‹ Manuel de l'histoire de la littérature françaiseChapitre 21 sur 90 · VIII. — La première époque du théâtre classique · texte numérisé non relu

VIII. — La première époque du théâtre classique

1° Les Sources. — Les frères Parfaict, Histoire du théâtre français) — L'Ancien théâtre français, publié par Viollct-le-Duc;

— Ebert, Entwickelungsgeschichte der franzôsischen Tragôdie, 1856, Gotha; — Édelestand du Méril, Du développement de la tragédie en France, Paris, 1869; — Emile Faguet, La tragédie française au xvi® siècle, Paris, 1883.

2° Les Auteurs et le développement de la tragédie. — L'arrêt du Parlement de Paris [17 novembre 1548] portant interdiction aux confrères de la Passion de « jouer le Mystère de la Passion Notre Sauveur, ou autres Mystères Sacrés » ; — et si le Parlement, en rendant cet arrêt, a voulu sacrifier les Mystères « à l'enthousiasme païen des poètes de la Nouvelle École »? — Origines italiennes du théâtre classique. — Les Triomphes de Pétrarque [Cf. notamment le Triomphe de l'Amour et le Triomphe de la Renom-

habits, ils en mettent dix à un vêtement de soie... Ils célèbrent le Carnaval avec une inconvenance et une folie extrêmes. » [Cf. Michelet, Mémoires de Luther \ et Merle d'Aubigné, La Réformation au temps de Luther,] Comment pourrait-il mieux dire que ce qui l'a transporté d'indignation dans Rome, c'est le spectacle même de la Renaissance? Bien loin d'avoir aucune prise sur lui, les splendeurs des arts, la magnificence des fêtes, le luxe des habillements l'ont justement enfoncé dans le schisme. Et en prêchant la Réformation, ce n'est pas seulement la Papauté qu'il a combattue comme telle, ni le catholicisme, c'est l'esprit même de la Renaissance qu'il a voulu détruire et dont il a failli triompher.

Je ne sais si la même intention n'est pas plus manifeste encore dans l'œuvre de Calvin. Nous le comptons,

mée]; — La Sophonisbe du Trissin, 1515; — La tragédie en Italie

Cf. Ginguené, Histoire littéraire d'Italie, t. VI, ; — les traductions de Lazare de Baïf [Electre et Hécuhe] ; de Bonaventure des Périers [VAndrienne] ; de Ronsard [le Plutus]; — les représentations dans les collèges; — la Cleopâtre de Jodelle, 1552. — Hésitation de la pléiade entre la tragédie et la comédie.

La tragédie l'emporte, grâce à la Poétique de Scaliger, 1561 ; — grâce à la popularité des tragédies de Sénèque; — et grâce enfin au succès du Plutarque d'Amyot.

La Mort de Jules César, de J. Grévin, 1560; — La détermination des caractères de la tragédie [Cf. Scaliger, Poetices lihri septem. y livre I; ch. 5, 6, 8, 9, 11, 16]; — Le choix des sujets. — La règle des unités. — Jean et Jacques de la Taille. — De l'unité de ton dans la tragédie de la Renaissance. — De l'avantage que l'on trouve à traiter des sujets connus, et même déjà traités. — L'emploi de l'histoire dans la tragédie. — D'un mot d'Amyot sur les « cas humains représentés au vif ». — L'orientation de la tragédie classique est déterminée dès 1570.

3° Les Œuvres. — De Jodelle : Cléopâtre, Didon et V Eugène; — de Jean de la Taille, Médée, 1554; — de Ch. Toutain, Agamemnon, 1556; — de Jacques Grévin, La Mort de César, 1560; — de Gabriel

de 1515 à 1550 ch. 19, 20 et 21

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avec raison, pour l'un de nos grands écrivains, et Vlnstiunion Chrétienne est un des beaux livres du xvi® siècle. Mais assurément on n'en imagine point qui puisse différer davantage du Pantagruel de Rabelais, et on n'en saurait nommer qui soit moins a confit en mépris des choses fortuites », ni qui respire moins de confiance dans la bonté de la nature. Personne, moins que Calvin, n*a cru qu'il fût possible à l'homme de se tirer, sans l'aide et le secours d'en haut, de son « ordure » native, ou de s'empêcher d'y retomber perpétuellement. Personne, moins que lui, n'a cru qu'il nous fût permis de nous abandonner h la liberté de nos instincts, et de borner à la joie de les rassasier Tunique ambition de notre destinée. Personne, moins que lui, n'a cru que la liberté même nous eût été donnée pour en user, et, au contraire, il en a vu le véri-

Bounyn, La Sultane^ 1561 ; — de F. Le Duchat, Agamemnon, 1561 ;

— de Jacques de la Taille, Daire et Alexandre, 1562; — de N. Filleul, Achille, 1563 et Lucrèce, 1567; — de Florent Crestien, La fille de Jephté, 1567 ; — de Jacques de la Taille, Saiil le Furieux,

Peu de ces œuvres, à rexception de celles de Jodelle, ont c5lé réimprimées de nos jours. Il existe cependant une édition moderne de la Mort de César, Marburg, 1886.

IX.— Robert Garnier [La Ferté-Bernard, 1534 ;-l-1590, Le Mans].

1* Les Sources. — Niceron, dans ses Hommes illustres, t. XXI;

— A. Ebert, Entwickelungsgeschichte des franzôsischen Tragôdie, Gotha, 1856; — Emile Faguet, La tragédie française au XVI® siècle, Paris, 1883; — P. Bernage, Etude sur Robert Garnier, Paris, s.d.

2° L'Homme et le Poète. — Extraordinaire popularité des tragédies de Garnier; — plus de quarante éditions en moins de quarante ans, de 1580 àl616; — et ont-elles été représentées? — Ses tragédies romaines : Porcie, Cornélie,Antigone; — et qu'elles sont de l'histoire toute crue, mêlée d'intermèdes lyriques et descriptifs [Cf. Les chœurs; et dans Porcie : Description des Enfers, v. 45-66.; Description des âges de l'humanité, v. 725 et suiv. ; Les travaux d-IIer-

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table emploi dans son abdication. Voila pour le fond. Mais quant à la forme, aucun livre n'est beau, dans sa sévérité monumentale, d'une beauté moins « esthétique », pour ainsi dire, ou plus logique que le sien. Dans aucun livre l'art n'a consisté plus manifestement a savoir s'en passer, et à se priver de tous les moyens, même les plus légitimes, d'intéresser la sensibilité du lecteur à la vérité de la doctrine que l'on enseigne. Dans aucun livre enfin une pensée d'ailleurs plus ferme n'a revêtu, comme dit Bossuet, un style plus a triste » pour s'exprimer; — et je pense qu'il veut dire un style plus capable de décourager le lecteur. C'est également ce que pensa Ronsard, heurté, choqué, blessé dans tous ses instincts d'art par ce sombre puritanisme ; et je me trompais tout à l'heure en disant que y Institution Chrétienne ne diffère d'aucun livre plus

cw/e, V. 1076-lllOJ. — Abondance des traductions. — Influence de Scnèque. — Tragédies grecques iHippolyte^ Antigone et la Troade;

— Comment, dans cette dernière pièce, Garnier fond ensemble, V Hercule d'Euripide, ses Troyennes, et les Troyennes de Sénèque. —

— Analyse d'Hippolyte. — Effort sensible du poète vers la psychologie [Cf. Ilippolyte, vers 545-690; vers 1360 et suiv. ; vers 1963- 2150]. — La première tragi-comédie : Bradamante. — Que la Bradamante de Garnier marque un moment décisif dans l'histoire du théâtre : la tragédie « recule » et cède la place à la tragicomédie. — Coup d'oeil sur l'état du théâtre en Europe à la même époque. — Si cette éclipse de la tragédie est ou non un symptôme d'émancipation à l'égard des anciens? — Qualités des tragédies de Garnier : — noblesse de son imagination ; — son style est celui de l'école de Ronsard. — Comment d'ailleurs il s'est trompé sur la nature de l'action dramatique; — sur les moyens d'intéresser le public ; — et sur le choix de ses modèles.

3** Les Œuvres. — Elles se réduisent presque à ses tragédies : Porcie, 1568; — Hippolyte, 1573; — Cornélie, 1574; — Marc- Antoine, 1578 ; — La Troade, 1579 ; — Antigone, 1580 ; — Bradamante, 1582 (tragi-comédie) ; — et les Juives, 1583.

On cite encore de lui une Épitre au roi (Henri III) ; — et son Élégie sur le trépas de Ronsard.

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que du roman de Rabelais : elle diffère pour le moins autant des Sonnets à Cassandre, de VOde à VHospital et de V Hymne de VOr,

Mais c'est aussi pourquoi nous ne nous étonnerons pas de la résistance que la Réforme a rencontrée d'abord en France. La France ne s'était pas émancipée de la domination de la scolastique pour retomber aussitôt sous la tyrannie du puritanisme protestant. Elle n'avait pas goûté aux séductions de l'indépendance et de l'art pour s'en laisser désormais sevrer. Elle n'avait pas rejeté ce qu'elle trouvait de trop « germanique » dans sa constitution, sous

les espèces du système féodal, pour y réintégrer, sous les espèces du protestantisme, quelque chose d'aussi « germanique » pou** le moins. Car c'est encore un point par où l'esprit de la Réforme s'oppose à celui de la Renais- Une excellente édition du Théâtre de Robert Garnier a été donnée par M. Wendelin Fôrster, 4 vol., Ileilbroini, 1882-1884.

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