‹ Manuel de l'histoire de la littérature grecqueChapitre 15 sur 129 · SECTION V · texte numérisé non relu

SECTION V

Les changemens qu'éprouvèrent dans celte période

1 Editions : éd. pr. Aldina. Venet. 1495. fol. etc. //. Stephamis . l'oet. gr. her. c. I. II. p. 1-59. Daniel Heinsius. Lugd. Bat. 1603. 4, réimprimé plusieurs fois. J. Clerictis. Amstel. 1701. 8. F. Lôsner. Lips. 1778. 8. Th. Gais fard. vol. I et 11. des poëtac Grseci minores. C. Gbtllituj. Goth. et Erford. 1831. 8. — Opéra et dies. publié souvent avec les Poëtse Gnomici gr., notamment par Brunch. Séparément: ap. Morel. Paris, 1531. 4. L. Lanzi. Elor. 1808. 4. F. A. G. Spohn Lips. 1819. 8. — Tbcogonia. F. A. Jfolf. Hal. 1783. 8. — Scutnm Herculis. C. F. Jleinrich. cum grammaticorum schol. gr. etc. Vratisl. 1802. 8. — T. Jlamel, Dissertation sur les œuvres d'Hésiode. Paris, 1332. 8. C. Lehmann, de llesiodi carminibus perditis. Part. I. Bcrol. 1828. 8.

1 C. F. Heiurich. Epiménide de Crète. Leips. 1801. 8. (en allcm.}

les constitutions des États de lu Grèce, furent favorables à la poésie; ils lui ouvrirent un nouveau champ. L'épopée avait été la poésie des rois; du tumulte des républiques sortit un genre inconnu jusqu'alors, la poésie lyrique, qu'on peut regarder comme la plus sublime de toutes. La musique, perfectionnée par l'invention du barbiton , devint alors un art particulier, sans cesser pour cela de prêter son aide à la poésie pour donner de la force et de l'expression aux paroles. Selon les sujets qu'il chante, et selon les objets ou les circonstances qui l'inspirent, le poète varie le rhythme ou le mètre de ses vers. Une fois établis et appropriés chacun à un genre particulier, les mètres dirigèrent à leur tour la marche du poète, et servirent à distinguer les différentes poésies ; c'est même d'après eux qu'on dénomme quelques-uns de ces genres, tels que l'élégie et les ïambes.

L'histoire de la poésie ëlégiaque l , c'est-à-dire celle de son origine, offre quelques difficultés. Les anciens déjà n'étaient pas d'accord à cet égard. Toutefois leur

1 Discours de l'abbé Souchay sur les élégiaques grecs. (Méni. de l'acad. des Inscr. t. VII. p. 335-397.) Comp. F. Osaim, sur l'élégie grecque, dans ses Matériaux pour servir h l'histoire litt. des Grecs et des Romains. 1. 1. Darmst. 1835. 8. (ail.). Schneider, sur la poésie élégiaque des Grecs, dans les études de Daub et de Creuzer. vol. IV. p. 1-78. Jf . E. Jfeher, les poètes élégiaques grecs traduits et expliqués. Francf. 1826. 8. (en allem.). A. Boettiger* sur l'invention de la il ii te et la punition de Marsvas, dans le Musée attique, 1. 1. p. 293- 336. F. Schlegel . dans l'Athénée, t. II, et dans ses OEuvres. t. IV, p. 46-60. N. Bach, sur l'origine et le caractère de la poésie élégiaque chez les Grecs (dans la Gazette génér. des écoles de ZtUt- ■>ncimanii. 1829. lMI.n0 133-136. Le «jéwu?. Notices bibliographiques sur les poètes élégiaques grecs dans les Nouv. Annales pour la l'Iiiloli.g. par Secùode et John , t. XIII. liv. I. p. 89-108. (en alP

dissentiment semble Tenir de ce qu'ils ont confondu les époques et les diverses espèces d'élégies. L'emploi du mot ïXeyoç pour exprimer l'idée d'une plainte ' , remonte aux premiers temps de la formation de la langue des Grecs. On appela d'abord élégie tout poème lyrique sur un sujet triste et lugubre, sans aucun égard, semble-t-il, à la forme métrique. La seconde espèce d'élégie, Çiïeyslcv, é)<eye~a, éleyelo:) , dont Callinus passe pour l'inventeur, était dans sa forme primitive un poème lyrique composé de disligues, c'est-à-dire , d'une suite d'hexamètres et de pentamètres alternans. Les anciens poètes lyriques firent usage de ce mètre principalement pour les chants de guerre. Ce n'était donc pas le contenu , mais la forme métrique qui constituait le caractère de cette élégie. Pendant long-temps la poésie élégiaque n'eut pas d'autre dénomination que le terme général d'enoq , à cause des nombreux élémens épiques qu'elle renfermait; le mot êleyeta, signifiant un assemblage de distiques, n'est pas antérieur au temps d'Euripide et de Platon. Voici comment a pu se faire l'application d'un dérivé d'î^s; à des poésies guerrières. On aura donné d'abord le nom d'éïsysîov a. un distique renfermant une idée plaintive, tels que ceux que l'on inscrivait sur les pierres tumulaires. Par la suite on aura appelé Cuyilov tout distique indistinctement, èlzyzïa. la réunion de plusieurs distiques et û.eyia un poème écrit dans ce mètre. La troisième es-

1 ïteytr a la même signification que Spror. Quelques-uns le font dériver de \'i a tyuv, pousser des cris de douleur; d autres de ixitr, pitié , avec insertion du y ; mais il paraît préférable de considérer tMytf comme un mot simple ayant de l'affinité avec êxt\«3, cri de douleur et de guerre.

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pèce d'élégie (eXeyoç i\eye:a.) , dut sofa origine à ['«usage

introduit par Mimnerme et définitivement consacré par Simonide, d'adapter aux sujets plaintifs les distiques, qui jusqu'alors avaient servi prélérablement à exprimer les élans de l'ardeur militaire. Cette nouvelle élégie était donc un poème lugubre, composé de distiques et réunissait deux qualités, dont chacune prise séparément, avait constitué la marque distinctive des deux autres.

Callinus , d'Ephèse, sur l'époque duquel il règne beaucoup d'incertitude, est le plus ancien poète eonuu , qui ait introduit dans ses chants militaires le mètre dit plus tard élégiaque. Nous avons de lui un fragment d'une ancienne pièce de poésie, dans laquelle il excitait ses compatriotes à combattre vaillamment contre les Magnésiens \

A l'exemple de Callinus, Tyrtée de Milet, envoyé par les Athéniens au secours des Spartiates, dans la seconde guerre de Messène , 684 avant J.-C. , leur inspira par ses poésies l'enthousiasme guerrier. Des élégies militaires de Tyrtée, trois seulement, outre quelques fragmens, se sont conservées jusqu'à nos jours. Ce sont des morceaux pleins d'enthousiasme et de patriotisme écrits en dialecte ionien. Il ne faut pas les confondre avec les véritables chants de guerre , (xéh) 7ro).e^mv)'pa , que Tyrtée a composés pour les Spartiates et qu'ils chantaient au son de la double flûte lydienne , en allant au combat. Ils étaient en dialecte dorien et composés d'anapestes. Ils reçurent la (.\v\io-

1 J. V. Franchit) Callinus sivede origine carminis elëgiaci tractario crit. acccdnnt Tyrtaei rcliiuiiœ. Alton. 1816. 8. I\. tfachius , Callini, Tyrtaei, Asii, Samii, carm. quse supersunt, disp. emend. ilhist. Lips. 1831. 8. Additions ibid. 1832. 8. R. F. P. linuuk. Anal. vct. Poet. jjr. vol. 1. p. 39.

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mination de marches, xà ê[xj3a.vôpia. , à cause que le mètre , que le poète y suivit , était celui qu'on appelle messéniaque ou èp(3<xTr';piov. Les chants de guerre de Tyrlée formaient cinq livres, dont il ne nous reste qu'un fragment. Les anciens parlent d'un poème du même auteur, intitulé eùvo^ia; c'est peut-être de là que sont empruntés les huit vers conservés par Plutarque et qui renferment pour ainsi dire toute la constitution de Sparte \

Mimnerme, de Colophon en Ionie , qui florissait probablement vers 600 avant J.-C. , se servit le premier, dit -on, du mètre élégiaque pour peindre les calamités, qui accablent les malheureux mortels et particulièrement les peines de l'amour. Il porta jusqu'à la perfection le nouveau genre d'élégie dont il était l'auteur, nous voulons parler de Y élégie erotique. La poésie de Mimnerme avait tant de douceur et d'harmonie , qu'on lui donna le surnom de Ligystade ( de hyùq , sonore). Il ne nous reste de lui qu'un petit nombre de vers \

1 Militions : //. Stej)hamis, Poëtœ pr. hcroici carminis, vol. II, p. 173-499. Tyrtaei opéra quœ supcrsunt omnia, etc. éd. C. A. Clolz. Altemb. 1767. 8. Tyrtaei op. qua; sup. gr. et lat. éd. S. Frohlich. Ups. 1790. 4. R. F. P. Brunch , Anal. gr. vol. I p. 48-53. Idem Gnom. Poet. Gr. p. 58-63. Les ouvrages précités de Franche et rie Bach; A. Malthiœ , Prolus. de Tyrtaei carminibus Altenb. 1820. 4. (contre Francke). A. Baron , Poésies militaires de l'antiquité on Gallinus et Tyrtéc , texte grec , traduction polyglotte prolégomènes et comment. Bruxelles 1835. 8.

2 Éditions : R. F. P. Brunch , Gn. Poèt. p. 68-70. Idem , Anal, p. 60-63. Die. Bach, Mimnermi Colopbonii carmina qurc snpersnnt. Lips. 1826. 8. G. P. C. ScJioenemann , De vita et carmin. Mimn. Goett. 1823.4. fl.Bach, sur l'élégie erotique des Grecs (dans la Gazette génér. ries écoles, P. II. 1833. N° 71-74. (en ail.).

Les scolies (a/.oAibv diua), ainsi appelées en oppositiou au vâ[xo$ 'ipSioç,, paraissent avoir élé originaiment des chansons dont le mètre n'était pas prescrit. Cette explication du mot scolies semble du moins la plus satisfaisante '. Par la suite on appela surtout de ce nom certaines chansons populaires ou de table qu'on chantait à la ronde durant les banquets ou pendant les travaux de la vie domestique. Le plus ancien auteur connu de scolies est Terpondre d'Antissa ( vers 670 av. J.-G. ) 2, à qui l'on doit l'invention du Barbiton ( (3xp(2izov ) et de la lyre à sept cordes. Après lui on cite Clitagoras , Tclamon, Hybrias , Ariphron et Timocréon de Rhodes , contemporain de Simonide. Les principaux poètes lyriques tels que Archiloque, Alcman, Alcée, etc., composèrent également des scolies.

Le vers ïambique fut principalement employé par les poètes qui voulaient tonner contre les vices et les travaux des hommes ( iafif&Çetv). Archiloque de Paros, né 700 ans environ av. J.-C, inventa ce genre de poésie ; quant au rhythme même, il paraît avoir existe avant lui. Les anciens regardaient Archiloque comme le premier des poètes après Homère. 11 ne nous reste que des fragmens de ses ouvrages; ils révèlent la fécondité et l'universalité de son esprit en même temps que l'austérité de son caractère \

1 De la lYauze , Mcm. sur les chansons tic l'âne. Grèce (Mém, Ac. Inscr. t. IX.) Burette, ibid. t. \Y. C. 1). llgcn, Carmina convivalia Graec. etc., prœmissa disquisitione de hoc génère carminis. Jen;e 1798. 8. /{. F P. Brunch, Anal, etc., vol. 1. p. 154-160. M.Koester, De cantilenis popularibus vct. {jracorum. llcrol. 1831. 8.

- Voir sur Tcrpandrc S. L. Pîehn, Lesbiacorum liher. Berolin. 182G. 8.

3 Éditions des fragni. /?. F. P. Brune) t, Analeet. etc. vol I. p. 40-47. IfJ- Liebeï. Archilochi reliquùv. Lip8. 1812. 8. éd. 2 Yindol».

Parmi les autres poètes lyriques de celte époque, on nomme trois chantres de l'amour , Alcman ou Alcméon de Sardes en Lydie; Alcée de Mytilène et Sappho de Lesbos ; Alcée dans sa jeunesse avait combattu contre les tyrans de sa patrie; il est l'inventeur de la strophe qui porte son nom : ses odes ont été fréquemment imitées et quelquefois même traduites par Horace ; Sappho de Lesbos est connue par sa passion malheureuse pour Phaon, qu'elle exprima dans des vers pleins d'harmonie , de chaleur et de sensibilité. On a confondu à tort cette Sappho, contemporaine d'Alcée, avec une fameuse courtisane du même nom qui finit sa vie en se précipitant du promontoire de Leucade dans la mer.

Il nous reste des fragmens d'Alcman , d'Alcée et quelques morceaux de Sappho \

Arion de Mélhymne , dans l'île de Lesbos ( vers 624 avant J.-C. ), disciple d'Alcman ; est devenu célèbre à cause de sa conservation par un dauphin. Les anciens le nomment l'inventeur du Dithyrambe 2; ce

1819. 8. Sévi», Recherches sur la vie et les ouvrages dArch. i Mém. de lAcadéiu. des Incr. t. X.) J. G. Huschke, de Fabulis Archilochi cimi fabulis iueditis. Altcnb. 1803. 8.

1 F. Th. Jfelcler, Alcmanis Iyrici fragmenta Gicssa? 1815. 4. F. F.Th. Stànge, AÎcœipoetae Iyrici fragm. Haï. 1810. 8. A. Matthias, Alcseî reliquia? colleg. etc. Lips. 1827. 8. — Sapphoriis carmina et frag. recens, ete. //. F. M. ) cUjer. Lips. 1810. 8. A. L. Mœbiu.s Anacrcont. carm. Sapphus et Erinna? fragm. Gotha?. 1826. 8. C. F.JSeue. Sapphonis fragm. Berolin. 1827. 8. II. F. P. Bruuck , Anal. vol. I. p. 54-57. F. G. JFelcbêr, Sappho défendue contre un préjugé dominant. Gott. 181G. 8. (en ail.)

= Roman, de Timkowskij, comment, de Dilhyrambis eorumque usa ap. Gra?c. et Romanos. Mosqiuu 1806. Lùetke, de Grrecorum flifliy rambis et poi'tis dithyramhic. Rcrolin. 1829. 8.

qui veut dire qu'il a donné le premier une forme régulière à ce genre de poésie lyrique, connu avant lui. On lui attribue également l'invention du genre tragique (zpxyr/.b; zpônoç,); d'où l'on a conclu, peut-être sans trop de raison , que déjà avant Thespis il existait une tragédie lyrique , c'est-à-dire un simple chant sans action, ou en d'autres termes, un chant qui n'avait rien de dramatique.

Il nous reste encore à faire mention de Simonide d'Amorgos, surnomé Xiamhngraphe , pour le distinguer du poète lyrique et élégiaque du même nom); d'après la chronique de Paros, il mourut 490 avant J.-C. On lui attribue le fragment satirique sur les femmes, conservé par Stobée, et dans lequel il retrace en style énergique et avec la plaisanterie la plus piquante , le tableau des travers du sexe *.

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