout aisance de ce style, — d'autant plus admirable que les matières qu'il traite sont plus éloignées de l'usage commun. — Il n'y a pas en français de style philosophique comparable à celui de Malebranche.

Le disciple de Descartes [Cf. son Éloge, par Fontenelle] ; — et que la philosophie de Malebranche est un essai de conciliation du christianisme et du cartésianisme. — Confiance démesurée de Malebranche dans le pouvoir de la raison, — et dans sa capacité d'expliquer « naturellement » l'inexplicable. — Son optimisme; — et que, s'il lui vient de Descartes en droite ligne, — il n'en est pas pour cela plus conforme à la conception chrétienne de la vie. — L'idée de la Providence dans la philosophie de Malebranche; — et qu'à peine diffère-t-elle de l'idée que s'en formaient les stoïciens de l'antiquité. — Que toutes ces théories tendaient à établir la suffisance de la a religion naturelle d ; — et qu'en effet, contre son gré sans doute, l'influence de Malebranche a produit ce résultat.

Les critiques de Malebranche : — Arnauld, — Bossuet, — Fénelon, — Leibniz; — une Lettre de Bossuet [21 mai 1687] à un disciple du

Un seul homme eût peut-être pu leur faire tête, les contenir et leur imposer : c'est Bossuet, qui ne prêche plus, à la vérité, qu'en de rares occasions, mais qui prononce pourtant en 1685, 1686, 1687 ses dernières Oraisons funèhres\ et qui, soulagé ou libéré de l'éducation du Dauphin, donne précisément alors presque tous ses plus grands ouvrages, h^ Discours sur [^histoire unii^erselle est de 1681, et V Histoire des çariations des églises protestantes est de 1688. C'est le premier surtout qu'on loue. Mais il faut dire du second que Ton n'a pas écrit de plus beau livre en notre langue, si d'abord il contient, comme les Pronncialesy d'impérissables modèles de tous les genres d'éloquence ; et qu'il ait encore sur elles cet avan-

P. Malebranche. — Fénelon réfute le Traité de la nature et de la grâce. — Qu'ils en ont surtout à la théorie de l'action de Dieu par « les voies générales », — à l'abri de laquelle ils voient poindre la théorie de la « stabilité des lois de la nature » ; — c'est-à-dire la négation du surnaturel ; — et tomber du même coup la possibilité du miracle; — la nécessité de la révélation; — et l'utilité de la religion.

30 Les Œuvres. — La recherche de la vérité j 1674-1675; — Conversations chrétiennes y 1676; — Traité de la nature et de la grâce y 1680; — Méditations chrétiennes^ 1683; — Traité de morale^ 1684; — Entretiens sur la métaphysique y 1688; — Traité de l amour de DieUy 1697 ; — Entretien d'un philosophe chrétien et d* un philosophe chinois^ 1708; — Réponses à M. Arnauldy quatre volumes, dont le dernier est de 1709; — Réflexions sur la prémotion physique y 1715.

Victor Cousin, dans ses Fragments de philosophie moderney t. II, a publié une importante Correspondance de Malebranche, dont l'intérêt littéraire est de nous le montrer en relations avec Mairan et le groupe de Fontenelle.

Il n'existe qu'une édition de ses Œuvres complètes, en deux volumes in-4o, Paris, 1837.

Jules Simon a publié en 1871 une édition des OEuvres de Malebranche en quatre volumes, qui contient les Entretiens sur la méta^ physique, les Méditations chrétiennes y et la. Recherche de la vérité.

tage d'être un vrai livre, divers et un en toutes ses parties, dont il n'y a pas une page, ou même une ligne, qui ne s'inspire de l'idée de l'ensemble, et ne concoure à en démontrer la justesse. De récentes recherches ont établi que d^ailleurs jamais œuvre de polémique n'avait été plus laborieusement ni plus impartialement préparée [Cf. Rébelliau, Bossuet historien du protestantisme y Paris, 1891]. Et pourquoi n'ajouterions-nous pas qu'on en citerait peu dont le dessein soit plus noble ou plus généreux, si l'auteur ne l'a conçu que pour travailler à cette « réunion des églises », qui a été, dès le temps de sa première jeunesse, le plus cher de ses rêves, et qui est demeurée jusqu'à son dernier jour la plus tenace de ses illusions?

III. — Pierre Bayle [Le Cariât (Ariège), 1647 ; f 1706, Rotterdam].

lo Les Sources. — Calendarium Carlananum, 1660-1687, et Co;-respondance de Bayle, dans la grande édition de ses Œuvres; — Desmaizeaux, Vie de M. P. Bayle^ 1730, dans les dernières éditions du Dictionnaire-, et au tome XVI de l'édition Beuchot; — abbé Marsy, Analyse raisonnée des œuvres de Bayle, 1755; — Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. I, 1835; — L. Feuerbach, Pierre Bayle, ein Beitrag zur Geschichte der Philosophie und Menschheit, Leipsig, 1838 et 1848; — Damiron, Essai sur Vhistaire de la philosophie en France au XVIl^ siècle, Paris, 1846; — A. Sayous, la Littérature française à l'étranger, Paris et Genève, t. I, 1853; — Lenient, Etude sur Bayle, Paris, 1855; — Arsène Deschamps, la Genèse du scepticisme érudit chez Bayle, Bruxelles, Bonn et Liège, 1878; — Emile Gigas, Choix de la correspondance inédite de Pierre Bayle, Copenhague et Paris, 1890; — F. Brunetière. Études critiques, V^ série, Paris, 1893.

2^ La Critique de Bayle.

A. La Jeunesse et les premiers essais de Bayle. — Ses origines protestantes; — ses études à Puylaurens et à Toulouse, 1666-1669; — il se convertit au catholicisme, 1669; — il se reconvertit au protestantisme, 1670; — son départ pour Genève, et ses préceptorats : — chez M. de Normandie; — chez le comte de Dhona; — '

Les Ai^ertissements aux protestantSy qui complètent ou qui fortifient V Histoire des ç^ariations, sont de 1689 et de 1691. Mais ni la « réunion » ne devait aboutir, ni Bossuet; en dépit de son éloquence et de Tautorité de sa dialectique, ne devait réussir à retarder beaucoup les progrès du « libertinage ».

Ce n'est pas certes qu'il ne les eût vus, et tant de passages qu'on pourrait extraire de son œuvre suffisent à le prouver [Cf. notamment le Sermon sur la diçinité de la religion y 1665; le Discours sur l'histoire unii^erselle, IP partie, 1681 ; et V Oraison funèbre d'Anne de Gon^ zague, 1685]. Il a très bien vu, du premier coup d'oeil, où tendait l'exégèse de Richard Simon, ce qui n'était pas si

son retour en France, 1674. — Bayle professeur de philosophie à l'académie protestante de Sedan, 1675-1681 [Cf. son Cursus philosophise, et Bourchenin, les Académies protestantes]. — Suppression de l'académie de Sedan. — Bayle s'étahlit à Rotterdam, 1681,

— comme professeur libre de philosophie, pensionné par la ville.

— Publication des Pensées sur la comète^ 1682, — et de la Critique générale de l'histoire du calvinisme du Père Maimbourg. — Caractère singulier de ces deux ouvrages ; — dont la forme est en retard ; — et les idées en avance de trente ou quarante ans sur celles de ses contemporains. — Bayle entreprend la publication des Nouvelles de la République des lettres^ 1684. — C'est un journal ou une « Revue » sur laquelle il faut se garder de le juger : — « Je n'y faisais point de critique, a-t-il écrit lui-même, et ne voyais dans les livres que ce qui pouvait les faire valoir. » — Révocation de l'Ëdit de Nantes. — Bayle publie ses deux pamphlets : Ce que c'est que la France toute catholique sous le règne de Louis le Grand, 1686; et le Commentaire philosophique sur le Compelle intrare, 1686; — indignation du parti protestant, et de Jurieu en particulier. — L'adversaire de Bossuet n'est pas moins celui de Bayle;

— auquel il reproche amèrement de « prêcher le dogme de l'indifférence des religions et de la tolérance universelle ». — Bayle se cache d'être l'auteur de son livre; — en parle lui-même avec ironie dans ses Lettres; — se plaint dans ses Nouvelles qu'on le lui impute; — et inaugure ainsi la tactique assez déloyale qui sera

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