‹ Manuel de l'histoire des dogmes chrétiensChapitre 12 sur 55 · SUR LA VIE ET LES OUVRAGES D'HENRI KLEE, XXIX · texte numérisé non relu

SUR LA VIE ET LES OUVRAGES D'HENRI KLEE, XXIX

« on l'a mande ici, calomnié la saine raison, et par la « indisposé vos auditeurs ; mais, ajoutait-il, en termes « suffisamment explicites , j'ai lieu de craindre que votre « révérence ne se soit montrée trop favorable envers « l'un des partis qui divisent les catholiques, et qu'elle « ne se soit déclarée, contre l’autre, avec plus de par- « tialité qu'il ne convient à la discrétion des rapports aca- « démiques. »

Ce n'était là que le commencement de l'épreuve. La lutte, une fois engagée, se poursuivit contre Klee par les moyens les plus odieux et les plus déloyaux; et, pendant les cinq premières années de son séjour à Bonn, il ne cessa d'être en butte aux tracasseries et aux intrigues ténébreuses du parti auquel le gouvernement avait voulu l’opposer. Les choses allèrent si loin, qu'on lui fit un crime d'avoir présenté à la censure archiépiscopale sa Dogmatique catholique. Cette déférence envers l'autorité ecclésiastique , inspirée par l'humble soumission d'une conscience délicate, porta ombrage à la chancellerie de Berlin, et la destitution du professeur fut résolue. Elle allait être présentée à la signature du roi, lorsque Klee en fut averti. Il supprima, au prix de grands sacrifices, l'édition commencée, et les choses en restèrent là. Mais la guerre , transportée depuis lors sur un autre terrain, n'en fut pas moins acharnée. La presse harcela sans relâche le professeur orthodoxe, et le parti continua de lancer contre lui les traits haineux et les insinuations calomnieuses.

Au milieu de ces rudes épreuves, Klee ne perdit point courage; 1l continua ses travaux avec une constance et une application que couronnèrent les plus heureux succès. Bien peu savent ainsi, même dans les circonstances les plus favorables, poursuivre avec fermeté le but de leurs efforts. Du reste , ce n’était pas seulement

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les ouvrages de Klee qu'on accueillait avec faveur, ses lecons jouissaient aussi d'un grand crédit; et, malgré les efforts de l'intrigue et de la calomnie, elles attirèrent toujours un nombreux auditoire. Les heures de loisir qui lui restaient, se passaient en entretiens sérieux avec de nobles amis, comme Windischmann , Walter, Puggé, Bethmann-Holwegg, et quelques-uns des professeurs de la Faculté de théologie protestante. Il revenait régulièrement chaque année à Mayence passer le temps des vacances, près de sa famille et de ses amis ; et, jusqu’au temps où il fut appelé à Munich, il ne fit jamais d'autre voyage.

Telle fut la vie de Klee pendant la première moitié de son séjour à Bonn. Il laissa ainsi passer avec le calme le plus parfait la polémique soulevée contre lui. Jamais, ainsi que nous l’avons déjà dit, il ne fit servir à des fins indignes de son caractère sa supériorité scientifique; jamais il n'attaqua l’hermésianisme autrement qu'en public; jamais, dans sa chaire, il ne lui échappa une parole d'invective et de récrimination contre Hermès ; jamais il ne consentit à écrire un seul article de journal sur ces affaires qui le touchaient de si près. Ajoutons que ses relations avec l'archevêque comte Ferdinand Spiegel, en qui reparaissaient de précieuses qualités lorsque chez lui le courtisan n'effacait pas l'évèque, devinrent plus amicales dans les dernières années (1).

Nous arrivons au temps où Mgr Clément-Auguste de Droste vint occuper le siège archiépiscopal de Cologne, et où l'Église catholique de l'Allemagne rhénane

(1) L'auteur cite à l'appui de cette observation ‘plusieurs lettres écrites à Klee en 1833 et 1834 par l'archevèque de Cologne. Ces lettres, trouvées daus les papiers de Klee, au moment de sa mort, respirent l'estime et la bienveillance la plus sincere.

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SUR LA VIE ET LES OUVRAGES D'HENRI KLEE. ΧΧΧ] commença à respirer plus librement. Ces événements ne furent point sans influence sur la position d'Henri Klee. Ses relations extérieures semblèrent dès lors s'améliorer, Le nouvel archevèque l'honora de sa coufiance, et l’une des premières marques qu'il lui en donna fut de le nommer examinateur de l'Université. Il en résulta immédiatement que ses lecons de Dogmatique furent fréquentées par un concours prodigieux d'auditeurs, et que désormais les professeurs hermésiens parlèrent presque dans la solitude; mais on vit bientôt 5᾽ ἐvanouir la clarté du beau jour qui avait rempli le cœur des catholiques de la plus douce confiance. L'emprisonnement de Mgr Clément-Auguste arrêta brusquement la renaissance de l'esprit ecclésiastique dans l’Université de Bonn, en même temps qu'elle anéantit tant d’autres espérances catholiques qui semblaient attachées à l'action et à la personne du généreux confesseur. Klee , il est vrai, ne fut pas d'abord atteint directement; et bien qu'il sentit profondément la blessure faite à l'Église, il se serait reproché, comme un acte de lâcheté, la pensée d'abandonner son poste au moment du danger : aussi refusa-t-il, tant qu'il lui fut possible de travailler à Bonn avec quelque fruit, la demande qu'on

‘lui fit en 1838, aussitôt après la mort d'Adam Moœbhler,

de venir à Munich remplacer l’illustre professeur, Mais quand il vit que la mésintelligence croissait chaque jour et que l'opposition s’organisait en système ; qu'au lieu de revenir lorsqu'il en était temps encore, on s’égarait de plus en plus, sans aucune pensée de retour; que le gouvernement, après avoir, dans les premiers temps , abandonné les Hermésiens , les prenait maintenant sous sa protection, pour s’en servir comme d’une machine deguerre contre l'archevèque captif; convaincu qu'il lui serait impossible, avec la meiïlleure et la plus

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ferme volonté, d'exercer désormais aucune action utile à l'Église, il résolut de quitter Bonn et d'aller chercher ailleurs un asile où la liberté catholique fût sincèrement respectée. On ne manqua pas de raisons , et on fit des efforts pour le retenir; mais Klee avait pris son parti. Il lui répugnait de servir plus longtemps un système dans lequel il n'avait d'autre emploi que celui de préter la couleur d’un nom catholique à des plans antichrétiens ; il ne voulait pas rester, comme une statue richement ornée, sur son piédestal solitaire, pendant que le temple était exposé à une horrible dévastation.

1! a, d’ailleurs, parfaitement exposé lui-même, dans la lettre où il résigne ses fonctions, les motifs qui le determinèrent à quitter Bonn :

«Lorsqu'en 1838, écrivit-il au ministre, je refusai «l'invitation aussi honorable qu'avantageuse qui m’ap- «pelait à Munich, j'avais droit d'espérer, d'après les «assurances positives de M. le chargé de pouvoirs extra- «ordinaire, que le ministère agréerait et appuieraït la «ligne de conduite où j'étais parvenu non sans peines «et sans luttes douloureuses à m'établir ici, et dont je «lui exposai les détails et les motifs. Mais la marche «qu'on ἃ suivie depuis cette époque me donne claire- «ment à entendre que non-seulement le résultat de «mon action, dans le sens où je la regarde comme un « devoir, va s'annuler chaque jour, mais aussi que «mon action ellemême va se trouver graduellement «restreinte, puis totalement anéantie. Par ces motifs, «j'ai pris la résolution de résigner, pour la fin du se— «mestre d'été de la présente année, mes fonctions de « professeur, et je supplie très-humblement Votre Excel- « lence de vouloir bien agréer ma démission et me dé- «gager, pour cette époque, de toutes les obligations at- «tachées à mon emploi, »

SUR LA VIE ET LES OUVRAGES D'HENRI KLEE. XXXii]

I vint à Munich en 1839. Nous nous abstiendrons de rappeler le bonheur qu'il éprouva lorsqu'il se vit au terme de son voyage, l'accueil plein d'enthousiasme que lui firent à l'envi les nombreux amis qui le désiraient depuis si longtemps; l’ardeur avec laquelle les élèves de l'Université se pressaient dans la salle où il faisait son cours ; le tribut d'hommages qu'ils rendaient à son zèle, à sa riche intelligence, à son enseignement plein de vie, à ce πδάσνῦ talent d'exposition qui donnait tant de charmes à ses lecons. Tout cela est trop près de nous et trop bien gravé dans notre mémoire pour qu’il soit nécessaire de le rapporter en détail.

Tout ce bonheur qu'il goûtait et qu'il répandait au milieu de nous ne devait, hélas! durer qu'un moment. S'il eût vécu plus longtemps et que ses éminentes facultés eussent pu produire tous leurs fruits, nous pouvons penser et dire hautement quil aurait égalé les grands théologiens du moyen âge. Mais Dieu avait ἃ ὅcidé que ses travaux étaient à leur terme. Il n'y avait pas un an qu'il habitait la Bavière lorsqu'il fut pris d'une fièvre muqueuse; c'était un tribut qu'il payait au climat de sa nouvelle patrie. La maladie, régulière dans sa marche, ne présenta d'abord aucune gravité. Le malade était même à peu près guéri, lorsque tout à coup survinrent des crises nerveuses et de cruelles souffrances, au milieu desquelles Dieu l'appela à lui le 28 juillet 1840, à une heure après minuit, dans la quarante et unième année de son âge.

Ainsi mourut cet homme éminent, objet de regret pour la science catholique, de deuil profond pour ses amis et pour ses élèves, de douleur amère et de tristes pleurs pour ses vieux parents, qui le perdaient loin d'eux dans un pays étranger. Nous n'ajouterons plus qu'un mot : sans doute l'existence de l’Église catholi-

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