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facile à voir, dès 1678; et il a pressenti, puisque Texpression est de lui, « le grand combat qui se préparait contre l'Eglise sous le nom de cartésianisme », dès 1687. Il ne s'est pas trompé non plus quand il a cru que, si Ton voulait opposer aux progrès du libertinage une résistance efficace, il fallait que Ton commençât par rassembler en un seul corps les membres épars de TEglise; et c'est un point sur lequel non seulement le temps, mais aussi les aveux de l'orthodoxie protestante lui ont donné raison. Pourquoi donc a-t-il échoué? En premier lieu parce que les protestants, qu'encourageaient h ce moment même les succès de la grande guerre de la ligue d'Âugsbourg, ont cru qu'ils profiteraient de tout ce que perdrait le
celle de Voltaire. — Il a le « courage de ses opinions », et la peur de leurs conséquences. — De VAi^is aux réfugiés^ 1690; — et si Bayle en est l'auteur [Cf. Sayous, Littérature française à Vétranger]? — Intérêt de la question. — La polémique s'envenime entre Bayle et Jurieu. — Jurieu l'accuse d'athéisme; — les « ministres protestants » relèvent à l'appui de l'accusation de Jurieu les passages caractéristiques des Pensées sur la comète; — les magistrats de Rotterdam enlèvent à Bayle sa pension; — et sa permission d'enseigner. — Passage curieux d'une lettre de Bayle [28 décembre 1693], — d'où il résulte que c'est en lui le cartésien qu'on a surtout voulu frapper : — « Les ministres de Rotterdam...., dit-il, sont entêtés d'Aristote, qu'ils n'entendent pas, et ne peuvent ouïr parler de Descartes sans frémir de colère. »
B. Le Dictionnaire historique et critique. — La première intention du Dictionnaire [Cf. le projet de 1692] ; — et qu'elle était d'un pur érudit; — n'ayant en vue que de dépister et de rectifier les erreurs des autres Dictionnaires. — Mais le projet se transforme en avançant; — des rancunes s'y mêlent; — et Bayle s'avise que a la découverte des erreurs n'est ni importante ni utile à la prospérité des Etats ». — Il contracte en outre, dans une étude plus approfondie des systèmes et de l'histoire, l'espèce de scepticisme que cette étude engendre; — et, à cet égard, comparaison de Bayle et de Montaigne. — Mais il est encore plus frappé, — depuis que Descartes a passé par là, — des obstacles que les pré-
catholicisme, ce qui s'est trouvé politiquement vrai, mais moralement faux. Et encore, parce qu'au lieu d'accepter la discussion sur la question de l'Église, qui était capitale, ils ont dérivé la controverse sur des questions secondaires, comme celle de l'authenticité des livres deutérocanoniques [Cf. Leibniz, Œuçres, édition Foucher de Careil, t. I et II], ou de l'époque de la formation du dogme de la Trinité [Cf. Jurieu, Lettres pastorales]. Et enfin et surtout, parce qu'avec cette sorte d'ingénuité qui le caractérise, Bossuet a trop imprudemment suivi ses adversaires sur un terrain où l'opinion laïque, perdant pied, ne s'est plus sentie juge des coups ni seulement partie dans la bataille.
jugés, la coutume, la tradition, — opposent aux progrès de la raison; — et, insensiblement, d'une « chambre d'assurances de la république des lettres contre l'erreur » ; — le Dictionnaire devient l'arsenal du rationalisme.
Le contenu du Dictionnaire. — Lacunes singulières qu'on y remarque; — il n'y a point dans le Dictionnaire historique d'articles sur Socrate, sur Platon^ sur Cicéron^ sur Thomas d*Aquin, sur Descartes t sur Pascal; — ni généralement sur les auteurs dont le dogmatisme eût gêné les opinions de Bayle ; — mais en revanche il y en a sur Épicure, sur Anaxagore, sur Zenon d'Élée, sur Lucrèce, sur Xénophane, sur Erasme; — et, par hasard, ce sont les plus développés. — La clef du Dictionnaire de Bayle. — Il se propose, en entrechoquant les leçons de la religion et les enseignements de la raison [Cf. les articles Manichéens et Pyrrhon], — d'ébranler fondamentalement le dogme de la Providence [Cf. les articles Rorarius, Timoléon^ Lucrèce] ; — et d'en conclure que l'humanité ne doit tenir compte que d'elle-même dans l'établissement de sa morale. — Comparaison de ce dessein avec celui de Malebranche — et de Spinoza. — Subtilité de la dialectique de Bayle; — et sa manière d'user des « renvois » [Cf. Diderot, dans son article Encyclopédie].
De quelques vices du Dictionnaire ; — et particulièrement du goût de Bayle pour les disputes oiseuses [Cf. les notes des articles Achille, Amphitryon, Loyola] ; — pour des formes d'impiété
C'est ce qui lui est également arrivé dans la querelle du quiétisme. Assurément, dans cette querelle mémorable, où il y allait, comme il disait, de toute la religion, on ne saurait trop admirer ce qu'il a déployé de vigueur, d'éloquence, et d'ardeur passionnée. C'est dans son InslJ'iiction sur les états d'oraison, qui est de 1697, que sont en quelque sorte enfouies quelques-unes de ses plus belles pages ; et il n'a rien écrit qui soit d'un style plus vif et plus pressant que la Relation sur le quiétisme, qui est de 1698. La Relation sur le quiétisme est le plus personnel de ses livres, et sous la contrainte qu'il s'y impose pour ne pas offrir trop de prise à la malignité publique, assez amusée déjà de cette dispute d'évêques, on
déjà Toltairiennes [Cf. les notes des articles Adam, David, François d'Assise]; — et pour les obscénités. — La dissertation sur les obscénités. — S'il n'y a pas quelque politique dans cette manière de faire? — et qu'il faut se souvenir que Bayle est un homme du xvi® siècle; — et un érudit. — Du goût des érudits pour les obscénités. — Qu'en tout cas le moyen a servi comme d'un passeport aux idées les plus hardies de Bayle [Cf. Voltaire dans son Candide et Montesquieu dans ses Lettres persanes]. — Succès prodigieux du Dictionnaire; — estime qu'en fait Boileau.
— Il se succède en quarante ans huit éditions de ces gros in-folio [1697, 1702, 1715, 1720, 1730, 1734, 1738, 1740]; — et deux traductions anglaises [1709 et 1734-1741]. — C'est déjà dans le Dictionnaire de Bayle qu'il faut voir l'idée et le plan de VEncyclopédie.
C. Les autres œuvres et les dernières années. — La publication du Dictionnaire réveille les ennemis de Bayle. — Il est traduit devant le consistoire de Rotterdam; — et il écrit pour se justifier les quatre éclaircissements sur les Athées ; — sur les Manichéens;
— sur les Obscénités; — sur les Pyrrhoniens. — Observations à ce propos sur la « tolérance protestante » et la a liberté de Hollande ». — Les Réponses aux questions d*un provincial, 1703; — et la Continuation des Pensées sur la Comète, 1704. — La théorie de l'incompétence du consentement universel; — et le chapitre : <c Qu'il n'est point sûr que les impressions de la nature soient un
sent gronder Tindignation, la colère même de l'honnête homme odieusement trompé. On tf s'arracha » la Relation sur le quiétisme, et on la « dévora ». La victoire suivit de près, et le quiétisme fut condamné. Mais pendant cinq ans entiers une question de théologie pure, et de théologie mystique, n'en avait pas moins détourné Bossuet d'un objet peut-être plus urgent. Ici encore, l'opinion s'était désintéressée d'une lutte dont elle comprenait si peu la violence qu'elle en avait cherché et trouvé des raisons aussi peu honorables pour l'un que pour l'autre des combattants. « Je vous assure, écrivait la princesse palatine, que cette querelle d'évêques n'a trait à rien moins qu'à la foi. » Elle citait l'épigramme :
signe de vérité » [Cf. Continuation^ ch. 23 et 24]. — Mort de Bayle. — Dignité parfaite de sa vie. — Son désintéressement. — Il n'a eu que des vices intellectuels; — et comme Spinoza; — quoique d'ailleurs son existence ait eu moins de noblesse; — il est l'un des premiers chez qui le libertinage des mœurs — n'ait pas été l'occasion du libertinage de la pensée. — Importance de ce fait [Cf. Bossuet et Bourdaloue contre les libertins] ; — et combien il a contribué à la propagation des idées philosophiques de Bayle.
3° Les Œuvres. — Nous avons énuméré les principales Œuvres de Bayle, et nous n'avons plus à y ajouter qu'une volumineuse et intéressante Correspondance.
La meilleure édition des OEuvres est la grande édition de \121 ^ 1731, en 4 volumes in-folio, La Haye, chez Husson, Johnson, Gosse, etc. [réédition de 1737, contenant environ 150 lettres de plus]; et la bonne édition du Dictionnaire t celle de 1720, en 4 volumes également, Rotterdam, chez Michel Bohm.
Beuchot a donné en 1820 une édition du Dictionnaire^ enrichie des commentaires ou des observations de tous ceux qui ont repassé sur les traces de l'auteur, Prosper Marchand, Chaufepié, Leclerc, Joli, etc., en seize volumes, chez Desoer.
On ne saurait trop regretter qu'il n'existe pas de modernes éditions des OEuvres, non pas même du célèbre Avis aux réfugiés ou des Pensées sur la comète.
Dans ces combats où nos prélats de France
Semblent chercher la vérité,
L'un dit qu'on détruit l'espérance,
L'autre que c'est la charité.
C'est la foi qu'on détruit et personne n'y pense.
Et finalement, à Tombre de la controverse, le libertinage grandissait de tout ce que la religion perdait de prestige et d'autorité.
Car tandis qu'il semblait qu'on livrât ainsi « le secret du sanctuaire » [Cf. Diderot, Apologie pour l'abbé de Prudes], le cartésianisme était là, qui n'attendait que le moment d'entrer dans la place, un cartésianisme dégénéré, si l'on veut, de la vraie pensée de Descartes, mais un cartésianisme logique, logiquement déduit des prin-