I. — François-René de Chateaubriand [Saint-Malo
18'i8, Paris].
1" Les Sources. — Maric-Joscph Chcnier, Tableau de la litté rature française en 1810 ; — Essai sur la vie et les ouvrages d Chateaubriand y t. I de l'édition Pourrai, Paris, 1838; — les Pré faces de Chateaubriand, dans la môme édition de ses Œuvres \ — et les Mémoires d' outre-tombe ^ Paris, 1849.
Sainte-Beuve, Portraits contemporains y 1. 1, 1834; Chateaubriand et son groupe littéraire ^ 1849; Causeries du lundi , t. I, 1850; II, 1850 et 1851 ; X, 1854 ; et Nouveaux lundis, t. III, 1862 ; — A. Vinet, ilf™« de Staël et Chateaubriand, cours professé à Lausanne en
cien passionné de Tindividualisme, et, pour ainsi pai le montreur de soi-même, son cynisme aurait ph détourné de lui quelques-uns de ses admirateurs, et tout de ses imitateurs. On ne saurait omettre, en ei de rappeler qu'en 1782, lorsque les Confessions virent jour, elles ne produisirent d'abord et généralement qu'i impression de dégoût. « Je ne reviens pas du culte j'ai rendu a Rousseau (car c'en était un), écrivait M' Boufïlers, et il me paraît que ses Confessions pourraû être celles d'un valet de basse-cour, et même au-dess< de cet état » [Lettre à Gustas^e IIJ, du 1*' mai 178! Et quelques années plus tard, dans un autre camp, api la publication des six derniers livres, c'est le même n
me
sa mère, 1798; — et la conversion de Chateaubriand. — Il conc< l'idée de son Génie du christianisme. — Retour en France, 18(
— Publication d'Atala^ 1801 ; — et du Génie du christianisme y 1802|
— La seconde édition du livre et la dédicace : « Au citoyen premiei^ consul. » — Chateaubriand est nommé secrétaire d'ambassade à: Rome; — ministre en Valais; — et donne sa démission à l'occasion de Texécution du duc d'Enghien. — La préparation des Martyrs et le voyage d'Orient. — Publication des Martyrs^ 1809 ; et de V Itinéraire de Paris à Jérusalem, 1811. — Élection à TAcadémie» 1811. — L'Empereur refuse d'approuver son Discours de réception^
— et achève de s'en faire un irréconciliable ennemi. — La brochure : de Buonaparte et des Bourbons, 1814; — et comment le succès en jette Chateaubriand de la littérature dans In politique. — Son œuvre est désormais terminée; — quoi qu'il y puisse ajouter en volume ; — et, après les déboires que lui ménage le gouvernement de la Restauration, — il n'aura plus pendant vingt- cinq ans qu'à suivre les effets de son influence; — qu'un poète [Th. Gautier, dans son Histoire du romantisme] a heureusement résumée en disant : — qu'il « a restauré la cathédrale gothique » ; — « rouvert la grande nature formée »; — et « inventé la mélancolie moderne ».
A. Comment Chateaubriand a élargi et renouvelé le sentiment de la nature; — d'un côté, par la splendeur du coloris dont il a revêtu les descriptions encore « monochromes » de Rousseau ; — par la manière dont il a étendu jusqu'aux proportions de la fresque les « miniatures » de Bernardin de Saint-Pierre; — par l'ardeur de
^BpToche que reppcnait, que précisait, et qu'aggravait Volney, ^^KD 1795, quand il regrettait k que l'autour à'Émiie, après ^^BToir tant parlé de la nature, n'eût pas imité sa sagesse - ^Bqui, en montrant au dehors toutes les formes qui flattent ^Bes sens, a caché dans nos entrailles, et couvert de voiles I ^Bfipuis tout ce qui menaçait de choquer notre délicatesse » ^BCt'. Leçons d'histoire, au tome VI des Œuvres de Volney\. ^Bl n'eu est pas après cela moins vrai que, de quelque impu- ^Bdencc qu'il eût fait preuve dans l'étalage orgueilleux de ses fautes, il y avait pourtant un moraliste dans le citoyen , de Genève. Si rien en lui n'avait déplu davantage aux { philosophes, il n'était rien dont les adversaires des philo- j
iophes lui eussent su plus de gré; et c'est ainsi que, par BBEton avec laquelle il s'est mtXé tui-méme dans ees deseriptioDs ; -et, d'un autre côlé, parla diversité des lafaleaux qn'il a Iracés; — I inlôt empruQlaat ses couleurs h la nature, vierge encore, des hmf- I Iques; — ou Ianl6t di!gBgennt de la nature moyenne et tempénîe I c son pays, Li poésie qu'elle c»ulicnt: — et tantôt cnliu riva- | lisant avec la campagne ramaine de majesté, de tristesse et de I mélancolie. ^ Mais il a de plus exprimé comme personne nvatit I lui ce qu'il y a d'aHinités secrètes entre la nature et l'hommi:: — I de relations et de o correspondauces a; — elles-mêmes représen- I lalives d'une relation plus lointntne; — qui esl celle de la ualure avec son auteur; — et c'est par là que, dans son ceuvre, le senlimenl de la nature se lie au .lenlinient religieux.
B. De la \-aleur apologétir/ue da Cénie ilu ckrislianitme; — et ■
,pour en juger, il en faut avant tout considérer le rapport aveu J
besoins de son temps. — Ce qui importait en effet alors, c'était j
I réiolégrer a dans sus droits le n senlimeol religieux » : — ti |
qui élait urgent, c'était de réagir contre la philosophie de Vol- |
en diiiinisaant le rôle du christianisme dana la civilisation, I
!Bt oe que Chateaubriand a fait en montrant à sa manière ce I
in aculemenl la morale; — mxis l'nrl et la littérature eux-
» devaient de n beautés nouvelles u à la rcUgion; — ce que
'istianiame a éveillé de sentiments inconnus aux anciens; —
qu'il procurait eufia de satisfactions profondes \ la ontute
[„g Que. p^r ces moyens, il a obtenu trois choses, les-
s «ont 'iepuis '"* généralemenl admises; — excepW
392 MANUEL DE l'HISTOIRE DE LA LITTERATURE FRANÇAIl
une dernière singularité, qui Tachèvede peindre, lem< homme, dont le Contrat social a été Tévangile de Ro pierre et de Babeuf, se trouve être le père spirituel M°*' de Staël et de Chateaubriand.
Non pas que M*"^ de Staël ou Chateaubriand se soi fait faute, etavant tout, d'imiter de lui son individualisme On ne connaît guère de romans plus « personnels » René y que Delphine^ que Corinne; je veux dire que 1* n'en connaît guère qui ressemblent davantage à des co fessions. Il y avait certainement moins d'aveux dans Nous^elle Hélolse\ et nous n'en trouverons pas un jour dd plus complets ni de plus sincères dans Adolphe ou danë Indiana, C'est bien sa cause, à elle, que M™* de Staël a
quelques francs-maçons; — la première, qu'un croyant n'est pas'v nécessairement un imbécile ou un fourbe; — la seconde, que let « vollairianisme » est le contraire de la vérité de l'histoire ; — et ^ la troisième, que, dans la fausseté de toutes les religions, la réalité ■ du « sentiment religieux o subsisterait encore.
C. Influence de Chateaubriand sur le développement du sentiment historique; — et que pour s'en rendre compte, on n'a qu'à comparer ses Martyrs aux Histoires de Voltaire. — Quelle que soit en effet la vérité vraie de ses Francs, de ses Gaulois, de ses Romains et de ses Grecs; — laquelle est toujours discutable; — au nom d'une érudition devenue depuis lui plus précise; — ils ne se ressemblent pas entre eux; — et c'est ce qui les distingue des Grecs et des Romains de la tragédie pseudo-classique. — Ce qui revient à dire qu'il a eu l'art d'individualiser les époques de l'histoire; — comme il avait fait les scènes de la nature ; — et c'est la justice que lui a rendue Augustin Thierry [Cf. plus loin, p. 430, l'article Augustin Thierry]. — De l'importance de cette innovation d'art; — et comment en devenant le principe de tout ce que le romantisme désignera par le nom de couleur locale, — elle a contribué au renouvellement de la poésie; — au renouvellement de la manière d'écrire et de concevoir l'histoire ; — et au renouvellement de la critique même; — s'il y a quelque chose de Chateaubriand jusque dans Villemain, Sainte-Beuve, et Renan.
De la carrière politique de Chateaubriand ; — et du peu d'intérêt qu'elle offre pour l'histoire des idées. — h^s Écrits politiques et les
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que le trop-plein d'une âme qui se déborde, et eni débordant, se révèle. Mais, il faut bien aussi le sari ce n'en est pas moins le moraliste en Rousseau qui a séduits ou conquis; la possibilité qu'ils ont cru voir relever sur les bases de sa morale tout ce que la Rév( tion avait fait de ruines; et le commencement ou la messe d'un nouvel ordre de choses. Parce qu'elle a trouver dans la Profession de foi du vicaire savotfi un fondement inébranlable à ses espérances de progrj c'est pour cela qu'au lendemain de la Terreur, M' Staél a écrit tout un livre, pour y prouver a que la raisi et la philosophie acquéraient toujours de nouvelles force! à travers les malheurs sans nombre de l'espèce humaine »J
vraiment trop arbitraire, et la chronologie trop peu respectée*. Voici donc les principaux titres et les principales dates qu'il importe de retenir v Essai sur les révolutions, Londres, 1797; — - Atala, an IX (1801); — le Génie du christianisme, et René, an X (1802); — les Martyrs j ou le Triomphe de la religion chrétienne ^ 1809; — Itinéraire de Paris à Jérusalem, 1811; — de Buonaparte et des Bourbons, 1814; — les Natchez, 1826; — Voyage en Amé^ rique, 1827; — Études historiques, 1831.
Le Congrès de Vérone-, — et la Vie de M. de Bancé; — qui manquent dans l'édition Pourrat, ont paru en 1838 et en 1844.
Les Mélanges politiques, opinions et discours remplissent les tomes XXVI à XXXII de ladite édilion, dont les quatre derniers volumes contiennent VEssai sur la littérature anglaise [XXXIII et XXXIV] et la traduction du Paradis perdu [XXXV et XXXVI].
II. — Anne-Louise-Qermaine Necker, baronne de Staêl- Holstein [Paris, 1766; + 1817, Paris].
lo Les Sources. — Notice sur les écrits et le caractère de M^^ de Staël [par M™^ Necker de Saussure], en tête de l'édition des Œuvres complètes, Paris, 1820; — O. d'Haussonville, Le salon de M"^^ Necker, Paris, 1882; — Sainte-Beuve, Portraits de femmes, M^^ de Staël, 1835; Chateaubriand et son groupe littéraire, 1849; et Nouveaux lundis, t. II, 1862 ; — A. Michiels, Histoire des Idées littéraires au xix® siècle, Paris, 1843; — A. Viiiet, M'^^ de Staël et Chateaubriand, cours professé à Lausanne en 1844; — Baudriliart, Eloge
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Tracy, plus d'un contemporain illustre parmi nous, certes ils ne sont point des hommes de sentiment; et ne leur est plus étranger que ces dispositions h la méh colie dont les entretient M™" de Staël, ou que la poésie christianisme, si même on ne doit dire qu'elles les tn vent : les unes, résolument hostiles, et l'autre contre-fai tisés. N'en parlez pas davantage à Garât, par exemple, a Ginguené, ni généralement aux rédacteurs de la Décade^ c'est le journal philosophique du temps; on y impri les pires polissonneries du citoyen Parny! De leur col les savants, je dis les vrais savants, — ceux dont h immortelles découvertes ont balancé ou compensé la si file abondance de la littérature impériale et révolution-^
des passions sur le bonheur des individus et des nations^ 1796; — <»ï la Littérature considérée dans ses rapports avec les Institutions^ sociales^ 1800; — De l'Allemagne, 1810, mis au pilon par la police' impériale, et réédité à Londres en 1813, à Paris en 1814; — et des Hé flexions sur le suicide ^ 1812.
3° Ses Ecrits politiques^ qui sont : ses Réflexions sur le procès de la reine t 1793; — son apologie de son père : Du caractère de M. Necker et de sa vie privée^ 1804; — les Mémoires qu'elle a intitulés : Dix années d'exil; — et les Considérations sur la révolution française, ces deux ouvrages publiés en 1818 par son fils et son gendre : le baron A. de Staël et le duc V. de Broglie.
On a encore de M"'' de Staël quelques vers et quelques essais dramatiques.
L'édition authentique de ses Œuvres complètes est l'édition de 1820-1821, en 17 volumes, Paris, Treuttel et Wurtz.