DÉCADENCE DE LA SGHOLASTIQTJE
OPEREE PAR LE RETOUR ET LES CSOMBINAISOIfS DES DIVERS
SYSTÈMES ANTiqVBS,
DEPUIS LE XV* aiECLE JUSQu'a LA FIN 9U JCVl*.
Ce système exclusif^ suivant lequel l'esprît humain prétendait fonder la philosophie par des déânitions et des combinaisons logiques sous l'empire d'un principe étranger^ l'autoritë^ et d'après les idées d' Aristote adoptées sans examen , la scholastique, en un mot, avait mapli sa destinée; les querelles des deax partis contraires avaient fait déchoir son autorité : les nominalistes portaient aux principales hases de l'édifice dogmatique des atteintes assez peu ména-
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^ées , et Ton oommençalt à sentir vaguement le be* 8om de réformer la scîenoe , et de lui donner *un nouvel aliment par l'observation de la nature et à l'aide d'une étude plus soignée des langues. Chez les mystiques surtout , un sentiment plus profond et plus inquiet réclamait une nourriture intellectuelle plus forte que ne pouvaient Toflrir une creuse dialectique et des formules pédantesques. Ce n'était point toutefois de ce côté qu'une révolution complète pouvait s'opérer.
L'esprit humain s'était fait une trop longue habitude de cet emploi spéculatif d'idées traditionnelles pour pouvoir y renoncer aisément. Aussi voit«-oa encore, dans ce nouveau mouvement , la pensée, entraînée par la méthode dominante, se porter bien moins vers la recherche de ses propres principes, des lois de la connaissance et de ses objets, que s'attacher à déduire et à développer les conséquences d'idées déjà admises. Peu exercée à observer le lieu systématique des connaissances , accoutumée à con-* fofidre entre elles des notions puisées à des sources différentes, elle ne pouvait découvrir le vice de ses procédés; et ainsi se prolongeait l'empire des préjugés» Un attachement pédantesquc aux idées d'Aristote ^ le défaut de connaissances positives et d'une culture suffisante des langues, l'absence du goût, avant tout l'autorité redoutable de la hiérarchie, un attachement servile aux décisions tradition-
DÊGADENGB DB Lk SCHOLASTIQUB. 3
nelles sanctionnées par VÊglise, diâjposîtion universdk des esprits, saqf un petit nombre de glorieuses exceptions , enfin le zèle jaloux veillant assidûment ah conservation du dogmatisme héréditaire « tous ces appuis de la scholastique durent maintenir longtemps encore sa domination , même après que quelques partis philosophiques ou quelques individus isolés eurent commencé à se révolter contre |e jofig imposé à la raison.
Il se p9s$a néanmoins sur la scène extérieure un certain nombre d'événements importants qui, de près ou de loin , amenèrent un changement complet dans la constitution politique et ecclésiastique de TEurope, ébranlèrent les soutiens de la philosophie dominante^ en renversèrent même une partie, et par là produisirent dans le monde philosophique et savant une révolution fiéconde en grands résultats. Ces événements sont les croisades, l'invention de Vimprimerie, la conquétç de Constantinople , la découverte d'un nouveau monde, la réforme de liuther, les conséquences plus ou moins immédiates de ces mêmes fiiits, telles que la formation d'une classe moyenne et d'une opinion publique, le pouvoir temporel raffermi par l'airaiblissement du pouvoir spi« rituel^ l'ordre politique assis sur des ba^es plus fixes , les connaissances expérimentales agrandies, rac<|uisition de niodèles et de ressources nouvelles par la renaissance de la littérature classique grecque
et romaine , ainsi, que le perfectionnement des langues modernes de l'Europe. Alors se fit sentir à la conscience humaine le besoin plus pressant d'une philosophie qui la put satisfaire , et les esprits réclamèrent une plus haute instruction; encore fallutil d'abord se livrera des guides étrangers , et Ton eut recours aux chefs^'œuvre de la Grèce et de l'ancienne Rome. Ces nouvelles études de la littérature classique amenèrent avec elles un sentiment plus délicat d'humanité et d'urbanité » le respect . pour le libre esprit de recherche , la honte des habitudes serviles de l'intelligence, enfin le mécontentement de l'état imparfait auquel la science était encore réduite , et l'ardeur pour l'améliorer.
A côté de ce mouvement que provoquaient et conduisaient ainsi les circonstances extérieures, le besoin de certaines âmes les portait à s'enquérir d'une sagesse supérieure qui fût révélée de Dieu. Car les habitudes morales et intellectuelles du monde moderne avaient fortement empreint les esprits de cette persuasion , que toute certitude , toute sagesse pleinement satisfaisante ne peut venir que de Dieu même directement. De là il s'ensuivit que la Bible et la cabale furent encore (î'équemment invoquées comme sources philosophiques. Un préjugé dont les pères de l'Église avaient hérité des Juifs , et la contradiction d'un grand nombre de systèmes rivaux