‹ Manuel de l'histoire de la philosophie ancienneChapitre 5 sur 90 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Caractère général de cette période.

SOUMAIRE.

1. Explication de Porigiue et de la nature deschoses. Tentatives isolées et incomplètes. — 2. Ecole Ionienne. 3. Ecole Pytliagoricienne. 4. Ecole d'Elée. 5. Sophistes. 6. Influence des races ioniennes et doriennes. — Concentration des écoles à Athènes.

1. Les écoles qui se développentdans cette périodeontcela de commun , que , suivant la voie de l'analogie, elles s'efforcent d'indiquer la nature et de remonter à l'origine des choses et qu'ainsi elles n'embrassent qu'un côté de la science. Nous y remarquons donc plusieurs directions particulières, qui nous semblent devoir être attribuées à la marche naturelle de l'esprit humain dans ses premiers développements , ainsi qu'aux diflFérences d'origine et de position de leurs auteurs. Ces directions sont au nombre de quatre et représentées par les écoles d'Ionie, des Pythagoriciens, d'Élée et des Sophistes.

2. La philosophie ionienne s'occupe, suivant la méthode des physiciens , de la manière dont les phénomènes se passent , des forces ou des éléments qui les produisent, et ne s'applique à la morale qu'accessoirement et d'une manière superficielle.

3. La philosophie pythagoricienne ou dorienne s'occupe des principes internes du développement cosmique et recherche par la méthode rationnelle , le pourquoi plutôt que le comment des phénomènes. Elle n'examine donc pas les phénomènes physiques, qui remplissent l'univers , sous le point de vue matériel; elle se donne pour problème la recherche des lois et de l'harmonie dans les principes du monde, suivant une détermination morale du bien et du mal.

■4. L'école éléatique envisage son objet sous le point de vue

objectif, puisqu'elle donne pour fondement à sa philosophie l'idée de l'existence absolue dans le sens purement logique , qui indique l'objet de la pensée en général. Cette marche est naturelle, car la spéculation philosophique devait d'abord s'occuper des phénomèmes sensibles dans leur opposition , tels qu'ils se manifestent dans la vie intérieure et extérieure, avant que l'on pût s'élever au général , qui domine l'opposition. La dialectique des Eléates est donc toute négative.

5. Dans tous ces développements de la philosophie, la considération de l'objectif est prédominante. On n"y trouve que très-peu d'observations fort décousues sur la connaissance et la pensée philosophique. Les Sophistes s'appliquèrent spécialement à cette partie de la philosophie ; mais comme ils ne s'occupaient que du point de vue objectif de la pensée, leur tendance , qui ne considérait la science que comme œuvre d'art, et non par rapport à la connaissance de l'objectif, devait non seulement être partielle, mais encore destructive de la philosophie ; car toute pensée qui n'a pas pour but avoué la connaissance est absolument nulle pour la philosophie. C'est ce caractère de la ])ensée sophistique qui constitue la décadence des écoles précédentes , décadence que nous avons signalée comme la fin de la [ireraière période,

6. Une remarque essentielle à faire encore, c'est que le premier développement de la philosophie fut opéré par la race ionienne, dont la civilisation se révéla dans des ouvrages d'une grande perfection. Elle produisit d'abord le poème épique, et donna ensuite naissance à Thistoire. Ces deux circonstances témoignent d'une faculté prédominante pour l'observation des faits et pour l'intelligence des phénomèmes, qualités dont l'école ionienne fournit de nombreuses preuves. Mobiles de leur nature, les Ioniens préféraient les formes changeantes de la démocratie. Aussi dans la philosophie, leur principe, quoique un au fond , est-il présenté sous les faces les plus diverses. La race dorienne , au contraire, au milieu de laquelle se développa la [diilosophie pythagoricienne , avait un caractère plus stable et vivait davantage d'une vie intérieure. Aussi voyons-nous fleurir chez elle la poésie lyrique, qui a pour principe la force expansive de l'àme , les formes de gouvernement aristocratiques, dont un des traits les plus saillants est l'immobililc , un culte plus grave, qui s'adressait plus spécia-

Page 1