‹ Manuel de l'histoire des dogmes chrétiensChapitre 31 sur 55 · LEE · texte numérisé non relu

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LA TRADITION. 155 absurdité, de tenir à leur foi, par le motif qu’elle leur avait été transmise, le temps ne pouvant rendre aucune tradition bonne et vraie, abstraction faite de son origine et de sa valeur intrinsèque. La même distinction se reproduit dans la réprobation dont les Pères flétrissent les traditions apocryphes des Gnostiques et des hérétiques quels qu'ils soient (1). Saint Irévée, entre autres, s'élève avec une solennelle énergie contre une sorte de tradition mystique dont les Gnostiques aimaient à se prévaloir (ur. 2. n. 1. sq.; 3. n. 1. sq.). |

2. Ce sont les apôtres (2) que l’on considère comme les premiers représentants de la tradition; de même que l’on voit dans les églises apostoliques (3), dans celle de Rome, avant toutes les autres (4), et en général dans l'Église catholique (5), les colonnes toujours fermes qui la soutiennent. On considère comme en étant les gardiens fidèles les évêques dans leur succession légitime (6), et spécialement les évêques de Rome (7),

(1) Ces fausses traditions ont été déposées dans une foule d’écrits pseudonymes , que l’on trouve réunis dans Fabric. Cod. Pseudo-Epigr. N. T. 1713. Cod. apocr. N. T. 1719. — Thilo Cod. apocryph. N. T, T. τ.

(2) Zren. 11, 9. n. 1. 11. Præf,

(3) Zren. ur, 3. ἢ. 1 sq. 4. ἢ. 1. — Orig. in Matth. Comm. serm,. n. 46.-— Tert. Præscr. xxr. xxxv. Marc. 1, 12. 1V, 5.

(4) ren. ut, 3. n. 2. — Tert. Præscr. xxxvI.

(5) Zren. À quibus (Apostolis) Ecclesia accipiens (præconium), per universum mundum sola bene custodiens, tradidit filiis suis. 1. v. Præf. Cfr. 111, 3. n. 3. 4.n. 1. δ. ἢ. 10

(6) Heges. ap. Eus. Hist. Eccl. 1v, 22. — Zren. 111, 3.n. 1-4. τιν, 26. n. 2, 6. — Tert, Præscr. ΧΧΧΊΙ. — Cyp, Epl, xxvrr.

(7) ren. x, 3. n. ἃ. 3. — Tert. Præscr, XXXVI.

par la succession desquels la tradition a été conservée dans l’Église (1). On regarde comme guides et comme maîtres dans l'interprétation de la tradition des premiers âges ceux qui, ayant possédé la plénitude de la foi la plus pure et de la science la plus consommée, ont été nommés Pères à cause de leur âge et de leur autorité. C’est d’après leur témoignage, quand il est unanime, qu'il faut reconnaître et admettre le canon des Écritures (2), et les dogmes révélés (3).

Il faut considérer comme étant l'exposition abrégée de la tradition et, en même temps, une consécration solennelle du principe qui la fonde, les symboles (4), divers quant à la forme, identiques quant au fond, que nous ont transmis soit des docteurs isolés, soit des églises particulières (5); symboles auxquels les besoins\ propres de chaqne époque ont fait

(1) Zren. ‘TA αὐτῇ τάξει, καὶ τῇ αὐτῇ διδαχῇ ἥτε ἀπὸ τῶν ἀποστόλων ἐν τῇ ᾿χχλησία παράδοσις, χαὶ τὸ τῆς ἀληθείας χήρυγμα χατήντηχεν εἰς ἡμᾶς. ττι, 3. n. 3.

(2) Athan. Epl. pasch. — Aug. Civ. Dei xv, 23. ἢ. 4. — Theod. in Cant. præf.

(3) Bas. adv. Eun. 1, 4. 5. Epl. cczx1. n. 3. — Theod. Epl. ad Joan. Antioch. — Joan. (Antioch.) Epl. ad Nestor. — Zeo Epl. zxix. Lxxxrr. — Leont. (Byz.) c. Monophys. — Pot. qu. ad Amphil. qu. excix. n. 5.

(4) Σύμόολον veut dire signe, signe de reconnaissance. Suicer. h.v.— ouubooy — pactum cum Deo Facund. (Herm.) Epl. in defens. trium capp. — πίστεως cüu6ohov C. Laod. c. vu. — On le trouve remplacé par, regula fidei. Tert. Vel. virg. €. x. Præscr. x111. Prax. 11, — Aug. serm. LIX. ἢ. 1. CXXXVI. ἢ, 2. de oct. Dulcit. qu. m1. n. 4. de Symb. ad Catech. e. x.

(5) L'Église de Rome et l'Église d'Aquilée avaient chacune leur symbole propre. — Rufin. de Symb. — Le Symbole des apôtres avait été, selon une ancienne tradition, composé par

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ajouter des développements, et qui expriment en une suite d'articles toujours plus rigoureusement définis la foi ancienne en opposition avec les erreurs qui se produisent (τ).

C'est dans les décrets des conciles et dans les décisions doctrinales des souverains pontifes, que la tradition s'exprime d’une manière solennelle.

Le moyen âge tout entier vit immédiatement de la tradition telle qu’elle se trouve formulée dans les symboles et dans les conciles , et il est digne de remarque que souvent un seul Père, saint Augustin, saint Léon, saint Grégoire, etc., par exemple, semble alors la représenter tout entière, et qu'il suffit à tous les besoins de la démonstration.

3. Ce sont les Gnostiques qui ouvrent la série des adversaires de la tradition (2); après eux viennent les Théodotiens, les Arieus; puis les Eunomiens (3), les

les douze apôtres; et chacun d’eux en avait fait un article. — Ambr. de Elia et jejunio. — Leo Epist. ad Pulcher. — Le Symbole des apôtres, dans tout ce qu’il a d’essentiel, se trouve dans Zren, 1, 10. ἢ, 1. — Tert. Vel, virg. c. 1. Prax. c. τι. — Hippolyt. adv. Noet. c. 1. et in Symb. Rom. Aquileÿ, Celui que Tertullien expose au chap. xurr de son livre des Prescriptions, n’est pas le même.

(τ) Ambr. Patripassiani cum emersissent, putaverunt etiam catholici in hac parte addendum invisibilem et impassibilem. Explic. Symb. ad initiand. (Mai. Coll. nov. vir. P. τ. p. 156.) — Il en fut de même dans léglise d’'Aquilée. ἤδη. Comm. in Symb. — Vice. (Aquil.) de ratione fidei (Mai. 1, vu. 316).

(2) ren. adv. Hær. 111, 2.

(3) Bas. Sp. 5. xxvI1 sq.

Aériens (1), les Pélagiens (2), et généralement tous les hérétiques des temps anciens.

Mais, en rejetant la tradition, les hérétiques ne rejettent pas pour cela, au moins d’une manière positive et explicite, le principe même de la tradition; ils ne veulent que substituer leur tradition particulière à la tradition universelle de l'Église, ou bien expliquer à leur manière l’objet même de la tradition; c’est ce que font les Gnostiques (3), les Théodotiens (4), les Eunomiens (5).

Quant aux hérétiques du moyen âge, Pétrobusiens, Vaudois (6), etc., et plus tard Wicleff et les Wicléfites, leur point de vue explique suffisamment comment ils en sont venus à proscrire entièrement la tradition. Ils échappaient ainsi à une puissance qui les aurait écrasés.

Les protestants ont attribué çà et là une grande importance à la tradition; ils l'ont même proclamée imdispensable pour linterprétation de l’Écriture (Chemnitz), et pour la démonstration de l’authenti-

(1) Epiph. Hær. Lxxv.

(2) Aug. Nat. et grat. c. ΧΧΧΙΧ.

(3) ren. 101, 2) (4) Æus. Hist. Eccl. v, 28.

(5) Bas. adv. Eun. 1. τ. ἃ. 4. 5. — Eun. Avayxaiov δὲ ἴσως τοὺς πεέρὶ τούτων λόγους ποιουμένους, χαὶ δόξης οἰχείας εὐθύνας ὑπέχοντας, μὴ ταῖς τῶν πολλῶν ἀμελῶς ἑαυτοὺς ἐχδιδόναι γνώμαις, τὴν δὲ χρατοῦσαν ἄνωθεν x τῶν πατέρων εὐσεδῇ παράδοσιν ὥςπερ τινα γνώμονα χαὶ χανόνα προεχτιθεμένους ἀχριόεῖ τούτῳ συγχὼρεῖν χρῆσθαι χριτηρίῳ πρὸς τὴν τῶν λεγομένων ἐπίκρισιν. Apolog. Prolog. in Basn. Thes. mon. T. 1. p. 182.

(6) Raynald. ann. 1204. n.64.— Reiner. adv. Waldens.

LA TRADITION. 159 cité des livres saints (Augusti); mais ils lui ont äcvordé une autorité plutôt historique que dogmatique. Ils lui ont cependant aussi attribué quelque mesure d'autorité dogmatique, puisqu'ils rendent hommage dans leurs confessions de foi (1) aux anciens symboles, et qu'ils ont maintenu plusieurs points relatifs au dogme, à la morale ou à la liturgie, qui reposent uniquement sur une base traditionnelle, comme la légitimité et la nécessité du baptême donné aux enfants, la validité du baptême donné par les hérétiques, la forme du baptême et de l'Eucharistie (car, sans doute, on ne prétendra pas sérieusément que ces points puissent être connus avec certitude par l’Écriture); ajoutons-y l’abandon de la solennité du sabbat, de la cérémonie du lavément des pieds, et l'abolition du commandement fait par les apôtres, de s'abstenir du sang des animaux. Lessing, au grand déplaisir des protestants, à même essayé de montrer comment la certitude de l'Écriture dépend de celle de la tradition, ét comment celle-ci doit avoir la priorité sur celle-là au double point de vue de l’origine et de la facilité avec laquelle elle peut être constatée.

L'autorité des Pères comme témoins de la tradition a été rejetée de la facon la plus formelle par les

(1) Le Symbole des apôtres, celui de Nicée, celui de Constantinople et celui de saint Athanase, sont reconnus par

eux dans leurs confessions. — Conf. Helv. x. c. x1. — Conf. Gall. c. v. — Conf. Angl. Art. var. — Conf. Bohem. Art. 11, ur. — Conf. Aug. in Form. conc. P. 1, de compendiar. regul.

n. 11. — Conf. March. Art. 11.

Cathares (1), au moyen âge, et aussi par les Réformateurs du xvi° siècle (2). Ils ont été suivis en ce point par les théologiens protestants plus récents, au nombre desquels Daillé mérite d’être particulièment mentionné (3).

4. Que l’Église, pour garder intact le dépôt de la vérité, οἱ pour opposer une barrière à l'invasion de l'erreur, puisse et doive employer les décisions solen= nelles, personne dans les temps anciens ni au moyen âge ne songe à le révoquer en doute. C’est dans les chefs de la hiérarchie et dans les conciles généraux qui les représentent, que réside le droit de formuler ces jugements, qui ont toujours été regardés comme les jugements mêmes de l'Esprit Saint (4).

La doctrine et la pratique de l’antiquité, fondée en ce point sur la nature des choses, réserve aux souverains pontifes le droit de convoquer les conciles, comme celui d'y présider et d'en confirmer les décisions. On voit pour la première fois au xv° siècle quelques théologiens se prononcer contre cette doctrine et

(1) Bonacurs. Manifest, hær. cathar. in d’Achery Spicil. Tr prans:

(2) Luther. de serv. arbitr. adv. Erasm.

(3) De usu Patr. — Il vit se déclarer contre lui, outre plusieurs docteurs catholiques , un grand nombre de théologiens réformés, et particulièrement des théologiens anglicans Hammond, Beveridge, Pearson, Bull, Boyle, Bodwell, Montaigne, Scrivener et beaucoup d’autres.

(4) Damas. Epl. 1.n.2. — Amphiloch. Epl. Syn. — Greg. Naz. Or. xx1. — Basil. Epl. οχιν. — Aug. Epl. Liv. ad Januar. n. 1. — Leo. Epl. czxx1. ad Leon. Aug. — Conc. Fph. c. vit. (CF. Evagr. 1, 4.) — CG. Chalc. Act. 11. v. — Constantin. (imp.) Epl. ad Ecel. Alex. (ap. Soc. τ, 9.)

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faire du droit de convocation une attribution de la majesté impériale (1), puis de la puissance épiscopale (2).

Le principe de l'autorité de l'Église une fois établi, il en résulte cette conséquence nécessaire, qu'un point de doctrine réglé par une décision solennelle ne doit plus être mis en question, ni la décision elle-même devenir l’objet d’un nouvel examen (3); autrement, on s’engagerait dans des discussions interminables.

En acceptant les quatre premiers conciles généraux (4), et en proposant de remettre à un concile général le jugement de la controverse soulevée par eux (5), les Réformateurs se déclaraient d'accord sur ce point avec l'Église catholique : mais on ne saurait trouver étrange que d’un autre côté ils retirassent cet aveu (6); agir autrement, c’eüt été, en effet, renoncer à la direction dans laquelle ils étaient engagés, pour revenir à l’Église catholique. Le synode de Dordrecht constitue d’ailleurs un retour inconséquent et inexplicable aux principes rejetés par la Réforme.

(1) Henricus de Langenstein de Hassia (vicecancell, Univ. Paris.) Consil. pacis c. vi. vi. — Gerson. de mod. uniend. et reform. Eccl. — Pet. de Alliac. de diffic. reform. in conc. univers. C. I.

(2) Gerson. de modis uniend, et reform. Eccles.

(3) Gelas. τ. Kpl. x1. ad Epp. Dardan. — Leo. Epl. xx. (Bal.) ad Marcian. Aug. c. 11. xc1v. ad eumd, czxir. ad Leon, Aug. c. 17. czx1v. ad Leon. c. 1. Voyez encore les passages cités dans Hincmar. Prædest. xxxXvI1.

(4) Conf. Helvet. τ. c. x1. — Zwingli Architeles. ἢ. ΧΙ τι.

(5) Conf. Aug. Præf. ad Cæsar.

(6) Calvin. Inst. 1v, 8. ἢ. 1 sq. 9. n. 2. — Luther. Disput. de conc. auctor. (1530), prop. x11.

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