SECTION LXX1I
CONFÉR. SECT. LUI. P. 236.
Nous avons parlé plus haut de trois romanciers qui ont vécu avant le quatrième siècle , nous en trouvons huit depuis les temps de Constantin, mais comme trois d'entre eux , Théodore Prodrome , Nicétas Eugenianus et Constantin Mariasses , ont écrit en vers, nous les avons rangés parmi les poètes ; il nous reste donc seulement à faire connaître les cinq autres.
Héliodore , d'Emèse en Phénicie, qui dans un âge plus avancé devint évêque de Tricca en Tbessalie, composa dans sa jeunesse, vers l'an 390 , un roman en dix livres sous le titre d'Flhiopiques ou histoire de Théagène et de Chariclée; cet ouvrage n'a pas été imité seulement par les romanciers grecs postérieurs, mais il a encore servi de modèle à quelques romans modernes. Le roman d'Héliodore est sagement conçu ,
1 Edit. a) M. Crusii Turco-Grœcia. Basil. 1584. fol. p. 76. b) //. S. Reimarus. Lugd. Bat. 1721. 8. c) D. Hoeschel Aug. Vind. 1797. 8. J. Seheffer, Gr. et lat. Hamburg. 1675. 8.; (Extraits des projjymnasmata d'Apbtbonius : C. Walz, Bhct. Gr. vol. I. p. 121-136.) d) C. Walz. Bhet. Gr. vol. VI. p. 599. sqq.
fortement intrigué; les épisodes y sont amenés à propos; les caractères et les mœurs des personnages bien soutenus; mais il ne fait point eonnaître l'état de la société, il n'offre que des mœurs factices et ne représente ni un siècle ni un peuple '.
Achilles Tatius , qui a vécu probablement dans le cinquième siècle, a laissé un roman intitulé '.Les amours de Leucippe et de Clitophon , en huit livres. On le regarde comme le meilleur des anciens romans après celui d'Héliodore. Cette composition offre de l'intérêt et de la variété, le dénouemeut en est simple, mais le cadre est mal choisi, et le caractère des acteurs est trop uniforme, celui du principal héros surtout est entièrement manqué. Achilles a imité et pillé Platon , les anciens poètes élégiaques et Héliodore. Son style est plein d'antithèses, d'images souvent agréables, et de jeux de mois : on remarque partout de la recherche et le désir d'être concis et élégant, mais le plus grand défaut qu'on ait à lui reprocher, c'est une imagination peu chaste a.
Long us est auteur du Roman pastoral de Daphnis et Chloé , en quatre livres. Cet ouvrage est faible sous
1 Ed. pr. Basil, ap. Hervag. 1534. 4. ap. Hier. Commelin. Heidelb. 1596. 8. Lugd. 1611.8. Dav. Parcus. Franco!'. 1631. 8. (réimpression de ledit, de Commelin, dans laquelle cependant le texte se trouve divisé, pour la première fois, en chapitres). C. G. Mitscherlieh. Ar- {jentor. 1798. 2 vol. 8. (Scriptor. Erotici Gr. Part. II.) Ad. Coray. Taris. 1804. 2 vol. 8. — F. Jacobs, Epistola Crit. de Heliodoro. Jen. 1804.8.
2 Ed. pr. ap. Commelin (avec Longus) Heidelb. 1601. 8. B. G. L. Boden. Lips. 1776. 8. C. G. Mitscherlieh. Bip. 1792. 8. (Scriptorea Erot. Gr. Part. I. J F. Jacobs, recens. not. Salmasii Guycti Goettlingii, Hasii et suas adj. Lips. 1821. 2 vol. 8. — C. G. Goett- Uni), Ai>imad\. crit. in Callimach. et Achilli'in Tal. Jeu. 1811.8.
le rapport de l'invenlioii , mais il y règne beaucoup de finesse; ce qui lui donne une apparence de grâce. Le style paraît naturel , il est toutefois trop élégant et trop recherché pour être vraiment naïf. On croirait que ce livre a servi de modèle à Paul etVirginîe ' .
Chariton, d'Aphrodisée, dont l'époque est incertaine, écrivit un roman intitulé : Les amours de Chéréas et de Callirhoé, en huit livres. L'invention de ce roman est peu de chose, mais la marche en est facile et naturelle a.
Eustalhius ou Eumathius, Egyptien , nous a laissé le roman dHIsménias et (ÏIsmène; production plate f froide et insipide 3.
Aux romanciers on peut joindre Aristénète, de Nicée, écrivain d'une époque incertaine. Ses Lettres erotiques ou amoureuses sont les meilleures de ce genre qui exis-
1 Ed. pr. Raph. Columhanus. Florent, ap. Pliil. Juntam. 1598. 4. G. Jungermann. Hanov. (ap. Wecliel.) 1605. 8. J. B. C. de Villoison. Taris. 1778. 2 vol. 8 et 4. ap. Bodonium (cum Proloquio de libris croticis [P. M. Paciaudi] et Praîfatione [J. B. de Rossi] Parm. 1786. 4. C. G. Mitscherlich. Bip. 1794. 8. (Script. Erot. Gr. Part. III.) Ad. Coray. ap. Didot. Paris. 1802. 4. G. IL Schœfer. Lips. 1803. 12. P. L. Courrier (une lacune considérable comblée à l'aide d'un mst. de Florence) Rom. 1810. 8. F. Passow, Gr. allem. Leips. 1811. 8. G. L. R. De Siriner. Paris. 1829. 8. — Le fragment du mss. de Flor. publié à part par P. L. Courrier, cum versione lat. II. Amati Rom. 1810. 8. Chardon de la Rochelle, Mélanges de Critique et de Pbilolojj. vol. II. p. 107. sqq. Classical Journal, vol. VIII. p. 403. sqq. //. C. A. Eichslaedt. Jcn. 1811. fol. — J. T. Krey&sig, Obss. ad Longi Pastor. fragm. Nivemont. 1813. 8.
2 Ed. pr. J. P. d'Orville. Amstel. 1750. 4. 3 Partt. Cum Abrescli. Picrson. conject. suisque not. recudicur. C. D. Beck. Lips. 1783. 8. Spyridion Blantis. Venct. 1812. 4.
1 Ed. pr. G. Gaulmin. Gr. et lat. Paris. 1617. 8. Graece Vicimac. 1791. 8. L. II. Teucher. Lips. 1792. 8.
lent de l'antiquité. Cependant le style (le ces lettres manque souvent de goût et de naturel; il est presque toujours déclamatoire. Le mérite de celle composition esl de peindre les mœurs de la Grèce ancienne, et d'éclaiccir ainsi quelques passages des auteurs classiques, qui sans cela seraient obscurs pour nous '.