HUE DE LA LITTERAI
Nous ctonnerons-nous qu'en de semblables condilions les (I geiis (le lettres " l'aient inJmîré, comme les autres; et, comme les autres aussi, qu'ils so soient rangés tt ensemble a l'obéissance, ou encore, si l'on préférait expression plus noble, — et plus juste peut-flre, — qu'ils aient tous gravité, comme vers un cenlre naturel et inévitable d'attraction, vers ce soleil levant. Leurs intérêts les y engageaient, les intérêts mêmes de leur art, et
mcnls de sa maludie. — Sa phik'aophif Hc la n nulure i en ébranlée? — Caractère incertniu l't presque énigmalifiue des pièces qu'il dniine cotre 166'i et 1669 : Don Juan. 16S5 ^ le Misanthrope. 1666; Tartuffe (le second], 1667; l'Avare, 1668; Ceorgcs Dniulin. 1668. ^ La s ignifi cation u'en esl pas claire; y semble ndmottre que la nature ait besoin quelquefois A'tit9 modiliiSe ; — il «ubil sniiB doute aussi riiiiluencc de a la polile nmbiiinte; — et ses obligalions de courtisan le glanent pour s la tendance de sou tempe m m en t. — Mais l'autorisation de jouer enfin publiquement Tartuffe l'émancipé de sa conlr.iinle, 1669; — la vanité de la médecine le raffermit dans ses idées {CI'. Maurice Raynaud, les Médecins au temps de Molièrel; — et ses pidees rodeviennenl aussi claires que jamais.
Monsieur de Pourceaagnac, 1669; le Bourgeois gentilhomme, 1670; les Fourberies de Scapîn, 1671; le.s Femmes savantes, 1672; la Comtesse d'Escnrlagnas, 1672; /e Malade imaginaire, 1673. — Comment Monsieur de Paiirceaugnac nous ramène à l'époque de l'Etourdi et du Dépit amoureux, si surtout on y joint les Fourtieries de Scapin, — Pareillement, tes Femmes savantes noua ramènent aui Précieuses ridicules; — sans que peut-éire il y e eût alora de bien bonnes raisons; — et le Malade imaginaire a ramène au Médecin malgré lui. — Du cnractcre des plaisantci de Molière coulrc les médecins, — et qu'il leur reproche esaentî^ lement de vouloir être plus habiles que lu nnture, — On ne a refait'^ pas la nature quand elle est h défaite ». — mais plutôt On de la défaire [Cf. Malade. III, se. 3]. t. La nature nous a les yeux des voiles trop épais pour connaître les mystères de notr^ ' m.icliine... Lorsqu'un médecin vous parle de... remettre la nature dans une pleine facilité de ses fonctions... il vous fait le roman de la médecine... Si nous sommes malades, la nature, d'elle-même, se tire doucement du désordre où elle esl tombée, v
iignité. Si. par exem
i leur fit des loi
Ion ne concevait
pas I
s'en seraient-ils
tion du
les émani
3e qu I passés
avaient besoin | mment, e D Ocrivain pût | ' — la protec- ■ du grand
n la domesticité t du traitant; les dispensait d'écrire d<!'so mais des « dédicaces à l.i Moulauron ii ; les classait à u rang, modeste encore sans doute, mais toutefois défini '
. Daps l'ai-t de M par le choix de si pliquéa. — Il n'y Jiienlût Riidae, et pi
d'Es,
presque plus de
Comtes
itrigue dans le Misanthrope, 1666;
le Bourgeois geiiCHhomme, 1670; dans
is, 1G72 ; dans le Malade imaginaire,
quand il y en h le Hemblant d'une, comme dans tes
^^inmes savantes, on ne s'y intéresse point ; — et, ù ce propos,
dénoucmeiils de Molière. — En second lieu, et tandis que jusqu'à J
Tartuffe les comédies de Molière ne mcUoient en scène
des individus, c'est o la ramille s qu'il nous montre constamn
dans les dernières: — dans l'Avare; dans Georges Dandin; à
le Bourgeois gentilhomme: diina les Femmes savantes; dans le
Malade imaginaire ; — ^ et la raison en est que nos ridicules ou nos
vices ne prennent toute leur valeur ou ne portent toutes leurs
hBonsèquences que dans nos rapports avec les autres. — Et
roisièroement. et en dernier lieu, Molière élargit (lu plus eu
le champ de son obaervatiou, de manière à y faire eutrer la
italité de son expérience de la vie : — ce qu'il connaît de la pro-
ce, dans Poureeaugnac et dans la Comtesse d'Escarliagnas; —
ta petite bourgeoisie, dans le Bourgeois gentilhomme; — de la ,
ai-bourgeoisie dans Georges Dandin. — C'est comme si l'on
lisait que, d'ccuvre en œuvre, il appelle de plus nombreux spccla-
.rs; — plus divers, A juger de la vérité de ses peintures; —
à se recoonailre eux, leurs enfauls, et leurs voisins dans les
irésenlatioDS de la vie qu'il leur offre. — Que li même est la
son de l'umerlume qui est uu fond d'une partie de son œuvre; —
à ce propos, de la liaisou du a naturalisme g en liltcralure avec
■ pessimisme a. — Si celle liaison, entrevue par Molière, ne la
I obligé, de peur de tomber dans le drame, k augmenter la part
la bouffonnerie dans ses dernières œuvres ; Monsieur de Pour-
ÏÏÏTHAitUEL DE t'HISTOIRB OB LA UTTÉDATOnE *IIAKÇAI|
diiiis lu hiiirarchit? sociule. Qu'importe après ci;la <{Ufl aient payé cette protection de ((uelques flatteries? et(i hasard, s'ils nvaicnl manqué de gratitude, les Molière,! Buileau, les Racine en seraieot-ils plus grands? Mais UbI rettdaieiit bien compte que, dans une société tout arietô^ cratique, ni leur talent, ni leur génie n'auraient sufS pour leur permettre d'accomplir librement leur œuvre; pour les imposer à la considération de leurs advt
efaiigaac, le Bourgeois gentilhomme, le Malade imaginaire; • si quelque tristesse n'est pas inhérente à toute observation u profonde de la vie?
Comment Molière a échappé aux eonséquences de son m lismi!; — et, d'abord, qu'il n'y a pus toujours échappé ; — dan Dandin par exemple ou dans son Malade imaginaire. — qu'ayant absolument besoin de la prolcotion de Louis XIV, il a de se conformer au Roùt du prince; — et, à ce propos, de Mol courtisan [Cf. Tartuffe et jlmphitryon]. — Comment le prinoi» la subûrdinaliou des situations aux caractères l'a encore plus ment sauvé de son naturalisme; — parce qu'il y a peu de ii lùi-es i> daos la Dalure, peu de TartuQes, d'Harpagons, ou d'Alceitj — ■ mais les commenccmenls en sont dans tout le monde; coaduire ces eooiiueDcetnentB jusqu'à leur terme, c'est ajoatj quelque chose ù la nature; — et en l'imitant c'est la dépasser [0| les • types « du roman de BbIzue, dans Eugénie Grandet ou le PU Goriot]. — Que l'idéal ne consiste pas uniquemcot dans la représ lation de la beauté ; — mais aussi diias la peinture des car DU dca types. — Ajoutez à cela que In plupart des grandes dies de Molière sont un peu des <i th^^ »;^et la thèse, au théatt) comme dans le roman, implique un jugement sur la nature tat qu'on imite ; — pour ne pas dire une inlcnlioo de la corriger. C'est justement le cas de Molière ; — et là même est ce qui fait I(i1 J'oroe « satirique >i de sa comédie. — Enfin Molière écrit géniirolemcnt en vers; — et quelque prosaïque, en général aussi, que soil son vers ; — il y a des choses qu'on ue saurait jamais faire dire
G. L- Influence de Molière ; — et qu'en aucui du même genre, il ne s'en est vu de plus ioflucuue sur Reguard; — les Folies amob déguisement à l'ilalieniif. avuc Iravi'stissL'mt
genre
ir les Œ
ir triompher des résistances des coteries et de l'opi* <D. SaDS la protection de Louis XIV, Molièi-L' eût suc- »nibé sous l'acharnement de ses ennemis; et c'est bieu , prendra sur lui d'imposer les chefspd'œuvre de Racine a l'admiration des courtisans eux- I mêmes de l'iincienne cour. Ils préréraient tous Corneille; I €t, pour ne rien dire ici de la cabnie des deux Phèdre^ [ qui ne connaît le mot de M"" de Sévigné sur l'auleur
I des femmes; — te Légataire universel o'eat qu'un mélange habile "u Malade imaginaire cK des Fourlierîes de Scapin. — SoninUuence Ltr Le Siige ; — Tarcaret o'esl qu'une combinaison du Bourgeois gentilhomme et de la Comtesse d'Escarhognas; — et Gil Blaslaimème n'est que lu comédie de Molière, transposée sur le ton de la narration, et versée dans 1^ cadrci ]'i roiDBii. — Que son influence I n'a pas ëté moins grande à l'élmiiEor [Cf. Macaulny. le Théâtre j anglais sous la Resluaration], — Les comédies de Fielding of encore que des it adaptations n de la comédie de Molière; pareillement l'un des cliefs-d 'oeuvre de la scène nnglaise, l'École dit I scandale de Sheridan [Cf. Louis Molund, Histoire poslhum
Molière], — Qu'on retrouve cnSn Molière dana le cher-d'a
de Beaumarchais, qui est le Barbier de Séville [Cf. l'École des I femmes, ponr la donnée principale, et pour les détails du sujet, comme la scène du maître à chanter, le Malade imaginaire]. — Que l'on pourrait donc presque dire que, depuis deux cents ans, une comcdie est bonne A proportion qu'elle se rapproche de la comédie de Molière;— et médiocre ou mauvaise, à mesure qu'elle g'ei) ^^^ éloigne; — ou, qu'en d'autres termes, il a constitué, depuis deux
^B U a d'ailleurs uioius agi sur les idées, —
^^B plus loin, ses attaques ont tout à fait échoué contre la préciosité 1
^^" (Cf. Hœderer, Mémoire sur l'histoire de la société polie], — Pour- I
quoi les femmes n'aiment pus Molière. —
religion ? — C'est ce qu'il ne semble pus non plus ; — et il n'a mémftl
pas réussi contre la a dévotion u ; — si, comme peinture de niceurs,'f
IBon Tartuffe serait presque plus vrai de k société française de leaffl que de celle de 1G65 [Cf. La Bruyère]. — Mais où il a réussi I moins encore qu'ailleurs, c'est contre les méù c'est depuis qu'il lésa poursuivis de ses plaisanteries que les méde-l
à^ Andromaquef Je crains aussi pour leur mémoire, — el pour les épaules du poète, — qu'en un autre temps, les Chapelain et les Montausier n'eussent fait bâtonner Tauteur des Satires, Et enfin, sans presque y tâcher, je veux dire par le seul effet de l'exemple et de l'autoritéi si Louis XIY, en les mêlant aux « gens de cour », a obligé les « gens de lettres » à dépouiller insensiblement je ne sais quelle morgue bourgeoise ou quelle rouille pédan^
faut conclure des échecs de Molière que l'art ne doive avoir d'autre objet de lui-môme ?
Non ! si Molière est demeuré pour beaucoup d'hommes un maître de conduite. — Exagérations des Moliéristes à ce sujet, — et de Sainte-Beuve lui-même [Cf. Nouveaux Lundis, t. V, 1864]. —D'une parole de Gœthe [Cf. Entretiens avec Eckermanh] ; — et que ni la perfection de ses chefs-d'œuvre, — ni les chagrins de l'existence de Molière ne sauraient nous empêcher de voir et de marquer les bornes de son génie. — Qu'uuo partie de sa philosophie est faite de la caricature ou de la dérision de toute délicatesse [Cf. Bossuet, Maximes sur ta Comédie, et Rousseau, Lettre sur les spectacles] ; — et que là même est la raison de son insuccès dans le combat qu'il a livré contre la préciosité ; — parce qu'il a enveloppé 7 dans ses railleries ce que l'esprit précieux représente de légitime/ résistance à la grossièreté naturelle. — Si l'on peut dire que celte haine de la préciosité ferait le fond de l'esprit gaulois [Cf. Renan, la Farce de Pathelin et la Théologie de Béranger, dans ses Essais de morale et de Critique]. — Qu'une erreur plus grave de Molière, inséparable aussi peut-être de l'esprit gaulois, est d'avoir constamment attaqué toute idée de contrainte et de discipline.
Notre ennemi, c'est notre maître, Je vous le dis en bon français...
Et il ne faut pas lui reprocher d'avoir manqué de noblesse et d'élévation ; — parce que ce n'est pas des leçons d'élévation ni de noblesse que l'on demande à la « comédie » ; — les grands sentiments n'étant pas de son domaine ; — ni même peut-être une politesse trop exacte. — Mais Molière n'en serait certainement pas moins grand pour avoir modéré la force ou la violence même de quelques-uns de ses traits. ^ Et son théâtre eût pu prêcher une morale moins facile.
La NAtlÛNALlSAtlOi^ DE LA LITTlâRATUBË ISt
tesque doat ils étaient encore comme encrassés; s'il les a mis ainsi du nombre des « honnêtes gens »; s'ils ont acquis, au contact et dans la fréquentation des hommes d'état, des « gens du monde », et des femmes, quelques qualités qui ne germent point d'ordinaire dans l'arrièreboutique d'un « maître tapissier » ou dans le ménage d'un greffier du Palais, méconnaîtrons-nous aujourd'hui la grandeur du service ainsi rendu h la littérature française?
S^ Les Œuvres. — Nous pouvons ici nous contenter d'ajouter les Œuvres dont nous n'avons pas eu l'occasion de faire mention dans cette note, et qui sont : le Médecin volant, et la Jalousie du Barbouillé, deux canevas dont l'authenticité est douteuse; — Dom Garde de Navarre, 1661; les Fâcheux, 1661; la Princesse d'Elide, 1664; le Mariage forcé, 1664; V Amour médecin, 1665; le Médecin malgré lui, 1666; Mélicerte, 1666; le Sicilien, 1667; et les Amants magnifiques, 1670; — deux pièces de vers : le Remerciement au roi et la Gloire du Val- de- Grâce, — enfin ses Préfaces ou Dédicaces et les Placets au roi à l'occasion de Tartuffe.
Les principales éditions sont, comme éditions originales, ou capables d'en tenir lieu, l'édition de 1666; — l'édition de 1673; — l'édition de 1674; — et l'édition de 1682, procurée par Lagrange et Vivot. Elles forment toutes les quatre une première famille, à laquelle on peut joindre les éditions elzéviricnnes. L'édition de 1682, que quelques éditeurs prennent encore aujourd'hui pour type, est aussi parfaitement incorrecte que laide.
Viennent ensuite.: l'édition de 1734 [avec le commentaire de Joly et La Serre, et les illustrations de Boucher], 6 vol. in-4®, Paris, Prault ; — et l'édition dite des Libraires associés [avec le commentaire de Bret, et les illustrations de Moreau], Paris, 1773. La première est plus belle, et la seconde plus estimable.
On peut enfin citer de nos jours, parmi beaucoup d'autres éditions : l'édition A. Régnier, 5 vol. in-4<*, Paris, 1878, Imprimerie nationale; — et l'édition de la collection des Grands Ecrivains, par MM. Eugène Despois et Paul Mesnard, Paris, 1873-1893, Hachette, 11 vol. in-8o.
III. — Jean de La Fontaine [Château-Thierry, 1621; f 1695, Paris].
1<> Les Sources. — Baillet, Jugements des savants^ t. Y de l'édi-
m HMIOBL SB L'RIBTOIIIB DK U LlTTilll.TDBB fllA1ICA>NI
C'est en effet à ce moment, sous l'influence et par efïel du concours de toutes ces causes, que la littériitŒ àcvient vraiment humaine, dans le sens le plus Inrgejl mot, en même temps que vraiment naturaliste c relie. Qu'y at-il de plus « naturel >i que la comédie de Molière, si ce n'est la tragédie de Racine; et qu'y a-t il de plus humain? C'est par ce caractère d'humanité qu'elles s'opposent, tout en les continuant, à la tragédie de Cifl
tioii de 1722, n" 1551 [Cf. Furelière daoE son second Facliim]; — LouÎB Racine, Mémoires sur la vie de son père, 1747; — Matthieu Marais, Histoire de la vie et des ouvrages de ta Foiilaine. publiée pour 1b première fois en 1811 ; — Wnlckenaër, Hïstuire de la v' et des ouvrages de La Fontaine, Paris, 1820. 1822, 1924, 1651
— Puul Mesnard. Notice biographique en tète du f,a Fontaine î la collection des Grands Ecrivains, Paris. 1883. '
C. Robert, Fables inédiles des un', xiii' et xiv» siècles et Fabteé de La Fontaine, Parie, 1825. — Leasing, Abhandliingen ûber die Fabel [1759], dans la collection de ses Œuvres, t. VIII. i^dllion Gôsehea, 1868. Leipzig; — Saiot-Marc Girardin, La Fontaine et le» fabulistes, cours fait en 1858-1859 cl public en 1867; Paris. ~ Max Muller, la Migration des fables, dans ses Essais de mythologie comparée, Londres et Paris, 1870.
Chamfort, Éloge de La Fontaine, 1774; — Taine, la Fontaine et ses fables. Paris, 185^-1860; — Sainlo-Beuïe, Portraits littéraires, t. !, 1829, et Causeries, t. XIII. 1857; — G. Lafcneslre, La Fon- (aine, dans la collection des Grands Écrivains français, Pai-ia, 1895.
Damas-Hinard, La Fontaine et Buffon, Paris, 1861; — P. de Ili'inusat. La Fontaine naturaliste, àaaa la Revue des Deux Mondes du l'f décembre 1869; — Nicolnrdot, La Fontaine et In Comédie humaine, Paris, 1885.
Marly-Laveauï, Jssaisur/n/onyue de La Fontaine, Paria, 1853;
— Th. de Banville, La Fontaine. 1861, dans le recueil des Poètes français, de Cri^pet, t. Il, et à la suite de la 2" édition de son Petit traité de poésie française. Paris, 1881.
2° L'Artiste, l'Homme et le Poète. — La première partie de la vie de Jean de La Foulaiue [1621-1660]. — Son ddueuLion négligée; —son passage à l'Oratoire;— son mariage [lG'i7]; — el nomment, sans Molière, il n'eût sans doute été qu'un n prëcieui » et un a libertin ».— Son adaptation de l'Eunuiïue de Térence, 1554. J
neille, au roman de La Calprenède, h la comédie burlesque de Scarron, — CEcolier de Salamanque ou Dont Japhet d! Arménie^ — et comme le dit La Fontaine, parlant des Fâcheux :
Noas avons changé de méthode, Jodelet n'est plus à la mode, Et maintenant il ne faut pas Quitter la nature d'un pas.
^- Le pensionnaire du surintendant Fouquet, 1657. — Sonnets^ Madrigaux et Ballades. — Le poème d'Adonis [Cf. V Adonis de Shakespeare], 1658. — Le Songe de Vaux, 1658; — V Élégie aux nymphes de Vaux, 1661. — Liaison de La Fontaine avec Molière, Boileau et Racine [Cf. le Prologue de Psyché) et Scherer, le Cabaret du Mouton blanc, dans ses Études critiques^ — Il passe de la protection de Fouquet sous celle de la duchesse de Bouillon [Cf. Amédée Renée, les Nièces de Mazarin], — Les premiers Contes, 1664-1666; — et les premières Fables, 1668.
Du caractère de La Fontaine. — Son insouciance et son égoïsme ; son manque de dignité; — son parasitisme. — Que fût- il advenu de la condition de l'homme de lettres, si nous avions eu beaucoup de La Fontaine? — La gauloiserie de La Fontaine; — et ce qu'il faut entendre par ce mot [Cf. Taine, La Fontaine et ses fables]. Du danger qu'il peut y avoir à témoigner trop d'indulgence pour La Fontaine; — que ses Contes, en général, sont une œuvre malsaine; — et comment il aggrave le texte môme de Boccace [Cf. Marc Monnier, la Renaissance, de Dante à Luther, Paris, 188'i].
— Comment les contemporains ont accueilli les Contes. — Que la « naïveté » de La Fontaine ne l'a pas empêché de se peindre en beau dans le Prologue de Psyché; — ni de s'entendre admirablement à a vivre sans rien faire » ; — et comment, en dépit de la morale, ses défauts mêmes se sont tournés en quelques-unes de ses plus rares qualités.
A. V Artiste. — Un mot de M™« de la Sablière sur le Fablier. — Pour la raison même qu'il n'a jamais pris la vie au sérieux, et qu'il a vécu comme en marge d'elle, la vie n'a donc été qu'un spectacle pour lui. — En quoi cette disposition d'esprit est éminemment «artiste » [Cf. G. Flaubert, Préface pour les œuvres de L. Bouilhet] ;
— et qu'en même temps que le décousu de l'existence de La Fontaine elle explique le caractère unique de ses Fables en leur tcmçs. —
IM HANtTBL DE l'hIBTOIRB DB tA LITTAhATORB VRAlfÇAII
11 est d'ailleurs bien entendu que. de celle nature, qi l'on suit à la trace, on n'imite que ce qu'elle offre ell) même à l'observutîou île plus général et de plus pcrmi nent, mais aucun des accidents, aucune des excepU< aucune des difforniitcs qui l'altèrent ou qui la corrompent, pour ne pas dire qui la « dénaturent ». C'est que, s'il n'est pas doiituux qu'un borgne, un boitei bossu soient des hommes, ou pense, el ou a raisoi
- Molière asoulenu des thèses e' 'eel proposé que de peindre ce
Corneille a eu des inteutîo
combats: — Lu Funtnine
lui plaianil; — ou mfme ne s'est rico proposé du
faire plaisir. — Explication par li du caraclère de sa prélendni
satire: — et exagériilioii de Tuini' k ce sujet. — Que les hommes
soient pervers et les femmes bavardes: — que les riches »oi
insolents el que les pauvres soient habituellement plats; — i
les grands soient lyrannïques et que les petits soient coraplaisan
— ou que le lion soit enlin le roi dos unimaun el que l'àue en i l'étemelle dupe, rieu de tout cela n'indi^nic ou n'irrite La Fonloii
— ce qui est pourtant la première condition de la satire. — Il n', point de sntire sans intention morale. — Mais La Foulaiue i ci slate a et ne juge jamais. — Sp malice ne va pas au delà de 1' sèment qu'un pauvre diable de philosophe trouve n prendre des grands de ce monde ea flagrant délit de ' d'ailleurs que tout ce qui est humain, dlaut « naturel o , a les mêi droits à l'attention du peiutri'; — et c'est ainsi que sou cpiouriai d'artiste le conduit insensibb
B. Le Natiiralislp. — Qu'il ue faut pas toutefois abuser de mot pour faire de La Fontaine uu curieux o iuspectateui mceurs des animaux [Cf. Paul de Rémuaal, La Fontaine natai UsIb] : — et qu'on peut même se demander s'il les a observés de ti pris. — De la nîrité scientifique et de la vérité poétique. — Qi de La Fontaine soient quelql chose de plus pour I ' '
sont efTectivement. — lis ont pour lui leur phyi duelle et ncdemenl caractérisée: — ils ont leur pelagu; — et t leurs mœurs. — Mais en le qualifiant de uaturalisl
Que SD curiosité de la nature et ta liberté de rimitatiuu qu'il iséliî retenues oumtidériUB chezlui; —
non pas précisément que la vue ou la représentation en sont affligeantes, mais qu'ils font eux-mêmes défaut, pour ainsi parler, à la définition de l'homme. Pareillement on ne nie point la réalité d'un Attila, ni celle d'un Jodelet ou d'un dom Japhet d'Arménie, — quoique d'ailleurs on le pourrait, si l'on le voulait, — mais on estime que ce qu'il y a d'extraordinaire en eux les excepte et les tire hors de la nature et de l'humanité. Rien de plus encore,
site de « faire sa cour » ; — ni par des obligations comme celles que les exigences du théâtre imposaient à Molière et à Racine ; — ni enfin par aucune considération de morale. — Il a pris ainsi rhabitude de s'intéresser à plus de choses que beaucoup de ses contemporains; — et, de là, cette conséquence qu'il y a dans son œuvre une plus grande part de nature enclose et représentée que dans l'œuvre de pas un de ses contemporains. — Eux n'ont représenté que l'homme, et encore pas l'homme tout entier; — La Fontaine, au contraire; — et jusqu'à nous le montrer dans des attitudes qu'il eût mieux fait de ne pas représenter. — Il a aussi peint les animaux ; — et c'est en quoi la vie de sa Fable diffère de la sécheresse de la fable ésopique [Cf. Lessing, Ahhandlungen\. — Et il a peint aussi des astres, des ciels et des eaux, toute une « nature extérieure » qui est absente de l'œuvre des autres. — C'est ce qui en fait le charme ; — et au moins par un côté, quoi qu'on en ait dit [Cf. J.-J. Rousseau, dans son Emile], c'est ce qui rend sa Fable éminemment convenable à l'éducation de l'enfance. — La fréquentation des Fables de La Fontaine est pour l'enfance une promenade au Jardin des plantes ; — et quand on y apprendrait « qu'il ne faut point juger des gens par l'apparence » ou encore que de tout temps «les petits ont pâti des sottises des grands », quel inconvénient y voit-on ? — Le même caractère de familiarité se retrouve dans son style. — Quelque travaillé qu'il soit, ce style encore est d'un « naturaliste » ; — par la liberté dans le choix des mots, qui sont chez lui de toutes les conditions; — par la rareté des termes abstraits ou l'heureux mélange qu*il en fait avec les termes de l'usage populaire ; — et enfin par la liberté d'un tour qui suit toujours plus volontiers les indications de la sensibilité que les règles de la logique.
Comment, par cette façon d'être o naturaliste », La Fontaine se rapproche de Molière ; — et qu'ils ont bien tous les deux la même
186 MAnDBt DE l'histoire BB tk LimânATCnE PlUnÇAtSl
et il faut se garder de confondre les temps! On ne I propose que de plaire nux hoonétcs gens. Mais o obligé, pour leur plaire, d'entrer d'abord dans leurs timeats, et comme ces sentiments ne nous sont connus, comme nous n'en pouvons trouver une expression qd dure qu'à la condition de les avoir éprouvés nous-mérafil le rare on le singulier s'élimine insensiblement de la e ception de lii littérature. « Qu'est-ce qu'une pensée..'
« phtloEoptiie i; — quoique d'ailleors moins raiaonDée chez La Fonlaiiie que chez Molière. — l.a Fonlaine est un épicurien pratique, mais non pas mililaDt; — de la famille de Sairt-Évremond autant que de celle de Molière, — plus occupé de jouir que priclier; — cl assez insouciant pour ne pas mÊme se fâcher e forlTUie s'avise de le troubler dans sa Jonîssance. — Mais il surtout poète ; — et c'est ce dernier trait qui .icliËve de le dialingiiei de quelques-uns de ses illitstrea contemporair
C. Le Poète. — Le choii qu'il a fait du vers libre ou « lyrique eu est un premier lémoÏRnnge;— et, à ce propos, de la peinli de l'eipression du scnlimenl par la diversité du rylhnie. — Qt rnlexandrin n'est devenu n lyrique •> qu'eu devenant u romautiqi c'est-à-dire en rompnnl avec son uniFormité classique. — E versification de Ln Fontaine [Cf. Théodore de Banville. La Foi taine\. — Étrange opinion de Lamartine à ce " reprochant à Ln Fontaine aes vers o inégnun ii, oublié combieu il en a fuit lui-mÉme. — Le poète chcK La Fonlaine a la discrète mais conslante personne dans son œuvre; — c'est lui-même qui nous renseigne sur ses goûts, sur sa vie, — au besoin sur son mobilier; — et ceci, dans la mesure où le réduit le goût du temps, c'est encore du lyrisme. ^ Joignez le don do peindre, d'évoquer la vision des choses : — le nombre et l'harmonie, la musique du vers; — et le' don supérieur d'otilevcr à la réalité, même dans ses Contes, qu'elle a de trop malériel, et de la spi ritualiser. — Il a des v qui sont tout un paysage :
Maia vous naissez le plua soavent Sur les humidea bords dea rojaumfs du vent..,
a a qui sont pour ainsi dire toute une saison de l'année ; Quand lea liùdca zépbira ont l'iierbe rajeunie...
la
neuve? dira bientôt Boileau. Ce n'est point, comme se le persuadent les ignorants, une pensée que personne n'a jamais eue, ni dû avoir : cesi au contraire une pensée qui a dû. venir à tout le monde^ et que quelqu'un s'avise le premier d'exprimer. » Rappelons-nous là-dessus une Satire ou une Epître de Boileau lui-même, une comédie de Molière, CEcole des Femmes ou le Misanthrope, une tragédie de Racine, Andromaque ou Bajazet, une fable
et il en a qui sont, en même temps qu'une caresse pour les yeux et une volupté pour l'oreille, des vers de rêve et d'illusion :
Par de calmes vapeurs mollement soutenue La tête sur son bras, et son bras sur la nue, Laissant tomber des fleurs et ne les semant pas...
Si ces qualités en font un homme « unique en son espèce », rcxceptent-elles de la littérature de son temps? — Non; et son idéal d'art est très conforme à celui de ses illustres contemporains. — Par sa manière générale de penser, il est de la famille de Molière et de Boileau; — par sa façon de rendre et d'exprimer, il est de la famille de Racine ; — et nous avons dit qu'il avait commencé par être de l'école de Voiture et de Racan. — Toute la différence consiste en ce qu'il a écrit surtout pour lui; — ce qui est sans doute permis dans la Fahle comme dans VOde\ — et en revanche qui ne l'est pas au théâtre.
Dernières années de La Fontaine. — Admiration qu'excitent ses Fables; — et pourquoi Boileau n'en a-t-il rien dit dans son Art poétique? — Suppositions à ce sujet; — et qu'en tout cas la Dissertation sur Joconde nous empêche d'en faire de désobligeantes pour Boileau. — Les éditions successives des Contes : 1667; 1669; 1671; 1674. — Le lieutenant de police se décide à les faire saisir. — Les Fables de 1678 [livres 7, 8, 9, 10 et 11]. — Témoignages de M«ûo de Sévigné. — L'affaire de l'Académie, 1683. — Si La Fontaine a tenu la promesse qu'il avait faite « d'être sage »? — Les Aveux indiscrets et le Fleuve Scamandre. — Ses relations avec M™* d'Hervart — avec les Vendôme [Cf. Desnoiresterres, tes Cours galantes, et, du même : la Jeunesse de Voltaire^ — avec M™® Ulrich [Cf. Œuvres de La Fontaine j édit. Régnier, lettres 26 et 27]. — Qu'il est fâcheux que la dernière protectrice du poète ne nous soit connue que par des notes de police. — La maladie de 1692 et la conversion de La
ISB MANUEL DE L*HlSTOtflB OB LÀ LiTTÉRÀTURB FRANÇAISf
de La Fontaine, les Animaux malades de la Peste on Meunier, son Fils et l'Ane, une maxime de La RocheFc cauld, un sermon de Bossuet ou de Bourd;doue. Quclfji diverses que soient ces œuvres, le premier m(5rite est d'être de tous les temps, de tous les lieux l'homme universel et non pas seulement du Français XVII* sièele, naturelles en tant qu'humaines, kumaii parce que naturelles, — et si je ne craignais que l'expi
FoDtnine. — Il Tait des pondes pieuBes. — Sa deroiére lettre à
t rekT
1658. publié pourla pi 1682; la Caplivilé de s Fillts de jtfinee. 1685 ; - Odes, treize Ballades, Madrigau.
us avoDB de La Fonluîne, bsds parler de )na ci-dessus indiquii les dates de publicnuq livres de Conles, dont nous avons éga- — 2" cinq Poèmes, qui sont : Adonis
1669; le poème du Quinçoirto, ., JUalc, 1673; Philêmon et Baacis-, et [^ \vs Poésies diverses, sail six^ Élégies t-ciaq Épilres, et dcG Di:ains, Si:
etc.; — 4° quelques opuscules, en |
mêlée de vers : Psyché et Cupidon; le Songe de Vaux [fragmetityl Lettres à sa femme; — et 5" bqu Théâtre, douze j" depuis son adaptation de l'Eunuque, 1654. jusqu'aux deux prenuer actes d'un Achille qui n'ont été publiés pour Ih première fois qu'i 1785. Ln Fontaine n'uvail point le génie du Ihénlre.
Les éditions particulières des Contes ou des Fables sont troj. nombreuses pour qu'il nous soit possible d'eu éuumércr ici même les principales, et nous nous bornerons à siguiiler, pour lu beaat£ de l'iUuslraliou, l'édition de 1735-1759, i vol, ' " - ^
Fables, avec les figures d'Oudry; — el l'édition des Con(es dite d Fermiers Généraux, kmaterdam [Paris], 1 vol. în-8", 1762, les figures d'Eisea.
Les meilleures éditions de ses Œuvres complètes sont : — 1' tiou ou les éditions successives de Walckenaer, qui s'claît fa^ comme un fief littéraire de la vie et de l'œuvre de La Fonlain^J Paris, 1822. 1826. 1835, 1838. 1840;— l'édition Marly-Laveau^ dans la Bihlinlhbque Ehéyirienne. Paris, 1857-1877; — el l'éditioiSr H. Régnier, dans la collection des Grands ^cr 189S, Hachette.
Lk NATIONALISATION DE LA LITTÉRATURE 189
sion ne parût un peu métaphysique, — je dirais : un fragment de nature et d'humanité réalisé sous l'aspect de l'éternité.
Ce caractère d'humanité ne les empêche pas d'être en même temps nationales^ c* je voudrais exprimer trois choses par ce mot, qui se tiennent, mais qu'on peut et qu'il faut distinguer. S'ils se mettaient, comme autrefois leurs pères, et quelques attardés, à l'école de l'étranger,
lY. — Jacques-Bénigne Bossuet [Dijon, 1627; f 1704, Paris].
10 Les Sources. — Lévesquede Burigny, Vie de Bossuet ^ 1761; — cardinal de Bausset, Histoire de Bossuet^ Paris, 1814; — Floquet, Études sur la vie de Bossuet, Paris, 1855; et Bossuet précepteur du dauphin, Paris, 1864; — abbé Guettée, Journal [1 vol.] et Mémoires [3 vol.] de l'abbé Le Dieu, Paris, 1856 ; — abbé Réaume, Histoire de Jacques-Bénigne Bossuet, Paris, 1869; — abbé Delmont, Quid conférant latina Bossuetii opéra ad cognoscendam illius vitam.,. Paris, 1896.
P. de la Rue, Oraison funèbre de Bossuet, 1704; — Maury, Essai sur l'éloquence de la chaire, 1777; — Dom Deforis, ses Notices, en tête des volumes de la première édition des Sermons de Bossuet, 1772; — Jacquinet, les Prédicateurs du xvii® siècle avant Bossuet, Paris, 1863, et 2® édition, 1885; — abbé Vaillant, Étude sur les sermons de Bossuet, Paris, 1851 ; — Gandar, Bossuet orateur, Paris, 1867; et, à cette occasion, Edmond Scherer, dans ses Études, 1867; — abbé Lebarq, Histoire critique de la prédication de Bossuet, Paris, 2^ édition, 1891; — Freppel, Bossuet et l'éloquence sacrée au xvii» siècle, Paris, 1893 [leçons professées à la Sorbonne en 1855, 1856, 1857].
Gérin, Recherches sur l'assemblée du clergé de France en 1682, Paris, 1870, 2® édition; — abbé J.-T. Loyson, l'Assemblée du clergé de France en 1682, Paris, 1870 [Cf. les livres de J. de Maîstre, Du Pape et De l'Église gallicane, dont le second surtout est dirigé contre Bossuet].
Voltaire, Essai sur les mœurs; — Turgot, Discours de Sorbonne et Fragments historiques, dans la collection de ses Œuvres, t. II; — Herder, Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité.
Rébclliau, Bossuet, historien du protestantisme, Paris, 1891.
Abbé Bellon, Bossuet , directeur de conscience, Paris, 1895.
Abbé de la Broise, Bossuet et la Bible, Paris, 1890.
IW HAKOEÏ. DB LHIsfOinB SB LA LITTâHÀTDRB FKAHÇAISl
des Espagnols ou tli^s Itiilicns, nos érrivatiis croiruîeH donc désormais trahir « la pensée du ri'frnc u, et fuij! publiquement acte d'ingratitude envers le roi qui les pr^ tège. C'est pourquoi, dans les œuvres les plus ridm de la pri'^cédente génération, — Ili Jérusalem délivrée i Tasse, par exemple, et lu Diane enaiiiourée de Georgi de Montemayor, — ils ne veulent pins voir, pour eua que l'obstaele qui les a trop longtemps détournés d'étM
Th. Dtliiioiil, Bvssuel et tes sainls Pères. Paris, 1896,
Tabarnud, Sapplémenl aux histoires de Bossiiel et de Finelon, Paris, 1822; -- Â. Bonne), la Controverse de Bossuet et de Fénelon sur le quiétisme, Màcon, 1S50; — Guerrier, Madam^ Gayon, aa vie et sa doctrine. Paris, 1881; — Crouslé, Bossuet^ Fénelon, Paris, 1394, ^
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, l.X. 1854; t. XII, 1856; I lSS7;et Nouveaux lundis, t. XII. — Poujoulat, Lettres surBossiui PnrÎB, 1854; — G. Luoson, Bossuet, Paris, 1891.
2' IjIl Vie, i-b Rûle et l'Influence de Bosbuet. — Que n'ayant jamais écrit une ligue qui ne fût un acLe, l'histoire de^ vie et celle de son oeuvre sont donc iasÉpurablea. — Sou ori^ et qu'il importe de noter qu'il sort d'une l'aniille de magistrats; ■ SCS études à Dijon [collège des Godr.ins] ; — i^t à Paris, au calUg( de Navarre, et en Sorbonne, — Il est ordonné prêtre e archidiacre de Snrrebourg, 1652; — son at'jour à Meli [Cf. Floquet, t. II, et Gandar, Bossuet orateur];— et que. de 1653 à 1659, c'est n Metz qu'il a comme arrêté presque toutes ses idées, — Si Bossuet a eu des doutes ? — et comment il faut entendre lu ques-
moius ressemblé â leur style. — Qu'il ne senilile pourtant pas ses doutes aient jamais i.'brflDlé chez loi le fondement de la foi. - Dana quelle mesure ses perpleiilés ont ressemblé il celles i Pascal, et dans quelle mesure elles en ont différé. — De la prêt lection de Bossuet, parmi les Pères grecs pour saint Ji'an Chrj] soslome, et parmi les Pères de l'église latine pour saint Ângastil — Si, dans aa vie studieuse, il n'd pas un peu néglige d'étudié: les hommes ? — Différence à cet égard de Pascal et de lui. — Son premier écrit public : la Réfutation da catéchisme de Paul Ferry, 1655, — Ses premiers sermons [Cf. Gandur, et surtout Lebnrq, Uistoire critique]. — Il se Gxe à Paris, 1G59,
' nn
[ DE LA LITTBRATI
l«ux-mêmL-s. Lisez plutôt h cet égard In Dissertation, de K6o!lcau sur faconde, — qui est l'une de ses premières 1 liEuvres, — et voyez avec quelle assurance il y donne à La , dans lia sujet emprunté de l'Ariostc, la supé- [ [riorité sur l'Ariostet C'est comme s'il disait que le fond n'est rien, dans l'œuvre d'art, c'est la forme qui est tout; et, tout le monde admettant d'ailleurs que les Grecs et j 1 surtout les Latins sont à peine des étraii|jerB pour nous,
Les Sermons de Bossue t. — Histoire des Sermons de 1 iBoHsaet [Cf. Lebarq, Histoire critique). — Il a prêché à Paris : Caréoie de 1660, aui Minimes de la Place Royale; — le Carême ] le 16G1, aux Carmélîtos du faubourg Saint-Jacques; — le Carême 16G2, û la cour; — VAvent de 1665, à la cour; — le Carême de à la cour; — lAvent de 1668, à Saint-Thomas du Louvre; lAvenl de 1669, à la cour. — Il faut dater environ du mfine I l'Oraison funèbre de Mcolas Cornet, 1663; et celle de la d'Angleterre, 1669. — Celle-ci est le second ^crit qu'il ait nprimer, sur lea inatances de Madatue, duchesse d'Orlouns, trois manières de Boaauet. ~ La première est surtout théotogique et didactique u [Cf. Sermon sur la Bonté et la Rigueur de Dieu; — Premier sermon pour le Vendredi Saint; — Panégyrique de saint Gorgon; — Panégyrique des saints Anges , gordiens]. — ■ Lea Sermons de cette manière sont plus longs; — | plus embarrassés de dissertutions ; — moins habilement c posés; — d'un réoliame de termes quelquefois eiiccssif; — i par cela môme plus o colorés n, — Le chef-d'œuvre de cette pre- ] miére manière est le Panégyrique de saint Paul. 1657, — où d'ailleurs on peut voir aussi bien l'annonce de la seconde manière. — Celle-ci est surtout n philosophique et morale » ; — quoique pas du tout pour ctta n la'ique u ; — et d'ailleurs pourvu 'H ne prenne pas ces distinctions au pied do la lettre [Cf. Sers : sur la Providence. 1656 et 1662, — sur la Mort. 1662, — l'Ambition. 1662 et 1666. — sur le Bêlai de la conversion, i, — sur la Justice, 1665, — pour la fête de ta Toussaint, 1669]. — BosBoet s'eliorcc de démontrer, comme Pascal, qu'indépendamment de tant d'autres raisons qui commandent d'y croire, la religion est encore, de toutes les « philosophies u, celle qui explique le mieux l'homme et la nature. — La composition, plus Lssi plus orijjiiiale; — le style, moins coloré peut-être,
mais plutât des aiicitres, c'est d'iiborcl en se libérant, par rorigiiialîlo Ju la l'orme, Je toute iiinuciicoétrangtTe, que la littcr^iture devient véritablement nationale.
Elle le devient, d'une nuire manière, en développant dès lors, de son propre fond, et comme h l'abri de toute action du dehors, des qualités plus lutérleures, assez ditïiciles à déiinir, et dont la nationalité se reconnaît à ce signe que les étrangers ou ne les voient pas, ou ne
a plu» d'fliiipluur et de mouveiuenl, est plus oruloire ou n lyrique o même. — Enfin, et si l'on ne Itnail comple que des Sermons proprcmeut dits, la troisièiiie manière serait plutôt n homildlîque », - — et on veut dire, moiaB lendue, plus indulgente, moins autoritaire surtout; — l'esprit de In Bible ou de l'Âncieu Testnmcnt y occupe moins de pliicp, et celui de l'Évan^ite une plus grande [Cf. les Sermons pour la Penlecîte, — {troisième) pour ta fête de (a Circoncision ; — {troisième) pour le jour de Noël], — On a moins de Sermons de cette dernière manière ; — Bossoet improvisant avec plue de liberté, sans doute; — et il faut se BDuvenir qu'ils sont contemporains des grandes Oraisons funèbres.
Les contemporains ont-ils apprécié les Sermons de Bossuet à leur valeur? — Témoignages n ce sujet [Cf. Etudes critiques, t. V, l'Éloquence de Bossuei]. — Qu'il semble qu'en tout cas la gloire du oonlroversiste ait nui à celle de l'orateur, — Que, de dire de Bossuet qu'il était trop supérieur à son auditoire pour en être apprécié, c'est se tromper élranffement sur des auditeurs qui étaient les lecteurs de Pascal et les spectateurs de Itacine. — D^un mot de Nisard à ce sujet. — C'est méconnaître également la manière dont agit l'éloquence. — Que si, comme le dit VoUnire. s Bossuet ne passa plus pour le premier prédicateur quand Bourdaloue parut s la raison en est bien simple; — c'est que Bourdalouc aborde les chaires de Paris au moment où Bossuet en descend, — pour n'y plus remonter qu'à de rares iatcrvoUes; — à partir de sa nomination comme évêque de Condom, 1660; — et comme précepteur du Dauphin, 1670.
B. Du râle de Bossuet à la cour. — Il publie son Exposition de la doctrine de l'Église sur les matières de controverse, 1671;
— il essaie de détacher Ltiuis XIV de M""' de Montespan ; — ses Lettres au roi, 1675 ; — sa lettre au maréchal de Belle/ands, 1675,
— Si Bossuet n manqué de courage ilnns cette occasion? — et que
LA NATIONALISATION DE LA LITTERATURE l9à
les sentent point. Telles sont, entre autres, les qualités que nous goûtons peut-être le plus dans Racine : profondeur, subtilité d'analyse ou d'observation morale; négligence apparente mais étudiée du style, dont le contour sinueux imite en quelque sorte ce qu'il y a de plus caché dans les mouvements de la passion ; harmonie des proportions; et, généralement, tout ce que la forme oratoire de sa tragédie semble, en vérité, dérober à tous ceux qui n'ont
voudrait-on qu'il eût fait davantage? — De l'éducation du Dauphin, et comment Bossuet l'a dirigée [Cf. la Lettre au pape Innocent XI^ du 8 mars 1679]. — L'affaire de la régale et l'assemblée du clergé [Cf. Gérin et Loyson]. — Si Louis XIV eût été jusqu'au schisme?
— Le Sermon sur l'unité de V Eglise ^ 1681. — Comment ses origines parlementaires ; — son éducation de Sorbonne ; — une complaisance de sujet fidèle ou de bon Français ; — et l'idée qu'il se faisait du pape Innocent XI portaient Bossuet à l'attitude qu'il a prise à cette occasion. — Paroles caractéristiques de Joseph de Maistrc dans son livre. De l'Eglise gallicane [Liv. II, ch. 8]. — Les quatre articles. — Mariage du Dauphin, 1680 ; — Bossuet est nommé aumônier de la Dauphinc, 1680; — et, Tannée suivante, évêque de Meaux.
C. Le Discours sur l histoire universelle, — Le Discours est, de tous les écrits que Bossuet a composés pour l'éducation du Dauphin, le seul qu'il ait publié lui-même. — Des raisons qu'il a eues de le publier; — et qu'elles sont analogues à celles de Pascal lorsqu'il composait son apologie. — Dos objections que l'on a faites au Discours^ et que les unes ne tiennent pas compte que le Discours que nous avons devait être suivi d'un second; — qu'il y en a d'autres qui proviennent de ce qu'on le lit mal, et qu'on en néglige la seconde partie : la Suite de la Religion, — Que cependant cette seconde partie est la plus importante ; — en ce sens que Bossuet y répond : aux attaques des « libertins » contre la religion ; — au Traité théologico-politique de Spinoza ; — et à la naissante exégèse de Richard Simon. — Beauté du plan du Discours,
— Simplicité, vigueur et majesté du style. — Dans quelle mesure l'érudition moderne a-t-elle ruiné le Discours sur l'histoire universelle ? — Aveu de Renan sur ce point ; et que le dernier effort de sa « philologie » a été de reconnaître qu'il n'y avait que a trois histoires de premier intérêt : la Grecque, la Romaine et la Juive 9;
194 MANUEL DE l'uISTOIRE DE LA LITTERATURE FRANÇAISE
pas en naissant respiré Tair de France. Telles sont aussi . quelques-unes des qualités de Bossuet. On rend universellement justice à la force et à la précision de sa langue; on admire en lui l'historien et le controversiste ; on rend hommage h l'orateur, plus abondant que Cicéron et plus nerveux que Démosthène. Je ne sais si l'on apprécie hors de France tout ce qu'il y a de naturel, de simplicité, j'oserai dire de familiarité sous la splendeur de cette inimi-
— et que par conséquent d'acheminer les deux premières jusqu'à leur rencontre avec la troisième, quand ce ne serait qu'une méthode, ce serait encore la bonne. — Que, ce point accordé, les jugements particuliers de Bossuet conservent une valeur « scientifique » réelle; — et contiennent des observations dont on n'a depuis lui dépassé ni la justesse ni la profondeur. — Ajoutez qu'il a fondé dans la littérature européenne la « philosophie de l'histoire » [Cf. Robert Flint, la Philosophie de l'histoire].
D. La grande idée de Bossuet : la réunion des Églises. — Quelles raisons il a eues de croire cette réunion possible. — Nombreuses conversions auxquelles il a coopéré. — La conversion de Turenne. — Embarras des protestants à réfuter la doctrine de \ Exposition. — La Conférence avec M. Claude ^ 1682. — Les grandes Oraisons funèbres. — Les progrès du « libertinage » et V Oraison funèbre d'Anne de Gonzague. — L'Oraison funèbre de Michel Le Tellier et la révocation de l'Edit de Nantes. — Que, comme l'idée de la Providence domine toute la philosophie de Bossuet, l'idée ou le rêve de la réunion des Eglises domine toute sa controverse.
— Que par là s'expliquent . — son indulgence [Cf. Ingold, Bossuet et le Jansénisme, Paris, 1897] pour le jansénisme; — sa sévérité contre les casuistes; — son rôle dans l'assemblée de 1682; — et sa méthode apologétique. — Entre protestants et catholiques il n'y a pour lui qu'une question, qui est la question de l'Église; — et il n'a entrepris son Histoire des variations que pour montrer à quels signes certains se reconnaissait la véritable Église.
Ë. L'Histoire des variations des églises protestantes, 1688.
— Discussions récentes à ce sujet [Cf. Rébelliau, Bossuet historien] — et que Bossuet, dans ce grand livre, a fait vraiment œuvre d'historien. — Solidité de son érudition; — finesse et impartialité de sa critique. — Que d'ailleurs dans ce livre trop peu lu se trouvent qut^lques-unes des plus belles pages de Bos-
table éloquence, combien peu de rhétorique et d'apprêt, quelle absence d'amour-propre et de vanité littéraire I Et La Fontaine encore, combien y a-t-il d'étrangers qui comprennent ce que nous avons d'admiration singulière pour cet alliage, unique en lui, de nonchalance épicurienne, de malice gauloise, et de pure poésie? Ils ont peine surtout à concevoir que « le plus français de nos poètes » soit en même temps le plus « inspiré des
suet. — Les portraits dans YHistoire des s'ariations; — les narrations; — la dialectique. — Sobriété, force et rapidité du style de Bossuet. — Eflct produit par l'Histoire des s'ariations. — Elle est attaquée par Burnet, et par Jurieu, dans ses Lettres pastorales. — Bossuet répond à Burnet dans sa Défense de l'Histoire des variations, 1691; — et à Jurieu par ses Avertissements aux Protestants, 1689-1691. — Comment les Avertissements font corps avec YHistoire des variations. — Les trois ]^remiers Avertissements [Cf. Pressensé, les Trois premiers siècles de l'Eglise chrétienne; et Ad. Harnak, Lehrbuch der Dogmen Geschichtey 2^ édition, Fribourg, 1888-1890]; — le quatrième Avertissement^ sur le Mariage chrétien) — le sixième Avertissement; et si Bossuet n'y a pas prévu, indiqué et décrit par avance l'évolution du protestantisme contemporain? — Qu'en tout cas, le problème est toujours de savoir comment on conciliera l'individualisme protestant avec la prétention du protestantisme à former des églises. — De la clarté souveraine dont Bossuet a illuminé ces questions difficiles et obscures ; — et qu'il n'y a rien de plus oratoire, même dans ses Sermons, que dans les Avertissements, ou dans l'Histoire des variations.
F. Autres travaux de Bossuet. — Sa Defensio cleri gallicani [ouvrage posthume]. — Sa Défense de la tradition et des saints Pères contre Richard Simon. — Du respect de Bossuet pour la tradition. — Le jugement de l'envoyé de Brandebourg sur le rôle de Bossuet [Cf. Ezéchiel Spanheim, Relation de la cour de France en 1690]. — Correspondance avec Leibniz [Cf. Foucher de Careil, Œuvres de Leibniz, t. I et II, Paris, 1867]. — Les Maximes sur la comédie, 1693. — L'affaire du quiétisme. — Comment Bossuet s'y est trouvé mêlé sans y avoir songé. — Importance de la question, et comment elle s'est compliquée d'une question politique [Cf. A. Griveau, Étude sur la condamnation du livre
anciens »; et qu*un recueil de Fables^ dont il n'y en a pas une qui ne soit empruntée de quelque source étrangère, ne soit cependant qu'une perpétuelle création.
Ce n'est pourtant pas tout encore, et dans toutes ces œuvres, ce que je trouve de plus national^ c'est l'impossibilité même d'y séparer ce qui est proprement et purement français de ce qu'elles contiennent d'universel. Elles sont universelles; et on ne conçoit pas qu'elles eussent
des Maximes des saints, Paris, 1878]. — Le parti du Dauphin et le parti du duc de Bourgogne [Cf. la correspondance de Madame, duchesse d'Orléans^ — Du JÔle que Bossuet a tenu dans la controverse. — Comment il comprend le mysticisme. — h' Instruction sur les Étais d* oraison et la Relation sur le quiétisme, 1697-1698.
— Que, s'il a manqué de « charité » dans l'ardeur de la lutte, ses adversaires y ont manque de franchise. — Les dernières années de Bossuet [1700-1704], — Il met la dernière main à ses anciens travaux. — Il achève sa Politique) — ses Élévations et ses Médi^ tations; — il reprend sa Défense de la tradition des saints Pères.
— Son œuvre de direction. — Ses préoccupations de famille, et sa faiblesse pour son neveu. — Ses sollicitations auprès du roi. — Sa mort.
G. Les Elévations sur les mystères et les Méditations sur l'Évangile. — Dans quelles conditions ont clé composés ces deux ouvrages ; — et que Bossuet y a voulu faire passer la substance de ses anciens sermons. — C'est ce qu'il a fait aussi dans sa Politique [Cf. les sermons sur les Devoirs des rois et sur la Justice].
— Qu'il est possible encore qu'il y ait dans les Méditations et les Élévations quelque chose de ce que Bossuet avait dû rapprendre pour combattre Fénelon. — Plan des Elévations et des Méditations. — Originalité des premières, et leur portée philosophique.
— Les premières semaines des Elévations contiennent quelquesunes des plus belles inspirations de Bossuet. — De l'accent de tendresse des Méditations', — et, à ce propos, de la douceur du caractère de Bossuet. — Témoignages à ce sujet : — du Père de la Rue, dans son Oraison funèbre; — de l'abbé Le Dieu, dans son Journal; — de Saint-Simon, dans ses Mémoires. — Que les titres mêmes des Méditations et des Elévations nous révèlent ce qu'il y a de lyrique dans le tempérament de Bossuet [Cf. les Élévations de Vigny, les Méditations de Lamartine]. — Que, pour cette raison,
pu naître ailleurs qu'en France, et au xvii° siècle! Et cependant d'être de tous les temps et de tous les pays, non seulement cela ne fait point qu'elles ne soient aussi du leur, mais il semble qu'une part au moins de leur orisfinalité consiste en cela même. Elles sont en ce sens l'équivalent de la peinture italienne de la renaissance ou de la sculpture grecque de la grande époque, dont il faut bien que les chefs-d'œuvre soient nationaux de leui
les Élévations et les Méditations forment peut-être ensemble le plus « personnel » des ouvrages de Bossuet; — et qu'ainsi, en le ramenant aux préoccupations de ses débuts, elles terminent harmonieusement sa vie : — après Tenthousiasme de la jeunesse, les agitations, les inquiétudes, les combats de Tâge mûr; — peut-être aussi les faiblesses; — et, pour finir, la retraite dans le sanctuaire des hautes idées et de l'espérance.
H. De l'influence que Bossuet a exercée sur ses contemporainSy — et de l'injustice du reproche qu'on lui fait [Cf. Sainte- Beuve, dans son Port-Royal, et Renan, introduction à VHistoire de l'Ancien Testament de Kuenen] de n'avoir pas deviné Voltaire. — Comment, au contraire, une partie de son œuvre est dirigée contre « les libertins » ; — comment une autre a pour objet d'empêcher qu'on augmente les difficultés de croire ; — et comment une autre enfin prouve qu'il a compris que le premier danger que courût sa religion était dans la division des chrétiens [Cf. Sermons sur la Vérité de la religion, 1665; — V Oraison funèbre de la Princesse palatine, 1685 ; — la Lettre à un disciple du P. Malehranche, 1687; — le sixième Avertissement aux protestants, 1691]. — Qu'il a également bien vu où tendait la critique de Richard Simon ; — et qu'on ne peut raisonnablement lui faire un grief de n'avoir pas admis, avec le « père de l'exégèse moderne », que la Bible fût un livre delà nature àeVIliadeon duRamayana. — Qu'en réalité Bossuet: pendant près d'un siècle, a été le maître de la pensée orthodoxe; — aussi, est-ce contre lui que les «philosophes » porteront bientôt leur principal effort; — et pour cette raison, on ne saurait comprendre Voltaire, si l'on ne connaît d'abord Bossuet.
3° Les Œuvres. — On peut distinguer les CEuvres de Bossuet, qui ne forment pas moins d'une quarantaine de volumes [dans l'édition de Versailles] en CEuvres d'exégèse; — Œuvres d'édification et de piété; — Œuvres de controverse et de polémique-,
iBS MÀMIIKI. DB L'nSTOlBR SB lA LITTÂBATUnE FRANÇAISB
universalité même, puistfu'enOn on lea a parlriut imîtéB et cependant uulle part, je ne veux pna dire (^giilés, mt^ reproduits seulement. Ainsi la tnigétlio de Racine comédie de Molière; et s'il est difficile d'éclaircîr le mjj tt^re, ce n'est pas toutel'ois une raisun de le nier. iVii« rel/es en tant quhumaineH, disions-nous tout îi l'heurg et maintenant il nous finit dire : nnthrinles e qu'uniyersel/es, et universelles en tant que nationales.
mposéca pourl'inatructioii du Duupli
ivres d'exégèse nnus «ppariienueuL ■ pt^ïne, c ;a latin ; — et celles qui suut écrites eu rrnDçais, lion de l'Apocalypse. 1681»; ol ses deux Instrucdu Nouveau Testament imprimé à Trévoux, — irlie, ou même t plus juste litre, de ses Couvres
— Œuvrer composées pourrinatruction du Duupliiii; — etŒufl^
A. Ses ><tKllt Ocrlt oomint' son Explic, tionx sur la vùraioi faisanl aussi bico [ de controverse.
B. Ses Œuvre* d'édification et de piété, sans parler de ses Œuvres pastorales, peu nombrcusES d'iiilleurs. compreiineut : ses Œuvres oratoires. Sermons, Pao^gjriques et Oraisons fnoèbres;
— ses Élévations sur les mystères, ses Méditations sur l'Evangile;
— et ses Lettres de direction.
De ces Œuvres 11 n'.i paru du virant de Bossuet que les six grandes Oraisons funèbres, 1670, 1670, 1683, 1685, 1686. 1687; cl le Sermon dit de l'Vnité de l'Église, 1662.
Les Élévations et les Méditations, qu'il aviiit lui-même destinées à l'impression, n'ont puru qu'en 1727 et 1730-1731, par les soins de son neveu, l'évèque de Troyos.
Les Lettres de direction, presque toutes adressées k des religieuses, et dont les plus importantes sout les Lettres à la sixur Sainte-Bénigne [M'°' Coruuau] et les Lettres à M"-' d'Alhert de Luynes. ont éXé publiées, les premiiVes en 1746 et 1748, les secondes en 1778.
Quant aux Sermons, qui exlsleut pour le plus grand nombre en manuscrits à la Bihliolbèqac nationale, ils ont paru pour la première fois, de 1772 il 1778, par les soins de Uom Dcforis. Ils ont été révises par M. Lâchât, pour soc édition dos Œuvres, Paris, 1862 et snn. suiv., Vives. EnGo et plus réoemmeHl ils onl été de nooveau révisés, et classés pour la proniière fois dans l'ordre ehro- Dologique, par M. l'abbé Lebarq. dans son édition ses Œuvres ortf-
Un troisième caractère en dérive, ou s'en compose, explique les autres et s'explique par eux, qui est qu'en même temps que du désir de plaire, toutes ces œuvres sont animées de l'ambition d'instruire, didactiques ou morales f dans le sens élevé, dans le sens large de l'un et l'autre de ces deux mots. Que ce caractère s'aperçoive d'abord, et, presque sans métaphore, qu'il saute aux yeux dans un sermon de Bossuet ou de Bourdaloue, dans un
foires de Bossuet, Paris, 6 vol. in-8", 1890-1896; Desclée et de Brouwer.
C. Les Œuvres composées pour l'éducation du Dauphin^ — ou, pour mieux dire, à l'occasion de léducalion du Dauphin, sont : 1® le Discours sur l'histoire universelle, publié par Bossuet luimême en 1681 ; — 2^ la Politique tirée des propres paroles de VÉcriture Sainte, publiée par son neveu, avec la Lettre au pape Innocent XI sur l'éducation du Dauphin [en latin], 1709; — 3° le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, publié pour la première fois, en 1722, comme étant de Fénelon, dans les papiers duquel on l'avait retrouvé, ot pour la seconde, sous le nom de son véritable auteur, en 1741; — et 4°, un Abrégé de l'histoire de France qui n'a paru pour la première fois qu'en 1747.
On range aussi dans cette classe le Traité du libre arbitre, publié par l'évêque de Troyes en 1731, mais nous avons peine à croire qu'il ait été composé pour l'éducation du Dauphin.
D. Les Ouvrages de controverse comprennent : 1^ Les ouvrages Contre les protestants, dont les principaux sont : V Exposition de la doctrine de l'Eglise catholique en matière de controverse, 1671 ;
— la Conférence avec M. Claude, 1682 ; — V Histoire des variations des églises protestantes, 1688; — les six Avertissements aux protestants, 1689-1691 ; — et les deux Instructions sur les promesses de l'Église, 1700 et 1701. Il y faut joindre le recueil de Dissertations et de Lettres, composées dans la vue de réunir les protestants d'Allemagne à l'Église catholique, publié pour la première fois en 1753; complété dans les éditions successives des Œuvres; et, par M. Foucher de Careil, dans les deux premiers volumes de son édition inachevée de Leibniz, 1867.
2** Les ouvrages relatifs au Quiétisme, dont les principaux sont :
— l'Instruction sur les états d'oraison, 1697; — le recueil intitulé : Divers écrits sur (es A(aximes <fe.ç saints, 1698; — et la
chapitre de Malebranche ou dans une Satire de Boileat rien de plus niiliircl, si môme ce n'est un peu de naïvetF que d'en faire iei la remarque. II est dt^'jà plus intéressant de retrouver la même intention dans les Mn.dmeit de La Rochefoucauld et dans les Fnlilcs de La Fontaine, de tous CCS grands dcrivaîns le plus irrégnlîer sans doute, et celui que l'on se plaît, trop volontiers peut-être, à regarde) de nos jours comme une exception en son temps. Part
Relation du quiétiame, 1 Correspondance, qui n'a
- Il y faut joi
3» Les
B de l'édition de VerBaillES.
9 relatifs à la Question Gallicane, presque tod
composés en lutin.
4" Enfin les oarrafçDs relatifs â Richard Simon, et dont lafl principaux sont ; — les Instructions sur la nouvelle versio Nouveau Testament donnée à Trévoux. 1702 et 1703; — . Défense de la tradition et des Saints Pères, qui n'a pnru i 1753,
E. Une dernière classe peut Ëlrc formée des Écrits ou Opui divers et de la Correspondance de Bossuet. Nous nous bornerons ^ citer parmi ces écrits ; — les Maximes sur la comédie, 1693 ; — ' Traité de la concupiscence : — le Traité du libre arbitre, 1731 ; et le Traité de l'usure, 1753, La Correspondance est assez consl-- • dérable, et du plus B^and înldrôt pour l'histoire de Bossuet.
Les meilleures édilions de Bossuet sont l'édition de VersailIeB, en 43 volumes in-S", VeraaiUea. 1B15-1819, de l'imprimerie deLebcl; — et l'édition de M. Lâchât, 31 volumes in-8°, Paria, 1862, Vives. — i Il y faut joindre aujourd'hui l'édition des dEuvres oratoires donnai^' Bomme nous l'avons dit, par l'abbé Lebarq, Paris, 1890.1896.