‹ Manuel de l'histoire de la littérature françaiseChapitre 17 sur 90 · II. — Joachim da Bellay [Lire, 1525; -J- 1560, Paris · texte numérisé non relu

II. — Joachim da Bellay [Lire, 1525; -J- 1560, Paris

1° Les Sources. — Marty-Laveaux, OEuvres de du Bellay, dans la collection de la Pléiade française; — Sainte-Beuve, loc. cit.; —

la mémorable allégorie de Physis et A'Antiphysie, « Physis, c'est Nature, engendra en sa première portée Beauté et Harmonie — Antiphysie, laquelle est de tout temps adverse de Nature, incontinent eut envie sur cestuy tant brave et honorable enfantement, et au rebours enfanta Araodunt et Discordance.. Et depuis elle engendra les Matagots, Cagots et Papelards... et autres Monstres difformes et contrefaits en dépit de Nature. » [Pantagruel^ livre III, ch. 32.] Et de fait, c'est au nom de Physis que Rabelais attaque ce qui demeure encore debout des institutions du Moyen-âge. C'est au nom de Physis qu'il trace le programme de l'éducation encyclopédique de son Gargantua. C'est au nom de Physis qu'il demande la ré formation ou la suppression de tout ce qui s'oppose à la liberté de son développement. Et, il ne le dit point, n'étant pas le pro-

F. Bruoetîère : Discours prononcé à l'inauguration de la statue de J. du Bellay à Ancenis, 1894.

2** Le Poète. — Un cadet de grande famille au xvi^ siècle. — La jeunesse de du Bellay; — sa grande maladie et ses études; — sa liaison avec Ronsard. — Il entre au service de son parent le Cardinal. — Son séjour à Rome. — Liaison avec « Faustine » ;

— Ennuis et dégoûts. — Retour en France. — Publication des Regrets. — Il se brouille avec le Cardinal.

Les premiers vers de du Bellay; — L'Olive et le liecueil à Mme Marguerite ; — et que de très beaux vers n'empêchent pas du Bellay d'y demeurer très au-dessous de ses premières ambitions. — Il s'en aperçoit lui-même; et peut-être est-ce l'origine de sa mélancolie. — Sa pièce contre les Pétrarquistes. — Il trouve dans les ennuis mêmes de son existence auprès du cardinal du Bellay la matière de son chef-d'œuvre. — Originalité du recueil des liegrels

— Les Antiquités de Rome, et la poésie des ruines.

Que du Bellay a créé eu France la « poésie intime » et la satiro^

— Comparaison de ses élégies avec celles de Marot. — Il a la grâce, la délicatesse et la mélancolie. — Il a aussi l'ironie légère.

— Pourquoi la flamme de ses poésies latines n'a-t-elle pas passé dans ses vers français?

3° Les Œuvres. — Les Œuvres de J. du Bellay se composent : —

phète ou Tapôtre que Ton se représente, s'il n'est pas non plus le bouffon ou le Silène ivre, et n'ayant en vérité qu'un trait de commun avec son Panurge, qui est de craindre naturellement les coups! Mais il fait mieux que de le dire, s'il le suggère comme sans avoir l'air d'y penser, et qu'il mette à le prouver moins d'esprit de système que d'involontaire ardeur et d'enthousiasme presque inconscient. Rien de la nature ne lui répugne; et il en aime toutes les manifestations, sans en excepter les plus grossières ou les plus humiliantes, qui ne semblent éveiller en lui que ridée de leur cause. Ne sont-elles pas ce qu'elles doivent être? et saurions-nous mieux faire que de nous y conformer? ZyÎv 6[Jio)voyou[jiévioç t^ <piio-£i, disaient les stoïciens, dont la formule résumait le plus haut enseignement de la sagesse païenne. Rabelais le répète après eux; il le

lo d'un recueil de sonnets amoureux, V Olive, suivi, dans sa première édition, du Recueil à M^^ Marguerite', — 2° d'un autre recueil de sonnets, les Regrets\ — 3° d'un troisième recueil, les Antiquités de Rome^ avec les Jeux Rustiques) — et enfin 4*^ d'une traduction en vers des livres IV et VI de VEnéide.

Les principales éditions anciennes sont celles de Paris, 1561, Langelier; — Paris, 1569, Frédéric Morel; — et Rouen, 1597, chez F. Maillard. La meilleure est l'édition déjà citée de M. Marty- Laveaux, dans la Pléiade française, 1866-1867, A. Lcmerre.

III. Pierre de Ronsard [La Poissonnière, 1524 ; \ 1585, Paris] .

lo Les Sources. — Aux ouvrages déjà cités, il convient d'ajouter ici : — Gandar, Ronsard imitateur d'Homère et de Pindare, Metz, 1854 ; — La famille de Ronsard, par A. de Rochambeau, Paris, 1869 ; — P. de Nolhac, Le dernier amour de Ronsard, Paris, 1882; — Mellerio, Lexique de la langue de Ronsard, Paris, 1895; — et Pieri, Pétrarque et Ronsard, Marseille, 1895.

2° Le Poète.

A. Les Amours. — De la sincérité des Amours de Ronsard ; — Et à ce propos, de la poésie amoureuse au xvi® siècle. — Elle tient plutôt du caractère artificiel de la « poésie courtoise, » dans notre ancienne littérature, que du caractère passionné de la poésie

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répète après les Italiens; et je ne veux pas dire par Ih qu'il l'ait lui-même appris des Italiens ni des stoïciens. Je pourrais le dire, puisque l'allégorie de Pliysis et à^ Antiphysie ne lui appartient pas, et qu'assurément, aussi bien que personne en son temps, il a connu ses anciens. Mais, ce qui me paraît bien plus significatif, il n'est, dans cette adoration des énergies de la nature, que l'interprète inspiré des idées communes de son temps; et par là son Pantagruel a vraiment ce que l'on peut appeler, ce qu'il faut même qu'on appelle une portée « européenne ». Dans un monde encore chrétien, une culture païenne a fait de lui, comme des Italiens de la Renaissance, un pur jfiiîen; et d'autres l'ont donc été avant lui, ou en même temps que lui, mais personne avec plus d'ampleur, de verve, — et de lyrisme même.

lyrique moderne. — Toutefois, si celte observation est vraie du recueil des Sonnets à Cassandre, elle l'est déjà moins du recueil des Sonnets à Marie; — et Marie semble avoir réellement existé. — La langue des sonnets de Ronsard ; et qu'elle en fait peut-être le principal mérite. — Ce mérite est d'autant plus grand que Ronsard y exprime souvent des sentiments très subtils. — Une autre qualité des Sonnets est de paraître fondus d'un seul jet. — Nous savons cependant que Ronsard les a prodigieusement corrigés et refaits. — Les corrections ont-elles été toujours heureuses? — Quoi qu'il en soit, aucun vers n'a l'air d'y être « rapporté ». [Cf. Sonnets 1, 20, 46, 62, 66, 94, 114,' 133, 206 de l'édition de 158'i]; — La volupté dans les Sonnets de Ronsard ; — comment l'ardeur en est toujours tempérée de mélancolie; — et, à ce propos, du paganisme et de Tépicurisme de Ronsard.

B. Les OdeSf les Hymnes et les Poèmes. — Que ce sont les Odes et les Hymnes qui ont fondé de son vivant la réputation de Ronsard. — Les contemporains s'y sont-ils mépris? — Et qu'y ont-ils admiré? — 1^ La diversité des tons : — s'il y en a de o pindariques » et il y en a d' « horatiennes » ; il y en a de « bachiques » et il y en a d' « héroïques » ; il y en a de « gauloises » et il y en a d' « élégiaques ». — Us y ont encore justement admiré : 2° La variété des rythmes; — et, à ce propos, de Ronsard comme inventeur de

CD MANUEL DE l'hISTOIRE DE LA LITTERATURE FRANÇAISE

II y a d'ailleurs autre chose, dans ce roman fameux, et, par exemple, sous l'humaniste et sous l'érudit, on n'a pas de peine à retrouver le Gaulois, Gaulois de race et de tempérament, le continuateuf^ou l'héritier de Villon, du Roman de la Rose y des conteurs de nos vieux fabliaux. Nul n'a jamais rompu ni d'un coup, ni tout seul, avec une tradition plusieurs fois séculaire! Et il y a du moine, ou du cordeller, pour mieux dire, dans l'indélicatesse de sa plaisanterie, dans la grossièreté de son langage, dans la liberté de ses manières. Il y a peut-être aussi du médecin. Mais quelque diversité de traits que l'on rencontre en lui, qui lui font une physionomie si complexe, et dont la complexité même n'est que plus expressive de la confusion des idées de l'époque, un de ces traits domine, résume et se subordonne tous les autres, qui est celui que nous essayons

rythmes; — il a créé presque tous ceux dont nos poètes ont usé depuis lui et il en a créé qui sont encore inutilisés. — 3° L'ampleur du souffle', — comparaison de VOde au chancelier de l'Hôpital ci des Mages de Victor Hugo; — comment un élément descriptif ou « objectif » s'y glisse; — et fait insensiblement évoluer le lyrisme vers l'épopée.

L'inspiration épique dans les Hymnes de Ronsard; — et qu'à force de vivre dans la familiarité des anciens il est lui-même devenu l'un d'eux; — [Cf. Calays et Zétkès ou Castor et Pollux] ; — Il se meut dans la mythologie comme dans son élément naturel ; — et il y trouve la puissance de créer à son tour ses mythes ; — [Cf. Vkymne de VOr ou Vhymne de VÉquité des vieux Gaulois] ; — Mais la pureté de son dessin n'y égale pas toujours la vigueur de son coloris. — Importance croissante de la description dans les Hymnes', — et de la rhétorique; — [Cf. Vhymne de la Mort ou le Temple de Messeigneurs le Connétable et des Chaînions], — Du genre épique le poète évolue vers la prose oratoire.

Il n'y tombe pas encore tout à fait dans les Poèmes', — et c'est qu'il lui faut auparavant passer par l'alexandrinisme, — [Cf. la Fourmi, l'Alouette, le Houx, le Frelon, la Grenouille]. — Définition de l'alexandrinisme; — ses trois traits caractéristiques : — \^ L'indifférence au contenu, d'où résulte : — 2*^ La préférence donnée aux

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précisément de mettre en évidence. Rabelais est le premier chez nous — et le plus grand peut-être, — il est aussi le plus sincère de ceux qui ont cru que Nature était bonne; que le grand ennemi de l'homme se nommait des noms d'usage, de coutume, de règle, d'autorité, de contrainte; que par tous les moyens, raillerie, violence et injure, c'était donc cet ennemi qu'il fallait attaquer , combattre et détruire; et qu'enfin le chef-d'œuvre de l'éducation était de libérer Tiustinct.

Cependant, et tandis qu'il étalait ainsi publiquement, cyniquement, sa religion de la nature, un autre sentiment, qui lui manque, naissait et se développait chez quelques-uns de ses contemporains: c est ce sentiment de l^ Art, que nous avons vu faire cruellement défaut au Moyenâge, et dont la réapparition dans le monde est si carac-

petits sujets; d'où résulte à son tour : — 3® La disproportion du développement avec Vintérêt, et des mots avec les choses. — On ne peut s'empêcher de noter ces trois caractères dans les Poèmes de Ronsard. — Aussi seraient-ils justement la partie la plus oubliée de son œuvre, s'ils ne contenaient des renseignements précieux pour l'histoire de sa vie, — [Cf. l'Élégie

Puisque Dieu ne m'a fait pour supporter les armes];

et pour l'histoire littéraire du temps; — [Cf. le Voyage d'Arcueil ou les Iles Fortunées] ; -. — et puis, s'il n'avait fait la Franciade.

C. Les autres Œuvres, — Que la Franciade n'est pas pour cela méprisable. — Mais le cœur de Ronsard n'y était pas. — Des conditions de l'épopée; — et que le sujet de la Franciade n'en réalisait aucune. — Mais, à mesure que l'inspiration poétique se retire de Ronsard, le prosateur ou l'orateur se développent en lui ;

— [Cf. les Discours des Misères de ce temps]; — et, à ce propos, du catholicisme de Ronsard ; — et de la parenté du genre lyrique et du genre oratoire. — Des Discours de Ronsard comme témoins de cette parenté. — L'inspiration patriotique dans les Discours. — Si du Bellay a eu le pressentiment de la satire, ce sont les Discours de Ronsard qui l'ont constituée comme genre dans notre littérature.

— Le dernier amour de Ronsard et les Sonnets pour Hélène.

téristique de l'esprit de la Renaissance. Qui ne connaît l'expression que Raphaël en a donnée dans une lettre célèbre à Baldassare Castiglione : Essendo carestia cli belle donne, io mi serço di certa idea che mi nene nella mente"} Je me rappelle encore un mot de Cicéron : Nihil in simplici genei'e ex omni parte perfectum natura expolint. Ils veulent dire tous les deux que, dans la nature, notre imagination ne trouve jamais de satisfaction entière; que rien de naturel, en aucun genre, n'épuise l'idée que nous nous formons de sa perfection ; et qu'ainsi nous y pouvons toujours ajouter quelque chose de notre fonds. C'est cette doctrine, inspiratrice des grandes œuvres de l'antiquité, qu'après l'avoir tirée de la méditation des modèles, et s'être efforcés de la réaliser à leur tour, les Italiens de la Renaissance ont répandue dans le monde;

3° Les Œuvres. — Comme nous venons de parcourir les principales Œuvres de Ronsard, il suffira d'en indiquer ici les principales éditions, qui sont : i

L'édition de G. Buon, Paris, 4 vol. in-16, 1560; — l'édition de 1567, Paris, 5 vol. in-8o; —l'édition de 1584, 1 vol. in-f^, la dernière que Ronsard ait revue et corrigée; — l'édition de 1623, 2 vol. in-ft>;

Et parmi les éditions modernes : — l'édition Blanchemain, 8 vol. in-18, Paris, 1857-1867, Frank; —et l'édition Marty-Laveaux, 5 vol. in-8o, dans la collection de la Pléiade française.

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