‹ Manuel de l'histoire de la littérature françaiseChapitre 5 sur 90 · AVERTISSEMENT III · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT III

En second lieu, — et afin de mieux faire sentir cette continuité, — je n'ai pas négligé de noter les autres influences, celles que Ton se plaît d'ordinaire à mettre en lumière, influence de race, ou influence de milieu; mais, considérant que de toutes les influences qui s'exercent dans l'histoire d'une littérature, la principale est celle des œuçres sur les œuvres^ c'est elle que je me suis surtout attaché à suivre, et à ressaisir dans le temps. Nous voulons faire autrement que ceux qui nous ont précédés dans l'histoire : voilà l'origine et le principe agissant des changements du goût comme des révolutions littéraires; il n'a rien de métaphysique. La Pléiade du seizième siècle a voulu faire « autre chose » que l'école de Clément Marot. Racine dans son Andromaque^ a voulu faire « autre chose » que Corneille dans son Pertharite; et Diderot, dans son Père de Famille^ a voulu faire « autre chose » que Molière dans son Tartufe. Les romantiques en notre temps ont voulu faire « autre chose » que les classiques ^ C'est pourquoi je ne me suis occupé des autres influences qu'autant que la succession des époques ne s'expliquait pas assez clairement par cette influence des œuvres sur les œuvres. 11 ne faut pas multiplier inutilement les causes, ni, sous prétexte que la litté-

1. Il y en a aussi qui ont voulu faire « la même chose » que leurs prédécesseurs; et je le sais bien! Mais justement, dans l*histoire de la littérature et de Tart, ce sont ceux qui ne comptent pas.

rature est l'expression de !a société, confondi riiistoire de la litléraluie avec celle des mœui Elles sont bien deux.

Enfin, — et parce que ni l'original ité, ni Ieg;éni même, ne consistent à n'avoir point d'ancêtres ou de précurseurs, mais le plus souvent à réussir où beaucoup d'autres avaient échoué, — j'ai donné plus d'attention qu'on n'en accorde d'habitude aux Epoques de Transition. Faut-il montrer à ce propos, qu'en dépit de tout ce qu'on peut dire, il y a des «époques de transitions?» et, puisqu'on les définit en histoire naturelle ou en physiologie, pourquoi ne les définirait-on pas dans l'histoire de la littérature? Non seulement toutes les époques ne sont pas marquées des mêmes caractères, mais il y en a dont le caractère propre est d'en manquer. Rares en œuvres durables, elles sont souvent fécondes en écrivains de tout genre, et surtout en idées. Est-ce une loi de l'esprit humain qu'il n'aperçoive pas d'abord toute la portée de ses découvertes ou de ses inventions? mais on ne voit presque rien aboutir en littérature ou en art qui n'ait été plusieurs fois et vainement tenté. C'est précisément ce qui fait l'intérêt des époques de transition. Elles expliquent les autres, puisqu'elles les préparent, et les autres ne les expliquent point; et ainsi, de chronologique ou de purement

logique, elles transforment le lien de l'histoire

■-\ lien généalogique.

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