‹ Manuel de l'histoire des dogmes chrétiensChapitre 18 sur 55 · MANUEL · texte numérisé non relu

MANUEL

SOMMAIRE

1. Notion du dogme. — 2. Formation du dogme. — 3. Influence propre de l'Orient et de l'Occident. — 4. Influence des écoles. — 5, Influence des hérésies.

6. Définition et vraie notion de l'histoire du dogme; comment elle est possible. — 7. Comment elle est nécessaire, — 8, Rapport de l’histoire du dogme avec les autres branches de la théologie, — 9. Méthode à suivre dans l’histoire du dogme. — 10. Déterminations diverses des époques et des périodes de l’histoire du dogme. — 11. Sources de l'histoire

du dogme.

1. Dogme veut dire, à ne considérer que l’étymologie, ce qui a été approuvé, ce que l’on a établi, αόcidé (placitum, decretum). L'Écriture désigne par le mot δόγματα les édits ou décrets des souverains (1), les prescriptions mosaïques (2), les décisions des apôtres (3).

Dans les écrivains ecclésiastiques, δόγματα signifie

(Cfr. δογματίζειν 17 Macc. x, 8. 111 Macc. 1v, 11.) (2) ÆEz. xx, 26. — Eph.u, 15. — Col. τι, 14. — (Cfr. un, 20. δογματίζειν.) (3) Act. xv1, ἡ. —(Cfr. xv, 28. "Edoëe γὰρ τῷ Πνεύματι Ἁγίῳ | χαὶ ἡμῖν.) | I. 1

Et Luc. τι, τ. — Act. xvu1, 7. — Dan. τι, 13. vi, 9. 8. 15.

tantôt les doctrines des philosophes ‘1) et des hérétiques (2), tantôt les enseignements chrétiens (3); mais δόγμα désigne l’ensemble de la doctrine révé-

lée (4).

Δόγμα se trouve oppôsé tantôt aux pures opinions, δόξαι, des païens (5) et des hérétiques (6); tantôt à ce que l’on considère dans l'Église comme simplement

(1) Hermias. Irris. 6. 1. — 02. v, 16. (δόγματα ἑἕλληνικά.) — Cfr. Cic. Qu. acad. αν. 9... de suis decretis, quæ philosophi vocant dogmata.

(2) Clem. Str. vit, 16. — Archel. et Manet. disput. ἢ. 1v. — Aug. Qu. Evang. 1,11. — (Cfr. δογματίστης appliqué à Novatien par Eus, vi, 13.) δογματίζοντες appliqué aux Gnostiques par Clem. (Str. 111, 15.) δόγματα μυσαρὰ ( Theod. in 765. Naz. qu. xvi.) ἄθεα (Æus. in Ps, zvir, 12.) impia et irreligiosa dogmata. (rer. adv. Hær, 1. 11. præf, n. 1.) pestifera et mortifera dogmata. (Aug. Civ. Dei xvurx, 51. n.1.)

(3) Δόγματα avec l'addition Ἰησοῦ Χριστοῦ, (gr. Magn. x1r1.) Θεοῦ (Orig. Matth. T. x1r. n. 23.) Cfr. Clem. Str. am, 2. VI, 13.) Θεῖα (Theod. epl. ad Joan. Antioch.) τῶν εὐαγγελίων (th. in Matth. serm. 1x. in Gall, v.) ἀποστολιχὰ (Thcod. Hist. Eccl. 1, 2. 5.) ὑγιᾶ (Orig, Matth. T. vr. n. 20: xx. n. 22.) 690% (Cyr. def. anath. x. In symbol. ad monach. — Chrys. in Genes. Hom. 11. n. 5.) τῆς edceeiuc {Orig. Matth. T. xvur. n. 7. — Cyr. in Amos vi, 2. — Chrys. im Matth. xx1, 23. in Cot. Mon. Eccl. græc. 117.) εὐσεδῇ (Cyr. Symbol. ad monach.) πατέρων (Greg. Nyss. de 8ρ. 5. in Mai vu. 11. D. το.) ἡμῶν (Tat. Græc. xx1v.) τῆς ᾿Εχχλησίας) Greg. Nyss.adv. Eun. 1]. χαι. T. τι, ον. p. 815. — Cyr. Joan. 1, 33.) ἐχχλησιαστικὰ

(Chrys: in Matth. xx1, 23.) (4) Orig. Princ. 1, 7. π΄ 1. — Cels. 1, 2: == Tact. "|

persec., ἢ. 11, — Bas. Hexaem. or. vr, Les cathéliques sont appelés à cause de cela of τοῦ δόγματος. Eus, Hist. Eccl: vtr, 30. (5) Opiniones ethnicorum, Tert, spect, c: 1 CASE ! :

δι ne γοήματα, Orig. epl. ad Greg. ἢ. 2. — Four τῶν ἑτεροδοξούντων. Orig, in Joan, T. x. πὶ 1.

probable, où comme objet de libre discussion (1); tantôt on l’oppose à ἦθος, πολίτεια,, c'est-à-dire à la règle de la vie pratique (2), tantôt à χήρυγμα,, c’est-àdire à l’objet de l’enseignement public et général (3). Plus d’une fois depuis Semler on ἃ voulu, tout à fait contre l'esprit de l'antiquité, concevoir entre dogme d’une part, et, de l’autre, religion vrate et christianismé vrai, un rapport d'opposition et de contrariété, et, par suite, proscrire le mot dogme et l’idée qu'il exprime. Cette distinction est gratuite et arbitraire; mais on doit accepter comme fondée en raison celle que les théologiens établissent entre les dogmes

(1) Chrys. "Exeïvo γὰρ ἔχε παρατετερημένον, ὅτι πολλὰ τῶν λεγοιένων παρ᾽ ἡμῖν ἀγωνιστιχῶς χηρύττεται, οὐ δογματιχῶς, In Matth. xxx, 53. (in Cor. mon. Eccl. græc. 111, 145.)

(2) Eus. Dem. Evang. x, 6. — Soc. Περὶ δόγματος... ἠθιχὴ διδασχαλία. Hist. Eccl. τι, 44. — Cyr. Ὃ τῆς θεοσεδείας τρόπος ἐχ δύο τούτων συνέστηχε, δογμάτων εὐσεδῶν ἀχριδείας, χαὶ πράξεων ἀγαθῶν. Cat. τν. — Chrys. Ὃ χριστιανισμὸς μετὰ τῆς τῶν δογμά-τῶν ὀρθότητος χαὶ πολιτείαν ὑγιαίνουσαν ἀπαιτεῖ. In Joan. hom. χχνιι. Cfr. in Gen. Hom. ar. n. 5. xu11. 0. 4.

(3) Bas. Ἄλλο γὰρ δόγμα χαὶ ἄλλο κήρυγμα’ τὸ μὲν γὰρ δόγμα σιωπᾶται" τὰ δὲ χηρύγματα δημοσιεύεται. Spirit. 5. c. ΧΧΥῚΙ. — Sever. (Gab. ou Æmes.) Illud oportet observare fratres quod aliud dogmata sunt mystica, et aliud prædicatio publica. Homil. v. (ed. 4ucher. Venet. 1827.) — ÆEulog. Τὰ μὲν δόγμα-τὰ μετ᾽ ἐπιχρύψεως καὶ σοφίας ἀπαγγέλλεται, χαὶ εἰς τὴν ἀσάφειαν πολλάχις ἐξεπίτηδες περιῤάλλεται. ὡς ἂν μὴ βεδήλοις εἴεν τὰ ἅγια ἐχθετὰ, χαὶ οἵ μαργαρῖται τοῖς χοίροις προχείμενοι. τὰ δὲ χηρύγμα-τα χωρίς τινος ἐπιχρύψεως ἀπαγγέλλεται, καὶ μάλιστα ὅσα εἰς λόγον ἐντολῶν χαὶ θείου φόδου συντήρεσιν ἀναφέρεται" εἶναι δὲ καὶ τῶν δογμάτων ἔτι τινὰ μυστιχώτερα, ἃ παντελῶς (ὡς τὸ ἔπος φάναι) cEσίγηται, ἐχείνοις δὲ μόνοις παραδέδοται οἷς διὰ λόγου ζῶντος ἔχουσι πνευματιχὴν σοφίαν πιστοῖς ταῦτα παρατίθεται, Αρ. Phot. ο. ccxxx.

solennels, proposés et définis comme tels ( dogmata formalia, quoad nos proposita), et les dogmes qui n’ont encore été ni formulés en termes exprès, ni proposés avec solennité (dogmata in se, materialia ); comme aussi la distinction, souvent mentionnée, entre les opinions tolérées ou approuvées dans l'Église, et les enseignements propres et réels de l'Eglise.

9, Le dogme, considéré dans son fond et dans sa substance, a eu sa pleine et entière réalité dès Porigine, en même temps que l'Église et le christianisme ont été fondés et établis; mais sa formation est progressive et s'opère dans le temps; or c’est l'Esprit Saint qui est le principe de la formation régulière du dogme, comme l’Église est la sphère et le milieu où elle s’accomplit. Toute autre puissance, quelque mesure d'influence qu’elle paraisse apporter à ce travail de formation progressive, ne doit être considérée que comme une cause purement occasionnelle ou purement instrumentale, employée par l'Esprit Saint au service de l'Église. Au point de vue des causes occasionnelles se rapportent les luttes diverses des conceptions religieuses indépendantes contre la vraie religion, pendant son progrès à travers les âges; et ces combats incessants livrés à la foi par les nombreuses formes de l'erreur spéculative et par les directions perverses de la vie pratique, à mesure qu’elles se produisent dans tel individu, dans tel lieu, dans tel temps, pour se constituer en sectes ou en partis religieux. A la classe des causes instrumentales appartiennent les éléments plus purs et les effets plus heureux qui se produisant dans tel ou tel esprit, y prennent vie et forme, et prévalent dans tel temps ou dans tel lieu avec une énergie particulière. s

INTRODUCTION. ὃ

Dominés par un même esprit, tous les éléments, dans l'Église, concourent à un même but; l'Orient comme l'Occident, l'Hellénisme comme le Romanisme, les docteurs particuliers comme les écoles, chacun selon son-génie, chacun avec le caractère de ses tendances et de sa physionomie intellectuelle. Saint Athanase et saint Augustin n'ont travaillé si utilement pour l'Église, que parce que lesprit de l'Église était en eux; c’est parce qu’ils s'étaient identifiés avec elle, lun pendant qu’elle combattait l’Arianisme, l’autre pendant qu’elle luttait contre les Pélagiens; c'est parce qu'ils exprimèrent la pensée qui était en elle, et qu'ils exprimèrent fidèlement, que l'Église adopta la forme dont ils la revêtirent. Ce ne furent pas eux qui dominèrent l'Église et sa doctrine ; ils furent dominés par elle; ils ne rendirent point leur croyance particulière, croyance générale; mais la croyance générale prit et garda la forme particulière sous laquelle ils avaient conçue. Jamais aucune pensée particulière n’a ajouté un seul élément à la substance du dogme, bien qu'un grand nombre de docteurs se soient employés, avec une heureuse activité, à lui donner une forme et un développement scientifiques.

Les systèmes philosophiques n’ont de même contribué en rien à la formation substantielle du dogme chrétien, quelque profonde influence que la philosophie alors dominante ait pu exercer, à différentes époques, sur le caractère particulier de la forme et de l'expression. C’est en dehors des limites du dogme et de la ligne qui circonscrit le domaine de la foi, que la pensée individuelle ἃ trouvé un champ libre, où elle a pu s'épanouir en opinions et en conjectures ; c’est

dans cette région extérieure qu'il y a eu pour les esprits dociles à la foi, liberté de cultiver et de mettre en rapport intime avec l’enseignement de l'Église les idées que la philosophie du temps ἃ fait éclore; c’est là que les opinions théologiques ou philosophiques ont rencontré une arène libre et ouverte, où toutes ont pu se produire et se combattre.

3. Que si nous voulons considérer de plus près le sujet que nous venons d’esquisser en peu de mots, nous verrons que le travail de l'esprit grec sur la substance du dogme chrétien a été principalement un travail de développement, tandis que l'Occident s’est appliqué plus spécialement à observer et à conserver, à donner au mouvement imprimé par l'Orient la forme et la mesure, à le préserver des écarts, et à l’empécher de se perdre dans l’erreur. L'Église d'Orient s’est particulièrement attachée au point de vue qui constitue le domaine de la haute métaphysique, L'Église d'Occident a pris pour objet spécial de son activité celui des éléments du dogme qui tient de plus près à la vie pratique, les doctrines qui tendent immédiatement à l'application, et qui donnent à la morale ses principes. et, pour ainsi dire, sa substarice. Ainsi, l’une a élaboré la science de Dieu, la théologie proprement dite; l’autre nous ἃ donné, avec la doctrine de l'Église, l'anthropologie, Ja science de l’homme sous toutes ses faces, la doctrine de la chute, la doctrine de la liberté, la doctrine de la grâce; toutes deux ont ainsi conservé le génie propre et la forme spéciale de sagesse que le passé leur a laissés en héritage,

L'Afrique, que ses rapports de langage et de situation rattachent moitié à l'Orient et à la Grèce,

INTRODUCTION. 7 moitié à l'Occident, et plus particulièrement à Rome, nous présente tout à la fois les deux influences. Les esprits les plus éminents dans ce double mouvement, et qu’on en peut considérer comme les représentants les plus complets, sont deux Africains, Origène et saint Augustin; tous deux ont exercé, lun sur l'Orient, l’autre sur l'Occident, l'influence la plus étendue et la plus durable, qu'il suffit, du reste, de signaler ici, sans la développer plus longuement.

4. En dehors de ces deux grandes directions, celle de l'Orient et celle de l'Occident, nous avons à caractériser, autant qu'il est possible et qu'il importe à notre but, les directions partielles et subordonnées que l’on désigne sous le nom d’écoles.

A l’école d'Alexandrie, dont Origène peut être regardé comme le chef, se rattache intimement l’école de Cappadoce, représentée par saint Grégoire Thaumaturge, saint Grégoire de Nazianze, saint Basile le Grand et saint Grégoire de Nysse ; les deux derniers peuvent être considérés, celui-ci comme étant le plus fortement empreint de la couleur d’Origène, celui-là comme reproduisant avec le plus de mesure son esprit et ses tendances.

Une autre école apparaît en Orient, qui forme, avec l’école d'Alexandrie et son génie porté généralement à l'enthousiasme, un contraste frappant; c’est l’école d’Antioche, représentée par Théodore de Mopsueste, Théodoret et saint Chrysostome; la raison semble y dominer, bien qu'elle vienne parfois y aboutir à la pure déraison, comme on le voit, par exemple, dans le Nestorianisme. Cest à l’école

d'Alexandrie que se rattache l'écrivain mystique qui

s’est caché sous le nom de saint Denys l’Aréopagite;

comme saint Jean Damascène, nonobstant son éclecticisme, appartient à l’école d’Antioche.

Quant aux écoles de l'Occident, on voit clairement que toutes procèdent de la riche plénitude de saint Augustin. C’est de lui qu'ont pris leur fond et leur substance, aussi bien les maîtres des écoles my$tiques, que ceux qui sont comptés parmi les scolastiques; c’est de lui que dérive tout le mouvement théologique et philosophique du moyen äge; c’est à lui que remonte même la vie philosophique des derniers siècles, si Descartes est le père de la philosophie moderne, et si, comme on n’en peut douter, les

doctrines philosophiques et les doctrines théologi-

ques de saint Augustin, bien ou mal comprises, forment une portion capitale et essentielle de la philosophie cartésienne. Et n'est-ce pas encore dans saint Augustin, perfidement détourné de son véritable sens, que le Prédestinatianisme du v° siècle etcelui du moyen âge, que plus tard le Calvinisme, le Luthéranisme, le Jansénisme et le Quiétisme ont trouvé leur point de départ et leurs doctrines fondamentales ?

Une autre circonstance remarquable en Occident, c’est que les directions particulières de la pensée y revêtent une forme durable et fixe dans les corporations religieuses; que telle école s’identifie avec tel ordre, avec telle règle ; que les plus forts esprits dans chaque ordre, doués, pour ainsi dire, du pouvoir de s’assimiler les intelligences, impriment ΠΝ type à ce qui les entoure, et entraînent l’ordre entier dans leur voie (Thomistes, Scotistes, moines de Saint- Victor, etc.).

Quant à l'influence positive de la puissance séculière dans la formation du dogme, elle ne saurait être

l'objet d’une considération particulière, les souverains n'étant intervenus dans le travail dogmatique qu’en union avec les théologiens, ou en se plaçant à la suite d’une école (Justinien, Charlemagne).

5. La pensée individuelle, quand elle reste dans la sphère de l'Église et qu'elle se contient dans les limites de la doctrine traditionnelle, constitue une tendance spéciale et forme une école; mais si elle excède et vient à se développer dans un sens hostile à l'Église et à son enseignement, elle devient Aéréste, et force l'Église à une déclaration précise et solennelle de sa foi, relativement au point de doctrine qui se trouve en péril, en même temps qu’elle l'amène à formuler expressément le dogme enveloppé jusquelà dans un enseignement purement implicite. Les conceptions erronées qui dégénèrent ainsi en hérésies, portent, comme les doctrines orthodoxes, la couleur et l’empreinte des lieux et des temps où elles se produisent. Les hérésies de l'Orient ont un caractère beaucoup plus spéculatif, et se rapportent plus particuhièrement à la nature de Dieu, tandis que celles de ‘l'Occident sont plutôt des hérésies pratiques qui se développent dans le domaine de l’anthropologie, de la morale, de la théorie de l'Église, comme le Montanisme, le Novatianisme, le Pélagianisme, le Prédestinatianisme, l’hérésie des Vaudois, etc., comme aussi la grande hérésie du xvi siècle, dont la base est prise dans l'anthropologie.

La formation du dogme dans l’Église suit la marche de l'erreur, et a lieu parallèlement à son progrès. Ainsi la doctrine qui s’est produite la première est celle de unité de Dieu (contre les Polythéistes et les Dualistes); puis est venue celle de la trinité

(contre les Modalistes et les Subordinatiens), puis celle de la nature du Christ (contre le Nestorianisme et l'Eutychianisme), celle de la grâce (contre le Pélagianisme et le Prédestinatianisme, ete.), et ainsi des autres dogmes particuliers,

6. L'histoire du dogme est la compréhension et l'exposition scientifique du développementdes dog: mes dans l’Église. Elle a pour objet, avant tout et principalement, les dogmes formels, puis les dogmes matériels et même aussi les opinions dogmatiques; elle embrasse en même temps les doctrines contraires au dogme ; qui se sont produites dans le cours du temps et qui ont déterminé l'Église à définir d’une manière plus expresse la doctrine de la foi. Son but est d'arriver et d'amener les esprits à bien comprendre dans quelles circonstances et dans quelles conditions tel ou tel point de doctrine ἃ recu sa forme dogmatique et scientifique.

Cette expression , histoire du dogme, sonne mal à certaines oreilles, comme si elle entraïnait la négation de la stabilité du dogme chrétien ou de sa pleine réalité dès l’origine. Mais comment se. fait-il, qu’on veuille bien cependant parler et entendre parler d’une histoire du Christ, d’une histoire de sa religion et de son Église, sans croire qu'il y ait là pour l’idée, pour l’existence ou pour la valeur du christianisme, l'ombre même du péril? Parler d’une histoire des dogmes chrétiens, ce n’est en aucune facon supposer que les dogmes commencent ou qu'ils puissent finir. Ce qui, ayant son origine en Dieu, wit et se maintient à travers les âges, a son histoire, pour wæelte raison même; ce qui est éphémère n’a pas d'histoire, par cela même qu'il ne dure pas.

Les sectes passent , l'Église catholique dure; elle a plus d'histoire que ceux qui disparaissent après l'avoir combattue. Si, dans un temps qui n’a plus ni la foi ni le sentiment de la science, puisqu'il nie formellement la doctrine révélée, ou qu'il refuse de la comprendre dans sa profonde synthèse, on ἃ rejeté la dogmatique, pour mettre à sa place de prétendues histoires des dogmes ; cela ne prouve certainement pas que toute histoire du dogme soit un outrage à l'esprit du christianisme, et une attaque contre la science chrétienne, Il y a là plutôt un motif puissant de travailler à remplacer, par la vraie notion du dogme et de l'histoire, la fausse notion qu'on en a donnée et répandue , et de substituer à cette fausse histoire des dogmes, l’histoire du dogme chrétien dans sa véritable idée.

Que les dogmes aient eu réellement leur développement dans le temps, l’histoire de l'Église en est une preuve sans réplique ; la substance du dogme, déterminée dès l’origine, demeure toujours la même; sa formation dans le temps est progressive, en sorte qu'il se développe selon les progrès de la raison vraie et droite qui létudie, en même temps qu’il grandit pour résister aux efforts de la pensée ennemie qui l’attaque, La religion n'arrive à sa forme parfaite que par la lutte et par la résistance; il en est de même du point de vue dogmatique; il ne se développe pas dans l'humanité soudainement et dès l’origine, mais il grandit peu à peu dans la mesure de la force et de la vertu de l’homme , qui a besoin non pas seulement d’être élevé au-dessus du niveau de sa nature, mais aussi d’être tiré de la profondeur de sa chute,

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