‹ Manuel de l'histoire de la philosophiChapitre 2 sur 37 · DÉCADBNCE DB LA SCHOLASTIQUE · texte numérisé non relu

DÉCADBNCE DB LA SCHOLASTIQUE

favorisèrent et entretinrent cette soif d'une science mystérieuse et divine.

Il résulta de ces diverses causes que le monde s'enrichit d'une grande variété de connaissances ofirant plus ou moins de solidité; les vues particulières et rhorizon scientifique s'étendirent; on se prit de prédilection pour certains systèmes de la philosophie grecque , et on disputa sur ces préférences ; on en combina plusieurs , soit en totalité^ soit en partie » pour les accommoder aux doctrines fondamentales du christianisme. De là^ comparaison et jugement de ces systèmes y efibrt pour étendre et raffermir le terrain scientifique^ surtout dans les connaissances naturelles^ si imparfaites encore; d'un autre côté , penchant obstiné pour une science occulte qui ne fût pas également accessible à chacun ; enfin , travail pour fondre ensemble les idées de la raison et celles de l'entendement , la théologie et la philosophie , Platon et Ârîstote^ en un même corps de doctrine.

BcDaissanoe de la littérature dassique des Grecs en Italie , conséquences qui eu résultèrent immédiatement.

Lorsque les Grecs , chez qui une certaine culture intellectuelle n'avait jamais cessé d'être entretenue par les immortels ouvragesde leurs ancêtres (§. 354)> vinrent solliciter en Italie des secours contre l'invasion menaçante des Turcs , et qu'ensuite un assez

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grand nombre d'entre eux y obtinrent, après la prise de Constantinople, un séjour plus tranquille que celui de leur patrie, ils apportèrent avec eux des connaissances , des trésors littéraires de toute espèce , et par là communiquèrent un nouvel esprit aux nations occidentales, préparées à en profiter (i).

(i) Les savants grecs et italiens, auxqueb on doit la restauration de la littérature classique , sans appartenir proprement à la philosophie , ne laissent pas d'intéresser l'histoire littéraire de cette science. Les poètes Dante jéligieri , né en 1265, mort en tSSl , Francisco Petrafca , né en t304 , mort en 1374, Got^anni Boccaccio, né en 1313, mort en 1375 , et les denx maîtres de ce dernier, Barlaam et Léonce Pilote , tons deux de Galabre, propagèrent, dès avant la venue des Grecs, le goût de la littérature ancienne , et répandirent ^ et là beaucoup d'idées philosophiques. Nous citerons encore parmi les Grecs , outre ceux que nous avons déjà nommés , Emmanuel Chysoloras , mort en I4l5, Jean jérgjrropulo , de Constantinople , mort en 1 486 , commentateur d'Àristote , les deux Lascaris et Démétrius Chalcondyle, nioits en 1511. Ces savanfts, et quelques autres encore , furent les premiers à efeise^ér ta littérature grecque , et servirent utilement les études philosophiques , secondés 'par des Itdiens ou d'autres occidentaux qui s'étaient formés à leurs leçons, par exemple : Ambrosio Traversari, mort en 1439, Gianozxo Manetti, né à Florence en 1396, mort en 1449, Giot^, Aurispa , né en Sicile en 1369, mort en 1*459, f'r. PhiMphe, né à Tolcntino en 1398, mort en 1481 ; ces trots dernien voyagèrent en Grèce poiir s'j procurer des manuscrits; Guarini Guarino, de Vérone, né en 1370, mort en l460, Laur. f^alla (voyez le §. suivant), Franc. Bracciolini, né en 1380, mort en 1459 , Nie. Perotti, mort en 1 480 , Rodolphe Agn'cola , Jouien Ponianus , morts en 1 303 ,

DBGADEIICE DE hk, 9G0OlJiSTlQUE. 7

Parmi ces précieux débris de la Grèce ae trouvaient

les œuvres de Platon et d'Âriatote dans leur langne

ordinale ; la connaissance s'en répandit dans l'Italie

et de là en Europe avec une rapidité singulière; les

Grecs attachés aux deux écoles contraires , tels que

Georges Gemistus Plélhon de Coastantinople^ venu

à Florence en i£^%{ï\ partisan des principes nëo--

platonîcîensy et de l'autre côté, Georges ScholariuSf

appelé depuis Gennadius; Théodore de Gaza , né à

Thessalonique, venu en Italie vers i43o, mort vers

Hermolao Barbara, Ange Poliûen (voyez §. 283 ) , Jforf i7« Ficin (§. 287), Philippe Beroalde, mort en 1505, /. Reu^ c^/in (§. 288). Consultez Humplir. Hodius:'De Graecis Illustribus Hoguarum gr; lîlterarnmque humaniorum restauratorîbus. Lond., 1742, ki-8 ; Heeren, Hist. de Téhide de la Ihtërature •classique , t. u (aU. ); (2iph. Fr. Bcemer^ De do<slâ8 bomtnt*- AHfi gnecSs lîtterantn graecanim in Italîa restauratonlnis. Lips., 1750, it|.g . Chpli. Meinerj, Biographie des hommes. célèbres (ail.).

(i) Georgii Gemisti Pletbonis de Platonicae atque ArisloteUcae pbilosophiae dffferentia; gr. Yen ^, 1590 , în-4. Trad. en bat. •par G. Chariandr, fias«, 1574, i»-4..Zi»ro«st. et PWton. degm. compend. gr. lat. éd. Y. A. IkryUùzÊek. Vileb., 1719^ iD-4. Barml se» «utres otiwages pfaiiosopbiqites , on compte c Libellus de Fato ; ejusd. el Bessarionis epist* amoebceas de eod. atgnmeoto cum Fen. lat. H. S. Reimari. Lngd. B., 172^9 m^%, De IV virtaftibu 'caffdîaalib. gr* et Jat. jidr. Oceone in- -terprete* Bas.^ lSâ2, ktS. De virtutibus et viUis, gr. lat. éd. Fatoconer, Oxeii., 1752; et al. Yoyez Pabrîc. Bibl. gr. t. x» p. 741.

g DEUXIÈME PÉRIODE.

1478 y et surtout Georges de Tréhisonde (i)^ né dans nie de Crète , en i SqS^ professeur de littérature grecque en dÎTers endroits de l'Italie^ mort en i4â4 ou 86, Youés à la doctrine d'Aristote, proToquèrentun Tif débat (:i) sur la prééminence entre ces deux philosophies; et toute la modération du cardinal Bessarion (3), né en iSgS à Trébisonde, venu à Florence en 14^8, mort en i473> put à peine tempérer la chaleur de cette querelle.

Lutte contre la sckolastîqae.

La première conséquence des nouTcUes études grecques fut une déclaration de guerre contre la scholastique 9 provoquée par le mauvais goût des formes de cette dernière y et par la barbarie de son style, ainsi que par la différence entre les prétendues doctrines aristotéliques et l'esprit yéritable qui respire dans les écrits originaux d'Aristote. Les philologues Hermolao Barbaro^ de Venise , né en i4^4y

(i) Oatre pliuiean oommentaires , on a de lui Fouvrage polémique : Gomparatîo Aristotelis et Platonîs. Yen., 1523, iii-8.

(2) Voyez à ce sujet une dissertation de Bùii^in dans les Mém. de l'Acad. des Inscr., 1. 11, p. 775 seq.

(3) Voyez son ouvrage : In Calumniatorem Platonîs , lib. rv. Yen. y 1503 et 1516, dirigé contre les aristotéliciens. ^Ejusd. epist. ad Mich. Apostolicum de praestantia Platonîs prae Âris^ totele, etc., gr. c. vers, lat, dans les Mém. de l'Acad. des Inscr., t. niy p. 303.

DBGADBNCB D£ LA SCHOLASTIQUB. a

mon en 1493» traducteur d'Aristote^ de Thémistins et de Dtoscoride , et ^nge PoKtien , proprement Angelo Ambrogtni , ou Gino j dit PoUziano , se à Monte Fulciano en i454f mort en i494 » Au-ent les premiers à entrer en lice. Laurent f^alla, de Rome 9 né en i4o8, mort en 14^7 (1)^ et Tallemand Rodolphe Agricola (a), Rudolph Husmann ou Hansmann, né à Bafflen, près de Groningue, 1445, mort en lifiSy s'efforcèrent de débbyer le terrain de la logique , et de rendre son étude plus utile ; ensuite vinrent Henri Cornélius Agrippa de Nettesheim ( voy. §. a88)^ Ulrich de Hutten, né en 1488^ mort en iSsS, Erasme (3)^ Desiderius Erasmns^ né à Rotterdam en 1467^ mort en i536y et son ami J. L. P^ii^ès (4)^ né à Valence en i^g^f mort en i54o, Philippe Mélanchton (§. agS), Jacobus Faber^ Jacques Le Fèvre , d'Étaples en Picardie f

(t) Laurentii Vallc opéra. Basil., 1543, in-fol. — De dialectiea contn Ariitoteleos. Venet., 1499, in-fel. Be voloptate et Tero hono Ub. lu. Basil., 1519, iii-4. De libero arbitrio. Ibid.^ 1518, iii-4.

(a) Rndolphi Agricolœ, De myentîone dialectica , lib, ui , G>loii., 1527, in-4. EjoscL Lucubrationes. Basil., 1518, iQ-4; et Opéra , cura Alardi. Colon., 1539, 2 vol. in-fol.

(3) Des. Ertunù Dialogi et Encominm Moriœ. Opéra , éd. Clericns. Lond., 1703, 11 toI. in-fol.

(4) Ludovic! Vives y De causis corraptarum artium. Antuerp. 1531; et de initiis , sectis et laudibus philosophix. Id, de anima et Tita lib. m. Bas., 1538. — -Opéra Basil., 1555, 2 vol. in«-fol.

mort en i557, Marias NizoUus{i) , de Bersello, mort en 1 54o, Jacq. Sadolet (2)^ de Modène, mort en i547, elJacq. Acontius (5), ne à Trente, mort en 1 566. Les attaques livrées à la scholastiqHe par <x& savants étaient fort différentes entre eiles^ d'après les divers points de vue où ils se trouvaient placés et les diverses matières dont ils s'occupai^ent.

Renoavellement des anciens systèmes.

La seconde conséquence de ces mêmes études fut que les systèmes antiques des Grecs et des Orientaux furent remis en lumière; et en cela se manifestait encore , d'une manière moins immédiate , l'opposition à la scholastique. On commença par le système de Platon et d'Âristote : les circonstances et les dispositions antérieures des esprits favorisaient cette préférence ; ensuite on s'occupa d'autres doctrines qui se rattachaient à celles-là. Ainsi, à la philosophie platonicienne vint se joindre la cabale, la doctrine rao-

(1) Jac. iVi'20/iV Antibarbanis , seu de veris prîncipiîs et vera ratione pfaîlosopliandi contra Pseudo-Philosoplios. Libb. iv. Panne, 1653, in-4. Ed. G. W. Leîbnitz, Francf., 1674, in-4.

(2) Jac. SadoletiVhvtàtMs seu delaudibusphiIosopiiiae,lîb. 11. In 0pp. Mogunt., 1607, în-8. Paiav., 1737, etc.

(3) Methodus s. recta myesligandamm tradendarumque artium ac scientiarum ratio. Bas., 1558, in-8. — Epi^t. ad Joh. Wolfium de ratioue edendor. libr., 1562. Réîmpr. par Mart. Laguna, GbemnUz , 1791^ in-8.

DECADENCE DB LA SCHOLASTIQUE. Il

saigne et la thëosopliie; à la philosophie d'Aristote, la théories ioniques et atomistiques. Le stoïcisme et le scepticisme trouvèrent d'abord peu de partisans. Cependant , comme il est impossible qu'aucun ancien système paraisse entièrement satisfaisant à une époque éloignée de son origine, comme ceux qu'on renouvela donnèrent lieu à de vives discussions y et que leurs défauts ne purent rester toujours cachés^ on fut amené tantôt à en combiner plusieurs ensemble > tantôt à leur opposer des objections sceptiques. Le choix des systèmes , la défense ou Pattaque <ioiit ils furent l'objet , furent déterminés d'après deux points de vue diflërents^ l'un théologique 9 l'autre naturaliste , selon que chacun se proposait ou de fonder les principes de la théologie, ou d'étendre les découvertes des sciences naturelles.

VUtonisme renouvelé : la cabalistique, la magie et la tbéosophie.

Voyez , oalre les ouvrages indiqués au §. 282 , Tesquisse de ll^i^L de la pliîlosophie de Buhle (ail.)-

Ludw. Banfcegon Cramer^ Blss. <le emisls instaurstfi sœc. xv io Ilâiia phtfosopliiiB plaUmics. Yiiri)., 1812, io-4.

La philosophie de Platon , accueillie d^abord en Italie par des imaginations ardentes ^ fut principalement favorisée par les Médicis Cosme et Laurent (i),

(i) MVilhRoscoe, The life 6f Lorenzo de Medicî. Liverp., mf>y 2 vol. in-4.

à Florence, où die excita un vif enthousiasme, mais plus encore sous les formes du néoplatonisme que dans sa simplicité primitive. Un motif qui servit à la recommander était la supposition gratuite, admise et répétée par plusieurs pères de FÉglise , que cette doctrine dérivait de la philosophie et de la religion des Juifs, ce qui la faisait presque considéra: comme sœur de la religion chrétienne (Joh. Pici Heptaplus , p. i. Franc. Pici Epist., lib. iv, p. 88a). Le même préjugé fît rapporter les opinions cabalistiques et mosaïques au platonisme. Ce dernier système gagnait sans cesse de nouveaux partisans par le mécontentenient qu'inspirait la philosophie purement logique de l'école et le besoin d'une doctrine plus satisfaisante sur tout l'ensemble de l'esprit humain. Bientôt il s'allia avec le mysticisme , se trouva chargé de défendre les idées de la raison , de fortifier la croyance à l'immortalité de l'àme; il servit de contre-poids au naturalisme des purs aristotéliciens, et malheureusement aussi d'aliment à la superstition, sauf l'astrologie qu'il rejetait, principalement au sujet de l'influence des esprits surnaturels dans l'ordre du monde (Ficini Frœfatio in Flotinum ; Pom-' ponatius, De incantationibus, ci).

C Harîzheim, Yita Nie de Gusa. Trevir., 1730, iD-8.

Nicolai Cusani Opéra. Paris, 1514, 3 vol. in-fol. Basil., 1565, 3 vol. in-fol. De docta ignoranlia, t. lu. Apologia

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