‹ Manuel de l'histoire des dogmes chrétiensChapitre 32 sur 55 · L'HÉRÉSIE · texte numérisé non relu

L'HÉRÉSIE

SOMMAIRE

1. Notion de l’hérésie. — 2. Causes de l'hérésie. — 3. Caractère de l’hérésie et des hérétiques. — 4. Conséquences de l’hérésie.

1. L'hérésie est la négation d’un dogme (1); on appelle Aérétique Yauteur de lhérésie ou celui qui y adhère (2). Les désignations symboliques de l'hérésie dans l'antiquité sont le divorce (3), le larcin (4), la fausse monnaie (5).

2. Le principe formel de l’hérésie, c'est la conscience d’être en opposition avec la vérité(6); sa racine, c’est l'amour de soi sous toutes ses formes, l’orgueil et la cupidité (7), le dégoût de ce qui est

(1) Αἵρεσις. Zgnat. Eph. vi. Trall. n. vr. — Clem. Str. τ, 19. νι, 16. — Tert. Marc. 1v, 4.

(2) Orig. In Ps. Hom. x. n.11.1n Ps. xxv, 4.

(3) Hegesipp. ap. Eus. 111, 32. 1V,22. — Clem. Strom. vir, 16. — Tert. Præscr. xLIV. — Optat. 1v, 6. 8.

(4) Clem. Strom. ναι, 16.

(5) Orig. in Ps. Hom. 111. ἢ. 11. — Synes. Epl. 1v. ad Presbyt. — Cyr. Alex. Dial..vur. de Incarn.

(6) Aug. de Bapt. cont. Don. v. 16. n. 23.

(7) Clem. Strom. vir, 16. -— Orig. in Rom, 1. 11. ἢ. 6, — Aug. Uül. cred. 1. n. 1. et souvent ailleurs. — Chrys. in 1

Tit. Ηρ; 1x. n° r:

PR TS EEE

L'HÉRÉSIE. 163 ancien (1), le mépris pour les chefs de l'Église (2), le vertige de l'indépendance (3), le dépit d’une déception dass l'espérance conçue d'arriver aux emplois ecelésiastiques (4), l'esprit de chicane (5), lardeur immodérée de Pâme (6), l'oubli de la disproportion des mystères divins avec notre intelligence finie (7), la fausse interprétation de l’Écriture (8), la fausse application de la sagesse de l’homme aux secrets de Dieu (9). L’hérésie tire sa puissance, comme le remarquent les Pères, des mêmes causes qui lui donnent naissance, de la faiblesse de la foi (Tert. Præscr. cap. 11} et de Porgueil de l'esprit (Bas. Sp. S. cap. XXIX, 0 77).

3. Les Pères comparent souvent l'hérésie au paganisme (10); lun, en effet, nie Jésus-Christ, l’autre mie sa doctrine et son Église : aussi, refusent-ils à l’hérétique le nôm de chrétien, et infligent-ils à l’hérésie la note infamante de négation du christianisme, et d’anti-christianisme (11); du reste, ils reprochent

(1) Bas. Sp.S. c. vit.

(2) Zren. v, 20. n. 2.

(3) Zsid. 1. τν. Epl. zv-Lvir.

(4) Tert. adv. Valent. 1v.

(>) Aug. vera Rel. e. v. n. 9. — Civ. Dei xvux, 51. ἢ. 1.

(6) Greg. Naz. Or. χχχιι. — Aug. in Ps. cxx1v. n. 5.

(7) ren. passim; et avec lui tous les Pères qui ont écrit contre les Ariens, et spécialement contre les Eunomiens.

(8) Aug. Fid. et opp. c. 1v. n. v. — Orig. Strom. x. (ap. Hier. ad Gall. 1. xx. c. v.). — In Ps. xxxvr, Hom.rv. ἢ. 1.

(9) Tert. Præscr. vir. δέν. Hermog. c. var.

(10) Orig. Judd. Hom. vur, 1. — Chrys. Homil, in illud : in qua potest. ἢ. 5. — (Pseudo-) Chrys. Op. imp. Hom. 1x. x1x.

(11) Justin. Apol. 1, 26. Tryph. xxx v. XXXVI. LXXX. — Zert.

aux hérétiques d'emprunter leur nom plutôt à des hommes qu’à Jésus-Christ, de s'appeler, par exemple, Marcionites, Valentiniens, etc. (1).

Quant à la tactique des hérétiques, voici comment les Pères la caractérisent : ils affectent, disentils, de rester unis avec l'Église; ils s’observent dans leur langage afin de séduire les ignorants (2); ils se plaignent qu’on les exclut de l'Église et qu'on les flétrit du nom d’hérétiques, bien que leur foi soit exactement la même que celle de l’Église (3); bien ils déclarent l'abandon de la foi commune bon et légitime, prétendant que l’unité de l'Église ne court pas en cela le moindre danger (7ert. Præscr. v); ou bien encore ils soutiennent explicitement que l'Église n’est point en possession de la vérité, soit parce que les apôtres où n’ont point compris exactement la doctrine de Jésus-Christ (4), ou l’ont accommodée aux erreurs et aux préjugés des hommes (5), soit parce que l'Église n’a pas reçu la pure doctrine d'hommes qui fussent légitimement ou réellement revêtus du caractère d’apôtres (6); ou bien enfin ils

Carn. Christ. c. xv. Præscr. xxxvur. — Cyp. Epl. ται. —Didym. En. in 1. Joan. τι, 29. — Lucif. (Calar.) Pro S. Athan. 1, 24.

(1) Bas. in Ps. xcvur. ἢ. 5. — Opt. τι, 3. — Aug. vera Relig. οὐ v. n. 9. Les Ariens , au contraire, protestaient contre ce nom, que leur donnaient les catholiques. — “ἐᾷ, Epl. encycl. ad Epp. Ægypt. et Lyb. n. 5.

(2) 1ren. ir, τῇ. n.4. — Greg. Naz. Epist. 1. ad Cledonium. T. τι. — Hil. Syn. ἢ. 20.

(3) Zren. xx, 15. n. 2.

(4) Iren. εἰν a n. 1.— Tert, Præscr. ΧΧΤΙ.

(5) νη. x, 5. n. 1. — Tert. Præser. xxx.

(6) Zren. τι, 27. ἢ. 2.111, 13. n. τ. — Tert. Marc. 1v, 5 à

L'HÉRÉSIE. 165 accusent l'Église elle-même de n’avoir point reçu la vraie doctrine apostolique (1) ou de lavoir abandonnée dans la suite des âges (2), et prétendent que c’est à eux qu'il est réserve de faire rentrer la vérité dans ses droits (3).

Pleins de mépris pour la tradition, ils ne reçoivent et n’emploient eux-mêmes que des preuves tirées de l'Écriture (4), qu'ils n’admettent, du reste, que partiellement (5), et qu'ils interprètent tantôt uniquement d’après la lettre (6), tantôt en s’écartant du sens naturel, auquel ils font violence (7) par mille subtilités, qu'ils altèrent par des suppressions volontaires (8), qu'ils défigurent par des explications superficielles ou bizarres (9), contraires à la logique ou à lhistoire, qu'ils falsifient même par des transpositions étudiées,

(1) Tert. Præsc. xxvir. — Bas. Sp.S. c. vi. ἢ. 13. (2) Orig. Serm. comm. in Matth. ἢ. 27. — Eus. Hist. Eccl. V, 28. — Bas. Sp.S. vi. n. 13.

(3) Tert. Præscr. xx1x. Marc. 1, 20. —(Pseudo-) Ortg. rect. in Deum fid. sect. m1.— Greg. Naz. Epist. 11. ad Cled.adv. Apoll.

(4) Zren. v, 21. ἢ. 2.— Tert. Præscr. xv.— Ath. Lit. encyel. ad Epp. Lyb. et Ægyp. n.4.— Bas. 850. 8. c. x. n. 25.— Greg. Naz. Or. xxx1. — Vincent. Lir. Commonit. xxv.

(5) Zren. x, 27. n. 3. — Clem. Strom. vus, 16. — Tert.

Marc. 1v, ἡ. 5. Præscer. xxxvrrt. — Dion. (Corinth.) Epl. ad Soter. (ap. Eus. 1v, 23.) — Aug. Epl. cexxxvII. n. 2 sq. (6) Zren. v, 13.n. 2. — (Pseudo-) Orig. rect. in Deum fid.

sect, v. — Sever. (Gabal.) Hom. ππι. ed. Aucher.

(7) Zren. v, 13. υ.. 5. — Cajus ap. Eus. Hist. Eccl. v, 28. — Tert. Hermog. x1x. xxvur. — Hil. Trin. vi, 37.

(8) Chrys. in S. Phoc. M. n. 3.

(9) 7ren. 1. τ. Proœm. n. 1. 3. ἢ. 6. 9. n. 3. — Orig. in Joan. T. x. n. 16. — Chrys. in illud Salutate Aquil. et Prise. Hom. 1. n. 1. — Aug. Epl. cexxxvir. n, 3.

par des divisions, des poncluations, ou des accentuations habilement calculées (1). 1ls y font ainsi entrer de force leur pensée (2), et parent leurs vaines imaginations de passages qu'ils lui empruntent, à peu près comme ceux qui, ayant à travailler un sujet, prennent cà et là dans Homère des fragments de vers dont ils ornent leur composition, pour faire croire que leurs idées appartiennent au poëte lui-même (Saint Irénée, τ. 1x. 4); ils sacrifient ainsi l’Écriture à leurs propres opinions, et ne craignent pas d'ailleurs de se servir de livres apocryphes (3), ou d’en composer eux-mêmes (4).

Quelquefois aussi, ils en appellent à la tradition contre l'Écriture; mais la tradition qu'ils invoquent n’est pas celle de l'Église; c’est la tradition qu’ils disent s'être conservée (5) dans leur école; proposant ainsi leurs inventions perverses à la place de la vérité, et donnant leur pensée personnelle comme règle la foi (6). ù

Les Pères, de leur côté, ne cessent de, faire te. marquer tout ce qu’il y a d'indécis (7) et de vague (8)

(1) Zren. τ, 8. ἢ. 1. — Clem. Strom. 111, 4. VI, 16. — Phot. ad Amph. qu. 1. n. 32. 33.

(2) Clem. Strom. ur, 16. — Orig. in Num. Hom. 1x. n. 1. in Ez. Hom. 11. n. 2. — Athan. Lit. encycl. ad Epp. Lyb. et Ægypt. ἢ. 4. cont. Arian. Or. 1. ἢ. 1. — Greg. M. in Job. XVIII, 13. N.20.

(3) Orig. in Matth. comm. Ser. n. 46.

(4) ren. x, 20. n. τὸ

5) Jren. 111, 2. n. 1-3.

6) ren. 111, 2. n. 1.

7) Orig. in Ex. Hom. τι. ἢ. ἡ. — Eus. in Ps. 1, 1.

8) Jren.V, 20. ἢ. 1. ἃ. — Epiph. Hær. xxx1,

L'HÉRÉSIE. 167 dans le caractère des hérétiques; ils font ressortir leurs divergences (1), leurs oppositions mutuelles (2); ils montrent qu’en adoptant pour devise : cherchez(3), eux-mêmes déclarent assez qu'ils ne sont pas en possession de la vérité; ils font voir, du reste, comment l’hérésie est indigente, étroite, de nature à ne séduire que des esprits faibles ou inconsidérés (4); comment les hérétiques, tout en faisant parade de sagesse, n'ont cependant ni des vues profondes ni une science véritable (5); la vraie science ne se trouvant que dans l’Église, et l’hérésie, qui n’est qu’une pure opinion, n’en possédant que l'apparence (6). Les églises des hérétiques sont, relativement à [glise catholique, comme les ruches des guêpes par rapport à celles des abeilles (7).

4. Les conséquences fatales de l’hérésie sont , au sentiment des anciens docteurs, de compromettre aux yeux des infidèles la dignité du christianisme, d’empècher les faibles de l’embrasser, de fournir aux méchants des prétextes de le calomnier (8). Mais ils

(1) Zren. 111, 12. n.7. V, 19. n. 2.

(2) Zren. 1, 9. τ. 5. 11. ἢ. 1. — Tert. adv. Valent. ce. 1v.

(3) Tert. Præscr. 1x. x. sur quoi il fait cette remarque : Nemo quærit, nisi qui non habuit, aut perdidit.

(4) Athan. adv. Apol. 1, 1. — Cyr. in Amos. vr. 2.

(5) ren. 1, 10. n. 3. v, 19. ἢ. 2.

(6) Clem. Καὶ δὴ πριῶν οὐσῶν διαθεσέων τῆς ψυχῆς ἀγνοίας, οἰήσεως ; ἐπιστήμης, οἱ μὲν ἐν τῇ ἀγνοίᾳ, τὰ ἔθνη οἱ δὲ ἐν τῇ ἐπιστήμη, À ExxAnoia ἣ ἀλήθης" οἱ δὲ ἐν οἰήσει, οἵ χατὰ τὰς αἵρέπεῖς. Strom. vir, τὸ. Τὶ 3. p. 528.

(7) Zert. Faciunt favos et vespæ , faciunt ecclesias et Marcionitæ. adv. Marc. 1v, 5.

(8) Aug. Civ. Dei xvux, δι. n. 2.

conviennent en même temps que, contre son intention, l’hérésie procure à l’Église des avantages incontestables; elle lui donne occasion de développer la lumière de la vérité, et entretient dans la science orthodoxe le mouvement, qui est le principe de la

vie (1).

(τ) Orig. Nam si doctrina ecclesiastica simplex esset, et nullis intrinsecus hæreticorum dogmatum assertionibus cingeretur, non poterat tam clara et tam examinata videri fides nostra. Sed idcirco doctrinam catholicam contradicentium obsidet oppugnatio, ut fides nostra non otio torpeat, sed exercitis elimetur. In Num. Hom. 1x. ἢ. 1. Ὥς γὰρ δόχιμος ἐν ἰατρικῇ, ὃ διὰ τὸ γυμνάσασθαι ἐν ποικίλαις αἱρέσεσι, χαὶ εὐγνωμόνως ἐξηταχέναι τὰς πλείονας ἑλομένος τὴν διαφέρουσαν " καὶ ὡς πάνυ προχόπτων ἐν φιλοσοφίᾳ ὃ ἀπὸ τοῦ πλείονα ἐγνωχέναι ἐγγυμνασαμένος αὐτοῖς, χαὶ τῷ χρατήσαντι προςθεμένος λόγῳ" οὕτως εἴποιμι ἂν καὶ τὸν ἐπιμελῶς ἐνιδόντα ταῖς ᾿Ιουδαϊσμοῦ χαὶ Χριστιανισμοῦ αἱρέσεσι, σοφώτατον χριστιανὸν γενέσθαι. Cels. 111, 13. — Aug. Multa enim latebant in Scripturis; et cum præcisi essent hæretici, quæstionibus agitaverunt Ecclesiam Dei: aperta sunt quæ latebant. In Ps. Liv. En. n. 22. — Cfr. Aug. vera Relig, v. ἢ. 10. — Evagr. EE ὧν γὰρ τῆς ᾿Εχχλησίας ἀπεῤῥάγη τὰ μέλη, ἐχ τούτῶν τὰ ὄρθα χαὶ ἀμώμητα πλέον ἀπεξέσθη τε καὶ ἀπετέθη δόγματα, χαὶ πρὸς αὔξησιν καὶ τὴν ἐς οὐρανοὺς ἀνάδασιν ἣ Καθολιχὴ xat Ἀποστολικὴ τοῦ Θεοῦ ἐλήλυθεν ᾿Εχχλησία. Hist. Ecel. 1, 11.

DOGMATIQUE SPÉCIALE

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