‹ Manuel de l'histoire de la littérature françaiseChapitre 65 sur 90 · IX. — La Propagande encyclopédique · texte numérisé non relu

IX. — La Propagande encyclopédique

Succès matériel de l'entreprise. — Les 4 800 souscriptions 1750. — Fondation du Journal encyclopédique^ 1756; — son dir teur, P. Rousseau [de Toulouse], et ses collaborateurs; — sa c fusion. — Les centres parisiens : le salon de M"* Geofi [Cf. Mémoires de Marmontel et P. de Ségur : Le Royaume de rue Saint'Honoréy Paris, 1897] ; — la société de M™® d'Épii [Cf. Mémoires de Ttf"»" d'Épinay, édit. Boiteau, Paris, 1863], L. Perey et G. Maugras [La Jeunesse de M^^ d'Épinay, Paris, 188 — la société du baron d'Holbach [Cf. Diderot, Correspondance a j^/iie Vollandf et d'Avezac-Lavigne, La Société du baron d'IIolba Paris, 1875] ; — et les amis de M^^® de Lespinasse [Cf. sa Corresp dance]. — Comment les adversaires eux-mêmes de VEncyclopé

Là. BjSfOSMATIOM SB l'iOKAL CLAfiSIQUC

l'art militaire et la valeur conduite par esprit... La Gri-ci clopuiB ce temps,... ne pouvait soufiVir que l'Asie pens à lu subjuguer, et en subissant ce joug, elle aurait en] assujettir la vertu à la volupté, l'esprit au corps, et 1 véritable courngc a une force insensée qui consistaîtl| seulement dans la multitude, u On n'a jamais micuxif défini ce que l'esprit classique avait vu dans les chefs- 1 d'œuvre de l'autiquiti^ : des leçons de morale sociale] enveloppées sous les plus poétiques liitiuns. Mais le»!l encyclopédistes n'y ont vu qu'un enfauiillage, et n'ont pas entendu la leçon. Aussi la tradition, en littératui comme en tout, n'est-elle à leur égard qu'un empÔcho* meut superstitieux qui gène également leur liberté de J penser, la « diffusion des lumières n, et le progrès de la J raison. « C'est en affaiblissant la stupide vénération des

occupés d'elle; — et sauvent sniis en avoÎT d'autres misons que remplir leurs feuilles. — DJiFusioa des idées encyclopédiques d. la pL-lilo bourgeoisie [Cf. la Correspondance de M"" lioland a les demoiseUes Cannet]; — el eans doulo jusqu'yo province; quoiqu'on n'eu puisse pas donner de preuves nulheiiliquea [Q cependant les leUrcs de M>^° fiulet, dans J. Cruppi : VAvoeat Lia guet. Paris, 1B95]. — Mais on en a du moins de leur ditTusionl lélninj^er; — dans le pays de Liège par exemple [Cf. FrftDCOtMJ la Propagande encyclopédique, cb. 11 el III; el Kantwger, IS Encyclopédistes français en Belgique, ch. IV]; — en Suisse, où ïT se (it jusqu'à trois réiinpreBsiauH des 28 volumes de l'teuvr ginale; ^ en Italie, uù il s'en fit deux, l'une à Livourne, l'ai Lucqaes; — en AJleraogne el en Russie, par l'intermédiai . Grimm. — Comment cette prop»t;nnde a nécessaire ment coulribaaV & la dilTusion des idiïes françaises; — et par coulrc-coup à In ror"! malion d'une lillérature européenne.

De Grinim et d'Helvéliua les seules œurres qui comptent i iîelles que nous avons signalées plus liant.

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peuples pour les lois et les usages anciens, écrit H< qu'on mettra les souverains en état de purger la la plupart des maux qui la désolent et d'assurer lai des Empires » [Cf. De l'Esprit^ discours II, ck#| Qu'est-ce à dire, sinon que le progrès ne consisi s'émanciper de la tradition ? Et n'avouerons-nous pal y a bien quelque différence à ne s'autoriser en toi de la tradition, ou au contraire à ne la traiter ei que comme un obstacle et une ennemie?

Combien d'autres différences ne pourrait-on pi devrait-on pas signaler, de morales ou de philosophie et même de politiques, s'il ne fallait craindre que, une histoire de la littérature, l'indication n'en pai peu hors de son lieu ! Autant donc l'esprit classique en général témoigné de juste défiance de l'instinct et

De Diderot, au contraire, il faut dire que, si sa collaborafl à V Encyclopédie ne fait pas la moindre partie de son oeuvre,* surtout n'en est pas celle qui a le moins agi, elle n'est pas cepi dant la plus considérable, ni surtout la plus originale. D'un aul côlé, presque tous ses écrits les plus vantés n'ont paru qu'api^ sa mort, et c'est pour cette raison que, dans son article, n<^ n'avons pas cru devoir en faire mention. Les contemporains » Diderot, il faut bien le savoir, n'ont pu lire ni sa Religieuse^ son Neveu de Rameau^ ni le Supplément au voyage de Bougah ville, ni le Rêve de d'Alemherty ni ses Salons; et s'ils ne les oi pas connus, comment pourrions-nous parler de l'efTet que oc écrits ont produits? Puisque c'est pourtant ce que l'on fait encoi trop souvent, nous classons ici les Œuvres de Diderot dans l'ordi chronologique de leur publication, et en suivant d'ailleurs les div sions générales dé l'édition Assézat et Maurice Tourneux.

1° Belles-Lettres [Roman, Théâtre, Critique et Histoire]. - Les Bijoux indiscrets^ 1748; — Le Fils naturel, 1757; — Le Pèi de famille, précédé d'un Discours sur la poésie dramatique, 1758

— Essai sur la vie de Sénèque... et sur les règnes de Claude et à Néron, 1778; — La Religieuse, 1796; — Jacques le fataliste, 1796

— Ceci n'est pas un conte, 1798; — Le neveu de Rameau, 1823

— Paradoxe sur le comédien, 1830.

LA. DEFORMATION DB ÎTÏDËAt CLASSIQUE

passions, autant au contraire l'esprit encyclopL'dique mis en eux de confiance insolente et cynique, h On devient ' stupide, dts qu'on cesse d'être passionné n, écrit Helvétius [Cf. De PEsprit, discours III, ch. 8]; et quant k Diderol, le vice de u toutes les institutions politiques, civiles itl religieuses », est à ses yeux d'avoir « empoisonné rhoniire! d'une morale contraire à la natnre » [Cf. Supplément e voyage de BongainpiUe\. Ce que l'esprit classique a>a le plus énergiquement combattu dans le cartésianisnifij c'était le dogme alors tout nouveau de la tonte-puîs-" sance et de la souveraineté de la raison, celte raison qui croit « que deux et deux font quatre u, et qui nie, quand elle ne se fait pas un jeu de le bafouer, tout ce qui échappe aux prises de ses déductions. « Taisez'Vous, raison imbécile! » disait Pascal. Mais l'esprit encyclopédique, au con-

2° Critique d'àxt. — Les Salons, publiés soas les dûtes suiyanteg : Salon de 1761, en 1819: — Salon de 1763. ea 1857; — Salon de 1765. ea 1795; — Salon de Î767. en 1798; — Salo^ de (789, en 1819 et 1857; — Salon de 1771. en 1857; — Sala de 1775. en 1857; — Salon de 1781. en 1B57.

3» Philosophie. — Essai iur le mérite et la vertu, 1745; ■ sées philosophiques, 1746; — Lettre sur les aveugles, 1749; Lettre sur les sourds et muets. 1751; — Apologie de l'ablié t Prades, 1752 [la Iroiai^iue partie BeulemeiitJ ; — Pensées i l'interprétation de la nature. 1754; — Supplément aa voyage à Bougainnlle. 1796; — Le Rfve de d'Alemberl. 1830; — la Pni, menade du sceptique, 1830.

4" Plan d'une université pour le gouvernement de Russie, 18tS

5° On u eucore de Diderot quelques ouvrages scïeDllfiqut il ne semble pas que la valeur soit bien grande; — et une l pondanee malheureusement Irop incomplète, maïa exIrSc iutéressanle, dont les parties les plus curieuses sont les Le Faleonet, et la Correspondance avec M"' Volland.

La meilleure et la plus complète éditiou des OEuvres est i

MM. Ass Garnier frèrefl-

i Tourl

I, 20 toi. 1

qu'il B trouviS d' M nTHlionnel » diin» le monde, le y. mant a di^riiisouoable d, il ne a'esl rien prupoié de urgi-nt (IU^^ ih: la dMriiiri?. Kt l'espril cliissiijue ai,-a, que ce sont les mœurB qui font les lois, ou ea d'à termes que le bien public se compose de l'accord bonnes volontOs p:trltouli('rcB, maïs l'esprit encycloj que a ri^pandu cette idée dans le inonde que « si les sont bonnes, les mœurs seront bunues, si les lois mauvaises, les mœurs seront muuvaiscs ». Ainsi s'expi encore Diderot, dans son Supplément au voyage de 1 gainville; et telle est aussi l'opinion qu'llelvëlius ai doute ramssBL^e dans quelqu'un des II salons» desoii tem n Les vices d'un peuple sont toujours cachés au fond sa législation : e*est là qu'il faut fouiller pour arrache;

Les principaux oovriige» (lilléraires) Je d'Alomberl soot, enj* du Discours préliminaire de l'Encyclopédie, 1750; — son éeril j la Destruction des Jésuites en France, 1765 ; — des Irartuclîona ; qui^lques opuscules, — el In Lrès pn-cii'uae collccLioit du ses Élo^ Académiques. 1779-1787. '

De u l'Encyclopédie » au « Génie du Christianisme \ «t«s-«suo

«mille].

10 Les s

- Jean-Jacques Bousseau [Genève, 17r2;f 17"3, Ern

ES. — Rousseau lui-mîmc, dans presque toute s ccuvre, et uotaniineDt dniiB ses Confessions; ses Dialogues (Boit seau, juge de Jean-Jac^ues) ;les Rêveries d'un piomeneur solitaii% et sa Correspondance; — Mi"o d'Épinay, Mémoires; — "" Correspondance Littéraire^ — Fréron, l'Année littéraire, 1776 ; — Diderot, dans son JSssai sur les règnes de Claude j|

losophique, c'est à savoir par le goût de ce l'analyse » la « combinaison » comment, je ne dis pas la po< Téloquence, mais l'observation psychologique elle-i| y résisteraient-elles? Je crois bien avoir avancé qvtî part que, dans les Mémoires du moindre frondeur la moindre femmelette du xvii* siècle, — dans les ^^i de M"' de Motteville, ou dans V Histoire de Madame 1 riette, de M"" de La Fayette, — il y avait une connaisi plus étendue de l'homme, et surtout plus approfondie^ dans V Encyclopédie tout entière. On en saisit peut-i maintenant la raison, qui est que les encyclopédist< se sont point souciés d'étudier l'homme, ni les homi mais seulement les « rapports des hommes » ; et q\ on n'étudie que les « rapports des hommes », ce que perd le plus promptement de vue, c'est la diversité|

de Travers, 1881 ; Jean- Jacques Rousseau et le Pasteur ^ Montmollin, 1884; — de M. G. Maugras, Voltaire et Jean-Jacqù Rousseau, 1886; — de M. P. J. Môbius, Rousseau s Krankhek geschichtey Leipzig, 1889; — de M. F. Mugnier, Madame < Warens et Jean-Jacques Rousseau, 1891, — de M. Châtelain, j Folie de Rousseau, 1890.

Voyez enfin M™® de Staël, Lettres sur les ouvrages et le cara< tère de Jean-Jacques Rousseau^ 1788; — Villemain, Tableau i la littérature française au xviii® siècle, 1828-1840; — Lord Broi gham, Voltaire et Rousseau, 1845; — Louis Blanc, Révolutit française, t. II, 1847; — Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. I III, *XV, 1850-1861; et Nouveaux lundis, t. IX, 1864; — Vin€ Littérature française au xviii« siècle, 1853; — Ernest Bersc Etudes sur le xviii® siècle, 1855; — Taine, V Ancien régime, 187 et la Révolution, t. II, 1881 ; — J. Texte, Jean-Jacques Roussel et les origines du cosmopolitisme littéraire, Paris, 1895.

2o L'Homme et l'Ecrivain.

A. Le Caractère de Jean-Jacques Rousseau. — De l'entière co formité des écrits de Rousseau avec son caractère; — et que 8( Emile ou sa Nouvelle Héloïse elle-même sont véritablement d( mémoires et des confessions à peine « romancés »; — origine < Rousseau; — sa naissance et son éducation; — sa jeunesse ave

332 MÀNUBL DB L*HlSTOIRB DB LÀ LITTERATURE FRARÇAI

Voltaire, dans sa SémiramiSy dans son Orpheliriy c son Tancf'ède? qu'il y en ait moins encore dans ce de Marmontel, son disciple? dans les IncaSy dans le l sa/re? et généralement que toute cette littérature ency» pédique, — h force d'être philosophique, — ne man« de rien tant que de réalité, de substance et de vie?

Autant en dirons-nous de la langue. On connaît Commentaire sur Corneille^ de Voltaire, et on sait quelle timidité de goût ce Commentaire est Tinstructil attristant témoignage! Pour d'Alembert, les « Préfa< de Racine sont faiblement écrites, et celles de Cornei sont aussi « excellentes pour le fond des choses que défi tueuses du côté du style » [Cf. Mélanges littèrairesy ai Elocution]. Et Condorcet ne se plaindra-t-il pas, que qucs années plus tard, « de trouver dans les Pro\fincial

ce dernier trait; — s'il n'a pu manquer de se manifester dai son œuvre par quelque chose de littérairement morbide; — « qu'on ait ainsi pris pour un renouvellement de la littérature < de l'art, — ce qui n'en était peut-être, à plus d'un égard, que 1 corruption.

B. Les Débuts de Jean-Jacques Rousseau. — Il «ipprend à lir dans les romans de la Calprenède; — et dans les Vies parallèle de Plularque. — Son départ de Genève et sa vie d'aventures. — G» qu'on apprend à l'office et sur les grandes routes ; — liaison d« Rousseau avec M™® de Warens ; — la vie des Gharmettes, 1738- 1741 ; — et, à ce propos, du roman que Flaubert a intitulé VÉducation sentimentale, — Rousseau à Lyon. — Premier séjour de Rousseau à Paris, 1741; — son Projet concernant les nouveaux signes de musique', — ses premières relations avec Grimm et Diderot. — Le séjour de Venise, 1743-1744 (Gf. P. Faugère, dans le Correspondant des 10 et 25 juin 1888], et sa grande querelle avec M. de Montaigu, son patron. — Retour à Paris. — Il remanie la Princesse de Navarre de Voltaire [Les Fêtes de liamire], et entre à cette occasion en rapports avec lui, 1745. — Il entre en qualité de secrétaire chez M*»® Dupin, 1746 [Gf. le Portefeuille de il/™^ Dupin, publié par M. de Villeueuve-Guibert, Paris, 1884]; — la reprcsentalion des Muses galantes, \1\1. — 11 fait la connaissance de

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que. Les mots, à leurs yeux, ne sont plus que des conventionnels, artificiels, arbitraires; la phrase plus qu'un (c polynôme » qu'on <c ordonne » coni ment aux règles ; et le style enfin n'est plus p< que l'équation de la pensée pure. C'est justement 61 qu'ils ont cru que consistait le progrès, dans l'appai sèment du vocabulaire, dans une contrainte plus reuse de la syntaxe, dans l'abus des « termes génén dans la subordination de l'originalité de chacun aui gences de tout le monde; et aussi bien Condorcet Vi textuellement déclaré : « On a senti que le style être plus élevé et plus soutenu que la conversation., conversation même a pris un ton plus noble... et c'est être à elle que nous devons l'avantage d'avoir, à époque de notre littérature, — il écrit en 1776,

spectacles, 1758. — La réplique de Marmontel. — Rupture dl nitive de Rousseau avec le parti philosophique. — Ses liaift# nouvelles, avec la maréchale de Luxembourg, la comtesse i Boufllers, la marquise de Créqui, M™® de Verdelin; — et ni établissement à Montmorency, 1758.

C. Les grandes œuvres. — 1^ La Nouvelle Héloïse, 1760 [C Lettres inédites, de Rousseau à Marc-Michel Rey, Paris, 1858]. - Les origines réelles du roman ; — le décor suisse [Cf. Jean-JacqUi Rousseau et le pays romand] ; — les amours de Rousseau et c Mmô d'Houdetot [Cf. Lucien Brunel, la Nouvelle Héloïse < jï/me d'Houdetot, Paris, 1888]. — L'imitation de Clarisse Harlowi — et des romans de Marivaux. — L'intention morale ; — et que, pot en juger équitablement, il ne faut que se reporter aux polissoun< ries du jeune Grébillon. — La nouveauté du milieu dans la Noi vclle Héloïse ; — et que son premier mérite en son temps était d ne pas être un « roman parisien » [Cf. les romans de Crébilloi de Duclos, et de Marivaux]. — Les personnages y sont non sei] lemeut bourgeois, mais provinciaux; — sans que d'ailleurs leui aventures en soient pour cela moins tragiques. — Les événement y sont intérieurs aux personnages au lieu de leur être extérieur [Cf. les romans de Prévost et ceux de Le Sage], — D'un autre côt le roman, considéré jusqu'alors comme un genre inférieur, —

336 MANUEL DE L*UlSTOinB DE LÀ LITTERATURE FRANÇAI

Boile.nu quMIs ont pris. C'est rancien idéal qu'ils voulu détruire; et qu'importent après cela quelques < zaines de tragédies dont les médiocres auteurs cro imiter Andromaque, mais en la perfectionnant? Il conv seulement d'ajouter que l'influence des encyclopédist été tout à la fois aidée et contrariée dans son cours une autre influence, dont il est extrêmement délicat démêler la nature : c'est l'influence de Rousseau que veux dire; et je doute qu'il s'en fût vu depuis Pascal plus considérable ou de plus révolutionnaire.

Quos sfult perdere Jupiter dementat ! Les Dieux commei cent par aveugler, ceux qu'ils ont résolu de perdre, et, d

tion de Genève; — et comment, en se la représentant d'une ma nière idéale, — il se l'est représentée plus tyrannique encor qu'elle n'était. — Qu*il ne faisait pas bon vivre à Genève au dix huitième siècle. — Le calvinisme inconscient de Rousseau [Cf Jurieu, dans ses Lettres pastorales-, et Bossuet, Avertissements auA protestants] ; — et, à ce propos, de l'erreur fondamentale de Calvin en matière politique ; — laquelle est d'avoir confondu les droits de la religion avec ceux du gouvernement ; — et mêlé l'objet du gouvernement avec celui de la morale. — La part du plébéien dans le Contrat social; — et qu'elle y consiste surtout dans l'incapacité de comprendre la fonction sociale de l'inégalité. — Les trois dogmes de Rousseau : — l'universelle égalité ; — la souveraineté du peuple; — le droit absolu de l'Etat. — Individualisme et Socia^ lisme; — et comment il se fait que, tandis que les uns voient dans Rousseau l'ancêtre du a socialisme révolutionnaire », — les autres le louent « d'avoir pris comme base solide l'indépendance du moi » [Cf., pour l'abondance des contradictions à ce sujet, le livre cité de Lichtenberger, pp. 129 et 130]. — C'est d'abord qu'on a méconnu le caractère de sa dialectique; — ou de sa rhétorique; — lequel est d'exprimer éloquemment des paradoxes agressifs; — pour en atténuer aussitôt les conséquences. — C'est encore que son socialisme n'est que le moyen de son individualisme; — et nous voyous, de

ci comme les d'Épinay, si bien allier ensemble led^ des mœurs et le pédantisme de la philosophie. A lilj nous faisons moins de cas de M™° du DcOand, pas aimé les Encyclopédistes, qui n*a pas même ci s'en moquer dans sa Correspondance ; ou de la mi de Luxembourg, qui les a toujours un peu tenus tance, et qui joint à ses autres torts celui d'avoir Rousseau. Mais M"*' de Lespinasse, cette € grande reuse », et M"® Geoffrin, cette « grande bourgeoise quelle atmosphère de sympathie, pour ne pas dL quelle auréole de respect, leurs noms ne sont-ils^ entourés! Nous cependant, qu'elles n'ont pas entrel

— je veux dire hébergés, meublés et nourris, — el ne leur devons donc pas la même reconnaissance d'Alembert et Marmontel, nous oserons dire que

— et de la société. — Que sous celte réserve, dont on ne sat exagérer l'importance, — trois grandes raisons expliquent le si (le VEmile^ à savoir : — l'exaltation du sentiment moral [Cf. en ticulier la Profession de foi du Vicaire Savoyard] ; — une an de spiritualisme qu'on était heureux d'opposer au lourd matéi| lisme de l'Encyclopédie; — et une conGance entière dans la posi! bilité du progrès moral par l'éducation. — Comparaison à • égard de l'Emile et du livre De l'Esprit ; — et de quelques idél communes à Helvélius et à Rousseau. — L'Emile est d'ailleurs '. chef-d'œuvre littéraire de Rousseau; — moins guindé que i Nouvelle Héloïse; — plus souple, plus varié que le Contrat socia

— et toujours oratoire, mais moins déclamatoire que les Discoui de 1750 et 1755. — De quelques idées secondaires de VÉmile; sur l'allaitement maternel; — sur l'importance de l'éducatic physique; — sur l'utilité d'un métier manuel; — sur ce que Ton depuis lors appelé les « leçons de choses » ; — et qu'elles n'oi pas moins fait pour le succès du livre, — que les idées générale qui en sont l'armature, — et que les persécutions dont il alla être l'objet.

D. Les dernières années de Rousseau. — Saisie, condamnatio et brûlement de VÉmile à Paris [9 juin] ; — à Genève [19 juin] ; et en Hollande [23 juin]. — Rousseau, obligé de quitter la Frauc<

340 MANUEL DE L*HISTOIRE DE LA LITTERATtlRB

mettez trop d'intérêt aux personnes et aux chi à la profondeur : ce Vous nous prenez trop de tei à la sensibilité : <c Vous êtes trop exclusive » ; — enfin : <c Vous êtes une distinction trop individuel est du moins le jugement qu'une femme a pori [Cf. M°* de Staêl, De V Allemagne, !'• partie, Mais on comprend après cela quelles auxiliaires été pour les Encyclopédistes. Si elles n'ont pas clair que Diderot dans la confusion de son propre et si surtout elles n'ont pas mesuré la portée de U trine dont elles se faisaient les zélatrices, elles ont pas moins donné la consécration du monde mode. Il a été « bien porté », grâce h elles, d*étre losophe » [Cf. Taine, V Ancien régime^ livre IV]. Et, une fois, il est naturel et même honorable pour ei

second. — Rousseau s'installe à Ermenonville, chez le mar< Girardin ; — sa mort, le 2 juillet 1778. — Si Rousseau s'est si

— et de l'invraisemblance de cette supposition ; — qui n'en moins donné lieu à toute une littérature.

E. VInfluence de Rousseau; — et que de son vivant il é bien plus de bruit qu'il n'a exercé d'action ; — comme si l'iiU passionné qu'on prenait à son personnage; — à la singularité d fortune; — et au charme réel qu'il savait bien laisser voir q\ il le voulait; — eût détourné l'attention du fond de ses idées; en eût masqué l'importance. — Une autre raison en est que l'c l'a tout à fait connu qu'après la publication de ses Confessions qui n'ont commencé de paraître qu'après sa mort; — et doi caractère unique a éclairé d'une lumière inattendue son œuvre entière. — Les Confessions sont-elles l'œuvre d'un esprit s

— Que pour avoir le droit d'en douter, il suffit de les comp d'une part aux Essais de Montaigne; — de les rapproche second lieu des Dialogues; — où les preuves de folie éclate chaque page ; — et de les comparer d'autre part aux aveu ce Restif de la Bretonne que l'on a justement appelé « le R seau du ruisseau ». — Qu'en tout cas peu de livres ont produi efïet plus considérable; — et qu'il semble que ses Confess aient donné aux idées de Rousseau le prestige d'une espèc*

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pcdiey et afin qu'il y pût travailler. Quand un conseil du roi, en 1753, eut momentanément sus] publication de V Encyclopédie , le directeur de la M. de Malesherbes, n'en laissa pas moins l'ou^ tinuer de paraître. Il fit mieux encore, en 1758, condamnation définitive; « et ce fut dans son cabinet qu'il offrit une retraite sûre aux paj Diderot » [Cf. M"* de Vandeul, Mémoires sur la son père], La même condamnation n'empêcha d'AIembertde demeurer inscrit sur la liste des ce c< royaux », et pour ce motif, sans doute, quand attaquait les Encyclopédistes dans son Année litk c'était V Année littéraire qu'on suspendait, ou Fréron embastillait. Aussi bien, loin d'y rien perdre, VEi pédie gagnait- elle à la suppression de son privilège^^

1734-1759. — Narcisse, 1734; — le Verger des Charmei vers), 1736; — Dissertation sur la musique moderne et concernant de nouveaux signes pour la notation musicale^ — Les Muses galantes (opéra), 1743 ; — Vallée de Silvie (en 1747; — L'Engagement téméraire (comédie en vers), 1747.

1750-1765. — Discours sur les sciences et les arts, 1750; — pièces relatives aux réfutations du Discours, 1751-1752; — Lé sur la musique française, 1753; — Discours sur V Économie p tique, 1755; — Discours sur l'origine et les fondements de Vim lité, 1755; — Lettre sur les spectacles, 1758; — La Nouv Héloïse, 1760; — Le Contrat social, 1762; — VÉmile, 1762; Lettre à l'archevêque de Paris, 1762; — Lettres de la Monta^ 1765 ; — Lettres sur la législation de la Corse, adressées à M. Bu fuoco, 1765.

1765-1805. — Dictionnaire de musique, 1767; — Considérati sur le gouvernement de Pologne, 1772; — les Confessions (les premiers livres) et les Rêveries d'un promeneur solitaire, 1782 Confessions (les six derniers livres) et les Dialogues, 1790; Lettres sur la Botanique, 1805.

Il convient d'ajouter une volumineuse Correspondance, dont cinq ou six volumes de la plupart des éditions ne contient guère que la moilié; — le volume à'OFAivrcs inédites publié

Z%k MANUBL DB L*HISTOIRB DB LA LITTÉRA*

grande part de responsabilité, pour la mulai attaques, pour la faiblesse de leur polému leur absence entière de talent. Qui ne le saS la vérité ne brille pas toujours de sa propre que de très bonnes causes ont eu cruellemi d^être mal défendues? Or, on ne peut rien malveillant, mais d^iilleurs de plus plat que ecclésiastiques y — c'est le journal janséniste, — ^ guère que traiter de « sottises » ou a d'inepi les productions de Técole encyclopédique. Si rédacteur de V Année littéraire^ n'a pas toujoi d'esprit, de bon sens, et surtout de courage, il ficile de rien imaginer de plus court, de plui plus superficiel que sa critique; et sa mauvi tion, qu'elle fût ou non justifiée, — ce n'est

2^ L'Auteur dramatique. — La légende de Sedi Notice de M"*® de Vandeul]. — Ses débuts littéraires :^ à mon habit et le Recueil àe 1752; — Le Diable à quai La collaboration de Sedaine avec Philidor; — Biaise 1759; — et avec Monsigny : — On ne s'avise jamais de totà Le Roi et le Fermier^ 1762; — Rose et Colas, 1764, etd transformation de l'opéra-comique. — Il donne au théâtf le Philosophe sans le savoir, 1765; — et sa petite com vantée, de la Gageure imprévue, 1768.

Que le Philosophe sans le savoir est vraiment le drame tel que l'avait rêvé Diderot : — par la nature de l'inl par la condition des personnages ; — par la solennité de cours ; — par leur préoccupation de la morale ; — et par rite soutenue du style. — Mais qu'il s'y trouve, dans un de duel jetée adroitement au milieu d'un mariage qui — dans le caractère délicatement touché de Victorine [C Sand, Le mariage de Victorine], — et dans la sincérit teur, — presque tout ce qui manque aux drames de D et qu'ainsi l'honneur de Sedaine est d'avoir donne le v< premier modèle du drame tel que le traiteront plus lard L les Augier, les Dumas.

De quelques autres œuvres de Sedaine; — et que le cai

:ri6 MANUEL DB L*HISTOIRB DE LA LITTERATURE

impuissant de l'avocat Morcau : Mémoire pour Vliistoire des cacouacsy 1757, sans discerner d* très nettement si l'on y riait de l'auteur ou de cet attaquait. Mais ce que Ton voyait très bien, c'est cune de ces critiques, sérieuse ou plaisante, gnait le fond des choses, n'en approchait seulei loin ; et non moins fiers de l'inutilité des efforts d^ adversaires que de leurs propres talents, la réputal Encyclopédistes et la fortune de V Encyclopédie s'ai snient, se fortifiaient, et se consolidaient par ces mêmes.

« C'est à ce moment même, écrit Garât, qu'un^^ qui n'était pas jeune et qui était pourtant tout inconnue, s'éleva, non du fond des déserts et des mais du sein même de ces sociétés, de ces académi

— sa réputation croissante; — et l'espèce de consécration donnent son intervention dans l'affaire des Calas [Cf. Ath| Coquerel, Jean Calas et sa famille, 2^ édition, Paris, 1869]; dans celle des Sirven [Cf. Camille Rabaud, Étude historique Vavènement de la tolérance, 2^ édition, Paris, 1891]. — Il en y file aussitôt pour publier ses Anecdotes sur Fréron, 1761; — Lettres sur la Nouvelle Héloïse, 1761 ; — son Éloge de Créhik 1762; — et sa Relation du voyage de Pompignan, 1763; — qui sont qu'autant de recueils d'injures à l'adresse de tous ses adv saircs. — Il reçoit en môme temps les a philosophes » à Fern

— continue de faire des tragédies, Olympie, 1762; — des Coni Jeannot et Colin, 1764; — écrit sa Philosophie de l'histoire, 17

— son Dictionnaire philosophique, 1765 [Cf., pour le discernem des parties successives de ce Dictionnaire, Beuchot dans son ( lion, t. XXVI, et Bengesco, t. III]; — et correspond avec tout l\ vers. — Son intervention dans l'affaire du chevalier de la Barre [ Cruppi, V Avocat Linguet, Paris, 1895; et Edouard Herz, Voltû und die Strafrechtspfîege, Stuttgart, 1887]; — et son Commenta du traité des délits et des peines [de Beccaria], 1766. — L'occas lui paraît propice pour attaquer à fond le christianisme; — et t< les moyens lui deviennent bons ; — encouragé qu'il est à la fois ] les instigations de Frédéric, — et 1' « avènement » de la Du Bar

348 MANUEL DB l'hISTOIRB DE LA LITTERATURE FRANÇA)

rendait insensible aux railleries de ceux qui les avai« et j^écrasais leurs petits bons mots avec mes sentenc comme j'écraserais un insecte entre mes doigts » [ Confessions^ partie II, livre 9, sous la date de 1756]. 1 raison, et Garât aussi. C'est le mépris de a leurs mœurs de leurs « préjugés », de leurs « maximes, » qui c détaché violemment Rousseau de ses anciens amis i philosophes. Il a ouvert, à lui tout seul, une route no velle. Et, parce qu'ils le verront bien, ou plutôt, et ava de le voir, c'est parce qu'ils s'en doutent, c'est pour ce que tous ensemble, les Marmontel et les Morellet, L Grimm et les Diderot, d'Alembert, la société du baro d'Holbach et celle de M'°® d'Épinay, Voltaire lui-même à dater de la Lettre sur les spectacles^ 1758, — qui ei la déclaration de guerre du « citoyen de Genève », — il

cLiirement que de son Essai sur les mœurs; — dont la premièn serait précisément le respect de l'institution sociale ; — si d'ail leurs ce root de a respect » ne jurait avec la manière de Voltaire Mais sa philosophie n'en est pas moins une philosophie sociale

— et l'on a pu dire de lui qu'il avait été a conservateur en tout, sauf en religion ». — Si en effet il n'ignore pas que les hommes ne valent pas grand'chose [Cf. Candide et l'Histoire d'un bon Bvamin]) — il n'en considère pas moins « qu'on peut les dresser à la raison comme à la folie » ; — et qu'en cela môme doivent consister l'œuvre de la civilisation [Cf. ses Remarques sur les pensées de Pascal]; — et l'objet de la société [Cf. VA, B, C]. — C'est ce qui le sépare profondément de Rousseau; — et bien mieux que l'opposition de leurs intérêts; — c'est ce qui explique la violence de leurs disputes; — Voltaire ayant toujours vu la condition des seuls progrès dont les hommes soient capables, — dans ce qui est aux yeux de Rousseau la cause de leur a dépravation ». — Cette première idée le conduit à une autre, qui est de poursuivre à outrance,

— et malheureusement par tous les moyens, — tout ce qu'il trouve d'irrationnel, ou seulement de déraisonnable dans l'organisation de la société; — et de là ses attaques a une « justice »

— dont il avait lui-même éprouvé l'injustice; — de là ses déclamations contre la guerre, — qu'il impute sans hésitation ni réflexion

350 MANUEL DE L*HISTOinE DE LA LITTËRATCRË FRÀ]

Lettres de la montagne? Mais la vérité, c'est qu'en s' rant de cette idée de « nature » Rousseau en a saisi les conséquences, y compris celles que l'imaginatioBJ prompte et trop fuligineuse de Diderot n'avait point il l'a faite sienne, vraiment sienne, uniquement sieni date; et l'échaufTant alors de l'ardeur de ses rancun< ses haines, de son orgueil, l'enrichissant, pour ainsi de sa propre substance, et lui communiquant la de son éloquence et de sa passion, il lui a doni degré d'importance et une vertu de contagion n'avait jamais encore eus.

Considérons en effet, que, de la manière qu'il op] la nature, non plus comme autrefois les Rabelais cal Montaigne, aux vices qui la déshonorent, mais à l'art même, Rousseau décrétait, pour son coup d'essai, non

ce n'en sont point les plus hautes ; — ni surtout les plus effica^

— et que la croyance en un a Dieu rémunérateur et vengeur pouvant être un principe ni surtout un mobile d'action, — ia| uniquement un motif de ne pas faire, — ne saurait suffire à foD# la morale; — laquelle devient donc ainsi purement sociale; — conséquemmcnt relative, diverse et changeante. — Qu'au surplu dans sa polémique injurieuse et grossière contre le christii nisme, — il a manqué non seulement de justice, mais de loyauté •— en méconuaissant la supériorité du christianisme sur le mah* métisme, par exemple, ou sur le paganisme; — si, du point < vue purement historique ou humain, le christianisme a rcnouve la face du monde, — et si d'autre part l'intolérance et le a fan tisme » ne l'ont point attendu pour se déchaîner parmi les homme

— Il ne semble pas en eflet qu'une ardeur de prosélytisme ait pn cipité les Perses contre les Grecs ; — ni que les partisans de Marii ou de Sylla se soient entr'égorgés pour une question de dogm

— Et ce qu'enfin il a vu moins clairement encore que tout le rest

— c'est que, dans cette société même, la raison toute seule n jamais rien fondé de vraiment durable; — si même on ne pe dire qu'elle tend plutôt à l'anarchie qu'à ruuion. — C'est < qu'avaient fortement établi les Bossuet et les Pascal; — que poi ce motif Voltaire a taut combattus, sans les avoir toujours con

VOS contemporains. Vous ne vous êtes pas conteni loir leur plaire, mais vous avez imité, vous avez si leur plaire, des modèles que vous n'aviez point que vous avez souffert que Ton vous imposât. Il v< être approuvé du public ! Né pour être vous-mcmej peut-être en votre espèce, vous avez accepté la de la mode, et vous avez mis votre gloire a ressi d'autres, aux autres, à tous les autres. Mais si cN que Tart, bien loin d'aider en vous la nature, l'y a comprimée, puis asservie, et finalement pervertie, le remède à ce mal, et quel enseignement votre nous donne-t-il? C'est de retourner à la nature poi y conformer; et, rien qu'en posant ce principe, ma| tout en l'appuyant de ces « considérants », R< renversait à la fois l'antique autorité des règles, le

rattachées, tellement quellement, les unes aux autres ; — et aij mérite émiuent est d'avoir soulagé ses lecteurs de ce que Taf a nécessairement de pénible. — Il leur a procuré l'illusion dé' prendre les grands problèmes; — et ils l'ont à leur tour a< et aimé de se trouver eux-mêmes si intelligents. — C'est p) blement quelque chose de cela que Goethe voulait dire qua l'appelait « le plus grand écrivain que l'on pût imaginer j les Français »; — et, à ce propos, qu'avant d'accepter l'élog où se môle un peu d'envie peut-être, — il faut y faire attei — et se demander s'il n'envelopperait pas, au fond, une cri assez méprisante, — de toute notre littérature et du gén notre race.

Le retour à Paris et la mort. — • Il ne reste plus qu'à peler brièvement les circonstances du dernier séjour de Vo à Paris [Cf. Desnoiresterres, Voltaire et la société française^ t. VIII]. — Arrivé à Paris le 10 février, il descend à l'hôiel de nières; — où dès le lendemain affluent la ville et la cour, — 1 déraie et la Comédie; — les musiciens et les philosophes; — cicn et le nouveau monde. — Une lettre de M.^^ du Delfand est suivi dans les rues par le peuple, qui l'appelle VHomme Calas » ; — et, à ce propos, qu'il y a peut-être quoique exagér d;ins ce trait; — comme aussi bien dans la plupart des te

8&4 MANUEL DE l'hISTOIRB DE LA LITTERATURE FI

« Tout est bien, sortant des mains de i* Auteur des tout dégénère entre les mains de Thomme... Les pi l'autorité, la nécessité, Texemple, toutes les insl sociales dans lesquelles nous nous trouvons subi étouffent en nous la nature » [Émile^ I> 1]* Quel sei l'objet de la véritable éducation? Ce sera de nous rasser des préjugés qui empêchent en nous la nati se développer conformément à elle-même. « Dans V naturel, les hommes étant tous égaux, leur vocation mune est Tétat d'homme, et quiconque est bien élevé celui-là, ne peut mal remplir ceux qui s'y rappoi En sortant de nos mains notre élève ne sera ni magi] ni soldat, ni prêtre, il sera premièrement homme : ce qu'un homme doit être, il saura l'être au besoin aussi bien que qui que ce soit » [Emilcy I, 1], Avons-]

naturelle^ le Poème sur le désastre de Lisbonne^ etc.; — des ductions; — et enfin Ba.Pucelle.

2° Son Théâtre^ c'est-à-dire : des tragédies, dont les plus célèlH sont OEdipe, 1718; Zaïre, 1732; Alzire, 1736; Mahomet, 171 Mérope, 1743; Sémiramis, 1748; VOrphelin de la Chine, 1755; Tancrède, 1760; — des comédies, dont il n'en a survécu pas ai à moins que ce ne soit l'Ecossaise, 1760, pour des raisons c n'ont rien de littéraire ; — et quelques opéras.

3** Ses Histoires, qui sont V Histoire de Charles XII, 1732; — Siècle de Louis XIV, 1751-1752; — les Annales de VEmpir 1753-1754 ; — V Essai sur les Mœurs, 1756; — l'Histoire de Hussi 1763; — et V Histoire du Parlement, 1769.

4° Ses Contes en prose, dont les principaux sont : Zadig, 174' — Micromégas, 1752; — Candide, 1759; — Jeannot et Coll 1764; — l'Ingénu, 1767; — l'Homme aux quarante écus, la Prit cesse de Bahylone, 1768 ; — et les Oreilles du comte de ChesterfieU

5° Son Dictionnaire philosophique, 1764; — et ses Questions si l'Encyclopédie, 1770, fondus ensemble et réunis par ordre alphi bétique, à partir des éditions de Kehl.

6° Son Commentaire sur Corneille, 1764.

7<» Ses Mélanges, qui comprennent un peu de tout, eux auss

356 MANUEL DB L*HlSTOIRB DE LA LITTERATURE

bout. La nature est la cause des effets que noi Nous sommes donc à son égard dans une d^ entière; et par conséquent nous ne nous deven< gibles à nous-mcmes qu'autant que nous nous dans la complexité des rapports qui nous unissei Là même est le secret du bonheur. « Il n'ei qu*un heureux climat pour faire servir à la riiomme les passions qui font ailleurs son U [Nouvelle HéloîsSy partie I, lettre 23] ; et c'est seule qui a procuré à Rousseau lui-même « queh tants de ce bonheur plein et parfait, qui ne tSii Tâme aucun vide qu'elle sente le besoin de [Cf. Lettres à M, de Malesherbes], Livrons-nous la nature, et ne faisons plus désormais consista orgueil h la dominer, mais notre sagesse à lui ol

lY. — Les Économistes.

1° Les Sources. — Grimm, dans sa Correspondance lité

— Voltaire , dans V Homme aux quarante écus ; Haussct, Marmontel, Morellet dans leurs Mémoires; — G^ dans sa Correspondance.

Garât, Mémoires sur la vie de M. Suard, Paris, 1820; ^: Blanc, Histoire de la Révolution française, t. I ; — Tocqi» V Ancien Régime et la Révolution, 1856; — Mastier, la Philoi de Turgotf Paris, 1862; — F. Cournot, Considérations s marche des idées, etc., t. II, Paris, 1872; — L. de Loméni Mirabeau, t. I et II; Paris, 1879; — Rouxel, sa notice en il son édition de VAmi des hommes, F aris, 1883; — A, Neyn Turgot et ses doctrines, 1885; — Léon Say, Turgot, 188 Aug. Oncken, son introduction aux Œuvres de Quesnay, Pa Francfort, 1888.

2° La Doctrine. — Qu'on ne fait point habituellement de aux a Économistes » dans l'histoire de la littérature fran*

— et qu'il y a lieu de réparer cet oubli; — s'ils n'écriver après tout plus mal que la plupart des encyclopédistes; — meilleur jugement qu'on ait porté sur le livre d'Helvétius^est de Turgot [Cf. la Correspondance inédite de Turgot et de Cond

858 BfÀNUBL OB l'hISTOIRB DB LA UTTAbATOBB tRAH^

CCS nouveautés? et comment les ont-ils accueillies? ont applaudies; et jamais peut-être, — on le sait, — tation littéraire ne s'est établie plus promptement n universellement que celle de Rousseau. Dix ou douz lui ont sudB pour égaler Voltaire même dans Testin sou temps; et Topinion ne s'est trompée ni dans l'es qu'elle en a fait, ni dans les raisons de cette estime. '. le Discours de Dijon, dans le Discours sur Flnégi dans la Lettre sur les spectacles^ les contemporains reconnu les accents de cette éloquence dont on poi craindre que depuis cinquante ans le secret ne se perdu. Us ont senti frémir dans la Nouvelle Hélotse c ardeur de passion qu'ils ne connaissaient plus eux-mén mais dont ils se rendaient si bien compte que le théâ et le roman ne leur donnaient qu'une impuissante

Théorie de l'Impôt, 1760, — lui vaut l'honneur d'être mis à V cennes ; — et exilé dans sa terre du Bignon. — Son retour à Par

— et sa première Lettre à Rousseau, 1766; — sa liaison a\ Turgot ; — et le triomphe des économistes.

Le grand homme de l'économisme : Anne-Robert-Jacques Turg [Paris, 1727; -j- 1781, Paris]; — ses origines et ses études en So. bonne; — sa carrière de magistrat. — Il collabore à VEncycli pédie [Cf. les articles Etymologie, Existence, Expansibilité, Foin et Marchés, Fondations]. — L'intendance de Limoges, 1761-1774

— et le Ministère, 1774-1776.

Qu'au point de vue général, qui est le seul qui nous intéresse les Economistes se séparent et se distinguent des Encyclopédistei par trois caractères essentiels qui sont : — leur croyance en des lois économiques, aussi a nécessaires » que les lois de la physiologie ou de la physique; — leur opinion que ces lois et la connaissance qu'on en possède importent bien plus à la civilisation et aux progrès que le progrès des arts ou des lettres; — et leur conviction qu'on n'améliore la nature qu'en commençant par s'y soumettre. — On pourrait signaler d'autres différences, et par exemple celle-ci: — qu'ils sont des « empiriques » ou des « utilitaires »; — qui croient ne rien avancer que de démontrable par les faits; — tandis que les encyclopédistes sont des « théoriciens » et des

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