‹ Manuel de l'histoire de la littérature grecqueChapitre 25 sur 129 · SECTION X · texte numérisé non relu

SECTION X

G0NFÉH. SECT. V. P. 25.

Dans celle période, la poésie lyrique parvint à son plus grand lustre. L'enthousiasme de la liberté, qui enflammait les cœurs de tous les Grecs, les fêtes et les solennités nationales et religieuses, qu'on célébrait avec toute la pompe qui pouvait en relever l'éclat, les victoires brillantes, remportées par le peuple sur les bar-

1 G. A. Gravert. de iEsopo et fabtilis JEsopiis Bonn. 1825.8. — Th.Tlnjrultitt, de Babrio falnilarum Acsopearum auctore, etc. Lond. 1776. 8. /. //. hnoche , Commcntatio de Bahrio poëta. (cap. I.) Hal. 1835-Kditions : Aldus. Yenct. 1505. fol. Robert us Stephamis, Lutet. 1546. 4. .7. I\. i\eveletus, Mytholojjia Àesopica. Francf. 1610.8. dans cette éd. on trouve 136 fables nouvelles, tirées d'un manuscrit delà bibliothèque Palatine. J. G. Hauptmann, Lips, 1741. 8. G. H. Schœfer, Lips. 1810. 8. Nouvelle collection considérablement augmentée : Fr. de Furia, Florent. 2 vol. 8. et avec des additions. Lips. 1810. S. D. Coray. Paris. 1810. 8. Nouveau recueil d'après un manuscrit d'Angsbourg : J. Qm Schneider. \ "ratislav. 1812. 8.

'«<» PÉU10DE 111.— SECTION X.

haies qui avaient menace son indépendance, inspirèrent le génie (les poètes et enfantèrent les productions lyriques les pins variées. La poésie lyrique se divisa en plusieurs branelics, dont chacune porte un nom particulier, mais dont nous ne pouvons pas toujours indiquer le caractère distinclif , parce que le temps ne nous a conservé qu'un petit nombre de ces ouvrage*.

La poésie lyrique fut principalement vouée à la g loire des dieux. U Hymne (vfnvoç), mot par lequel on désigne particulièrement le genre d'odes, qui s'adressaient à la divinité, se partageait en plusieurs espèces, telles que le Pcan {t.oux-j), chant adressé originairement à Apollon , mais par la suite également à d'autres Dieux ; le Nome (v6[jloç,); XHyporchème , (vzôpfflpoï), dont le sujet était représenté dans des danses mimiques ; le Dithyrambe (d&ûpa(j.[3oç), chant plein d'exaltation, accompagné de danse et de musique et exécuté en l'honneur de Bacchus; beaucoup de poètes attiques s'exercèrent dans ce genre, qui permettait des métaphores hardies, des transitions brusques, des expressions neuves et inusitées. D'autres odes en l'honneur des Dieux, étaient nommées Prosodes (■Kpooôha); on les chantait dans les processions religieuses, avec accompagnement d'instrumens à vent; les Daphnéphoriques , étaient récitées par des vierges portant des branches de laurier et se rendant en procession au temple d'Apollon Isménien. On appelait Tripodep /toriques , les hymnes chantés à l'occasion de la consécration des trépieds comme offrandes dans les temples et Epilœmics, ceux par lesquels on remerciait la Divinité d'avoir fait cesser quelque maladie épidémique; les Oupingucs [o-jziyyoi)) les Joutes (loûïci), les Iobacqucs (îw/3a/.^o<), étaient des chants en l'honneur de Diane, de Gérés et de BacchOB.

POÉSIE LÏIUQUE. 47

Toutes ces différentes espèces d'hymnes constituent le genre des hymnes lyriques, qui est le troisième dans l'ordre des temps, et diffère essentiellement par sa forme et par la variété de ses objets , des deux genres plus anciens, savoir des hymnes mystiques et religieux d'Olen, d'Orphée et de Musée, et des hymnes épiques des Homérides.

Trois espèces de poésies lyriques se rapportaient à des particuliers : YEncomion {rpstafiLUv}, YEpenos (êteatvbç), Y Epinicion (ir.tvîy.iov). On les employait pour célébrer les faits, les vertus et les victoires des héros. Dans les cérémonies du mariage on chantait des Hyménées , (ùu.&a.loi) et des Game lies (yy.u.ri).ia). Des Harmaties (koux-eiy) accompagnaient le char sur lequel la jeune épouse était conduite dans sa nouvelle demeure. Auprès du lit nuptial on entonnait des Epithalames (i-iSa/âpuiz).

Le Thrène (S/Wfiwç) et Y Epicédion (êmxwàcov) étaient des chants funèbres, qui par leur sujet se rapprochaient de l'élégie. Le nom d'ïambe resta particulièrement affecté à la poésie satirique. La poésie mélique ou erotique fut un des genres cultivés avec prédilection : les scolies (axokla), les Pégnies (-a'.yviy.), ou poésies légères, par lesquelles on chantait le vin et l'amour, font partie de ce genre , ainsi que les Pédiques (r.oLtiïiY.y.) , chansons sur les jeunes garçons dont on était épris, et les Part/iémcs (-apSévtx), qui étaient chantées par des chœurs de vierges.

De nouveaux mètres inventés dans cette période ; YAsclcpiadc , le Phaliquc et le G ly conique*, ainsi appelés d'après les poètes qui s'en étaient servis les pre-

1 Srlckmann . de versu Glvconco comment. Bcrolin. 1834. 4.

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micrs, coutribuèrent à varier les formes de la poésie lyrique, lbycus et Ananion donnèrent au&aî leurs noms à des espèces de vers particuliers. Enfui on attribue à Hipponax l'invention des Choliambcs.

Les poètes lyriques qui ont illustré celle période, sont :

Stésichore d'Himèrc en Sicile (vers 570 av. J.-C.) , qui se montra intrépide défenseur de la liberté contre l'oppression des tyrans. Il emprunta la plupart de ses sujets à la mythologie. Ses poésies erotiques paraissent avoir été moins nombreuses. L'élévation, la vigueur et en même temps la douceur constituaient le caractère distinctif de ses écrits1. lbycus de Rhegium ou de Messana , musicien distingué , composa un grand nombre de poésies lyriques et entre autres des pièces erotiques en dialecte dorien; ce poète doit être mis au nombre de ceux qui ont fait faire à la poésie lyrique les progrès les plus marquans. Il eut assez de talent et de bonheur pour opérer une fusion entre des formes et des élémens, qui jusqu'alors étaient restés distincts2. Nous avons quelques fragmens du premier ; ce qui reste du second est insignifiant.

Anacréon de Téos3 , né 559 ans avant J.-C. , fut honoré de l'amitié de Polycrate, prince de Samos et d'Hipparque, maître d'Athènes. La collection de chansons anacréontiques, que nous possédons, a été compilée

1 Th. Gaisford, Toët. gr. min. vol. 111. p. 33G. sqq. J. A. Suchfort, Stcsichori fragm. Goett. 1771. 4. Blomfield, dans le Mus. Crit. Càntabr. n° VI. C. F. Khitie, Berol. 1828. 8. Les fragm. de Stésich. (libyens et «landes lyriques, se trouvent aussi «lans les eolleet. tic Stephanus, Ursinus, etc.

2 /•'. G. Sch>iei(l<tri)iAh\i\ Rhejfîoi carm. reliquias. Gotting. 18;>;5. S. * A. Jf olpct\ De anliqnilalc eanninnm anaeieonlieoinin. l.ips.

PflÉSJE LYRIQUE. 49

au dixième siècle par Constaulin Céphalas. Elle contient des morceaux de différentes époques, comme le prouvent la diversité de leur mérite, et celle des dialectes dans lesquels ils sont écrits. Cependant il ne paraît pas douteux que quelques-uns au moins de ces petits poèmes n'aient Anacréon pour auteur ; ce sont des modèles achevés dans un genre qui a gardé le nom du vieillard de Téos. Il reste des fragmens d'autres poésies d' Anacréon,

Parmi les poètes ïambiques de celte période, l'antiquité nomme Hippo?iax, d'Ephèse (vers530 avant J.-C), dont la franchise , ou plutôt la médisance est devenue proverbiale \

Simonide, de Céos, le célèbre poète élégiaque, dont il a été parlé plus haut , s'acquit aussi beaucoup de gloire par ses poésies lyriques. Deux fragmens qui nous ont été conservés peuvent être comptés au nombre des meilleurs morceaux que nous possédions dans ce genre de poésie.

Parmi les poètes dithyrambiques, on distingue Lasus, d'Hermione (508 av. J.-C.) , qui eut une grande part au perfectionnement de ce genre de poésie ; le célèbre

1825. 8. S. Mcisling, Poésies d' Anacréon, publiées, traduites et expliquées. Copenbag. 1826. 8. (en danois). — Editions : éd. pr. //. Stephanus. Paris. 1554.4. J. J. Fischer, Lips. 1793.8. R. F. P. Brunch. Argent. 1786. 12. Idem. Analect.. etc. vol. I. p. 79-119. J. A. Van- Reenen.kmst. 1808. 8. E. A. Jflœbi us. liai 1810. 12. Idem, (avecSapplio et ErinnaJGoth. 1826. 8. G. II. Schœfer. Lips. 1811. 8. J. F, Bois sonude. Paris. 1823. 12. 2U éd. ibid. 1831. 12. F. Mehïkorn. Glogav. 1825. 8. Les fragmens conservés parles anciens ont été recueillis par Th. Bergk. Lips. 1834. 8.

1 /•'. Th. Wékker. llipponactis et Ananii Iainbograpborum fragm. (lo^tt. 1817.4.

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tragique, Pratinas, de Phhonte, ctnvimt UmlPindarn, de Thèbes, né à L'époque la plus glorieuse de la Grèce (522 av. J.-C. ). Pitidare eut pour instituteurs el guides de sa jeunesse Lasus , Simonide , Myrtis, et la brillante Corinne. Des nombreuses compositions lyriques de ce poêle, telles que Dithyrambes, Parthénies , Thrènes , IlyjJorchèmes , Prosodes , et autres, il ne nous reste que quelques fragmens ; mais nous avons de lui quarante-cinq hymnes ou chants de victoire, (inivr/.ta. à'a^ara), composés en l'honneur des vainqueurs , qui remportèrent les prix aux jeux de la Grèce , et des divinités qui présidaient à ces fêtes. Ces hymnes tiennent un peu de l'épopée , parce qu'à l'éloge du vainqueur Pindare rattache celui de ses ancêtres, de sa famille et de sa patrie ; mais leur principal caractère est lyrique , et c'est dans cette partie surtout que se révèlent l'étendue du génie du poète et l'originalité de son talent ; les prétendus écarts dont les uns lui ont fait un reproche et les autres un mérite, n'existent que pour les esprits non initiés aux mystères de sa poésie ; ses images sont grandes et sublimes, ses métaphores hardies, sespensées fortes, ses maximes étincelanles de traits de lumière. Son style est souvent obscur à force de concision. On dit ordinairement que Pindare s'est servi du dialecte dorien. Cependant deux des plus grands critiques modernes ont fait voir que le fond de la diction de ce poète appartient au dialecte épique, mais qu'il a employé des formes doriennes et éoliennes toutes les fois qu'elles lui paraissaient plus expressives, ou plus commodes pour son mètre '

1 J. G. Schneider. Essai sur la vie et les écrits de Pindare. Strasb. 1774. 8. (en allemA F. Jarobs, Pindare (Additions ii la théorie, etc. de Sulzer. p. 49-5G.) (en allem.). W, Jf achsinuth . De Tindaro reip.

Pindare eut un émule dans Bacchylide , neveu de Simonide (versv470 av.J.-C). Les fragmens qui restent de ses odes , se distinguent par la profondeur des pensées et par la beauté de la diction '.

Parmi les poètes lyriques on remarque encore Callistrate , auteur d'une Scolie sur Harmodius et Aristogiton , qui a joui d'une grande vogue dans l'antiquité et nous a été conservée ; les deux Mélanippide et Thiinothée de Milet , tous trois célèbres comme auteurs de dithyrambes et comme musiciens; Télestès de Sélinonte, dont Alexandre le Grand faisait le plus grand cas, et surtout Philoxène de Cythère, qui vécut à la cour de Denys l'ancien , et dut sa réputation plutôt à ses dithyrambes qu'à ses pièces de théâtre \

constituenda; et regendae prœceptore Kilon. 1823-24. 4. Pour l'intelligence du langage de Pindare : T. L. F. Tafel, Dilucidationes Pindaricae. Berol. 1824-27. 2 vol. 8. — Editions. Ed. prihc.Aldina. Venct. 1513.8. Er. Schmidius. Viteberg. 1616. 4. J. Benediclus. Salmur. 1620. 4. C. G. Ileijne. Gotting. 1798-99. 3 vol. 8. nouv. éd. augm. par G. II. Schœfer. Lips. 1817. 8. Aug. Boeckh, Pind. opéra quae supersunt, textni genuvia metra restituit et ex fide mss. doct. conj. recens, annot. crit. schol. integr. interp. lat. comment, perp. et indd. adj. Lips. 1811-22. 2 vol. 4, chacun en 2 P. Cette édition est la plus complète et extrêmement importante sous le rapport de la métrique, de la critique et de l'interprétation du texte. F. Thiersch, œuvres de Pindare, texte grec, traduction allem.et éclaircissemens. Leips. 1820. 2 vol. 8. C. G.Ahlwardl.Uys. 1820.8. J. F. Boùsonade . Paris. 1825. 8. L. Disse». Goth. 1830. 2 vol. 8. F, GediJce, Pind. Carm. selecta cum schol. sélect, suisque notis cd. Berol. 1786. 8. S. Karsfen, Pindar. 01. I et VI. Pyth. L Traj. ad Bhen. 1825. 8. — Sur les mètres Pindariques voir Boeckh. 1. 1. P. II. G. Hermann, de dialccto Pindar. Lips. 1809. 4.

1 Chr. F. I\eue. Bacchylidis Cei fragmenta. Bcrolini. 1822. 8 lirunck, Anal. vol. I. p. 149-53.

2 D. Wyttenbaeh , Diatribe de Philoxenîs, etc. (Miscellanea doetrinspP.II).

52 THRIODE 1 II. — SECTIO.N X.

J)c même que les «anciens font mention de neuf portes lyriques grecs, ils parlent également de neuf femmes qui se sont distinguées dans ce genre de poésie. Ce sont Sapplio, Érinne, Myrtis, Corinne, Télésille, Praxille, Mvro ou Moero , Nossis el Anyle. Les cinq premières seulement appartiennent à cette période.

Érinne , quoique née à Téos, est communément regardée comme Lesbienne , parce qu'elle a vécu auprès de Sapplio, sa maîtresse et son amie. Malgré la mort prématurée, qui la surprit à l'âge de vingt ans, elle parvint à une telle célébrité que les anciens la comparaient à Homère et l'égalaient à Sapplio. Son grand poème en vers bexarnètres et en dialecte éolique , qui portail le litre de Fuseau , 'H?.a/.a7>j, est perdu. Il ne nous reste plus d'elle que quelques odes et épigrammes. L'ode sur la ville de Rome est d'un auteur postérieur , peut-être d'une certaine Melinno '.

Myrtis d'Anthédon en Béotie, distinguée par ses talcns, fut la maîtresse de Pindare el de Corinne. Toutes ses poésies ont péri.

Corinne de Tbèbes ou de Tanagre , une des belles femmes de son temps , vainquit cinq fois le jeune Pindare dans des combats poétiques; il parait toutefois que les juges qui lui décernèrent le prix ne furent pas insensibles aux charmes de sa beauté. Les poésies de

1 F. Theoph. Welcker, De Erinna et Corinna dans F. Creitzrr. Meleteniata e discipl. antiquitatis 1\ II. Les frajjmcns d'Erinne et des autres poètes lyriques se trouvent dans Fuir. I rsituu, Carmina novem illutrium freminàrum, etc. Antverp. 15(18. 8. R.F.P, Brunch, Analcct. vol. I. p. 58. sq. J. Chr. Jf olf\ l'oëtriartim \ 111 Fragmenta et clojyia gr. ctlat. accedit. G. Oleariî dissertât. de poëtriis »:•. Hamb. 1734. 4. A. Schneider . Poëtriariim grsecaram carmimim fragm. Giessas. 1802. 8.

Corinne, formant un recueil de cinq livres, étaient écrites en dialecte étolien et dans un genre qui tenait plus de l'épopée que de la poésie lyrique des Doriens. Toutes sont perdues à l'exception d'un très-petit nombre de fragmens.

Télésille d'Argos est comparée par les anciens à Alcée et à Tyrtée. Il ne nous reste de ses poésies qu'un seul fragment grec, en dialecte éolien; mais Geusorin nous en a conservé un autre dans une traduction latine. Télésille, dans un de ses poèmes, avait dépeint la Vertu sous la figure d'une femme de haute stature , et ne s'était pas borné , à l'exemple de ses prédécesseurs, à nous en faire une peinture morale en retraçant les affections du cœur et les qualités de l'esprit qui la caractérisent \

Praxille de Sicyone , dorienne comme Télésille , composa en dialecte éolique des dithyrambes , dont nous n'avons que de faibles fragmens.

En terminant cette section , nous devons parler du philosophe persan Zoroastre , qui doit avoir vécu 520 ans avant J.-C. Sous le nom de ce célèbre législateur et restaurateur de la religion des Mages, et sous le titre à' Oracles (Mxyr/.x lôyix), il existe une suite de maximes et de préceptes dans le genre mystique ainsi que d'opinions sur Dieu, le monde , la nature, l'homme , qui ont été en vogue quelques siècles après J.-C. 2.

1 Schol. Ambros.Q. ad Uom. Odyss. XIII, 289. Voy. G. G. ffltzschi, disputait quatuor. Dans les Nouv. Annales pour la philologie par Seebode et Jahn. Supplém. t. IV. cah. I. p. 54 suiv. 1836.

2 Tiedemann, Qua;stio qua; fticrit artium magicarum origo. Mari). 1787. 4.— Édit. Ohsopœus, Sihyllina. Orac. Paris. 151)9.8. San. Gallœus. Amst. 1689. 4. publiés séparément par F. Morel, l'aris. 1595. 4.

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