‹ Manuel de l'histoire de la littérature françaiseChapitre 26 sur 90 · VI. — Pierre Charron [Paris, 1541 ; f 1603, Paris · texte numérisé non relu

VI. — Pierre Charron [Paris, 1541 ; f 1603, Paris

1** Les Sources. — Bayle, dans son Dictionnaire, article Charron; — Franck, Dictionnaire des sciences philosophiques, article Charron; — Poirson, Histoire du règne d'Henri IV [Y. ci-dessus]; — Vinet : Moralistes français au xvi° siècle.

2° Le Philosophe. — Caractère énigmatique du personnage ; —

est de rendre à la morale éternelle quelque chose au moins de son ancien empire; la deuxième, de soustraire l'esprit français à des influences étrangères que Ton regarde alors bien moins comme des entraves à sa liberté que comme les causes de sa corruption; et la troisième enfin, d'imposer à l'individu, dans l'intérêt commun de la société, les qualités ou les vertus dont il ne se soucierait pas pour lui-même.

De ces trois intentions, la première se marque surtout dans les Discours du brave La Noue, si l'on ne saurait être en eflfet plus soucieux que cet homme de guerre de l'intégrité des mœurs, de l'éducation de la jeunesse, et de l'avenir de son pays. Guillaume du Vair ne l'est pas moins dans sa Philosophie des stoïques, dont le titre seul

il a été prêtre; — il a même voulu se faire chartreux; — de pieux prélats l'ont protégé; — cependant il passe pour un « libertin » — et la contradiction qu'on remarque entre son personnage et sa réputation, se retrouve entre ses deux principaux ouvrages : — le Traité des Trois Vérités, lesquelles sont : 1® qu'il y a un Dieu; 2® que ce Dieu n'a été connu que des chrétiens ; 3© que ce Dieu n'est adoré comme il l'a voulu que dans le catholicisme ; — et le Traité de la Sagesse, où la plupart n'ont voulu voir qu'une systématisation du « scepticisme » de Montaigne. — Que la chronologie ne tranche pas la difficulté, puisqu'il connaissait Montaigne quand il a donné son Traité des Trois Vérités,

Examen du Traité de la Sagesse. — Pour ne rien dire des anciens, trois contemporains y sont copiés sans scrupule : Bodin [Cf. Sagesse, II, ch. 44]; Montaigne [Cf. II, chap. viii] ; et G. du Vair [Cf. III, chap. xxviii]. — Signification de ces plagiats. — Charron essaie de faire la synthèse des idées de son temps; — et c'est ce que prouve l'effort vers la composition, qui est la principale originalité de son livre. — Trois idées maîtresses dans la Sagesse : 1** bonté de la nature [Cf. II, chap. m]; — et cependant; 2'* misère infinie de l'homme [Cf. I, passim]; — d'où 3® mépris souverain de la mort [Cf. II, chap. ii]. — Liaison que Charron établit entre ces trois idées; — sa confiance dans la raison humaine; — dans le pouvoir de la volonté; — dans l'universalité de la loi morale.

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indique assez l'esprit. Il s'y agit déjà, — comme le fera plus tard Pascal, — d'opposer Epictète à Montaigne, les leçons de l'effort volontaire à l'insouciance épicurienne, la philosophie de la raison à celle de la nature! Il faut vivre selon la nature; mais notre « nature » est déterminée par notre fin; et « la fin de l'homme, de toutes nos pensées et de tous nos mouvements, c'est le bien »; et « notre bien » ne consiste qu'en m l'usage de la droite raison, qui est à dire en la vertu ». Nous voilà loin de Rabelais ou de Montaigne même ! Que si du Vair ne fait là que paraphraser Epictète, c'est d'ailleurs un symptôme qui a son importance à lui seul que ce choix d'Épictète pour guide. L'expérience a fait comprendre la nécessité d'une direction morale. Les crimes de Catherine, les

Qu'au sortir de cet examen, il nous apparaît comme un « type de transition » ; — précurseur de Descartes, — et de Pascal, — autant que disciple et continuateur de Montaigne. — Descartes l'a-t-il lu ? — Mais Pascal l'a sûrement beaucoup pratiqué ; — et à ce propos que les annotateurs de Pascal ont trop oublié Charron. — On sait comme il est facile et difficile à la fois de passer de Montaigne à Pascal; — mais c'est vraiment Charron qui fait entre eux le pont. — 11 n'a pas cru d'ailleurs qu'il pût être mauvais à la religion d'en fonder l'empire sur les bases de la raison ; — c'est ce qu'il a loyalement essayé de faire; — et ainsi ses contradictions ne viennent que de ce qu'il n'a pas saisi la portée de quelques-unes de ses assertions.

3° Les Œuvres. — Les Trois Vérités contre les athées,- idolâtres, juifs, hérétiques et schismatiques, Bordeaux, 1593; — Discours chrétiens de la Divinité, Création, Rédemption, Bordeaux ; — Traité de la Sagesse, Bordeaux, 1601.

Ce dernier ouvrage est le seul des trois qu'on ait souvent réimprimé.

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