‹ Manuel de l'histoire de la littérature grecqueChapitre 63 sur 129 · SECTION XXXVII · texte numérisé non relu

SECTION XXXVII

CONFÉR. SECT. XVIII. P. 78.

La décadence du goût, qui caractérise toutes les productions de l'école d'Alexandrie, se manifeste aussi dans l'histoire. Son champ s'agrandit, il est vrai, par les conquêtes d'Alexandre, par les guerres et les expéditions de ses successeurs; mais ces événemens firent naître un penchant pour le romanesque , qui dégrada l'histoire. Au reste , nous ne connaissons les premiers historiographes d'Alexandre-le-Grand que d'après les morceaux de leurs ouvrages, cités par les écrivains des temps postérieurs, et d'après les jugemens qu'ils en portent \ La plupart d'entre eux avaient été témoins des exploits de ce prince.

Anaximène , de Lampsaque , fut député par sa ville natale auprès d'Alexandre , et passa quelque temps à sa suite. Outre une histoire de la Grèce, en douze livres, il écrivit l'histoire de Philippe et celle d'Alexandre. Anaximène paraît avoir fait dans ses ouvrages historiques un emploi fréquent de ses talens de rhéteur. C'est à lui que des critiques attribuent la Rhétorique qui se trouve parmi les œuvres d'Aristote.

Callisthène , d'Olynthe , qu'Aristote laissa auprès d'Alexandre lorsqu'il quitta ce prince, a écrit des Helléniques , des Persiques et une Histoire d'Alexandre 2.

Hiôronyme ou Jérôme , de Cardie, fut un des compagnons d'Alexandre. Son principal ouvrage, celui qui

1 Le Baron de ^"-Croix, Examen critique des historiens d'Alexandre-le-Grand. éd. 2. Paris. 1805. 4. S.R. Geier, Commentât, de AlcxandriM. rerum scriptoribus. Part. I. Halœ. 1835. 8.

2 Se'vin, Recherches sur la vie et les ouvrages de Callisthène. M «m. de ÏAead. des Tnsc. t. VIII. p. 126.)

fonda sa repu talion, est son histoire des sueeesscursd'Alexandre. Cependant les anciens lui reprochent de s'être laissé emporter quelquefois par la haine et la partialité'. Aristobule , de Cassandrie en Macédoine, un des généraux d'Alexandre, n'écrivit l'histoire de ce prince que long-temps après sa mort. Il a joui de la réputation d'un auteur véridique, qui cependant n'a pas su se défaire de ce goût du merveilleux dont tous les historiens d'Alexandre furent épris.

Onésicrite , d'Egine, auteur d'une Histoire de l'expédition d'Alexandre , et Clitarque , d'Eolie, sont décrits pour leurs mensonges. Charès de Mytilène, fit un recueil des particularités ou anecdotes de la vie privée d'Alexandre. Marsyas , de Pella, qui avait été élevé avec Alexandre, composa entre autres un ouvrage sur l'éducation de ce prince. Ptolémée, fils de Lagus, fondateur delà monarchie d'Egypte, laissa des mémoires sur la vie d'Alexandre, dont il avait été l'ami et le confident; Arriéra qui ils ont beaucoup servi, en vante l'impartialité. Les Ephéméridcs d'Alexandre avaient été rédigées par Diodote , d'Erythres, et Eumène , de Gardie; Strattis , d'Olynthe, en donna un abrégé en cinq livres. Ephippus, d'Olynthe, fit un ouvrage sur les funérailles d'Héphestion et d'Alexandre, où il rapporta des choses trèscurieuses sur les mœurs de ce prince. Bœton et Diognète, arpenteurs employés à la mesure des marches de l'armée, avaient laissé un Itinéraire de llarméc d'Alexandre.

Tels sont les auteurs qu'on peut appeler historiens

1 Sévin, Recherches sur la vie et les ouvrages de Jénme. de Cardie. (Mém. de l'Acad. T. XIII. p. 20). Voy. C. Mannert, Histoire des successeurs d'Ale\andre-le-(irand. Leirisic. 1787. S. p. 352. en alIcmJ.

primitifs d'Alexandre; leurs ouvrages ont été continués ou consultés par une série d'écrivains, dont quelquesuns seulement appartiennent à cette période. Ce sont : Hégésias, de Magnésie, historien-orateur; le célèbre géographe Eratosthène , dont l'histoire d'Alexandre avait principalement pour but de corriger les fautes géographiques de ses devanciers; Duris , de Samos, écrivain exact, auteur $ Ethniques commençant à la mort d'Amyntas, père de Philippe, et finissant à celle de Jason, tyran de Phères, et de Macédoniques qui en étaient vraisemblablement la suite; enfin Nymphis , d'Héraclée , qui laissa une histoire d'Alexandre et de ses successeurs, en vingt-quatre livres1.

Il nous reste quelques fragmens de plusieurs autres historiens de cette époque. Hécatée , d'Abdère, qui avait été élevé avec Alexandre , ou l'avait accompagné en Asie , écrivit sur les antiquités du peuple Juif; ce qui nous reste de son ouvrage est d'une authenticité douteuse 2. Bérose , Chaldéen, né sous Alexandre-le- Grand, fut prêtre de Bélus à Babylone, vers l'an 260 avant J.-C. Il publia une histoire de la Babylonie, ou de la Chaldée, tirée des archives du temple dont la garde lui était confiée. Un élève de Bérose, nommé Abydenus , a écrit une histoire des Assyriens3. Timée, deTauromenium, quiflorissait versl'année 260 av. J.G., composa un ouvrage en plus de quarante livres, sur l'histoire de la Sicile, dans ses rapports avec celle de la Grèce et de Rome. Son style passait pour un modèle

' Les fragmens de Nymphis ont été réunis par J. C. Orellius (avec ceux deMemnonV Lips. 1816. 8.

" Pet. Zorn , Hecata-i eclogrc. Alton. 1730. 8.

3 J. D. G. Rtchter, Bcrosi qua? siipersunt. Lips. 1825. 8. Les fragmens d' Abydenus y sont joints.

lf.4 PÉRIODE IV. —SECTION XXXVII.

de l'éloquence asiatique, qui se distinguait par le luxe des ornemens dont elle était surchargée. On accuse Timée de crédulité, de partialité, et d'un trop grand penchant pour le blâme, mais on loue ses connaissances géographiques , et le soin qu'il eut d'indiquer la chronologie des événemens qu'il rapporte. Il paraît même avoir composé un ouvrage particulier sur les Olympiades, et être le premier historien qui se soit servi de cette ère \ Manéthon, de Diospolisen Egypte, prêtre à Héliopolis, est auteur d'une histoire d'Egypte en trois livres (Alyimzixv.à.) ; Josèphe et le Syncelle en ont conservé des fragmens 2. On a beaucoup écrit sur sa chronologie. Les autres historiens sont Phy laïque 3, Polémon , Philinus, Bâton et Aratus , auteur de Mémoires de son temps , dont on ne peut assez regretter la perte. Nous avons parlé , dans la période précédente , des premiers auteurs qui ont composé des Atthides ou des histoires particulièresde l'Attiqueetde la ville d'Athènes : les quatre écrivains de ce genre, appartenant à l'époque d'Alexandrie, sont Démon, Androtion, Philochore et Ister. Il ne reste que des fragmens de leurs ouvrages '. L'Atthide de Philochore était opposée à celle de Démon, et avait pour titre : yj tt^c; Arj/zova àvxiyfia^y\.

1 Les fragmens de Timée sont recueillis dans F. Goeller, de situ et origine Sjracusarum. Lips. 1818. 8.

2 Publiés par Jos. Scaliger, de cmendatione tcinporum. Gcnev. 1629. fol.

3 Phylarchi historiarum fragmenta collegit J. F. Lvcht. Lips- 1836. 8.

* Philochori fragm. a C. G. Letiz collecta éd. C. G. Siebelis. accesserunt Androtionis reliquife. Lips. 1811. 8. A. Boeckh. Stirlcplun de PAtthide de Philochore. (Mcm. de PAcad. de Berlin. Année. 1832.) (en ail.) C. G.Lenz et C. G. Sicbelis, Demonisatque Istri fragm.. etc. Lips. 1812. 8.

Le plus célèbre historien de la quatrième période , un des plus grands écrivains de l'antiquité, le modèle des historiographes modernes, est Polybe , de Mégalopolis , né l'an 205 avant J.-C. f. Homme d'état , formé par son père Lycortas, qui était un des chefs de la ligue achéenne, militaire, instruit par Philopœmen, il joua un rôle distingué dans l'histoire de sa patrie, comme ambassadeur en Egypte auprès des généraux romains, et comme commandant de la cavalerie achéenne. A l'âge de quarante ans environ , il fut conduit à Rome en qualité d'otage. Devenu l'ami et le conseil du jeune ScipionEmilien , il l'accompagna en Afrique , où il assista à la prise de Carthage. Pour rassembler les matériaux du grand ouvrage historique dont il avait dès-lors conçu la pensée , il fit des voyages au-delà des Alpes , dans les Gaules , en Ibérie et même dans la mer Atlantique. Scipion lui fit communiquer les registres connus sous le nom de lihri censuales , et d'autres monumens historiques. De retour en Grèce, après la destruction de Corinlhe , il prit part à l'administration publique, et mourut dans un âge avancé.

Le principal écrit historique de Polybe, et le seul qui soit parvenu en partie jusqu'à nous, est son Histoire générale, qui renfermait une période de cinquante trois années, depuis le commencement de la seconde guerre punique jusqu'à la soumission de la Macédoine par les Romains. Son objet était de faire voir par quels moyens et à la faveur de quels événemens , les Romains étaient parvenus , dans un si court espace de temps, à conquérir une grande partie du

1 Ant. Van Goudoever, Disput. des liistoriris Polyhii lauclibtis. Traj. ad Rhen. 1809. 8. Ifeyd, vitâ Polybii. Tubing. 1812. 8.

monde civilisé \ Des quarante livres de cette histoire , le temps n'a épargné que les cinq premiers; des suivans jusqu'au dix -septième, nous n'avons que des extraits et des fragmens, a la vérité assez considérables; mais il n'existe rien du reste de l'ouvrage , excepté ce qui se trouve dans trois maigres abrégés que l'empereur Constantin Porphyrogennète a fait faire de tout l'ouvrage : l'un intitulé des Ambassades, l'autre, des Vertus et des Vices, et le troisième, des Sentences. Tite-Live consulta beaucoup l'ouvrage de Polybe, et Cicéron le prit pour guide dans son traité de la république. M. Brutus en avait fait un abrégé.

La composition historique de Polybe se distingue de celles de tous les écrivains qui ont vécu avant lui. Il donna à l'histoire un caractère entièrement inconnu , et créa un nouveau genre, l'histoire raisonnée ou pragmatique. Jamais elle n'a été écrite par un homme d'un plus grand sens, d'une perspicacité plus profonde, d'un jugement plus sain et plus libre de toute espèce de préjugés. Peu d'écrivains ont réuni à un plus haut degré les connaissances militaires et politiques; aucun n'a poussé plus loin l'impartialité et le respect pour la vérité. Le style de Polybe n'est pas sans taches : On n'y trouve plus la langue attique dans toute sa pureté ; sa diction est mêlée de termes étrangers et même de latinismes. Cicéron loue son exactitude dans la chronologie \

1 Voy. C. Lucas, Sur l'exposition de la ligne étol. par l'oljbe. Konigsb. 1827. 4. p. 6-11. (en allem.). Comp. C. F. Merle! er. Sur l'exposition de ta ligue Achéenne par Polybe, dans les Nouv. Annales pour la philologie, etc., de Seebode, Jtihn et Klulz. 1830. Suppléincns. Vol. I. Livr. I. p. 253. suiv. (en allem.).

- Editions: Les cinq premiers livres de Polybe parurent, avant la

A la suite des écrits historiques nous placerons la Chronique de Paros , qui, selon l'opinion commune, a été rédigée , l'an 264 avant J.-C. ; c'est une table de marbre trouvée à Paros vers l'an 1627 par un Anglais, voyageant aux frais de lord Arundel. Elle contenait, lorsqu'elle était encore entière, les principaux événemens de la Grèce avec les dates, depuis Cécrops, 1582 ans av. J.C. , jusqu'à l'année 283; mais comme la fin manque, cette chronique se termine à l'année 354 avant J.-G. Elle a été publiée sous le titre de Marmara Arundeliana, et sous celui de Marmora Oxoniensia, parce que la table appartient aujourd'hui à l'université d'Oxford '.

publication du texte grec, dans la traduction latine de TV. Perottus. Rom. 1473. fol. Texte grec éd. pr. (lib. 1-5.) Vincentius Obsopoeus Hagan. 1530. fol. J. Hervagius (lib. 1-5. et excerpta c lib. 7-17. j Bas. 1549. fol. Fulv. Orsinius, ex libris Polybii selecta de legationibus et alia. Antverp. 1582. 4. Nouvelle récension : Jo. Casauhonu.s. Paris. 1609. fol. //. Valesius, (fragmenta Pciresciana. lib. de virtutibus et vitiis. ) Paris. 1634. 4. Jac. Gronovius. (cum Casauboni comment.) Amstcl. 1670. 3 vol. 8. J. A. Ernesti. Lips. 1763-64. 3 vol. 8. J Schweighœuser. Lips. 1789-95. huit Parties en 9 vol. 8.; Les fragmens y sont rangés par ordre chronologique, et il se trouve à la fin de l'ouvrage un Lexicon Polybeum. A. 3Iai, fragm. lib. 6-39. ex lib. de Sententiis. Rom. 18*27. J. Geel, Polybii historiarum excerpta vatic. , etc. Lugd. Bat. 1829. 8. J. F. Lucht, Polybii et Appiani Ilistor. excerpta vatic, etc. Alton. 1830.8.

1 Ed. J.Selden, Marmora Arundeliana. Lond. 1628. 4. H.Prideauœ , Marmora Oxoniensia. Oxon. 1676. fol. Maittaire. Lond. 1732. fol. Chandler. Oxon. 1763. fol. G. Roberts. Oxon. 1791. 8. F. Chr. Wagner, La chronique de Paros, texte grec, traduit et expliqué, etc. Gott. 1790. 8. (en allem.). Idem, Chronicon Par. gr. et lat. P. I-1V- Marli. 1832-33. 4. A. Boeclh, dans le vol. II, du Corp. Inscr. Gr. Berol. 1833. fol. — La chronique de Paros avec une dissertation sur son authenticité par un anonyme. (J. Robert9on. ) Lond. 1788. (eu anglais). Hewlett Défense de l'authenticité de la chronique de Paros. lxind. 1789. 8. (en angl.).

Enfin , nous devons dire un mot d'un monument historique, copie d'une inscription qui n'existe plus. Le monument sur lequel cette inscription se lisait anciennement est connu sous le nom de Monument d'Adulé. C'était un trône de marbre blanc qui , avec une table , qui semblait y appartenir, était placé près de la ville d'Axum en Ethiopie. Cosmas, négociant grec du temps de l'empereur Justin, a vu le monument, et copié les inscriptions du trône et de la table ; il nous les a conservées dans sa Topographie chrétienne. La seule inscription de la table, qui au temps de Cosmas était placée à côlé du trône , et qui rappelle les expéditions militaires et les victoires de Ptolemée III, paraît appartenir à la quatrième période. Le trône d'Adulé et son inscription doivent être placés dans la cinquième '.

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