VII. — Guillaume du Vair [Paris, 1556; f 1621, Tonneins
1° Les Sources. — Richelieu, dans ses Mémoires \ — Niceron, dans ses Hommes illustres, t. XLIII; — C. Sapey, Essai sur la vie et les ouvrages de G. du Vair, Paris, 1847 ; — E. Cougny, Guillaume du Vair, d'après des documents nouveaux, Paris, 1857.
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débauches d'Henri III, la corruption de la cour ont comblé la mesure. On n'en veut plus! Et, en attendant que ce mouvement se termine par un retour a la religion, on essaie de fonder en raison, de séculariser ou de laïciser les enseignements que la religion donnait naguère au nom de sa seule autorité.
Pour y parvenir, on essaie en même temps de se dégager de la pression ou de l'obsession des influences étrangères. Elles sont deux : l'italienne d'abord, qui, sous le long règne de la mère de trois rois, s'est étendue de la littérature a la langue, et de la langue aux mœurs; et en second lieu l'espagnole, dont le progrès dans l'Europe entière a suivi les progrès de la politique ou des armes de Charles-Quint et de Philippe II. Tandis que les femmes
2° L'Homme et l'Écrivain. — Injuste oubli dans lequel est tombé Du Vair ; — quoique d'ailleurs il ait été évêque-comte de Lisieux, — premier président du parlement de Provence; — et deux fois garde des sceaux de France; — ou peut-être pour l'avoir été. — Son rôle politique ne semble pas en effet avoir ajouté beaucoup à sa réputation [Cf. Bazin, Histoire de France sous le règne de Louis XIII. — Il n'a pas non plus laissé de trace bien profonde dans l'histoire de l'Église ; — n'ayant été fait évêque de Lisieux qu'à plus de soixante ans ; — mais il a beaucoup aimé les lettres ; — et nul avant lui n'a fait faire plus de progrès à l'éloquence française ; — par ses traductions d'Eschine, de Démosthène, de Cicéron [Pour et Contre Ctésiplion et Pour Milon] ; — par la collection de ses Arrêts rendus en rohe rouge] — et par le sentiment très délicat de ce qui manquait encore à la langue [Cf. son Traité de l'Éloquence française, et des raisons pourquoi elle est demeurée si basse].
Que son rôle philosophique n'a pas été non plus sans réelle importance. — De sa traduction du Manuel d'Epictète et de son Traité de la philosophie des Stoïques. — Comment son œuvre est connexe de celle de Charron, qu'elle éclaire; — mais, de plus que Charron, il a été mêlé aux grandes affaires, et de là sa supériorité d'expérience; — le champ de l'observation psychologique et morale s'en élargit d'autant. — Il se fait aussi de la dignité de la raison et du pouvoir de la volonté une idée plus a stoï-
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s^épf enaient du romanesque des Amadis^ la langue usuelle se chargeait et se bigarrait d'italianismes. Termes de guerre et termes de cour, termes d'art et termes de débauche, Henri Estienne a dressé la liste de ceux qui sont entrés dans notre vocabulaire, et qui tous ou presque tous y sont demeurés depuis lors. La Noue, avec son Discours sur les Amadisy n'a pas prévalu davantage contre la mode des romans et l'imitation des mœurs espagnoles. Il put sembler un moment que les auteurs de la Satire Ménippée fussent plus heureux, mais n'at-on pas un peu exagéré l'importance politique de ce pamphlet célèbre? En tout cas, et quand il aurait valu des armées, l'importance littéraire n'en est pas pour cela beaucoup plus considérable. Mais encore ici, comme plus
cienne »; — et plus haute, par conséquent, de la hauteur dont le point de vue stoïque dépasse le point de vue épicurien. — Enfin, dans son Traité de la sainte philosophie, il accomplit le dernier pas : — après avoir essayé de séculariser la morale, il y renonce ; — et ne voyant plus de remède à la corruption que dans le retour à la morale chrétienne, il en proclame la nécessité. — Analogie de cette évolution avec celle de la pensée de Pascal. — Les Traités philosophie ques de Du Vair sont aussi nécessaires que la Sagesse à l'intelligence du mouvement d'où va sortir le jansénisme.
3° Les Œuvres. — Les éditions de Du Yair étant très nombreuses, nous suivons ici pour l'énumération de ses œuvres l'ordre de la plus complète, qui nous a paru être celle de 1617 *, à Cologne, chez Pierre Aubert. — 1° Actions et Traités oratoires, 1586-1614, parmi lesquels on notera : Exhortation à la paix adressée à ceux de la Ligue et la Suasion de V arrêt pour la loi salique au Parlement; — 2° De V Eloquence française , comprenant le traité proprement dit et les trois traductions ci-dessus citées ; — 3° Arrêts prononcés en robe rouge, dont il y a trois de plus dans l'édilion de 1641, in-f°, que dans l'édition de 1617, soit en tout huit; —
1. Nous n'avons pu réussir à retrouver les dates précises de la première publication àea Œuvres séparées de Du Vair; et nous devons faire observer que, par exemple, on assigne à ses Traités philosophiques la date de 1606, qui est certainement erronée, puisqu'on en trouve des passages entiers dans la Sagesse de Charron, qui est mort en 1CU3.
Od Manuel de l^iiistoirë de la LiTTERATtJttE phançaise
haut, le symptôme est significatif. Contre l'enthousiasme de la Pléiade et l'engouement des gens de cour pour les choses d'Italie ou d'Espagne, une tradition de résistance est créée. Un but aussi est indiqué, que l'on ne touchera pas tout de suite, mais que Ton ne perdra plus de vue. La « nationalisation » de la littérature, si les circonstances ne lui permettent pas de se réaliser encore, est devenue l'objet que les écrivains, la société, la royauté même vont se proposer; et, en un mot, si l'idéal classique n'a encore qu'une conscience un peu vague de lui-même, il est cependant déjà formé. C'est ainsi que l'enfance du talent ou du génie s'agite confusément, se disperse en apparence ou même se dissipe, mais une force intérieure ne le dirige pas moins, de traverse en traverse, à son
4** Traités philosophiques, comprenant, en plus des ouvrages déjà mentionnés, un Traité de la Constance et une Exhortation à la vie civile; — 5<* Traités de piété et méditations, comprenant le Traité de la sainte philosophie, et des Méditations sur l'Oraison dominicale, sur le cantique d'Ezéchiel, sur les Psaumes de la Pénitence, etc., etc.
Nous ne connaissons pas d'édition moderne de Du Yair.
VIII. — François de Sales [château de Sales, en Savoie, 1567; f Kyon, 1622].
1® Les Sources. — Charles-Auguste de Sales, Histoire du bienheureux François de Sales, 1634; — Bossuet, Panégj-rique de François de Sales, 1662; — Bulle de canonisation de saint François de SaleSf 1665; — Sainte-Beuve : Port-Royal, livre I, chap. ix et X et Causeries du Lundis t. VII ; — A. Sayous : La littéru' ture française à Vétranger, t. I, chap. i et ii; Paris, 1853; — Robiou : Essai sur la littérature pendant la première moitié du jL\ii^ siècle, Paris, 1858*.
2° Le Controversiste, l'Ecrivain, l'Orateur. — François de Sales appartient à l'histoire de la littérature comme controversiste,
i. Naturellement, nous ne croyons pas devoir énumérer ici les publications très nombreuses qui relèvent plutôt de l'hagiographie que de l'histoire de la littérature*
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but; et son originalité s'enrichit de la contrariété même de ses expériences.
On lit encore dans un traité de Guillaume du Vair : « De tous les biens que la société civile nous apporte, il n'y eu a point que nous devrions plus estimer et chérir que l'amitié des honnêtes gens; car cest la base et le pivot de notre félicité, C*est elle qui gouverne toute notre vie, qui adoucit tout ce qui y est d^amer, qui assaisonne tout ce qui y est de doux. Elle nous donne dans la prospérité à qui bien faire, avec qui nous réjouir de notre heur, en Taffliction qui nous secoure et console, en la jeunesse qui nous montre et enseigne, en la vieillesse qui nous aide et raisonne, en l'âge d'homme qui nous assiste et seconde. » Et d'abord on est tenté de ne voir là qu'un
écrivain « ascétique » et prédicateur. — Sa famille et son éduca* tion. — Le collège de Clermont et l'université de Padoue. [Cf. Antonio Favaro : Galileo Galilei e lo studio di Padova. Florence, 1883]. — Les débuts de François de Sales. — Son entrevue avec Théodore de Bèze. — La mission du Chablais [1594-1598]; — et les premiers écrits de François de Sales : Les Controverses et la Défense de l'étendard de la Croix, — De la précision de coup d'œil, et de la netteté d'argumentation avec laquelle il réduit l'essentiel de la controverse entre protestants et catholiques à la matière de l'Église. — Son séjour à Paris en 1602; — et V Oraison funèbre du duc de Mercœur. — Il est sacré évéque de Genève, 1602.
De V Introduction à la vie dévote \ — et comment dans ce livre François de Sales continue l'œuvre de Du Vair. — Charme et séduction du livre. — Les « harmonies de la nature » dans le livre de François de Sales. — Il est le premier des Savoyards qui vont illustrer la littérature française [Cf. Sayous, Littérature française à l'étranger]. — Dans quelle mesure peut-on dire qu'il ait rendu la dévotion traitable, mondaine et séduisante? — Sévérité réelle de sa doctrine; — et que, s'il la présentait d'une autre manière, elle ne serait plus le christianisme, mais le stoïcisme. — Le Traité de l'amour de Dieu.
De François de Sales comme prédicateur ; — et pourquoi l'a-t-on
IM MAHUIL BB L histoire dm la UTTÉIIATDRB FRAMÇÀI9K
lieu commun de momie. Mais qurnid on en pèse tous les termes « comme aux bnliiuces des orfèvres ; » et, d'autre part, quiiud on les confronte avec les événements de l'histoire du temps; lorsque l'on sait enfin qu'ils sont contemporains de cette politique d'apaisement dont le souvenir demeure inséparable des belles années du règne d'Henri IV, il semble qu'ils revêtent une signification nouvelle. Parmi les maux de la guerre civile, compliqués de ceux de la guerre étrangère, on a compris ce que nous appellerions aujourd'hui la grandeur de l'institution sociale, et que le pire des malheurs était d'en voir les liens se briser ou seulement se détendre. On ne croît plus que l'objet de chacun suit le libre développement des puissances que la nature peut avoir mises en lui; et on ne croit pas
oiiblid parmi les « précurseurs de Boasuel » [Cf, Jacquincl : Les Prédicateurs du xni° siècle avant Bossuet; et Freppel, Bonsuet et l'éloquence sacrée au xtii' siècle]- — ConiparniBoii du Seriiitm pour la fête de i'Aisoniplion, 1Ë02, avec ceux de Bossuet sur le mèiue sujet. — Uliliti^ de ce geare de coiuparaisons, et qu'il n'y a pas de plus silr moy^n de curactérïser les divers omteure de la chaire. — Autre coiupamiBon du Sermon pour la veille des Boys aveu celui de Fénelou aur le même sujet, — Le Traité de la prédication, et la rhëtorique de François de Sales. — ci Le souverain artifice est de ne paa avoir d'arlifice ». — Si François de Sales a toujours été lui-même fidèle à sa propre rEcommaodatioQ? — Qu'il y a quelque alFëlcrie, quelque atTectntioa de mignardise et de naïveté dans sa manière. — Recommaudation singulière qu'il fait au prédicateur de semer son discours d' « eiclamalions familières : comme Ô Dieu! boDtc de Dieu! & bon Dieu! Seigneur Dieu! vrai Dieu! eh! hélas! ah! mon Dieu ».
3* Les Œuïïiks, — Files se divisent en deux groupes ; Œuvres polémiques el AKurrei ascétiques. Les premit^res comprennent : Les Controverses, — la Défense de l'estendard de la Croix — et quelques opuscules de moindre importance. — Les secondes se composent de l'Inlroduciion à la vie dévote. 160S; — du Tiaité de l'Amour de Dieu, 1612; — et des Entretiens spirituels, qui n'ont paru pour la première fois qu'eu 1629. — Il y faut joindre quelques
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davantage, avec l'auteur des Essais, que, comme des noix dans un sac, ainsi les hommes finissent toujours par a s'appiler » et se tasser dans une espèce d'inertie coutumière qui ressemble à de Tordre. Mais tout de même que la santé du corps, que Ton croit être un don de la nature, n'est à vrai dire que le résultat d'une hygiène, et, par conséquent, d'un « travail » approprié, il ne suffit pas non plus d'abandonner le corps social à lui-même pour qu'il trouve son point d'équilibre, et il faut que chacun de nous travaille de sa personne à le rétablir constamment.
C'est ce que veut dire le bon Du Vair, et avec lui, comme lui, c'est ce que sentent ou ce que pensent le théologal de Condom, Pierre Charron, dans son Traité
opuscules, notamment l'opuscule sur les Degrés d'oraison, les Lettres spirituelles ou de direction, et les Sermons. — La correspondance laïque du saint vaut aussi la peine d'être lue.
Peu de livres ont été plus souvent réédités que l'Introduction à la vie dévote. — Quant aux Œuvres complètes ^ il y en a deux bonnes éditions, mais que remplace dès à présent celle qui se publie en ce moment même a par les soins des religieuses de la Visitation du premier monastère d'Annecy », et dont il a déjà paru huit volumes; Annecy, imprimerie Niérat.