‹ Manuel de l'histoire de la littérature françaiseChapitre 6 sur 90 · AVERTISSEMENT V · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT V

Tels sont les deux ou trois points que j'ai tâché de ne pas perdre de vue dans l'espèce de Discours qui forme à peu près une moitié de ce Manuel : voici maintenant ceux auxquels je me suis attaché dans les Notes perpétuelles qui en sont l'autre nioitié; et qui doivent servir à la première d'illustrations ou de preuves.

J'ai fait un choix parmi les écrivains, et je n'ai retenu, pour en parler, que ceux dont il m'a paru que l'on pouvait vraiment dire qu'il manquerait quelque chose à la «suite» de notre littérature, s'ils y manquaient. Il y en a de très grands, — pas beaucoup, mais il y en a deux : Saint-Simon et M"® de Sévigné, — dont je n'ai point parlé, parce que les premières Lettres de M^^ de Sévigné n'ayant vu le jour qu'en 1725 ou même en 1734 ^ et les Mémoires de Saint-Simon qu'en 1824, leur influence n'est point sensible dans l'histoire. Une méthode est une discipline, à laquelle il faut que l'on commence par se soumettre si l'on veut qu'elle rende tout ce que l'on en attend de services et d'utilité. En revanche, à d'autres écrivains, comme Honoré d'Urfé, par exemple, et comme Pierre Bayle, j'ai fait une place qu'on n'a point accou-

1. Je note ici, comme indication de méthode, que, dans une histoire plus étendue, ce que j'aurais à dire àe^ Lettres deM^^de Sévignéj je le placerais aux environs de 1734; et j'y rattacherais cette émulation de correspondance dont on voit en effet qu'à partir de cette date, un grand nombre de femmes d'esprit se piquent.

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tumc^ de leur donner, Et il y en a enfin, tels que les HolUn et les d'Aguesseau, dont j'ai cru devoir « désencombrer » l'histoire. C'est un parti qu'il faut nous décider à prendre, si nous commençons à craindre que l'attention ne se lasse, et surtout qu'à voir ainsi défiler triomphalement tant d'auteurs, le sentiment des distinctions et des distances qui les séparent ne finisse par s'y abolir. Ce livre étant un Manuel — je dirais piesque un Aide-Mémoire — j'ai d'ailleurs disposé ces Notes de façon que chacune d'elles fut en son genre, et dans son cadre un peu étroit, mais aussi nettement délimité que possible, l'esquisse ou le « sommaire » d'une étude complète; et, naturellement, j'ai proportionné les dimensions de cette étude, aussi mathématiquement que je l'ai pu, à la véritable importance de l'écrivain qui en était l'objet. Je dis : mathématiquement, parce que nos goûts personnels, en pareille affaire, n'ont rien encore à voir; et on n'écrit point une Hisloire de la Liltii'ralure française pour y exprimer des opinions à soi, mais, et à peu près comme on dresse la carte d'un grand pays, pour y donner une juste idée du reliel, des relations, et des proportions des parties

Et, —toujours afin que le livre fut plus utile, d'un secours plus efficace et plus constant,— j'ai donné à la Bibliographie Mnc attention toute particulière. Qui scit ubi scientia sit, ille est proximus habenti :

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c'est un vieux proverbe qui n'a nulle part de plus juste application qu'en matière d'histoire littéraire. On trouvera donc, à la fin de chacune de ces noliccs, l'indication presque complète des œuvres^ et des meilleures éditions des œuvres de chaque écrivain, avec leur date; et, en tête, l'énumération des principales sources auxquelles on pourra, si l'on le veut, se reporter. Il faudra même que l'on s'y reporte : premièrement, parce qu'on ne saurait négliger ces sources sans s'exposer à faire des découvertes qui n'en seraient pas ; et puis, parce que les jugements mêmes que les contemporains et ceux qui les ont suivis ont portés sur les œuvres de nos écrivains se sont comme incorporés à l'idée que nous nous formons d'elles. La critique de Boileau, par exemple, et celle de Voltaire, sont inséparables de la notion de la tragédie racinienne. J'ai aussi essayé de classer ces sources, et de les distribuer d'une manière qui en fût la critique, mais cette classification est trop imparfaite encore^ — et c'est pourquoi je n'y insiste pas.

Je n'ai plus qu'à m'excuser des erreurs que l'on ne relèvera que trop aisément dans ce livre. Je n'ai rien épargné pour qu'il ne s'y en glissât pas trop, ni de graves, ou de trop graves, car, en un certain sens, toute erreur de fait ou de date est grave, dans un Manuel qu'on s'était flatté de fonder sur

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