I. — Alfred de Vigny [Loches, 1797; f 1863, ParisJ
lo Les Sources. — Journal d'un poète, publié par M. Louis Ratisbonnc ; et Notice en tête du Journal, Paris, 1867 ; — Sainte- Beuve, Portraits contemporains, t. II, 1826, 1835; et Nouveaux lundis, t. VI, 1864; — Emile Montégut, Nos morts contemporains, 1867; — Théophile Gautier, Rapport sur les progrès de la poésie, 1868; — Emile Faguet, XIX^ siècle, Paris, 1887; — Maurice Paléologue, Alfred de Vigny, Paris, 1891; — F. Brunetière, Essais sur la littérature contemporaine, 1891 ; et VÉvolution de la Poésie lyrique, 1893, t. II; — Dorison, Alfred de Vigny poète philosophe, Paris, 1892.
2o Le Poète.
A. Les années romantiques. — Origines de Vigny; — son éducation; — et sa vocation militaire. — Ses premiers recueils de vers : Iléléna, 1822, et Éloa, 1824; — et, à ce propos, de l'influence d'André Chénier sur Alfred de Vigny. — Caractère de ses premiers vers, et combien l'inspiration du xviii*^ siècle y est encore visible [Cf. Montégut, toc, cit.\\ — mais combien surtout
l'humanité )» [Cf. rA{>enir de la science, p. 1^ M. Comte n'était pas philologue ; et il écrivait mal V philologie » de Renan ressemblait plus qu'il ne le ù la « sociologie » du fondateur du positivisme: différence entre eux n'était pas même dans les nu mais dans l'appropriation particulière de la mèi thodc générale a des objets aussi divers que le être l'étude des fonctions du foie, par exemple, et de la composition du Bhagaifata Pourana. C'est ai plus ce que l'on verra, si, comme on insère un terme entre deux extrêmes, on interpose, entre l'œu^ Taine et celle de Renan, l'œuvre d'Emile Littré : part, son exposition de la Philosophie (T Auguste
ils sont peu romantiques. — Le roman de Cinq-Mars, 1826; le Moïse, 1826. — Liaisons de Vigny avec les romantiques; pa part dans la lutte contre le classicisme ; — avec son Othello,
— son drame de la Maréchale d'Ancre, 1831 ; — et son « symbolique » de Stello, 1832. — Rencontre et fusion dans Chi Ion, 1835, — de trois au moins des caractères du romantisme recherche de la « couleur locale » ; revendication de la « soi rainel<5 du poète, » et du « droit de l'individu ». — Mais dans les récits qu'il donne en 1835, sous le titre de GrandetOÎ Servitude militaires — Vigny nous apparaît détaché de régoîil romantique; — comme aussi dans les fragments de son Jouf% sous cette date; — et, puisque c'est là le principe et la natu de sa véritable originalité, — c'est ce qui rend bien oiseuse question de savoir quel est exactement son rang parmi les roma tiques.
B. Le Philosophe] — et, à cette occasion, du pessimisme < général; — et qu'il n'est point la doctrine de mort ou d'inertie qi 1 ou a prétendu; — mais au contraire la source de l'action fécond
— et en tout cas le principe de toute élévation morale. — Du pe simisme de Vigny; — et qu'on lui fait tort du meilleur de lu même, — en en cherchant la cause dans l'étroitesse de sa v domestique; — ou dans les déceptions de son amour-propre ; — o comme « les gens d'esprit », dans le pressentiment physiologiqi de la maladie dont il devait mourir [le cancer de l'estomac]. — 1 pessimisme de Vigny est une doctrine philosophique; — fond»
LÀ LITTEilATL-RB MODERNli 4S5
et de Taiitre ses Etudes sur C histoire de la langue fran^ çaise, II apparaîtra manifestement alors qu'à eux trois, Littré, Taine et Renan, quelque différence de talent qu'il y ait entre eux, — et on peut bien dire que cet honnête homme de Littré n'en a pas eu du tout, — ils ont constitué la critique naturaliste, ou plutôt, et mieux encore, leur critique a donné au « naturalisme » cette cohésion, cette consistance, et cette solidité doctrinales qui avaient toujours fait défaut au romantisme.
C'est ce qui nous rend facile aujourd'hui d'en reconnaître les vrais caractères; et, par exemple, de voir clairement que, ce que des œuvres aussi différentes en apparence que les Poèmes antiques^ 1852, le Demi-Monde^ 1855, et
sur la conviction raisounée de Thostilitë de la nature à l'égard de l'homme [Cf. la Maison du Berger] ; — sur l'isolement de l'intelligence parmi les hommes [Cf. Moïse^'t — sur la corruption de la nature humaine [Cf. la Colère de Samson] ; — et sur l'indifFérence des dieux à nos misères [Cf. le Christ au Mont des Oliviers]. — Qu'à tous ces égards le pessimisme de Vigny est de la nature de celui de Pascal; — et qu'on en trouve au surplus la preuve dans les conséquences qu'il en lire; — si son horreur de la condition humaine se change en pitié de ses semblables [Cf. son Journal, à dater de 1835] ; — cette pitié en amour [Cf. la Flûte] ; — cet amour en résolution de travailler à vaincre la nature [Cf. la Sauvage]; — et qu'enfin celte résolution se termine par un cri d'espérance [Cf. la Bouteille à la mer]. — Noblesse hautaine, mais réelle de ce pessimisme; — et que, pour en sentir la valeur, — il ne faut que le comparer à l'optimisme réaliste d'Hugo; — à l'optimisme enfantin de Musset; — et à l'optimisme vulgaire du chansonnier du Dieu des bonnes gens.
C. L'influence d'Alfred de Vigny; — et qu'elle s'oppose presque par tous les points à l'influence du romantisme. — Il a libéré le poète de l'obsession du Moi; — et de l'adoration superstitieuse de la nature. — Aux « thèmes » lyriques du romantisme, — qui ne pouvaient être que des motifs généraux ou indéterminés, — et, comme ceux des « pianistes », un prétexte à virtuosité, — il a substitué des « idées » précises ; — dont ses fictions [la Mort du Loup, la Maison du berger, la Bouteille à la mer] ne sont que l'euvc-
4SC MANUBI. 1)B K*lll8TOinB DE LA LITIÉRATURB
Madame Bo^uiryy 1857, ont pourtant de comi d*étrc en premicM* lieu ce que nous appelons dei « impersonnelles ». Précisons bien le sens de On ne veut pas dire par là qu'un Flaubert, un un Leconte de Lisle soient absents de leur œi détachés d'elle à ce point que nous n'y puissions ver leur conception de Fart, de la nature, et de l'I Mais on veut dire : qu'ils ne sont point eux-m^ sujet de leur observation, la matière de leur littë] on veut dire que l'homme en eux se subordonne tisto ; et on veut dire surtout qu'ils n'ont point fattj sister leur originalité h exprimer des choses qui fo a leurs », mais seulement des choses inaperçues
loppo ; — et c'est le vrai symbolisme ; — et c'est donc la poésie. — Et il a fait enfin des « poèmes », — qui ont un coi comont, un milieu, une fin; — dont le développement se pi tienne à l'importance humaine de l'idée qu'ils expriment; ainsi n'a pas uniquement pour mesure le caprice du virtuose] ou la capacité de souffle du poète. — Qu'on ne saurait regretter, pour toutes ces raisons, — que de certaines qui d'artiste, ou môme d'écrivain aient fait défaut trop souvent à Vigi)
— mais qu'il n'en demeure pas moins un très grand poète; — ^ l'auteur de quelques centaines de vers au-djessus desquels, — % y on a dans la langue, il n'y en a pas beaucoup.
TLes Œuvres. — Les ^A^/vre* d'Alfred de Vigny comprennent 1** Ses Poésies j dont il a lui-môme sacrifié quelques-unes des pr niières ; et qui se composent en tout de deux recueils : les Poésie divisées en trois livres, le Livre mystique^ le Livre antique^ Livre moderne, 1822-1826; — et les Destinées, 1863 [Les Destiné n'ont été réunies sous ce titre qu'en 1863, mais la plupart à\ poèmes qui en font partie sont de 18'j3, 1844, 1845, 1854, et o; paru sous ces dates dans la Revue des Deux Mondes],
2*» Son Théâtre, c'est-à-dire sa traduction [en vers] de Shyloc. le Marchand de Venise, 1828, — son adaptation [en vers) d*Othell 1827 ; — la Maréchale d'Ancre, 1831 ; — Quitte pour la peur, 1835
— Chatterton, 1835.
'So Ses lioinans : Cinq-Mars, 1826; —Stello, 1832;— Grandeur t Servitude militaires, 1835.
eux. Tous les rayons étaient égaux avant qu'on eût tracé de circonférence de cercle, et ce n'est pas Galilée qui a mis la terre en mouvement autour du soleil! Pareillement, la province française existait avant Madame Bovary] et l'auteur des Poèmes Antiques n'a inventé ni les Dieux de l'Inde, ni ceux de la Grèce, ni leur légende, ni même leurs attributs. Mais l'unique ambition qu'ils aient eue, c'a été de fixer, « sous l'aspect de l'éternité », l'objet de leur imitation; et, pour y réussir, de ne s'attacher qu'a ce qu'ils ont cru voir en lui de permanent.
« L'art, écrivait Flaubert, est une représentation, nous ne devons penser qu'à représenter », et, dans un autre endroit de sa Correspondance : « L'art ne doit rien avoir
40 Son Journal, publié en 1867 par M. Louis Ratisbonnc, son héritier littéraire; et quelques Lettres [Cf. Sainte-Beuve, Portraits contemporains^, dont la suite la plus considérable a été publiée dans la Revue des Deux Mondes du 1" janvier 1897.
Il existe deux éditions des OEuvres, l'une en huit volumes in-8*', Paris, 1868-1870, Michel Lévy; et l'autre eu six vol. in-12; Paris, 1883-1885, A. Lemerre.