SECTION LXXX
COSFÉR. SECT. LVIII. P. 257.
A la fin de la période précédente la philosophie de Plotin, de Porphyre et de lamblique avait remplacé tous les antres systèmes. Mais après la mort de ce dernier , lorsque Constantin-le- Grand se fut publiquement déclaré en faveur du christianisme , on prit des mesures pour empêcher la propagation de doctrines en opposition avec la religion de l'état. Le Néo-Platonisme quitta Alexandrie et se répandit ça et là dans les provinces. Son siège principal depuis 324 jusqu'à 353 fut l'Asie mineure. Là il s'enseigna plus ou moins publiquement par une suite de soi -disants philosophes, qui, suivant l'expression d'Eunape, formèrent la chaîne d'or du Platonisme. Nous ne connaissons la plupart de ces Néo-Platoniciens que par les louanges exagérées que leur donne cet écrivain peu judicieux. Nous citGns d'après lui JEdesius, Eustathius, ainsi que son épouse Sosipatra et son fils Antoninus ; Priseus, Maxime , d'Ephèse, et Chrysanthe , de Lydie. C'est à tort qu'Eunape leur adjoint Eusèbe , de Myndus en Carie , qui enseigna une morale excellente et rejeta la théurgie et la magie. Ces hommes exaltés initièrent Julien aux mystères de leur doctrine prétendument divine. Aussi à l'avènement de ce prince à l'empire , le Néo-Platonisme releva la tète ; mais la mort prématurée de l'empereur vint arrêter son triomphe sur la religion de l'Etat.
Lorsqu'après un exil de 30 ans . la Philosophie Pla-
tonico-Syncrétiste eut reparu sur le théâtre du monde, une nouvelle école s'ouvrit à Athènes. L'enseignement n'y eut à souffrir d'aucune mesure restrictive de la part des successeurs de Julien , seulement on retira le traitement aux professeurs. Avant de nous occuper des philosophes appartenant à cette école , nous parlerons séparément d'une autre classe de Néo-Platoniciens , savoir , des philosophes chrétiens et païens qui demeurèrent étrangers aux visions des successeurs de Plot in.
Néo-Platoniciens qui n'appartiennent pas à l'école d'Athènes.
Chalcidius , chrétien , le même peut-être que l'évêque de Cordovaqui assista au concile de Nicée en 325, a laissé un Commentaire sur le Ti?née de Platon \
Sallustius , qui vécut vers l'an 363 , quoique païen , déconseilla à Julien de persécuter les chrétiens ; on lui attribue un petit ouvrage , eu vingt-un chapitres, intitulé : des Dieux et du monde*.
Cœsarius, frère de St-Grégoire de Naziance , philosophe, et médecin de l'empereur Julien , passe probablement à tort pour l'auteur de cent quatre-vingtquinze questions théologiques et philosophiques , distribuées en quatre dialogues \
Némésius , évèque d'Emèse en Phénicie, vers Fan 400, a laissé un ouvrage sur la Nature de l homme,
i Ed. pr. Aug. Justinianus. Paris. 1520. fol. J. Meursius, Liijjd Bat. 1617. 4.
s Éd. : éd. pr. (Lco Allatins) Gabv. Naudceus, Rom. 1638. Lugd. Rat. 1639. 12. Th. Gale, Çantabr. 1670. 8. et dans ses Opuscul. nvythol., etc. J. C. Orellius, Turici. 1821. 8.
3 On les trouve dans Ducœi , Auctarium Bihlioth. l'alnim T. I. Paris. 1624. et dans la Bibl. Patrum. vol. XI. Paris. 1644.
en quarante-qualre chapitres, qui est considéré comme une des meilleures productions de l'antiquité chrétienne. Némésius montre plus de connaissances physiques qu'on ne devait en attendre d'un auteur de cette époque et son style , formé par l'étude des bons modèles, est plus pur que celui de la plupart de ses contemporains '.
Grégoire de Nysse , ainsi appelé parce qu'il fut évèque de cette ville, était fils du rhéteur Basile et frère puiné du grand S1 Basile; il enseigna pendant un certain temps la rhétorique à Césarées son lieu de naissance. Grégoire est l'un des trois grands docteurs de l'église grecque qui illustrèrent la seconde moitié du quatrième siècle. Esprit aussi subtil et penseur aussi profond, que son frère Basile et que son ami Grégoire deNaziance, il ne posséda pas, au même degré qu'eus, ces talens brillans qui leur attirèrent l'admiration de leurs contemporains. Les nombreux écrits de Grégoire appartiennent à la littérature sacrée, nous en nommerons ici quelques-uns, qui ont également rapport à la philosophie ; ce sont : deux dialogues, l'un contre la Doctrine du destin; l'autre intitulé : Macrinia, de l'a me et de la résurrection ; et un Traité de l'âme a.
Synésius , de Gyrène, homme de grands talens comme auteur et comme poète, étudia la philosophie platonicienne sous la célèbre Hypatie et ne renonça
1 L'ouvrage de Némésius a été imprimé dans diverses collections des Pères de l'Eglise p. ex. dans celles que nous venons de citer , vol. II. et vol. XII. — Séparément : Nie. Ellebodius , Antvcip. 1561. 8. Joh. Fell. O.von. 1671. 8. Ch. F. Matlhœi , Halle. 1802. 8
2 Kd. : Fronfo Ducœus , S. Grcgorii opéra. Paris. 1615. 2 vol. fol. Ijim appendice Gretscri , Paris. 1638. 3 vol. fol.
pas à ce système après sa conversion au christianisme, ni même après son avènement à l'épiscopat de Ptolémaïde. Voici les titres de ses principaux ouvrages : Sur l'art de gouverner, discours adressé à l'empereur Arcadius; Dion ou de sa propre vie ; Eloge de la Calitiic ; l'Egypte ou de la Providence des songes . etc. On a en outre de lui cent cinquante-deux lettres aussi instructives qu'amusantes et des Hymnes ' .
Hiéroclès , qu'il ne faut pas confondre avec le grammairien de ce nom, enseigna le platonisme à Alexandrie, vers le milieu du cinquième siècle. Il est auteur d'un traité Sur la providence, le destin et le libre arbitre , dont Photius et un anonyme nous ont donné des extraits ; et d'autres ouvrages philosophiques , dont quelques fragmens se sont conservés dans Stobée. Nous avons cité ailleurs son excellent commentaire sur les vers dorés de Pythagore. Un recueil assez insipide de facéties, sous le titre d'«<7T£îa, lui estfaussement attribué a.
Son disciple, JEnéas, de Gaza, embrassa le christianisme sans pour cela renoncer au platonisme. Il reste de lui un dialogue intitulé : Théophraste ou de l'immortalité de rame et de la résurrection des corps et une vingtaine de Lettres 3.
1 Éd. : Dt'onys. Petarius. Synes. opéra, Lutct. 1612. 1640. fol. — Sur l'art de gouverner : J. C. Krabinger. tradoct. allem. avec le texte grec, Munich. 1825. 8. — Epistolœ : F. Moreïlui, Taris. 1605. 8.— M mil Th. Clausen. de Syncsio.etc. Ranime. 1831. 8.
2 Les fragmens dllicroclès se trouvent dans les édir. de son comment, sur lMhagorc. — F. Morellus , de provid. et de i'afo, Lutet. 1597. 8. — J. A. SckièrknùÀ grec-français. Leips. 1750.8. un éditeur anowvme grec-allemand). Leips. 1789. 8.
aÉdit. J. Wotf. Tiirici . 1560. f<»!. V. Bartk Uçêt 1655. i. Pans
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Un ouvrage qui a beaucoup de ressemblance avec e Théophraste d'Jïnéas est un dialogue intitulé Amiionius par Zacharias Scholasticus ; l'auteur y comjat la doctrine de Platon sur l'éternité du monde. Son style, qu'il a voulu former sur celui de Platon, est plus leuri et plus oratoire que celui d'iEnéas de Gaza ' .
Olympiodore , Platonicien du sixième siècle, a laissa les commentaires sur divers écrits de Platon; celui sur le premier Alcibiade renferme une Vie de Pla- \on , dans laquelle se trouvent plusieurs renseignemens inconnus d'ailleurs 3 .
Nous arrivons maintenant aux Néo-PIaloniciens de l'école d'Athènes. Le fondateur de cette école fut Pluf.arque, fils de Nestorius et disciple de Ghrysanthius. 11 enseigna avec tant de succès la philosophie de Plo- Lin, Porphyre et lamblique, et la science mystérieuse ie la théurgie , que ses contemporains le décorèrent de nom de Grand. On ignore s'il a écrit quelque chose.
Gallandi , Bibl. Patruni. vol. X. p. 627. — Les lettres dans les collections d'Aldus et de Ctijas. — G. G. Wernsdorf. disputatio de ïEneà Gazseo, Naumburg. 1816. 4.
1 Le dialogue Ammonius se trouve dans l'édit. d'JEnéas de Gaza par Barth. L'ouvrage de Zacharias Sur les erreurs des Manichéens existe dans un mst. de !a Bibl. de Munich : il a été publié, mais incomplètement . dans une traduct. latine de F. Turrianus : Canisii Thesaur. monum. écoles, et hisloric. Antv. 1525. fol. vol. V. p. 428.
2 Éd. : Fragm. du comment, sur le Phsedon dans l'édit. de ce dialogue par Fischer. Lips. 1783. par Forster. Oxon. 1752. 8., etc.
— Fragm. du comment, sur le Gorgias dans ledit, de ce dialogue de M. J. Routh, Oxon. 1784. 8. — Le comrn. ou scolies sur le I'hilébus. dans l'édit. de ce dialogue par G. Stallbanm, Lips. 1820. 8.
— Le comm. sur le I Alcibiade forme le vol. II de la publication de Creuzer. intitulée : Initia Philosophiae ac ïhcologise ex Platonis fontibus ducta , Francof. 1821. H. — La '.ie de Platon a éfé publiée dans 1 éd. citée de Fischer.
Il eut pour successeur , Syriatius , d'Alexandrie ou de Gaza, qui dirigea l'école d'Athènes jusqu'en 450 , où il mourut. On a de lui un Commentaire sur quelques-uns des livres de métaphysique d'Aristote , dans lequel il déFend Platon contre les attaques du Slagyrile, et un autre sur la Rhétorique d'Hermogène '.
Dans le nombre des disciples de Syrianus, on comple îlermias , d'Alexandrie, auteur d'un commentaire sur le Phèdre de Platon, et le philosophe Arménien, David, de Nerken , qui a laissé des commentaires en grec et dans la langue de son pays sur l'introduction de Porphyre aux catégories d'Aristote el sur les catégories d'Aristote elles-mêmes *.
Le plus célèbre philosophe Néo-Platonicien, depuis les fondateurs de cette école , fut Froclus , né à Byzance , mais surnommé le Lycien, parce que son père était né en Lycie. Il reçut aussi le surnom de Diadochus , parce que Syrianus son maître le désigna pour son successeur. Proclus se jeta aveuglément dans la théologie mystique , se fit initier dans les secrets des sectes orientales, dont il amalgama les principes , et porta le système Néo-Platonicien à sa perfection. A un beau génie , à une mémoire prodigieuse et à un amour infatigable du travail , il réunit un excellent ca-
1 Traduct. latine du comment, sur Aristotc par //. Bagolinus. Venet. 1558. 4. — Le comment, sur Hennojjî'nc dans la collection des Rhéteurs grecs à' Aide. C. Jr'alz , lthet. <jr. vol. IV. p. 1. sqq.
2 Ed. : Comment. d'IIermias dans ledit, du Phèdre de Platon par Ast. Lips. 1810. 8. Voyez Notice sur Ilermias. par le Baron de Sainte-Croix dans le Magas. Encyelop. 3e année vol. III. p. 21. - On trouve des extraits des commentaires de David dans : C. i'. )< u mann . Mémoires sur la vie et les ouvrages de David. [Nouveau
Journal asiat. vol. I. et h part. Paris. 182i). 8.
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ractère et des mœurs pures. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages divers sur la philosophie, les mathématiques, la grammaire , ainsi que des hymnes '.
1 Les ouvrages de Proclus qui appartiennent h cet endroit sont : De la théologie de Platon publie par F. Lhtdenbrogius et /Km. Portus. Hamburg. 1618. fol.; Institution théologique, publiée avec l'ouvrage précédent et en dernier lieu par Creuzer. Part III de ses Initia philos., etc. Francof. 1822. 8. Nicolas, de Méthonc (vers 1100) : Réfutation de l'Institution théotogiquc de Proclus publiée par F. Joemel, Francof. 1825. 8. ; Du mouvement (en 2 livres), texte grec : Sim. Grynœus , Bas. 1531. cum versionc J. If eh. ibid. 1545.8.; Commentaire sur les travaux et les journées d'Hésiode, publié dans la plupart des édit. d Hésiode ; Cbrestomatbie grammaticale ( en deux livres) dont nous ne possédons que des fragmens : nous en avons cité les édit. les plus récentes pag. 22 not. 1. Du reste on peut douter que cet ouvrage soit de Proclus . le philosophe ; dixhuit argumens contre les chrétiens : ils existent dans la réfutation de Jean Philoponus avec laquelle ils ont été publiés ; Commentaire sur le Timée de Platon en cinq livres (le meilleur ouvrage deProclus)se trouve dans les édit. de Platon, Bas. 1534. et 1566. Commentaire sur le I Alcibiade de Platon, publié pour la première fois et en même temps par V. Cousin, vol. H et III. TrocH opéra inedita. Paris. 1820. 8. et par F. Ctvuzer. vol. I. des Initia philos., etc. Francof. 1820. 8.; Commentaire sur le Parménide de Platon : V. Cousin, Procli opéra ined. vol. IV. V. Paris. 1821-27. 8.; Commentaire sur la république de Platon, dans ledit, de Platon, Bas. 1534. fol. des extraits dans Gesner, Apologirc quœdam pro Ilomcro et arte poëtica. Tigur. 1542. 8.: Commentaire sur le Cratyle : des extraits ont été publiés par J. F. Boissonadc. Lips. 1820. 8. Relativement aux comment, sur le Phaedon, voy. V. Cousin, Journal des savans. Juin. 1834. p. 321. suiv. Juillet p. 428. suiv. Août, p. 482. suiv.) Dissertation sur les trois genres de poésie : F. Morellus. Paris. 1615. 12.: Du genre épistolairc (ouvrage qu'on attribue également à Libanius ou à Tlicon ):F. Morell. Par. 1577. 4. Les écrits suivans n'ont été publiés qu'en latin : De causis (avec un commentaire de Sl-Thomas d'Acquiu), Padua;. 1493. fol. De libertate, de providentiâ. de nialo. traduction de G. De Norbert- , dans Fabricii
Marinas , de Havia-Mcapolis en Palestine, fut le disciple et ensuite le successeur de Proclus en 485. il a écrit la vie de ce philosophe sous le titre de Proclus ou de la Félicité : son but fut de faire voir que par la réunion de toutes les vertus, Proclus avait atteint le vrai bonheur '.
Isidore, de Gaza , succéda à Marinus, mais au bout de quelques années il se lassa de la direction de l'école et la remit à Zénodote , qui à son tour eut pour successeur Damascius, de Damas, le dernier chef de cette école : nous avons de lui des recherches sur YOrigine des choses et des fragmens de sa Vie d'Isidore , conservés par Suidas et Photius , etc. 3 .
L'école Néo-Platonicienne d'Athènes , après avoir eu à souffrir mainte oppression depuis Constanlin-le- Grand, fut enfin détruite par l'empereur Justinien, qui expulsa ces philosophes comme ennemis du christianisme et par conséquent de l'Etat. Ils se rendirent alors à la cour de Cosrôes, roi de Perse; mais n'y ayant pas trouvé l'accueil qu'ils attendaient, ils se dispersèrent. Faute d'un point de réunion, le Platonisme expira et à peine Platon fut-il lu après le septième siècle. Ce n'est que dans le quinzième siècle que sa philosophie fui ressuscilée par les Grecs réfugiés en Italie , et la
Bibl. jp\ vol. IX. p. 373. éd. 2. T'ict. Cousin. Proeli op. ined. \o!. ! Paris. 1820. 8.
1 Ed. : éd. pr. G. Xylander (avec M. Aur. Antonio) Tïjjur. 155S. 8. J. A. Fa&rfeMM, Hambnrjj. 1700. 4. Load. 1703. 8. J. F. Boissonade, Lips. 1814. 8.
2 Éd. : J. K opp, Qurcstioncs de principes, Franeol'url. 1827. 8. La continuation du Commentaire de Proclus sur le Parménido > été mise au jour par J'. Cousin, ouvr. cité, t. VII. p. 255. sniv. Paris. 1827.8."
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maison de Laurent de Médicis devint le rendez-vous des Platoniciens.