V. Fournel, Les Contemporains de Molière, Paris
Samuel Chappuzeau, Le Théâtre français, accompagné d'une préface et de notes par Georges Monval, Paris, 1876; — Eugène Despois, Le Théâtre français sous Louis XIV, 4*> édition, Paris, 1894.
2° L'Homme et le Poète.
A. Les années de jeunesse, d'apprentissage et de voyage [Cf. Goethe, Wilhelm Meister]. — La famille de Molière; — son père, Jean Poquelin, et sa mère, Marie Gressé; — second mariage du père de Molière, 1633. — Etudes de Molière au collège de Clermont; — et qu'il n'y a pas eu le prince de Conti pour « camarade » ;
— mais qu'en revanche il a fréquenté la maison de Luillier, le père naturel de Chapelle [Cf. V Historiette de Luillier dans Tallemant des Réaux, t. IV, et, là même, les notes de Paulin Paris];
— et qu'il y a peut-être connu Gassendi; — lequel très assurément n'était pas un cartésien. — Si Molière, dans un passage connu du Misanthrope,
La malpropre, sur soi de peu d'attraits chargée,... etc.,
a traduit un passage non moins connu de Lucrèce? — et que d'autres en tout cas l'avaient imité avant lui; — dont Desmarets dans ses Visionnaires, et Scarron dans son Japhet d'Arménie. — Que ces premières fréquentations de Molière n'étaient pas les meilleures que pût avoir un jeune bourgeois de 1640; — et comment elles sont devenues pires quand il a eu lié connaissance avec les Béjart [Cf. Jal, dans sou Dictionnaire^ et Henri Chardon, Monsieur de
iMAiniBL DE L HIBTOmB DE LiTÏJTTi^RATUnE FH.tKrAISE
triomphe. Elle gagnait la ville, bienlAl: nièiiie les proJ vîmes; et, plus loin encore, à Télranger, dans les petitcd cours d'Alteningne ou sur le trône restauré des Slunrtajj l'exemple et la leçon qu'elle étiiit pour la France, elle Ici devenait pour l'Europe entière, â son tour.
C'est qu'aussi bien, en même temps qu'une époque dM l'histoire des mœurs, le changement en murqusiit unfll aussi de la giiindeur française; et, parmi tout cela, dal
Modine, elc.J. — 11 rtnonc? i la chnrge île tapissier ve cbarobre du roi pour se faire conK^dien, 16^3. — Fondation A I Vlllustre Théâlre, 1643. — L'entreprise ne réussit pan; seconde échoue plus rapidement encore an jeu de paume CroÏK Noire; — Molière prisonnier pour délies, 16'i5, — Modification de la troupe, el départ de Molière pour la province, fin t6îS I ou commencement de 1647.
A Iravera la province [Cf. Chardon, La troupe du Roman ' comique dévoilée, Paris, 1876]. — Les étapes de Molière : — ' 16'iî, Carcassoane. Toulouse et Atlii: — 1G4B, Nantes el Fonienay'le-Comte ; — Angoulêmel — Limoges! [On remarquera que Limoges est la seule ville de France dont un nom de rue aoil spéciCt' dons le ihiîilre de Molière]; — 1619, Toulouse. Narbonne; — 1650, Agen; — el coniraenl ce séjour d'Agcn permet de croire qae Molière a joué deux ou trois fois auparavant i Bordeaux [Cf. Études ciliques.i. I]: — 1651. Pézenas, Corcawon/ie; — 1652. Lyon; — 1653, Lyon, la Grange des Pris [Cf. Mémoires de Daniel de Cosnac]; — 1654, Montpellier, Lyon. Vienne"! — 1655, Montpellier, Lyon, P^ïenos; — 1656, Pézenas. Narbonne. Béliers ■ — ihf,! . Béliers, Nimes, Lyon, Dijon, Avignon; — 1656, Grenoble clBouen.
— Le 24 octobre de la mêine année, Molière débute devant le roi,
dons la salle des gardes du vieux Louvre u. par une représentation ' de Nicomède et du Docteur amoureux.
Du profil que Molière a retiré de ses années de voyage. — Il y a appris son métier, d'abord ; ^ el, i ce propos, qu'il est singnlier qu'aucun ■ moliériste ii o'ail eu l'idée d'ess.iyer de reconstituer le Répertoire de Molière. — Il y en aurait plusieurs naoyena, ci
— si l'on recherchait quelles pièces ont réussi ï Paris, de 1646 A 1658; ^ si l'on s'informait des auteurs avec qui les Béjarl élaieoH en relations personnelles [el on en connaît au moins trois : Rotro Magnon. et Triston l'Hemiite]; — ai l'on retrouvait enfin dons
I milieu même des divertissements, l'action du mnîtri Kfaisait sentir : l'énergie de sa volonté, lu puissance de son J ■kpplicntion, l'ubiquité de son regard et le poids de sonJ {. 11 n'avait pas accepté seulement, îl avait pris, et 1 ■garde tmit entier pour lui, l'héritage de pouvoir que lui | I avaient comme accumuld lesMazarin et les Richelieu, Plus | Fde ministres, des commis! Plus do conseillers, des ce I tisans! Plus tréeaux, non pas mi'me an dehors, mais.
hibliolbèque [Cf. Eud. Soulip, Reelierches] des pièces qu'il eilt ii téea dans les siennes, et qu'il n'nurait jamnis Jouées à Paris [Cf. j les Visionnaires, de Desmarels; le Déniaisé, de Gilet de la Teyasonnerie: le Pédant joué, de Cyrano] — Autres avantages que l tMolière a tirca dp sps cnmpagiieB. — Pendant les guerres de BFronde, il a vu lii province in naturalibus; — et i ce propos, i Pl'utilité des rêvolulious pour la lîUërature. — En sn qualité de | I bohème ou de comédien, il a vu du dehors les ridicules autres; — et il a mesuré l'inégalité des conditions ; — la ho des puissants du monde ; — la force de rc'sistatice ou d'inertie préjugés. — Acteur, auteur et directeur de troupe, il a pris enfin I ■ l'habitude des responsabilités; — qui est une ehone que son ami Xu Fontaine, par exemple, ne connaîtra jamais; — et de tout cela, ~'l est résulté quelque umcrlnme, c'est à cette amertume qu'il l h dA In supériorité de son ^('nie.
. Le théâtre de Molière.
Pourquoi il convient d'en étudier d'abord ?fi Inng iie. et qu'il yen ieui raisons au moins; — parce que c'est presque le seul point r lequel on o c hicane » encore aujourd'hui Molière; — et puis, rce que c'est dahord comme écriiaio qu'il Fait cpplr asle a vec US .ceus qiii,j;out précédé, sauf Pascal, — Erreur d'Aleiandre 1 imas quand il croit qu'on reprocherait ù Molière reochevèlrc- J ■,at de ses fjui et de ses gue [CT. préface d'Un père prodigue' n lui rc-proehe au eonlrnire — de n'avoir pas le style organique iFSchererj; — de a'embarbouiller dans ses métaphores [Schercf, ^dneloo, La Bruyère] ; — de cheviller o aboroinableraent u [Scherer] 1 "'être souvent incorrect [Vauvenargues. Baylc, La Bruyère" peut répondre : que beaucoup de ses incorrections n'( la, non plus que relies que Voltaire trouve i blâmer dans I KComêi!le [Cf. son Commentaire] ou Condorcet dans Pascal [CF. j mjtloge de Pascal]; — qu'à lu vérité les chevilles abondent dans
: HAHOBL DE L RtSTOIRB OB LA UTTÉDATURE FbAHÇAISB:'
les bords de In Tamise ou dans les salilea du Brandq bourg, des « pcnsiorinnires n et des « clients n. Il i fallait qu'à peine cinq ou six uns. Suus l'îniluouce t cette iiction souveraine on voyiiit l'ordre se rélablir, paix régner dans les provinces, In justice y pénétrer, probité rentrer djins les aflaires, le commerce, l'induiB trie, les arls, attirés et IransplniiU's de Flandre ou d'Unlfl en Frrincc, y prendre ennime un nouvel essor. L'état fraq
vers, pni'fe qu'il ôcril trop mpiclcmcnl; — miiis que Iii m'giiLir des mdlnpliori'B est un caractère de celle « prduiosil^ n dont il ee déclare ouverlemeiit l'eDDemi [Cf. les mt^lapliarcs de Saint-Simon ou celles de Montaigne] ; — el que la comédie n'est pus enfin le lieu du style orpnnique o. — Que, d'autre pari, Arnolphe ne saurait parler comme Agnès, Aj^nès comme Armande, Armnnde comme Angélique; — el qu'.iinsi l e style de Molière se conforme au caractère de ses personnages; — il est dcamatîque et il est comique en d'autres termes, il est d'nbord ciprcsaif de In vérité des ^
tèrcB. — Si Molière écrivait comme Térence, il ne ecrnït qu'uA 1 a deiai-Molièrc o, — Qu'après cela, pour des raisons de tcmpfr I Ji rnmenl, — d'origine, — et d'cupéricnte pcrsonnello de lu vie, -^J I le style de Molière est : — .bourgeois^ ce qui le distingue du slyta fl de Racine; — n cossu o, selon le mot de Sainte-Beuve, ce qui fe-J distingue du style de Regnnrd [Cf. J.-J. Weias dans son Éloge dii Regnard] ; — il est e vivant o , ce qui le distingue du style de ~ " leau, lequel, bien que coulant de la même reine, demeure cependant'! n livresque o ; — enfin, el cumrae étant constnmment prosa'iq qui le dislingue du style de Lii Fontaine, le style de Molièi éminemment rcnlisie ou t naturaliste n, : Du naliirnli nm r» rin Mnli.'.r.. ; et comment il sc traduit prcr ment dans son nllirude; — sil'un fait csceplion pour ses deux pi ce de début ; — et qu'on l'éludic daus ses Précieuses ridicules, . 1659; sou Sgnnarelle. 1660; son École des iiinris, 1661 ; son École dea femmes. 1662; sa Critique de lÉcole des femmes, 1663; son Impromptu de Versailles, 1603, et son Tarlaffi, celui de 16G4. — Précieux et pédants; — marquis et bourgeois; — comédiens et auteurs; — gens de cour ou d'église; — prudes el n turlupins n ou grotesques, — tous ceu« qu'il y attaque ce sont ceux qui déguisent, ou qui fardent la nnlure; — ce sont tous ceux qui interposeul le pédaniisme dee rt'gles ou le respect des préjugi
LA NAtlONALlSATlÔN DE LA LITTERATURE 17&
çais devenait bientôt, de tous les états de TEurope, le plus riche et le plus populeux. Et quand le traité d'Aixla-Chapelle, après quelques mois de campagne, couronnait l'œuvre des Pyrénées et de Westphalie, s'il n'y avait pas de cour plus brillante que celle de Louis XIV, il n'y avait pas non plus de prince mieux obéi de ses peuples, plus admiré, plus redouté ni plus envié de ses rivaux que ce souverain de vingt-neuf ans!
entre l'art et la représentation de la vie; — et ce sont surtout ceux qui prétendent contraindre ou discipliner la nature. — On ne refait pas la nature ; — et là même, dans la vanité des efiforts que l'on entreprend pour la refaire, ^st la source du comique de Molière. — Là aussi est le principe de son indépendance à l'égard 1 des règles; — et à l'égard de l'étranger; — plus de Bertrand de Cigarral ni de dom Japhet d* Arménie ! — Et de là encore les attaques de Molière contre Corneille et les « grands- comédiens », qui sont\ ceux de l'hôtel de Bourgogne; -^^-^ ces gens-là ne travaillent pas d'après le modèle vivant; — mais d'après un idéal dont nous ne pouvons pas vérifier la justesse dans la nature.
Que ce naturalisme se retrouve dans la philosophie de Molière;
— et, en eflet, liaison de ces principes avec ceux des « libertins » ;
— et avec ceux de Montaigne et de Rabelais [Cf. ci-dessus, p. 59 et 88]. — Dans ses premières pièces, et jusque dans Tartuffe yMoWbvQ
Une paraît point douter que la « nature soit bonne » ; — et en tout cas qu'il vaille mieux la laisser à elle-mcme que s'efforcer de la « dénaturer ». — De rintcrprctation de Tartuffe ^ — [Cf. Stendhal, Racine et Shakespeare-, Louis Vcuillot, Molière et Bourdaloue \ abbé Davin, Les Sources du Tartuffe^ dans le journal le Monde des 2, 13, 15, 22, 27 août, et 3, 15, 19 septembre 1873; Louis Lacour, le Tartuffe par ordre de Louis XfV, 1877] ; — et que, si Ion veut comprendre les colères qu'il a soulevées, c'est du côlé du personnage d'Orgon qu'il faut l'examiner. — Que les jansénistes y sont pris à partie comme les jésuites ; — et que l'attaque à la religion y est indubitable, en tant que la religion est conçue comme « principe réprimant ». — Des raisons que Molière a eues de croire que Louis XIV l'approuverait ; — et des tracas dont son Tartuffe a été l'origine et la cause pour lui.
Que ces tracas coïncident avec la période critique de la vie de Molière; -^ avec ses ennuis conjugaux; — et avec les commence-