Unité de Dieu. — 17. Dualisme, — 18. Panthéisme
LE
1. L’antiquité chrétienne définit Dieu, le trèsgrand (1), le très-bon (2), le très-beau (3), l'être par
(1) Summum magnum. Cfr. 7 γί. Quantum humana conditio de Deo definire potest, id definio, quod et omnium conscientia agnoscet : Deum summum esse magnum , in æternitate constitutum, innatum, infectum, sine initio, sine fine. summum magnum, et forma, et ratione, et vi, et potestate. Marc. 1, 3. Cfr. ibid. 4. 5 sq.
(2) Bas. Τὸ παντέλειον ἀγαθὸν αὐτός ἐστιν ὃ Θεός. In Psalm. ΧΧΧΊΙΙ, 7. -- Aug. Hoc omnes Deum confitentur esse, quod omnibus rebus anteponunt. Civ. Dei 1, 7.
(3) Greg. Naz.”Exeivo πρῶτον ἐνθυμηθέντες, ὅτι χάλλιστον uv
excellence, per eminentiam (x), la cause de toutes choses (2); mais elle ne prétend pas donner par là une idée adéquate de la nature de Dieu; les Pères déclarent même expressément, que les termes employés pour désigner Dieu n’expriment qu'une vérité relative (3), et qu'une définition rigoureuse de Dieu est impossible (4), Dieu n'étant contenu dans aucun genre (5).
Le moyen-âge suit en ce point, comme en tous les autres, les traces de l'antiquité; et, pour prouver que Dieu ne saurait être défini, et que l’idée de Dieu ne renferme aucun élément générique, saint Thomas fait observer, que si Dieu pouvait être classé dans un genre, il y aurait par cela même quelque être
τῶν ὄντων χαὶ ὑψηλότατον Θεός. Or. vtr, 12. — Greg. Nyss. Τὸ κάλλιστον πάντων χαὶ ἐξοχώτατον ἀγαθὸν αὐτὸ τὸ θεῖόν ἐστι. Opif. Hom. c. χει. — Hil. Atque ita pulcherrimus Deus est confitendus : ut neque intra sententiam sit intelligendi, neque extra intelligentiam sentiendi. Trin.1, 7.— Aug. Quia omne pulchrum a summa pulchritudine est, quod Deus est, Lib. de divers. LXXXIII. qq. XLIV.
(1) Ὃ ὧν (celui qui est), par opposition à τὰ γινόμενα (ce qui arrive , ce qui est fait ou créé) appartient au langage de S. Jean, et en général, au langage biblique ; τὸ ὄν, par opposition à τὰ ὄντα ; au langage de Platon. — Cfr. Justin. Tryph.
(2) Justin. To χατὰ τὰ ὡαὐτὰ καὶ ςαύτως ἀεὶ ἔχον, καὶ τοῦ εἶναι πᾶσι τοῖς ἄλλοις αἴτιον, τοῦτο δή ἔστιν ὃ Θεός. Tryph. 11. — Aug. Doct. christ. x, 5.
(3) Clem. Sir. v, 12.
(4) Clem. Str. v, 12. — Honor. (Augustod.) Cognit. ver. vitæ C. var. — Thoëm. Summ. P. 1. qu. 111, Art, vrr.
(5) Clem. Sir. v, 12. —- Maxim. Capp. theol. et æcum. ce, 1 56. — Z'hom. Summ. P. 1. qu. zx. Art, v.
EXISTENCE DE DIEU. 171 supérieur et antérieur à lui, en même temps qu'il faudrait le concevoir comme composé d’un genre et d’une différence (Summ. P. 1. 4. 1. art. v).
Les anciens Pères disent de Dieu, qu'il est tout, substance, intelligence, vie, etc., et, d’un autre côté, et pour cela précisément, qu'il n’est rien, non pas en ce sens qu'il ne soit pas, mais en ce sens que, n'étant rien de ce que nous connaissons, il est en dehors et au-dessus de tout. Par les termes mavoucia, ὑπερουσία , ἀνουσία (1), ils veulent faire entendre que Dieu est infini, incomparable, et qu'on ne saurait lui appliquer ni les idées de l’esprit fini ni les expressions du langage humain; ils veulent exclure soigneusement toute idée qui tendrait à le limiter ou à le coordonner avec les êtres de la création.
2. La croyance à l'existence de Dieu est, dans l'esprit de tous les docteurs de l'Église, une vérité placée au-dessus des atteintes du doute, et qu'on ne saurait mettre en question. Les Apologistes chrétiens la présupposent dans les païens, par cela seul qu'ils
(1) Justin. ᾿Ἐπέκεινα πάσης οὐσίας. Tryph. 1v. (expressions empruntées à Platon, Republ. 11.) — Pantæn. Ὃ ὑπὲρ τὰ ὄντα. Fragm. in Routh.1, 340. — Clem. Strom. v, 12.— Greg. Naz. Or. vi. — Mar, Vict. Supra essentiam et supra vitam et supra existentiam Christus. Phul. 11, 7. Ἀνύπαρχτος et ἀνούσιος et äçwv... non per privationem, sed supralationem. c. Ar. 1v,
23. — Dion. Αἴτιον μὲν τοῦ εἶναι πᾶσιν, αὐτὸ δὲ τὸ μὴ ὄν. Div. εν" ; ας \ EU Jo \ , Nom. c. 1. 8. 1. — Ὑπερούσιος οὐσία, καὶ νοῦς ἀνόητος, καὶ λόγος
ἄῤῥητος, ἀλογία καὶ ἀνοησία, χαὶ ἀνωνυμία, κατὰ μηδὲν τῶν ὄντων οὖσα. ibid, (Cfr. Plotin. Enn. ται. 1. vin. c. 1x.).— Alcuin. Deum super omnem existentiam, supra omnem vitam, supra omnem intelligéntiam credimus esse. Fid. trin. 11, 2. — Scot. (Erig.) Nihilum superessentiale, Div. Nat. m1, 5,
sont hommes; aussi ne songent-ils qu'à leur donner une idée de Dieu plus pure et plus complète, et à développer dans leur esprit toutes les conséquences de la vraie notion de Dieu. Ils assignent comme sources de la croyance en Dieu, l’idée de Dieu innée ou imprimée dans l’homme, dès l'origine (1), et l’action du Verbe de Dieu opérant dans tous les hommes (2); ils présentent comme moyens de développer cette idée et de l’amener à sa perfection, la purification de l’âme (3), l'étude des œuvres de Dieu dans la nature (4), l’action du Saint-Esprit en nous (5), l'enseignement positif par la tradition (6). Ils regardent d’ailleurs toute démonstration proprement dite de l'existence de Dieu, non-seulement comme n'étant nullement nécessaire, mais aussi comme tout à fait impossible, parce que Dieu, étant le premier être , le principe (ἀρχὴ) de tout (7), l'être certain avant tous
(1) Justin. Apol. 11. n. 6. — Clem. Strom. V.13 COR — Tert. Apol. xvrr. Testim. anim. v. Scap. 11. Spect. τι. Marc. 1, 10. — Arnob. 11, 2. VII, 34. — Bas. in Ps. xxx. n. 1.— Athan.!adv. gent, — Hier. ad Heliod. Epl. de morte Nepotiani. —Cyr. de Trinit, 1, 2.
(2) ren. u,6, n.1.1v, 6.n. 6. ΤῊΝ Strom, V, 12, 14. V1. ἅ (3) Theoph. Autol. 1,3. --- Aug. Solil. 1, 6. n. 12.
(4) Tert. Nosdefinimus Deum primo natura cognoscendum, dehinc doctrina recognoscendum : natura ex operibus, doctrina ex prædicationibus., Adv, Marc. 1, 18. V, τὸς — Tat. Græc. 1v. — Theoph. Autol. τ, 4. 5. 11) 10, — Min. Fel. Oct. XXXII, — Îren. 11, 6. n. 1. 1v, 6. ἢ. 6.
(5) Justin. Tryph. c. 1v.
(6) Tert. adv. Marc. 1, 18. — Lact. Div. Inst. 11, τή.
(7) Clem. Str. v, 12. (Tout principe (ἀρχὴ), selon Aristote, échappe à la démonstration.)
EXISTENCE DE DIEU. 173 les autres (1), ne saurait être connu que par la communication qu'il donne de lui-même (2) et par la foi (3). Toutefois ils croient devoir confirmer et developper par des démonstrations et des déductions de tout genre la croyance, déjà établie dans lâme, à l’existence de Dieu et à ses attributs : développements dans lesquels les Scholastiques suivent fidèlement l’exemple et les principes des anciens docteurs. Il est remarquable, du reste, que, bien qu’on trouve la distinction entre la démonstration et la simple explication (ἀπόδειξις et δεῖξις) clairement établie dans Aristote (Anal. Post 11. 7.), on ne rencontre néanmoins chez les anciens ni mention expresse ni application de cette distinction à la doctrine de l’existence de Dieu.
On établit l'existence de Dieu par la contingence du monde et son existence dans le temps (4), par
(1) Arnob. Quid ergo res tantas argumentis nitemur atque dite abimus obtinere? discedat hæc longe, atque a nobis procul, iuquam, ut dicitur, averruncetur amentia. Ita est enim periculosum argumentis aggredi, Deum principem comprobare, quam ratione hujusmodi esse illum, velle cognoscere, Gent. 1, 32. — D’après S. Augustin, il est impossible de philosopher sans l'idée de Dieu : sine Deo philosophantur, sed potius præfocantur. Serm. 348. n. 3. — S. Thomas enseigne aussi que Dieu est, non pas le premier connu, mais le premier préncipium quo de la connaissance. Summ. P. τ. quæst. Lxxxvix. Art. 111. — Cfr. Descartes De la méthode, P. τν Princ. Philos. P. τ. n. 13. Medit. metaphys. 1. v. — Matcbranche Recherche de la vérité 1, 4. vr,6.
(2) Zren.1v, 6. -— Orig. Cels. vu, 48. — Clem. Strom. v, 1.— Maxim. Capp. theol. et œcon. c.1x. ΧΧΧΙ.
(3) Clem. Δέδεικται δὲ τῆς τῶν ὅλων ἀρχῆς ἐπιστήμη πιστὴ, ἀλλ᾽ οὐκ ἀπόδειξις εἶναι. Str. 11, 5. T. 11. p. 244.
(4) Justin. Tryph, v. — Mar. Vict. de Physic. €. 11. 111.----
l’ordre qui y règne (1), par le mouvement, « argumentum primi motorts (2),» par l'existence de la race humaine, dont le premier auteur a dû nécessairement être créé (3), par la beauté du corps (4), par l'existence de l'âme (5), par le témoignage qu’elle rend à Dieu (6), par l’accord unanime de tous les peuples à reconnaître un Dieu (7). Quant à la
Cyr. de Trinit. 1, 3. — Joan. Dam. Orth. Fid. 1, 3. Voyez aussi Zhom. Duns Scot. et dans l’antiquité Carneade discutant contre les Stoiciens. (Cic. Nat. Deor. 111, 12.)
(1) Athenag. leg. 1v. — Theoph. Autol. 1, 7.— Minuc. Fel. Oct. xvir. ΧΥΠΤΙΙ. — Tert. Marc. 1, 13. 14. 111, 14. — Dionys. (Alex.) de Natura, ἢ, 1. — (Routh. Reliq. sac. T.1v.) — Athan. adv. gent, n, 35 sq. — Æus, laudd. Const. init. in Ps. xcur, 10. — Victorin. Phys. vi, — Greg. Nyss. Anim. et resurr. — Greg. Naz. Or. xxvirr. — Nemes, Nat. hom.c. ΧΙΜῚ, — Aug. Civ. Dei vrir, 6. Conf. 1x,6. — Phot, Rom. 1, 20. —(OEcum. h. 1.) — Joan. Dam. Orth. fid. 1,3. — Thom. Summ. P. τ. qu. ur. Ατῖ, τπι. — Cfr. Plat. Tim. Legg. x. — Arist. Mund. v. vi. — Cic. Nat. deor, τι, 30. — Philo Monarch. 1. 1. p. 217. (1 Mang.) Præm. et Pœn, p. 415. (ibid.) — Dio Chrys. Or. χιι. — Procl. in Tim, 1. τι.
(2) Joan. Dam. Orth. Fid. 1, 3. — Thom. Summ. P. 1. 4. τι. Art. 111, adv. gent. τ, 13. — Cfr. Plaro Legg. x. — Arist. Phys. vu, 6. Mund, νι,
(3) Theod, Abucara Dial. de Deo.
(4) Dion. Alex, de Natura ο. vir. — Lact. Opif. Dei τι. mr. ΨΙΙ. VI sq. — Bas. Hom. in illud : Attende tibi ipsi. — Greg. Nyss. Hom, opif, ο. xxx. — Chrys. ad popul. Auntioch. Hom. XI, n°9: ἰ
(5) Dion. (Alex.) de Natura c. var.
(6) Tert. Apol. xvxr. — Lact. Div. Inst. 11, 1.
(7) Clem. Str. v, 14. — Tert. Testim. anim. vr. Apol, xvrr. — Min. Fel. Oct. xvau. — Cypr. de Idol, vanit. — Cfr. Cic. Nat. deor. 1, 16, — Max. Tyr. Diss. 1.
EXISTENCE DE DIEU. 175 preuve ontologique, on la rencontre surtout dans saint Augustin; mais ce n'est qu'au moyen-âge qu'elle arrive à revêtir sa forme didactique la plus savante dans saint Anselme et dans Duns Scot. On sait assez, d'ailleurs, comment elle s’est maintenue jusqu’à notre temps (Hegel), malgré les vives attaques de la philosophie critique.
Voici d’autres conclusions remarquables : rien n’est parfait qu’en tant qu'il participe de la nature du parfait; donc il y a un premier parfait (1); rien n’est imparfait que par la distance qui le sépare du parfait ; donc encore, il y ἃ un premier parfait (2); il y a des êtres qui sont par un autre, donc il y a un être qui est par 501 (3); 1l y a des êtres contingents, donc il Ὑ a un être nécessaire, qui est Dieu (4). L'idée de Dieu implique qu'il soit infiniment parfait, donc elle im-
plique que Dieu est (5).
(1) Aug. Lib. arbit. 1. τι, 5 sq. Civ. Dei vrnr, 3. ἡ 54. — Hon. (Augustod.; Cogn. ver. vit. c. vit. — Thom. Summ. P. 1. qu. τι. Art. ται. — Bonavent. Itiner. in Deum. c. 111.
(2) Aug. Civ. Dei vix, 3. ἢ. 4 sq. — Boëth. Cons, Phil. in. pros. x. — Rich. a δ. Vict. Trin. 1, 6 sq. — Bonavent. Itiner. in Deum. 6. 111.
(3) Justin. Tryph. v. — Thom. Summ. P. τ. qu. 11. Art. nr.
(4) Rich. a 8. PVict. Trin.1, 6 sq. — Thom. Summ. P.r. qu. τι. Art. ru. — Duns Scot. Sent. 1. 1 dist. 11. qu. 11. Art. vr.
(5) Anselm. Mon. 1 sq.— Descartes, Princ. Phil, P. 1. n. 14. — Spinoz. Ethic. 1. Prop. x1. — Hegel, Preuves de l'existence de Dieu. Histoire de la philosophie. Part. 111. — Cfr. contre cette preuve Huet. Cens. Philos. Cartes. c. 1v; Werenfels. Judicium de argum. Cartes. pro existentia Dei petito ab ipsius idea; Budd. Thes. de Atheism. et superst, ©. v. δ. αὖ; Kant, Critique du jugement.
La preuve désignée sous le nom de preuve morale ne se rencontre pas chez les anciens docteurs; elle est due principalement à Kant et aux kantistes, qui la considèrent comme offrant un ample dédommagement pour toutes les autres que leur théorie les amène à sacrifier complétement.
3. Relativement à la connaissance que nous pouvons avoir de Dieu, les Pères de l’Église sont loin d'admettre, avec les philosophes païens, que Dieu n’est ni ne saurait être connu (1), excès auquel se sont portés, dans les temps anciens les Gnostiques et particulièrement les Marcionites (2); et dans les temps modernes Hobbes (3) et Kant. Tertullien se plait à tourner en dérision le paganisme de la Grèce et de Rome avec ses autels élevés au dieu inconnu; et il se moque de la classification donnée par Varron des dieux de Rome en dieux incertains et dieux déterminés (Nat. τι. 9). Saint Irénée, répondant aux Gnostiques, rappelle que Jésus-Christ nous a enseigné que la volonté de Dieu est que nous ie connaissions (4), la venue de Jésus-Christ parmi les hommes
(1) Plato. Τὸν μὲν οὖν ποιητὴν χαὶ πατέρα τοῦδε τοῦ παντὸς εὑρεῖν τε ἔργον καὶ εὑρόντα εἰς πάντας ἀδύνατον λέγειν. Tim. p. 28. c. — Cic. Nat. deor. 1, 12.
(2) ren. 1, 27. n. 1. 11, 6. n. 1. 111, 24. n. 2. 1v, 6. n. 4. 20. n. 6.
(3) Quando dicimus aliquid esse infinitum, non aliquid in re significamus, sed impotentiam in animo nostro , tanquam si diceremus nescire nos, an et ubi terminetur. De cive ὁ; xv. 6 z4.
(4) ᾿Εδίδαξεν ἡμᾶς 6 Κύριος, ὅτι Θεὸν εἰδέναι οὐδεὶς δυνάται, un οὐχὶ Θεοῦ δοξάζοντος, τουτέστιν, ἄνευ Θεοῦ μὴ γινώσχεσθαι τὸν Θεόν. Αὐτὸ δὲ τὸ γινώσχεσθαι τὸν Θεὸν, θέλημα εἶναι τοῦ Πατρός.
ESSENCE DE DIEU. 177 devant être sans cela inutile et sans but (1). Clément d'Alexandrie insiste avec force sur ce point, que l'homme est destiné et appelé à la véritable connaissance de Dieu (Coh. ad gent. x); et Marius Victorinus remarque que c’est par la connaissance de Dieu que l'âme devient véritablement intelligente et connaissante (In Eph. τ. 4.), et que c’est pour cela que Dieu s’est révélé dans le monde et dans son fils (adv. Ar. nr. 6).
4. On se garde soigneusement, d’un autre côté, d'attribuer à l'homme une connaissance absolue de Dieu; et nous retrouvons partout cette doctrine hautement professée, que Dieu n'est pleinement connu que de lui seul (2), qu'il ne saurait être parfaitement connu par les hommes (3), et qu'il nous est impossible de le comprendre (4), notre nature étant finie
Τνώσονται γὰρ αὐτὸν, οἷς ἂν ἀποχαλύψη 6 Υἱός. Hær. 1v, 6. n. 4.
(x) Dominus autem non in totum non posse cognosci et Patrem et Filium dixit: cæterum supervacaneus fuisset adventus ejus. Quid enim huc venicebat? An uti diceret nobis : Nolite quærere Deum; incognitus est enim, et non invenietis eum. 1v. 6. n. 4.
(2) Min. Fel. Octav. xvu.
(3) Chrys. Ka πάντως, οὔτε À μερικὴ γνῶσις ὀλόχληρον εἰς-ἄγει γνῶσιν, οὔτε τὸ μὴ χατὰ πάντα γινώσκειν, τὴν μερικὴν ἀναιρεῖ γνῶσιν, In Matth. χχι, 23. Τὶ νι. p. 492. (in Cot. Mon. E. G. IL, 129).
(4) Herm. Past, 1. τι, Mand. 1. — Justin. Tryph. n. 1v. — Athenag. eg. x. — Tatian. c. Gr. ταν, — ren. αν, 19.— Theoph. Autol. x, 3. — Clem. Str. v, τὸ. — Orig. Princ. 1, 3. — Novat. Trin. 11. — Hi. Trin. 1, 6. 7.11, 6. — Athan. Decr. Nic. Syn. n. 22.— Bas. de Fid. proœm. ἢ. 1. 2. adv. Eun. 1,11 sq. — Greg. Nyss. de Beatitudd. Or. vi. — Chrys, in Matth. xx1, 23. Orr. adv. Anom. passim.
et la sienne infinie. Tertullien établit avec raison qu'il y a une différence entre avoir l’idée de Dieu et comprendre Dieu (Apol. xvir); et saint Chrysostome fait observer qu'il ne faut pas prendre une eonnaissance partielle pour une complète ignorance, ni une ignorance relative pour une absence absolue de eonnaissance (In Matth. xxr. 23). C’est ce que saint Épiphane cherche à rendre sensible par une image populaire, quand il dit que Dieu, en tant qu'il est infini, est tout à la fois quelque chose que nous voyons et que nous ne voyons pas, comme la mer et le ciel (Hær. Lxx. n. 8). L'auteur des Questions à Antuochus, attribuées à saint Athanase dit (quest. 1) qu'un Dieu qui serait compris ne serait plus un Dieu, et saint Jean Damascène (Orth. Fid. 1. 4), que nous ne connaissons de Dieu qu'une seule chose, c’est qu'il est incompréhensible.
Les Valentiniens et Basilides (/ren. 11, 28, n. 9) se vantaient d’avoir une connaissance parfaite de toutes les choses divines; quant aux Eunomiens, ils prétendirent expressément que les hommes connaissent Dieu aussi parfaitement et aussi complétement qu'il se connaît lui-même (Soc. Hist. Ecel. 1v. 17), et Philostorge reproche à Eusèbe comme une erreur capitale de regarder Dieu comme incompréhensible (Hist. Ecel. 1.2).
Cette erreur des Eunomiens est, dans leur doctrine particulière, le point capital contre lequel la polémique catholique dirigea ses attaques; tel est aussi le but des Sermones ads. Scrutatores, composés par saint Ephrem. Eunomius s’appuyait principalement sur ce principe, que si nous ne COnnaissons pas
ESSENCE DE DIEU. 179 l'essence de Dieu, nous ne connaissons rien de Dieu ; à quoi saint Basile répondait que celui qui connaît l'essence de Dieu, connaît son incompréhensibilité (Ep. 234. ἢ. 2), et que, bien qu'il nous soit impossible de pénétrer son essence, nous concluons du spectacle de la création sa puissance, sa bonté, sa sagesse (Ep. 234. 1 et 2. — 235 n. 1).
Abailard se vantait aussi d’avoir de Dieu une connaissance parfaite, el ses disciples sont fort éloignés de lui contester cet avantage (1). Ceux de Raymond Lulle s’attribuent le même privilége.
Dieu étant incompréhensible , il s'ensuit, pour les docteurs de l'Église, qu'il est éreffable (2), et qu'il ne peut avoir de nom (3); les Platoniciens tiraient la même conclusion du dogme, professé par eux, que Dieu ne saurait être connu (4); mais ce n’est
(1) Voy. Gualter. de Mauritania (Epp. Laudun.) Epl. v. ad Abælard. in d’Achery T, πα, (ed. de la Barre) p. 525,
(2) Ἄρῤῥητος Justin. 1, 61. — Inenarrabilis Zrer. 1v, 20. ἢ. 6. — Eus. Πάσης χρεῖττον mposnyopias, ἄῤῥητον, ἀνέχφραστον, ἀπερινόητον, ἀγαθὸν, τὸ πάντων αἴτιον, TO ποιητιχὸν, TO εὐεργητιχὸν, τὸ προνοητιχὸν, τὸ σωτήριον. Dem. Evang. 1v, 1, — Aug. Res igitur, quibus fruendum est, Pater et Filius et Spiritus Sanctus, eademque Trinitas, una quædam summa res, communisque ompibus fruentibus ea; si tamen res et non omnium rerum causa sit, si tamen et causa. Non enim facile nomen, quod tantæ excellentiæ conveniat, potest inveniri, Doct. christ. 1, 5.
(3) ᾿Ανονόμαστος Tatian, Gr. n. v.— Justin. Apol. x, n. 61, Οὐ, χχι. — Theoph. Autolyc. 1, 3.— Clem. Str. v, 12. 13. — Orig. Cels. vi, 65. — Ὁ)». van. Idol.
(4) Philo de Somn. T. 1. p. 655. (Mang.) — Max. Tyr. Diss. virr, $ 10.
pas seulement dans l'exposition scientifique de la religion que nous rencontrons cette doctrine dun Dieu sans nom; elle apparaît aussi dans les professions de foi des simples fidèles (1), qui lopposent aux dénominations des fausses divinités, comme /upiter, etc. C’est de cette même doctrine d’un Dieu ineffable et sans nom, que les anciens Pères font avec raison dériver l'usage de donner à Dieu plusieurs noms (2); la philosophie païenne, du reste, donne, du même fait, la même explication (3); seulement les Pères avertissent de ne pas employer indifféremment tous les noms donnés à Dieu, mais d'abandonner les dénominations païennes, comme Jupiter et autres semblables (4), et de ne se servir que des noms qui se trouvent dans la Bible (5). Origène reproche à Celse de regarder comme indifférents tous les noms de la divinité. Moïse et les prophètes, ajoute-t:l, défendent à ceux qui font profession de n’adorer que le Dieu suprême, de prononcer les noms des dieux étrangers (6).
(1) ᾿Επερωτώμενος δὲ (6 Ἄτταλος, τί ὄνομα ἔχει ὃ Θεὸς) ἀπεχρίθη" 6 Θεὸς ὄνομα οὐχ ἔχει ὡς ἄνθρωπος. Eccl. Vienn. et Lugd. Epl. ad Eccl. Phryg. et As. n. 13. in Routh. Rel. sac. 1, 268.
(2) Theoph. Autol. 1, 3. 4. — Greg. Nyss. ce. Eun. Or. χει. p- 757. Mor, T. 11. — Greg. Naz. Hymn. de Deo,
(3) Diog. Laert. “Ἐν τε εἶναι Θεὸν (φασὶν of Στωϊχοὶ) καὶ νοῦν, χαὶ εἱμαρμένην, καὶ Δία, πολλαῖς τε ἑτέραις ὀνομασίαις προςονομάζεσθαι. vir, 1. n.68.— Arist. Εἷς δὲ ὧν, πολυώνυμός ἐστι, χατονομαζόμενος τοῖς πάθεσι πᾶσιν, ἅπερ αὐτὸς νεοχμοῖ. Mund.
(4) Orig. adv. Cels. 1, 25.
(5) Orig. Exh. ad Martyr. ἢ, 47.
(6) Orig. Cels. v, 41.
Comme il n’y a, d’après la doctrine des théologiens, aucun nom qui convienne à Dieu, il n'y ἃ non plus aucune définition (Clem. Strom. v. 12) ou autre détermination adéquate de la nature divine; on ne saurait donc faire connaître Dieu que par des termes négatifs (1) ou symboliques (2).
Les Pères concluent de lincompréhensibilité de Dieu celle de ses œuvres (3), et réciproquement, ὦ minort ad majus, ils démontrent par l’incompréhensibilité des choses créées, celle de Dieu luimême; saint Irénée, par exemple, emploie souvent contre les Gnostiques cette manière de raisonner. C'est particulièrement l'âme humaine que les Pères aiment à présenter comme un étonnant mystère (4).
Quant à la réalité et à l'étendue relative de la connaissance que nous pouvons avoir de l'Étre divin, les anciens docteurs les regardent comme un effet de la grâce et de la communication même de Dieu. C'est la doctrine de saint Irénée (5), d’Athéna-
(1) Theoph. Autol. 1, 3. 4. — Clem. Str. v, 11. 12. — Eus. cont. Sabell, 1. τι. (Gall. 111. p. 475.) — Greg. Naz. Or. xxvu. — Dion. div. Nom. c. 1. 6 5. Hier. cœl. c. 11. — Joan. Dam. Orth. Fid. 1, 4. — Anselm. Monol. xxvir. — Thom. Summ, P° x: Qu. ὙΠ, Art. I. II. 111.
(2) Clem. Str. v, τὸ sq. — Greg. Naz. Or. χχνιαι. χχχι. Hi. in Ps. cxx. ἢ. 11. Trin. 1, 19. 29. — Dionys. Epl. 1x.
(3) Aug. Sicut autem ipse qui fecit {les merveilles de la nature), ita modus quo fecit occultus est et incomprehensibilis homini. Civ. Dei x, 12.
(4) Greg. Nyss. Hom. opif. c. x1. — Aug. Trin. v, 1. n. 2. — Scot. Erig. div. Nat. 11, 27.
(5) Zren. Quoniam impossibile erat sine Deo discere Deum, per Verbum suum docet homines scire Deum. 1v, 5. n. 1, "E3t-
gore (1), de Clément d'Alexandrie (2), d'Origène(3), de
Tertullien (4), de saint Hilaire (5), de Cassien (6). ὃ, L’essence de Dieu consiste, selon les théologiens
des premiers siècles et ceux du moyen âge, dans
l'existence absolue (7); tous posent en principe que
Dieu n’a rien de ce qu'on appelle sagesse, sainteté,
(1) Ποιηταὶ μὲν γὰρ καὶ φιλόσοφοι... τοσοῦτον δυνηθέντες ὅσον περινοῆσαι οὖχ εὕρηνται, οὐ παρὰ Θεοῦ περὶ Θεοῦ ἀξιώσαντες μαθεῖν, ἀλλὰ παρ᾽ αὑτοῦ ἕχαστος" διὸ χαὶ ἄλλος ἄλλως ἐδογμάτισεν αὐτῶν χαὶ περὶ Θεοῦ, καὶ... Leg. vir.
(2) Οὗτος ἐστὶν (6 Λόγος) ὃ τῷ ὄντι δείξας, ὅπως τε γνωστέον ἑαυτούς: οὗτος 6 τῶν ὅλων τὸν Πατέρα ἐχκαλύπτων, ᾧ ἂν βούληται, καὶ ὡς οἷόν τε τὴν ἀνθρωπίνην φύσιν χωρῆσαι νοεῖν. Strom. 1, 28. Cfr. 11, 4. v, 12. Coh. ΧΙ.
(3) Δάν. Cels. vir, 44. Princ. 1, 3. ἢ. 4.
(4) Cui Deus cognitus sine Deo. De anim. 6. 1.
(>) Ipsi de se Deo credendum est: et iis, quæ cognitioni nostræ de se tribuit, obsequendum. Aut enim more gentilium denegandus est, si testimonia ejus improbabuntur : aut si, ut est, Deus creditur, non potest aliter de eo, quam ut ipse est de se testatus, intelligi, Trin. 1v, 14. Cfr. v, 20. 21.
(6) Æquum est, ut de agnitione illius ipsi credamus, cujus scilicet totum est, quod de eo novimus: quia agnosci utique Deus ab homine non potuit, nisi agnitionem sui ipse tribuisset. De Incarn. 1v, 2.
(7) Justin. Coh. xxvrr. ad Orthod. qu. 1. Il appuie sur le contraste qui se trouve établi par là entre le Dieu véritable et les prétendues divinités qui n’ont rien de réel. Coh. xxr, xxv. — Clem, Pæd. 1, 8. — Orig. de Orat. n, 24. — Eus. Dem. Evang. 1V, 1. — Athan. Decret. Nic. Syn. n. 22.— Hil. Trin. 1, 0. 9. 7.— Greg. Naz. Or. vi. xxx. — Aug. Civ. Dei x1r, 2. — Alcuin. Fid. trin, 1, 15. Epl. cxxir. ad Arnon.
puissance, ele., mais qu'il est tout (1), absolument tout (2), et qu'il n'a en lui aucune qualité proprement dite (3); autrement, comme le remarque saint Athanase (Contr. Ar. or. αν. 2), il y aurait en Dieu substance et accident, et par conséquent une sorte de composition, ce qu'on ne saurait admettre; saint Thomas, Duns Scot et d’autres théologiens enseignent la même chose.
L'idée qui met en Dieu des qualités vient logiquement aboutir à l'erreur qui fut celle de Gilbert de la Porrée, et qui consiste à séparer l’essence divine de Dieu lui-même (4), doctrine que nous voyons condamnée par le concile de Reims, en 1119 (5),
(1) Orig. Sch. in Num. xxu1, 4. — Greg. Nyss. Hom. vi. in Cantic. — Aug. Civ. Dei xx, 10. ἢ. 1. Trin. v, 1. ἢ. 2. 10. n. 12. — Cyr, Spir. et verit. 1. 1x. — Anselm. Pros. c. x11. XIV. XVIII.
(2) Zren. Ὅλος ἔννοια ὧν, ὅλος θέλημα, ὅλος νοῦς, ὅλος φῶς, ὅλος ὀφθαλμὸς, ὅλος ἀχοὴ, ὅλος πηγὴ πάντων τῶν ἀγαθῶν. 1, 12. n, 2. Cfr. 11, 13. n. 3. 1v, 11. n. 2, — ÆEpiph. Anc. Lvi.
(3) Clem. Strom. v, 12. Pæd, 1, 8. — Athan. Decret. Nic. Syn. ἢ. 22. 23. cont. Arian. Or. 1v, n. 2. — Bas. Epl. vu. n. 13. — Aug, Trin. v, 1. ἢ. 2. — Alcuin. Fid. trin, 1, 15. cfr, Fid. P. 1. 6. vi. — Hildeb. Dogm. 11. — Richard, a δ. Victor. Trin. P. 1. 1. τι. c. xxx. — Thom. Summ. P. 1. qu. ut. Art. vi,
(4) Otto (Frising.) de reb. gest. Frideric. 1. 1. c. xzix. — Matth. Paris, Hist. Angl. ann. 1119.
(5) Credimus nonnisi ea sapientia, quæ est ipse Deus, sapientem esse; nonnisi ea magnitudine, quæ est ipse Deus, magnum esse; nonnisi ea æternitate, quæ est ipse Deus, æternum esse; nonnisi ea unitate, quæ est ipse, esse unum; nonnisi ea divinitate, quæ in ipso est, esse Deum; id est in se
doctrine qui, séparant par suite de son procédé les attributs divins les uns des autres, se serait développée en un système d'Éons, semblable à celui des Gnostiques, dont la série d’émanations repose sur la distinction de diverses qualités en Dieu.
La négation de toute qualité proprement dite dans la nature divine implique pour les anciens docteurs cette conséquence rigoureuse, qu’on ne peut dire non plus que Dieu est une substance dans le sens propre du mot (1).
6. Mais on ne voulait, ni ne pouvait par là renoncer à considérer en Dien ce qui constitue sa nature. La méthode par laquelle on arrivait à se représenter ce qu'on appelait les attributs de Dieu, admettait trois procédés : le principe de causalité, l'induction per emtnentiam, le principe d'exclusion ; c'est la méthode employée par saint Denis d’après les Platoniciens (2) et maintenue par les Scholastiques.
Parmi les attributs, le premier rang est assigné à
ipso sapientem, magnum, æternum, unum Deum esse. Voy. Matth. Paris. Hist. Angl. ann. 1119.
(1) Clem. Str. v, 12. — Aug. Trin. ναι, 5. — Anselm. Mon. XXXV. LXXVI.
3 A ᾿ς ’ 9 \ - € - \ αὶ (2) ᾿Επὶ δὲ τούτοις ζητῆσαι χρὴ, πῶς ἡμεῖς Θεὸν γινώσχομεν, 3 o1\ \ 3 0\ 2 \ 7 lé - =. “ # οὐδὲ νοητὸν, οὐδὲ αἰσθητὸν, οὐδέ τι χαθόλου τῶν ὄντων ὄντα. Μή- St LS \ ΠῚ + c x a > » - CE ει.
ποτε οὖν ἀληθὲς εἰπεῖν, ὅτι Θεὸν γινώσχομεν, οὐχ ἐκ τῆς αὐτοῦ φύσεως (ἄγνωστον γὰρ τοῦτο, χαὶ πάντα λόγον χαὶ νοῦν ὑπεραῖρον), ἀλλ᾽ ἐχ τῆς πάντων τῶν ὄντων διατάξεως, ὡς ἐξ αὐτοῦ προδεύλημέvas, χαὶ εἰχόνας τινὰς χαὶ ὁμοιώματα τῶν θείων αὐτοῦ παραδειγμά-των ἐχούσης, εἰς τὸ ἐπέχεινα, πάντων ὁδῷ χαὶ τάξει χατὰ δύναμιν - ΄ ᾿ - - , ἄνειμεν ἐν τῇ πάντων ἀφαιρέσει χαὶ ὑπεροχΐ, καὶ ἐν τῇ πάντων αἰτίᾳ. Div. Nom. var. 9 3.
née RSS Sd be OS dé Ὁ
ESSENCE DE DIEU. 185 l'agennéste (1 ), comme disent les anciens, ou aséité, comme s'expriment les docteurs du moyen âge, qui ont en leur faveur la logique (2), sinon la philologie. C’est de cet attribut fondamental que l’on déduisait tous les autres ; mais les Eunomiens et les Aétiens enseignaient que cet attribut est en Dieu, non-seulement le premier, mais même le seul; et cela pour établir qu'ils avaient de la nature divine une idée adéquate, puisqu'ils comprenaient l’agennésie, et pour exclure la divinité du Fils, en qui l’agennésie ne saurait être reconnue.
Il y eut au moyen âge de vives controverses relativement à la distinction des attributs de Dieu et à la nature de l'essence divine. D’un côté, les Nominalistes et les Mystiques n’admettaient qu'une dstinctio rationis ratiocinantis ; de l’autre, leurs adversaires admettaient une certaine distinction objective, une distinctio rationis ratiocinat«æ.
La secte des Hésychastes, au mont Athos, ayant à sa tête Palamas, enseignait (x1v. s.) que non-seulement les attributs de Dieu, mais encore ses opérations, sont des parties de l'essence divine, des entités
(1) ᾿Αγέννητος Justin. Theoph. Autol: 1, 4. — Jren. 1v, 38. n. 1. 3. — Athen. leg. 1v. ---- Ἄναρχος Tat. Græc. 1v. — Voyez dans les écrivains profanes les diverses désignations de Dieu, COMME : αὐτογένητος, αὐτογέννητος, αὐτοφύης, ἀπάτωρ, ἀμήτωρ (Lact. div. Inst. 1, 7), et aussi dans Syresius (Hymn. un) ces expressions : σὺ ἄῤῥην, σὺ δὲ θῆλος; et dans Clem. quis div. Dieu appelé πατὴρ χαὶ μητήρ.
(2) Le mot aseitas est employé pour la première fois dans Abælard. Theol. christ. p. 1263; c’est saint 4aselme (monolog. vi) qui l’a introduit dans l’école.
formellement substantielles et distinctes les unes des autres, des divinités (θεότητες) (1). Barlaam soutint contre eux que l'essence, les attributs et les opérations de Dieu sont absolument identiques (2).
7. On attribue à Dieu la simplicité tantôt en ce sens qu'il n'a en lui aucune multiplicité, ni aucune diversité d'éléments constitutifs, mais qu'il est absolument et entièrement tout ce qu'il est (3), et qu'il exclut toute espèce de composition spirituelle , métaphysique ou logique, ce qui implique qu'il n’y a
(1) Greg. Palam. in Dominic. transform. Or. x. τι. (in Combef. Auctuar, Noviss. Τὶ 11. P. 1. p. χοῦ sq.) Tomus Pseudon. Palamit. in Combef. cit. p. 135. — Cfr. contre eux Manuel. Calecas. de Essent. et operat. in Combef. cit. p. 1 sq.— Joan. Cyparisiot. Palamitarum transgressionum sermones v. ibid. p. 68 sq.
(2) Sur l’histoire de ces sectaires νου. Niceph. Greg. Hist. Byz. x1, 10 (qui est favorable à Barlaam). — Cantacuz. Hist. 11, 38 sq. (qui lui est défavorable).—Zeo Allat. de cons. Ecel. Or. et Occid. 11, 17. Græcia orthod. T. τ. p. 7956 sq. — Petav. Dogm.T.r. 1.1. c. x1x. 8.2 sq. — Mansi χχν. XXVI. — Lequien. Or. chr. 11, 55.
(3) Zren. Simplex, et non compositus, et similimembrius (δμοιομέρης Grabe. δμοιόχωλος Feuardent.), et totus ipse sibimetipsi similis, et æqualis est; totus cum sit sensus, et totus spiritus , et totus sensuabilitas, et totus ennœa, et totus ratio, et totus auditus, et totus oculus, et totus lumen, et totus fons omnium bonorum. 11, 43. n. 3. (Cfr. 1, 12. n. 2.1v, 71. n. 2.) — Aug. Secundum hoc ergo dicuntur illa simplicia, quæ principaliter vereque divina sunt, quod non aliud est in eis qualitas, aliud substantia. Civ. Dei xt, 10. ἢ, 3. — 41cutr. Deus enim idem ipsum est et potentia et substantia δὲ divinitas, et hæc omnia unum, et hoc unuin simplex. Fid. trin, 11, 2.
en lui aucune réunion de matière et de forme (1), de substance et de qualité (2); tantôt en ce sens quil n’y ἃ en lui aucune pluralité de parties physiques, en un mot, rien d'étendu et de corporel (3), et qu'il faut le considérer comme un pur esprit (4), comme la simplicité et l'unité absolue, comme évas et μονὰς, comme excluant toute idée de parties distinctes (5). Les Alexandrins, Origène entre autres, soutiennent avec un zèle tout particulier que Dieu n’est pas corporel (6); Eusèbe a traité la même question (7). Origène démontre labsurdité du sentiment qui donne à Dieu la nature corporelle, par cette conséquence qu'alors Dieu serait corruptible (8).
(1) Thom. Summ. P. 1. qu. xx. Art. τι.
(2) Athan. ὁ. Arian. Or. 1v, ἢ, 2.
(3) Athen. Τὸ ὄντως ὃν, τὸ μονοφυές. leg. ΧΧΊΙΙ. — Zren. 11, 13. n.3.— Athan. c. Gent. n. 22. — Greg. Naz. Or. xxvin, — Bas. Epl. vu. n. 2. — Hilar., Trin. 1, 6. — Chrys. in Gen. Hom. xrxr. ἢ. 2.
(4) Tatian. Πνεῦμα ὃ Θεός. Græc, 1v — Min. Fel, Oct. xix. qui en appelle aux aveux des:philosophes païens.
(5) Orig. Non ergo aut corpus aliquod, aut in corpore esse putandus est Deus, sed intellectualis natura, simplex, nihil omnino in se adjunctionis admittens; uti ne majus aliquid et inferius in se habere credatur, sed ut sit ex oinni parte monas, et ut ita dicam évéc. Princ. 1,1. ἢ. 6.
(6) Clem. Str. 11, 2. v, 11. 12. vit, 6. — Orig. Princ. x, 1h, 1.0. x, 2. Cels. yr, 69. 70. vir, 47. 38. de ,Orat. n, 23.
(9) Lib. de imcorporali et invisibili Deo (in Gall. 1v. Ρ. 497 sq.) de incorporali 1. 1. ibid. p. 503 sq.
(8) Si corpus esse prænuntietur Deus, quoniam omne corpus ex materia est, invenietur et Deus esse ex materia ; quod si ex materia sit, materia autem sine dubio corruptibilis est,
Tertullien cependant admet en Dieu une sorte de corporéilé (1); mais on ἃ essayé de défendre l’orthodoxie de sa pensée, tout en condamnant son langage comme obscur et impropre (2). Tertullien est suivi en ce point par Novatien, avec cette différence toutefois que celui-ci rejette formellement l’idée d’une forme humaine, et d’une configuration finie en Dieu (Trin. c. v). Méliton de Sardes a erré aussi sur ce point, si nous admettons que le témoignage des anciens (3) à cet égard doive être positivement accepté, et qu’il ne soit pas fondé sur une méprise; Théodoret rapporte qu'il avait composé un traité spécial pour défendre Son opinion; c’est sans doute le livre περὶ ἐνσωμάτου Θεοῦ (Aouth., Reliq. sacr. r. 76) qu'il ἃ en vue; mais ce livre pouvait bien traiter, comme le pensent les modernes, de l’incarnation de Dieu, ou peut-être, selon Baumgarten Crusius, de Dieu dans le ciel (σῶμα Θεοῦ, pour τόπος Θεοῦ).
erit ergo jam secundum illos corruptibilis Deus. Princ. 1, 4. n. 3. Cfr. in Joan. T. xur. ἢ. or. ᾿
(1) Adv. Prax. vrr, Carn. Christ. xr. adv. Marc. 11. Pœn, 11. Hermog. xxxv. An. v sq.
(2) Voy. par exemple S. Aug. Hær, 86 (bien que, Gen, lit, X, 25. n. 41, il admette que Tertullien est tombé dans l’erreur à cet égard). — Le Nourry Appar. ad Bibl, max. vet. PP, — Cantova de Septimio et 8. Epiphanio dissertt. 11 theol. crit. in quibus Anthropomorphismo neutrum laborasse ostenditur. Mediol. 183. --- (γον. Ernesti, Bibliothèque théologique moderne, 117, 639.) On dit que Dieu ἃ un corps, corpus, σῶμα, dans le sens des Stoïciens (cfr. Plotin. νι, 1. 28), c’est-à-dire dans le sens de substance.
(3) Orig. in Gen. 1, 22. — Aug, Hær. LXxvI. — Theod, in Gen, 1.
On désigne comme étant proprement le père de l’anthopomorphisme, doctrine qui est, ainsi que le remarque justement saint Chrysostome, un retour au paganisme, le moine syrien Audaï (1), dont les idées prirent plus tard racine parmi les moines égyptiens (2), mais furent vivement combattues en Égypte même par beaucoup d’autres moines, et notamment par ceux que l’on appelait moines origénistes. La spiritualité de Dieu fut aussi niée par les Manichéens (3) et au moyen âge par les Albigeoiïs (4), chez lesquels, au rapport de Rathaire de Vérone (5), se reproduisit explicitement l’anthropomorphisme. Dans les temps modernes nous trouvons Dieu matérialisé dans Hobbes (Leviath. 1v. 34. app. c. 11), Priestley et quelques cartésiens.
8. La doctrine de l’immensité de Dieu est exprimée en termes d’une remarquable simplicité dans Hermas : « 11 comprend tout, dit-il, et seul il est immense (6).» Cette immensité est exprimée quelquefois par celte formule : Dieu est en tout et hors de tout (7), ce qui veut dire qu'il n’est exclu de rien, ni
(1) Æphr. Serm. xxxv. c. Hær. t. 11. Opp. Syr. p. 493. — Epiph. Hær.1xx.—Theod. Hæret. Fab. 1v, 10. Hist, Eccl. 1v, 9.
(2) Soc. H. E. νι, 7. — Soz. H. E. ντιι, 12. — Cfr. Cassian. Coll. x, 3.
(3) ag. c. Epl. Manich. ἢ. 20. adv. Faust. xx, 7. Χχν, 1. Confess. v, 10.
(4) Luc. (Tudensis) 11, 9.
(5) Serm. 1, Quadrag. c. xx1x sq.
(6) Ipse capax universorum solus immensus est. Past. 1. 11. mandat, τοῦ
(7) Hi. Inest interior, excedit exterior. Trin, 1, 6. — Aug. Interior omni re... et exterior omni re. Gen. lit. ναι, 26,
contenu en rien; et ailleurs par celle-ci : Dieu remplit et contient tout (1). Saint Augustin (Div. quæst. 83. 4. xx.), ne veut pas admettre, à cause des abus qu’elle peut engendrer, une expression que l’on rencontre dans plusieurs auteurs, et qui paraît empruntée aux théologiens hébreux, ou plus vraisemblable: ment aux Platoniciens et aux Stoiciens; celle qui désigne Dieu comme le lien des créatures (2). Au reste, c'est lui qui de tous les Pères latins ἃ traité ce sujet de la manière la plus frappante (3) et la plus exacte. Le moyen-âge n’a fait que répéter et développer ses expressions (4).
n. 48.— Greg. Naz. Ὃς ἐν τῷ παντὶ τῷδε, καὶ τοῦ παντὸς ἐστὶν ἔξω. Or. 11, 76. ---- Cyr. Elu τε πάντων χαὶ ἐν πᾶσιν ἐστίν. In Joan. xvir, 13. Τὶ 1V. p. 977. ed. Aubert.
(1) Aug. An non opus habes, ut quoquam continearis; qui contines omnia, quoniam qu& imples, continendo imples? Confess. 1, 3. (Cfr. Jos. App. τι, 22.)
(2) Theophil. Autolyc. 11, 3.— Arnob. 1, 31.— Voy. aussi Philo de Somniis (d'après Æxod. xx1, 13), les Kabbalistes (8 13)» les Stoïciens et les Péripatéticiens, contre lesquels se déclare Sext. Empir. 1. x. adv. Mathem. p. 360 ed. Fabric.
(3) Deus, supra quem nihil, extra quem nihil, sine quo nihil est : Deus, sub quo totum est, in que totum est, cum quo totum est, Solil. 1, 1. n. 4. Gen. lit. vu, 26. 48. Confess. ΤΥ ἢν
(4) Alcuir, Intelligamus eum intra omnia, sed non inclusum , extra Omnia sed non exclusum, et ideo interiorem, ut omnia contineat, ideo exteriorem, ut circumscriptæ magnitudinis suæ immensitate omnia concludat. Per id ergo quod exterior est, ostenditur esse creator, per id vero, quod interior, gubernare omnia demonstratur. Fid. trin. 11, 4.
Super οποία, subtus cuncta, extra cuncta, intra cuncta, Intra cuncta nec inclusus, extra cuncta nec exclusus,
9. Avec l’immensité de Dieu, les anciens docteurs enseignent sa toute-présence (1), et ils l'entendent d’une présence substantielle (2) et totale (3). Il pourrait sembler que les Alexandrins nient la toute-présence substantielle, et qu'ils n'ont en vue qu'une présence virtuelle (4). Mais ils veulent seulement écarter de l’Être divin l’idée qu'il soit consubstantiel avec le monde, qu'il soit répandu au-dessus et au dedans des créatures, qu'il soit contenu dans les choses comme dans un lieu. Le faux Denis, au contraire, se laisse entraîner dans l’exposition de la pré-
Subter euncta nec substratus, super cuncta nec elaltus. Super totus possidendo, subter totus sustinendo , Extra totus complectendo, intra totus es implendo. Iotra nusquam coarctaris, extra nusquam dilataris , Subtus nullo fatigaris, super nullo sustentaris.
Abæl. Rythm. de 55. Trinit, vers. 3 sq. — Cfr. Rick. a δ. Vict. Benjam. Maj. 1v, 17.
(1) Theoph. Autol. τι, 3.— Minuc. Fel, Oct, xxxu1. — Clem. Strom. vi, ἡ. — Mac. Hom. χα, ἢ. 3.— Cyr. Διὰ πάντων xat ἐν πᾶσι. cont. Jul. 1. 1.
(2) Theoph. Autol. τα, 3. — Clem. "Ἐν ἑκάστῳ ὅλον. De Provid. fragm. (Gall. 1.) — Theod. Mops. de Incarn. serm. fragm. 1. — Aug. Deus in se ipso ubique totus. Epl. cexxxvir.
(3) Pet. Chrys. Serm. xxx1v. — W'ictric. (Rotom.,) laud. trin. n. VIII.
(4) Clem. Ὃ δὲ αὐτὸς μαχρὰν ὧν, ἐγγυτάτω βέῤηχε: θαῦμα ἄῤῥητον" Θεὸς ἐγγίζων ἐγὼ, φησὶ Κύριος. Πόῤῥω μὲν, κατ᾽ οὐσίαν πῶς γὰρ ἂν συνεγγίσαι ποτὲ τὸ γεννητὸν τῷ ἀγεννήτῳ ; ἐγγυτάτω δὲ δυνάμει, ἣ τὰ πάντα ἐγχεχόλπισται.... οὐ γὰρ ἐν γνόφῳ ἢ τόπῳ ὃ Θεὸς, ἀλλ᾽ ὑπεράνω χαὶ τόπου, χαὶ χρόνου, χαὶ τῆς τῶν γεγονότων ἰδιότητος. Διὸ οὐδ᾽ ἐν μέρει καταγίνεται ποτὲ, οὔτε περιἔχων, οὐ περιεχόμενος, ἢ χατ᾽ ὀρισμόν τινα, ἢ χατ᾽ ἀποτομήν. Strom. 11, 2. T. τ. p. 224. --α Cfr. Orig. Cels. vr, 71.
sence substantielle jusqu'aux excès du panthéisme (1). Saint Thomas démontre la présence substantielle par la perfection de l'opération divine dans les créatures, où elle est immédiate, ce qui suppose la présence de Dieu au sein des êtres créés (Summ. P. 1. quest. vu. art, 1).
Tout en reconnaissant la présence substantielle de Dieu dans les créatures comme égale et la même en chacune d’elles, on ne manque pas de faire observer qu'il n’opère pas en toutes de la même manière; mais qu'il agit diversement selon l’essence des créatures, et selon la mesure de puissance qu’il lui plait de déployer en elles, en sorte qu'il est présent d’une façon dans les êtres intelligents, et d’une autre façon dans les créatures inintelligentes, d’une façon encore dans les âmes pieuses, et d’une autre dans les âmes impies et souillées par le péché (2); doctrine dont on trouve une belle exposition dans saint Bernard, entre autres : « Dieu, dit-il, qui est partout également « par la simplicité de sa substance, est pourtant au- «trement dans les créatures raisonnables que dans « celles qui sont privées de raison, autrement aussi « dans les bons que dans les méchants, relativement «à ce qu'il opère. Il est dans les créatures irraison- « nables, sans que ces créatures lui soient unies; mais « les créatures raisonnables peuvent s'unir à lui par «la connaissance, et il n’y a que celles qui font le « bien qui s'unissent à lui par l'amour,» (Laud. Virg.
(1) Div. Nom, c. 1. 9 6. 8. τι. S 11.
(2) Theod. Mops. de Incarn. serm. fragm. 1. — Alcuin. Fid. trin. 11, 8.
ESSENCE DE DIEU. 193 Mar. Hom. IL, n. 4.) « Dieu n’est, si l'on peut ainsi « parler, qu’en apparence dans le méchant, dit-il en- « core; mais il est en réalité dans les justes. Il est « dans les anges avec sa parfaite félicité, il est « dans l'enfer avec sa terrible colère. » (Dedic. Eccl. Serm. vi, n. 2.) Pour montrer que la sainteté de Dieu n’éprouve aucune altération par sa présence dans l’âme du pécheur, saint Grégoire de Nysse emploie la comparaison des rayons du soleil, auquel les ordures sur lesquelles ils se répandent ne font rien perdre de leur éclat (1).
io. Les Pères expriment l'éternité de Dieu, en disant de lui qu'il n’a pas commencé (/ren. UT, 8, n° 3), qu'il n’a point été produit, qu'il est indestructible , et autres semblables expressions. Tatien dit (Coh. Græc.) que Dieu n'existe point dans le temps, et Clément d'Alexandrie, qu’il surpasse toute durée (Str. II, 2). Tertullien conçoit l'éternité comme la réalité absolue, comme la toute-présence, comme l’activité mfinie; aussi n’y a-t-il en Dieu ni ancien ni nouveau, ni commencement pi fin (2). Saint Hilaire la définit aussi l’existence absolue , totale, présente partout, qui embrasse tout (5). Saint Augustin s’ex-
(1) Or. adv. Ar. et Sabell. in Mai. Coll. τι. var. p. 9.
(2) Vera et germana divinitas, nec de novitate, nec de vetustate, sed de sua veritate censetur. Non habet tempus æternitas; omne enim tempus ipsa est. Quod facit, pati non potest. Caret ætate, quod non licet nasci. Deus, si est vetus, non erit; si est novus, non fuit. Novitas initium testificatur, vetustas finem comminatur. Deus autem tam alienus ab initio et fine est, quam a tempore, arbitro et metatore initii et finis. Marc. 1, 8.
(3) Deus autem sine mensura temporum semper est : et qua-
prime dans le même sens (1). On peut citer encore, comme s’accordant avec toutes ces notions, la définition de l'éternité donnée par Boèce : la possession pleine et entière de la vie indestructible (2). Cette définition, défendue par saint Thomas (P. 1, qu: x. art. 1), a été adoptée par l'Ecole.
Le docteur angélique a aussi développé avec une admirable profondeur le sentiment déja clairement exprimé dans Pantiquité, que l'éternité ne saurait être successive (20ëd., art. 1v), et que Dieu est sa propre éternité, tandis qu'aucune chose finie n’est sa propre durée (ibid., art. τι). Du reste, tous les théologiens se sont déclarés jusque dans les derniers temps pour l'éternité simultanée avec laquelle subsiste ou périt l’idée même de l'éternité, ainsi que celle de Dieu : il ne faut excepter que les Sociniens et les Arminiens.
Les théologiens du moyen âge désignent sous le nom d’ævumn linudestructibilité, et ils insistent sur
lis est, talis æternus est. Æternitas autem in infinito manens, ut in his quæ fuerant, ita in illis, quæ consequentur, extenditur; semper integra, incorrupta, perfecta, præter quam nihil, quod esse possit, extrinsecus sit relictum. Non ipsa in aliquo, sed intra eam euncta : potens ita largiri nobis ipsa, quod suum est, ut sibi nihil de eo, quod sit largita , decedat. In Matth. c. xxxI. ἢ. 2.
(1) Præcedis omnia (tempora) præterita celsitudine semper præsentis ælernitatis, et superas omnia futura. Confess. xt, 13. ἢ. 16. Anni tui unus dies, et dies tuus non quotidie, sed hodie... hodiernus tuus (dies) æternitas. Ibid.
(2) Interminabilis vitæ tota simul et perfecta possessio. Cons. Philos. v. Pros. vr.
ESSENCE DE DIEU. 195 la différence qui la sépare du temps cet de l'éternité. En général, ils ont bien mérité de la science par les développements qu'ils ont donnés à l’idée de l’éternité (1), comme aussi à celle de limmensité.
11. La notion et l'affirmation de l'éternité en Dieu impliquent nécessairement l’idée et l'affirmation en lui d’une absolue émutabilité, comme les anciens docteurs en font déjà la remarque (2); cette immutabilité est considérée par eux comme absolue, et ils l'attribuent également à l’essence (3) de Dieu, à sa présence comme remplissant limmensite (4), et à sa volonté (5).
12. Quant à la toute-science de Dieu, cet attribut dont l'Écriture parle en termes si sublimes et qu’on trouve souvent mentionné même dans les philosophes païens (6), il y en a de magnifiques expositions
(1) Alcuin. De differentia æterni et sempiterni, immortalis et perpetui,
(2) Theophil. Autolye. 1, 4, — Tert, Deum immutabilem et informabilem credi necesse est, ut æternum., Trausfiguratio autem interemptio est pristini. Adv. Prax. xxvir. — Orig, Ἐπὶ δὲ Θεοῦ, ὅςτις αὐτός ἐστιν ἄτρεπτος, χαὶ ἀναλλοίωτος ἀεὶ τυγχάνων; ἐν ἐστὶν ἀεὶ τὸ οἱονεὶ καὶ ἐπ᾽ αὐτοῦ ὄνομα τὸ ὧν, ἐν τῇ Ἔξόδῳ εἰρημένον... de Orat, χχιν. Il désigne la doctrine de l’immutabilité comme appartenant également aux Juifs et aux Chrétiens. Cels. 1, 21.
(3) Aug, ver. Rel. c, xvur. n. 35. Trin. αν, Proœm.
(4) Orig, Princ. 1, τ. n. 6.
(5) Aug. Opera mutas, non mutas consilium. Confess. 1, 4. Omuino autem Dei essentia, qua est, nihil mutabile habet nec in æternitate, nec in veritate, nec in voluntate, Trin. ἵν. Proœæm.
(6) Thal. (ap. Clem. Str. v, 14.) — Plato Parmenid, —
dans les Pères apostoliques (1), dans les Apologistes (2), dans saint Irénée (3) et dans les Alexandrins (4). On peut se rappeler que plusieurs Pères font dériver le mot θεὸς de θεᾶσθαι (5), et qu'ils donnent ainsi pour caractère propre à l’essence divine la
Pind. Od. 1, 64. — Æschyl. Choeph. 201. 802. — Xenoph. Sympos. 1v, n. 48. — Plut. Ser. num. vind. xxr. — Cfr. por ner. Syst. theol. gentil. purior.
(1) Zgnat. Eph. n. xv. — Polye. ad Philipp. c. τν.
(2) Justin, Apol. τ. n. 16. 44. — Athen. leg. xxx1. — Min: Fel. Ubique non tantum nobis proximus, sed infusus est, In solem adeo rursus intende : cœlo affixus, sed terris omnibus sparsus est; pariler præsens ubique interest et miscetur omnibus; nusquam enim claritudo violatur. Quanto magis Deus auctor omnium ac speculator omnium, a quo nullum potest esse secretum, tenebris interest, interest cogitationibus nostris, quasi alteris tenebris ! Non tantum sub illo agimus, sed et cum illo, ut prope dixerim, vivimus. Octav. xxx1r.
(3) Nihil eorum, quæ facta sunt, et quæ fiunt, et fient, scientiam Dei fugit, 11, 26. n. 3.
(4) Clem. Ὃ γάρ τοι Θεὸς πάντα οἶδεν, οὐ μόνον τὰ ὄντα, ἀλλὰ χαὶ τὰ ἐσόμενα, χαὶ ὡς ἔσται ἕχαστον. Τάς τε ἐπὶ μέρους χινήσεις προορῶν, πάντ᾽ ἐφορᾷ, καὶ πάντ᾽ ἐπαχούει, γυμνὴν ἔσωθεν τὴν ψυχὴν βλέπων, χαὶ τὴν ἐπίνοιαν τὴν ἑκάστου τῶν χατὰ μέρος ἔχει δι’ αἰῶνος. Strom. vi, 17. T. 1x1. p. 360.
(5) Theophil. Autolyc. 1, 4. (Cfr. Plut. Is. Osir. 1x.) — Bas. Epl. vu. n. 11. — Greg. Nyss. Quod non sint tres dit ad Ablab. adv. Eun. Or. xu. In Cantic. Hom. v. — Joan. Dam. Orth. Fid. 1, 12. 5. Trin. c. v.— Pachym. ad Dion. div. Nom. χιτ. — On le fait venir aussi de θέσις; Theoph. Autol, 1, 4.— Clem. Str. 1,-19; et de θέειν (cfr. Plato Cratyl. — Plut. Is. et Osir. Lx), parce que le bien est actif et a une marche rapide (Clem. Str. 1v. 23. Κατὰ τὴν ἀμετάτρεπτον τοῦ ἀεὶ θεῖν τὰ ἀγαθὰ ἕξιν), ou bien parce que Dieu se meut partout et en tout temps. Theoph. Autolyc. 1, 4. — Amphil. (Gall. vr, 507), étymologie que réprouve Zertullier (Nat. 11, 4), mais qui est
connaissance dans ce qu’elle ἃ d’absolument clair et immédiat.
La doctrine de la toute-science en Dieu est constante dans les Pères. Elle implique que Dieu se connaît lui-même d’une manière infinie (1), et qu’il connaît d’une manière parfaitement claire et certaine les créatures avec leurs actions les plus secrètes, avec leurs pensées et leurs desseins les plus intimes (2), en sorte même qu'il voit tout ce qui doit.arriver (3); ce dont on trouve une preuve de fait dans la prophétie (Tert. Mare. τι. 5). 3
Cette toute-science de Dieu repose sur ce fondement, que c'est lui qui a fait toutes choses (4), qu'il en a en lui l’idée (5), et qu'il est en tout et par-
tout (6).
adoptée par Scot Erigéne (Div. Nat. 1, 13); on 16 fait venir aussi de αἰθεῖν (d’après Æebr. xu1, 29. Deus noster ignis consumens est); c'est l’étymologie que donne, après beaucoup d'anciens Pères (cfr. Greg. Naz. Or. xxx), saint Jean Damascéne. Orth. Fid.1, 12.
(:) Orig. Deus Pater, et unigenitus Filius ejus, et Spiritus Sanctus, non solum eorum quæ creavit, verum etiam sui scientiam tenet. Princ, 1v, 37.
(2) Polyc. Phil. n. 1v. — Justin. Apol. 1. n. 16.— Athenag. leg. xxx1. — Minue. Fel. Octav. xxXxX11. — ren. 1V, 19. ἢ. 2. — Clem. Str. νι, 17. — Orig. Princ. 111, 1. n. 13. 1v, 37.
(3) Justin. Apol. 1. n. 44. Tryph. xvi. — Tert. Marc. 11, 5. — Clem. Str. vx, 17. — Orig. Prince. πὶ, 1. ἢ. 17. — Eus. Dem. Evang. 1v, 1.
(4) Pantæn. Fragm. in Routh. Reliq. sacr. T.1, p. 340. — Et aussi Dionys. div. Nom. vu. ἢ. 2.
(5) Aug. de quæst. ΤΧΧ ΧΙ, qu. xLvI, — Et aussi Thom. Summ. P. 1. qu. xv. Art, 111.
(6) Zren. adv. Hær. 1v, 19. n. 2. — Min. Fel. Octav. xxx.
Dieu connaît tout, même les actes libres et les faits contingents, et la certitude de la prescience divine ne nuit point à la liberté; et il ne résulte de la prescience aucune nécessité : les anciens Pères l’enseignent unanimement, et la raison qu'ils en donnent, c’est que la prescience de Dieu a pour objet les choses telles qu’elles sont en soi; elles sont prévues parce qu’elles seront, et comme elles seront; elles ne seront point telles ou telles, parce qu'elles ont été prévues telles ou telles (1). Ils font aussi remarquer qe la prescience divine ne justifie nullement ve qu'on appelle l'argument paresseux (ἀργὸς λογός ); par exemple, ou 1] est prévu que je guérirai, ou 1] est prévu que je ne guérirai pas, et dans aucun de ces deux cas je n’ai besoin d’avoir recours au médecin (2). Cicéron avait nié autrefois ( Div. 11. et Aug. Civ. Dei. v. 9), comme les Sociniens et les Arminiens l’ont niée dans les temps modernes, la prescience de Dieu, dans l'intention de maintenir la liberté de l’homme. Les Pères, au contraire, distinguent, comme avaient déjà fait les Stoïciens, entre le certain et le nécessaire, et ils font observer que la certitude et la garantie de notre liberté sont positivement comprises dans la prescience divine (3), et que nier cette
(1) Orig. Cels. 17, 20. Prince. 111, 1. n. 22. 3, n. 4. — Chrys. de Prophet. obscur. Hom, 1. n. ἡ. — Theod. in Rom. vi, 30. — Aug. Lib. arb. ut, 3. n. 8. Civ. Dei v, 9. n. 4. — Boet/. Consol. 1. v. Pros. 111. vr. — Hildebert. Tract. theol. c. 1x. — Thom. Tract. de Præscr. et Prædestin. c. 111. IV.
(2) Orig. adv. Cels. 11, 10.
(3) Aug. Civ. Dei v, 9. ἢ. ἡ. Lib. arb. 11: n. 8.
ESSENCE DF DIEU. 199 prescience, c’est nier Dieu lui-même (1). Scot Érigène prétend que Dieu ne prévoit pas le mal, et il se fonde sur ce que le mal, étant une privation, ne saurait être un objet de connaissance, ( Præd. xv, n° b. 6.)
Quant à cette forme de la connaissance qu’on appelle scientia media, et qui repose sur certains faits rapportées dans l'Écriture (Jeren. χκχυπι. 17-26, et LSarn. xx111. D- 14), que nous voyons d’ailleurs appliquée déjà dans saint Grégoire de Nysse et dans saint Chrysostome, puis employée dans un sens abusif par les Semi-Pélagiens (4ug. epist. 225), et rectifiée par saint Augustin (Don. persev. xu, x111); elle a été ainsi nommée par Pierre Fonseca, jésuite portugais attaché aux doctrines d’Aristote (xvi. 1), et elle ἃ reçu de Molina (2), son disciple, la forme systématique sous laquelle elle a été introduite dans la théologie. Il faut remarquer encore que saint Augustin voulait que l’on substituât au mot prescience divine le mot science divine, parce que le premier de ces termes pouvait donner lieu de penser que la connaissance divine devient avec le temps, de prescience qu’elle était, science proprement dite, et aussi parce qu'il n’y ἃ pour Dieu que du présent (3).
La question de savoir si Dieu connaît aussi les
(1) Aug. Qui enim non est præscius omnium futurorum, non est utique Deus. Civ. Dei v, 9. n. 4.
(2) Molina Conciliat. lib. arbit. cum gratiæ don. et div. præscientia. Antwerp. 1597. Ulyssip. 1587. — Cfr. Vincent. Ferrer. de Scient. media. — Serry (Pseudon, Aug. Leblanc.) Hist, congreg. de auxil. div. grat. 1, 1. — D’Argentré x, 165.
(3) De div. quæst. ad Simplician. 1, 11, qu. τι. n. 2.
choses purement possibles (scentia simplicis intelligentiæ) n’a été traitée que par les théologiens du moyen âge. Origène cependant semble lavoir résolue négativement, lorsqu'il prétend que Dieu n’a pu créer qu'un monde comme celui qui existe actuellement, parce qu'il ny ἃ qu'un monde fini qui soit en rapport avec sa connaissance et avec sa puissance (Princip. 1. 5, n. 3).
Malgré les anthropopathismes de la Bible, et précisément parce qu'on les explique dans leur véritable sens, on maintient partout avec soin la différence qui sépare la connaissance divine de la connaissance humaine, la connaissance divine ne supposant ni effort ni travail discursif (1), mais étant une simple et immédiate intuition (2); cette distinction a été particulièrement développée par les Scholastiques. Duns Scot, entre autres, a développé dans toute sa rigueur la théorie de la connaissance absolument immédiate de l'intelligence divine, qui voit toutes les choses en elles-mêmes.
13. L'identité essentielle de Dieu et de la volonté divine se trouve suffisamment énoncée dans la tradition ancienne; puis nous la voyons développée avec toute la profondeur de la spéculation scientifique dans les théologiens du moyen-âge, et particulièrement dans Scot Érigène (3), dans saint Thomas et
(1) Aug. div. qu. τι. xxx. Trin. xv, 14. — Et d’après lui Thom. Summ. P. 1. qu. x1v. Art, vir. et les autres Scholastiques.
(2) Clem. ᾿Αθρόως τε γὰρ πάντα, χαὶ ἕχαστον ἐν μέρει, μιᾷ προθολὴ προςύλέπει. Strom, vi, 17. Τ πὶ, p. 360.
(3) Deus quidem omnia quæ fecit, propria voluntate, nulla
dans Duns Scot. D'un autre côté, l'on trouve aussi la distinction formelle de la volonté divine, d'avec la connaissance et l'être de Dieu, généralement reconnue. Il est à remarquer seulement que Scot Érigène conçoit le connaître en Dieu comme absolument identique au vouloir (de Præd. e. 11. n. 11), dans lintention de donner ainsi à son prédestinatianisme un fondement spéculatif.
D'après tous les théologiens, l’objet premier et le dernier terme de la volonté divine, le principe proprement formel en vertu duquel Dieu veut, c'est lui-même, et non la créature (1); sa volonté est mue et déterminée par lui seul (2); il n’y a point en lui de délibération , et ce qu’il veut, il le veut d'une vo-
autem necessitate, fecit. Quid enim cogeret Deum ut aliquid faceret ? Quod si aliqua eum causa compelleret ad faciendum , ea merito major meliorque eo crederetur, ac per hoc ipsa , non ipse, summa omnium causa Deusque coleretur. Si vero una et principalis totius universitatis causa, voluntas Dei, et pie creditur et recte intelligitur, frustra in ipsa vel ante ipsam necessitas fingitur. Age jam, si omne quod in Deco est, Deus est, voluntas autem Dei in Deo est; Deus est igitur Dei voluntas. Non enim aliud est ei esse et velle ; sed quod est esse, hoc est et velle. Proinde si voluntas Dei libera est (aliter enim credere impium est), libera vero voluntas omni caret necessitate; igitur nulla necessitas voluntatem Dei possidet. De Prædest. cap. 11. n. 1. in Mauguin Vindic. prædest. et grat. Tom. τ. p.114.
(1) Tert. Non placet Deo, quod ipse non produxit. Cult. fœm. 6. vu. — Aug. Non fruitur nobis, sed utitur. Doct. christ, 1. ἢ. 34.
(2) Zren.n,1.n.1.1171,8.n.3.— Aug. Civ. Dei χι, 24. — Scot. Erig. Præd,. 11. ἢ, 1. — Hildebert. Tract. theol, c. 1x.
lonté éternellement déterminée (1). La distinction entre la volonté antécédente et la volonté conséquente ἃ passé des théologiens de l'antiquité (2) à ceux du moyen-äge, qui l’ont déterminée avec une plus rigoureuse précision. Les Scholastiques distinguent aussi, après saint Augustin, la volonté de Dieu dans ses manifestations, en voluntas signi (3) et voluntas beneplaciti; cette dernière dénomination est due à Pierre Lombard (Sent. 1. dist. xzv). La distinction d’une volonté de simple permission et d’une volonté de conseil, de commandement ou d'exécution, que les anciens reconnaissent partout, et qu’ils s’attachent surtout à établir dans leur théodicée, est niée par Scot Érigène, et en général par les Prédestinatiens, et par Calvin qui adopte leurs principes. (Inst. 1. 18. n. 1.)
Dès les temps les plus anciens, les docteurs chrétiens s'appliquent avec un soin tout particulier à établir la liberté de Dieu dans son opération au dehors, et à écarter de sa nature toute espèce de nécessité (4).
(1) Hippolyt. To θέλειν ἔχει ὁ Θεὸς, οὐ τὸ μὴ θέλειν" τρεπτοῦ γὰρ τοῦτο καὶ προαιρετοῦ. ᾿ΑἸδίῳ γὰρ θελήματι Θεοῦ ἕπεται τὰ γινόμενα, ᾧ καὶ γενόμενα μένει σωζόμενα. Serm. de theol. cit. in Conc. Lateran. (649) secretar. v. ap. Galland. Τ. 11. p. 495.
(2) Θέλημα πρῶτον, προηγούμενον, θέλημα δεύτερον, dans Chrys. in Eph. Hom. τ. n. 2. — Θέλημα προηγούμενον, θέλημα ἑπόμενον, dans Joan. Dam. Orth. fid. 11, 29. Cont. Hær. Manich. c. 1. — Cette distinction se trouve déjà dans Platon et dans les Platoniciens, par exemple, dans Hierocles, Voy. Phot. Cod. σα.
(3) Thom. Summ. P. 1. qu. x1x. Art. x1. — Bonav. Sent: 1. dist. XLv. qu. τ. Art. 11.
(4) Theophil. Autolye. 11, 13. — Zren. Non décet autem
sp rpm
dot κυποῖς καρ rat ter. “ς᾽
C'est qu'ils s'y trouvent ramenés continuellement par leur controverse avec les paiens toujours imbus de l'idée du destin, et par les hérétiques qui ladoptent quelquefois. Abailard nie la liberté divine en prétendant que Dieu est tenu de faire le bien (1). C’est aussi la doctrine de Thomas Bradwardin (1330), docteur d'Oxford, et archevêque de Cantorbéry (2), qu'en Dieu tout est nécessaire, même son opération extérieure, comme la création, la rédemption; et Spinoza (3) enseigne que tout vient de Dieu avec la même nécessité qu'un triangle se compose d’angles et de côtés; mais il parle cependant continuellement de la liberté de Dieu (4), parce que, selon lui, la liberté consiste non pas à être affranchi de toute nécessité intérieure, mais seulement à être exempt de contrainte.
14. Les anciens Pères reconnaissent, d’après ΤῈΣ criture, la puissance de Dieu comme absolue (5).
eum qui super omnia Deus, cum sit liber et suæ potestatis, necessitati servisse dicere, ut sit aliquid secundum concessionem præter sententiam ejus : alioquin necessitatem majorem et domiuatiorem facient, quam Deum, quando id, quod magis potest, antiquius sit omnibus. 11, 5. ἢ. 4. — Tert. Libertas, non necessitas Deo competit. Herm, χυι. — Hippolyt. adv. Noet. Ὁ. vurr. X. — Epiph. Hær. Lxx. n, 7.
(1) Theol. christ. 1. v.
(2) De causa Dei τὶ, 53. Art. xx1r.
(3) Ethic. P. τ. Prop. xvr. Schol. sur la Propos. xvir, Cogit, metaphys. P. 11. c. v.
(4) Ethic. Ρ. τ. Prop. xvir. Coroll. 11. Epl. xzix.
(5) Tert. Non posse quid, Deo non licet. Marc. 1, 22. — Hippol. Μὴ ἀπιστήσητε, ὡς χαὶ τὸ σῶμα Ex τῶν αὐτῶν στοιχείων σύνθετον γενόμενον δυνατὸς ὃ Θεὸς ἀναδιώσας ἀθάνατον ποιεῖν. Οὐ
D'après eux, Dieu peut tout ce qui est impliqué dans l’idée de puissance (1), de même qu’il ne peut rien de ce qui impliquerait faiblesse (2), impuissance ou destruction de l'être même de Dieu (3), comme affirmer le mensonge ou faire l'injustice (4); cette doctrine est aussi celle des siècles suivants (5). La for-
τὸ μὲν δυνατὸς, τὸ δὲ ἀδύνατος, δηθήσεται περὶ Θεοῦ. Adv. Plat. et Græc. ἢ. τι. p. 221. ed. Fabric. ᾿Ἀπειροδυνάμῳ θελήσει τοῦ Θεοῦ χαὶ γέγονε πάντα, χαὶ σώζεται τὰ γενόμενα. De theol. et incarn. adv. Beron. et Helicon. n. 1. p. 225.
(1) Aug. Nec potestas ejus minuitur, cum dicitur mori fallique non posse. Sic enim hoc non potest ut potius , si posset, minoris esset utique potestatis. Recte quippe omnipotens dicitur, qui tamen mori et failli non potest; dicitur enim omnipotens faciendo quod vult, non patiendo quod non vult; quod ei si accideret, nequaquam esset omnipotens. Unde propterea quædam non potest, quia omnipotens est. Civ. Dei V, 10. ἢ. 1. — Hug. a δ΄. Vict. Omnia potest Deus, quæ posse potentia est. De Sacram. 1. 1. P. τι. €, xx11.
(2) Tir. (Bostr.) Εἰ δὲ λέγοιμεν, ὡς οὐ δύναται Θεὸς ἄδιχόν τι ποιῆσαι, καλῶς δὴ φαμέν. To μέντοι μὴ δύνασθαι, οὐ πρὸς ἀσθέγειαν ἕλχομεν, ἀλλὰ πρὸς ἀχρότητα τοῦ μὴ βούλεσθαι, καὶ πρὸς τὸ ἀμετάστατον τῆς τοῦ χείρονος παραιτήσεως᾽ ἄτρεπτος γὰρ ὧν τὴν φύσιν, ἄτρεπτον ἔχει τὸ μὴ βούλεσθαι τὶ χαχὸν δρᾶσαι. Adv. Man. 11, ὅ. ap. Gall. Το v. p. 198.
(3) Orig.Aüvarar δὲ καθ᾽ ἡμᾶς πάντα 6 Θεός" ἅπερ δυνάμενος, τοῦ Θεὸς εἶναι, χαὶ τοῦ ἀγαθὸς εἶναι, καὶ σόφος εἶναι οὐχ ἐξίσταται. Cels. xt, 70.
(4) Clem. Οὐδὲν γὰρ ἀδύνατον τῷ Θεῷ, πλὴν ψεύσασθαι. 1 Cor. ἢ. ΧΧῚΙ.
(8) Abæl. Alioquin e converso impotentiam diceremus potentiam, et potentiam impotentiam. Nemo itaque Deum impotentem in aliquo dicere præsumat , si non,possit peccare sicut nos possumus, quia nec in nobis ipsis hoc potentiæ tribuendum est, sed mfirmitati. Introd. ad Theol. nu, ἡ.
ESSENCE DE DIEU. 205 mule employée par saint Thomas, est que Dieu peut tout au point de vue de la puissance active (potentia activa), et rien au point de vue de la puissance passive (potentia passiva); or le péché n'appartient pas à la puissance active; pécher, en effet, ce n’est pas agir; c'est deficere in agendo (P. 1. qu. xxv). La formule biblique, que : « Dieu fait ce qu'il veut », est employée par Tertullien (1), saint Hippolyte (2), Eusèbe (3), saint Augustin (4), et plusieurs autres docteurs; Abailard en abuse contrairement aux premières règles de la logique, et malgré les précautions auxquelles les anciens avaient déjà demandé qu’elle fût soumise (5), lorsqu'il prétend que Dieu ne peut rien faire au delà de ce qu'il a fait réellement, ni autrement qu'il ne l’a fait (6); erreur qu'ont enseignée après lui Wicleff et Th. Hobbes. Il y a aussi une idée fort singulière d’Origène; c’est que la puissance de Dieu doit être bornce pour pouvoir se penser elle-même (7).
(1) Deo nihil impossibile , nisi quod non vult. Carn. Christi 11. Dei enim posse velle est, et non posse nolle, Prax. x.
(2) Adv. Noet. n. vi, x.
(3) Θέλων δὲ ταῦτα χαὶ δύναται. Dem. Evang. 1v, 1.
(4) Enchirid. xxrv. — Civ. Dei xvr, 7. ἢ. 1.
(5) Tert. Sed si tam abrupte in præsumptionibus nostris hac sententia utamur, quidvis de Deo confingere poterimus, quasi fecerit, quia facere potuerit. Non autem quia omnia potest facere, ideo utique credendum est illum fecisse, etiam quod non fecerit ; sed an fecerit requirendum. Prax. x.
(6) Introd. ad Theol. x11, ἡ sq. — Cfr. error. Abæl. ἢ, 7. 1 dit aussi, d’après le même point de vue, que Dieu ne peut empécher le mal. Ibid. n. 8.
(7) Πεπερασμένην γὰρ εἶναι χαὶ τὴν δύναμιν τοῦ Θεοῦ λεχτέον, xal μὴ προφάσει εὐφηυίας τὴν περιγραφὴν αὐτῆς περιαιρετέον - ἐὰν
La doctrine des anciens est que Dieu opère par le simple fait de son vouloir (1), en sorte que vouloir (2) et opérer (3) sont en lui un acte unique et indivisible.
45. Venons à la sainteté (4), attribut central et fondamental du vouloir et de l'être divin, dont nous trouvons chez les anciens théologiens, aussi bien que chez les modernes, la notion la plus élevée et la plus pure. Les Pères avaient à maintenir cet attribut contre les Païens, et entre autres contre les Stoïciens et les Épicuriens, au point de vue particulièrement de la colère divine (5) et de la yustice vindicative; et ils en appelaient, sur ce point, principalement à la conscience de l’âme coupable, que poursuit la crainte du châtiment (6). D'un autre
γὰρ ἡ ἄπειρος ἡ θεῖα δύναμις, ἀνάγκη αὐτὴν μηδὲ ἑαυτὴν νοεῖν" τῇ γὰρ φύσει τὸ ἄπειρον ἀπερίληπτον᾽ πεποίηχε τοίνυν τοσαῦτα ὧν ἠδύνατο περιδράξασθαι, χαὶ ἔχειν αὐτὰ ὑπὸ χεῖρας, καὶ συγχρατεῖν ὑπὸ τὴν αὑτοῦ πρόνοιαν" ὥςπερ χαὶ τοσαύτην ὕλην χατεσχεύασεν, ὅσην ἦδύνατο χαταχοσμῆσαι. Princ. 11, 9. ἢ. 1.
(1) Clem."Ocnye ἣ δύναμις τοῦ Θεοῦ ; μόνον αὐτοῦ τὸ βούλημα, χοσμοποιΐα " μόνος γὰρ ὃ Θεὸς ἐποίησεν, ἐπεὶ χαὶ μόνος ὄντως ἐστι Θεός" Ψιλῷ τῷ βούλεσθαι δημιουργεῖ, καὶ τῷ μόνον ἐθελῆσαι αὐτοῦ, ἕπεται τὸ γεγενῆσθαι. Coh. 1v. T. 1. p. 105. — Hippolyt. ο. Noet. x.
(2) Clem. “Ἐν γὰρ, οἶμαι, τὸ βούλημα τοῦ Θεοῦ ἐν μιδ ταυτότῆτι. Strom. vr, 16.T. 111. p. 342.
(3) Joan. Dam. Orth. fid. 1, 10.
(4) Ἅγιος veut dire séparé de la terre (γῆ avec l’a privatif) ἡ selon Ortg. Lev. Hom. x. ἢ. 1. — Theod, Græc. affect. cur. serm. 111, etc. D’autres le font venir, comme on sait, de la racine &{w.
(5) Theoph. Autolyc. 1, 3, — Tert. Testim. anim. c. 1 sq. Lact. de ira Dei. |
(6) Tert. Testim. anim. c. 1. 11. 111.
ESSENCE DE DIEU, 207 côté, nous trouvons souvent et énergiquement proclamées la bonté de Dieu envers nous (1), ainsi que sa bonté absolue (2), dont celle qu'il fait éclater envers les créatures n’est qu’une manifestation (3).
Qu'il n’y ait aucune contradiction entre la bonté et la justice de Dieu, c’est un point regardé comme certain par tous les écrivains ecclésiastiques. Les Gnostiques, au contraire, prétendaient établir entre ces deux attributs une absolue contradiction; aussi admettaient-ils un Dieu supérieur en qui ils mettaient la bonté, et un Dieu inférieur en qui ils plaçaient la justice (4); à quoi les Pères répondaient que le vrai Dieu doit être à la fois bon et juste (5); qu’en lui la bonté est un élément de la justice, et la justice un élément de la bonté (6); qu'il se montre bon envers nous lorsque nous faisons le bien, mais qu’il se montre juste lorsque nous faisons le mal (7). Les
(1) Clem.1 Cor. ἢ. xx.— Athenag. leg. xxn1.— Minuc. Fel, Oct. xxxvr. — Clem. Strom. 1, 17. Pæd. 1, 8. — Greg. Naz. Or, xxx1r.
(2) Zren. 113, 25. n. 3. — Tat. Græc. vu. — T'ert. Scorp. v. — Orig. in Num. xx11, 4. — Bas. de fide hom. xv. ἢ. 2. in Ps. XXXIII. D, 11.
(3) Athenag. leg. xx111. XX V1.
(4) Par exemple, Marcion (ren. 111, 25. n. 3. — Tert. Marc. 1,6.— Eznich. Confut. hær. 1. 1v. adv. Marc. 1 sq.) — Coluthus (Epiph. Mær. ταὶ, 2.)
(5) Zren. 11, 25. n.2.— Tert. adv. Marc. 11, 12 sq. Resurr. carn, x1v. Pud: τι. — Eznich. Confut. hær. 1]. αν. adv. Marc. 5.
(6) Clem. Strom. vi, 14. — Cfr. Pet. Chrys. Serm. vr. — Aug. Gen. ad litt. 1, τα.
(7) Tert. Accipe igitur et causam , qui apud Deum discis, tam optimum, quam et justum; de suo optimum, de nostro
Scholastiques, après saint Anselme, expliquent comment en Dieu la justice est en harmonie (condecens) avec la bonté (1). Les Sociniens et les Arminiens sont les premiers qui se soient élevés directement contre la justice vindicative. :
Pour justifier la perfection de la volonté divine, les Pères font remarquer que le mal ne vient pas de Dieu, mais seulement le bien (2); qu'il cherche à empêcher le mal en toute manière (3), que la liberté qu'il a donnée à l’homme est bonne en soi, et qu'il n'est pas nécessaire qu'il en empêche absolument l'abus (Clem. str. 1. 17). Le mal sensible, qu'ils distinguent soigneusement du mal moral (4), n'est point contraire à la bonté de Dieu ; les souffrances servent d’une part à soutenir la vertu du juste (5), qu’elles
justum. Nisi enim homo deliquisset, optimum solummodo Deum nosset, ex naturæ proprietate; at nunc etiam justum eum patitur, ex causæ necessitate; tamen et hoc ipso optimum, dum et justum. Et bono enim juvando, et malo puniendo, justitiam exhibens, utramaue sententiam bono præstat : hinc vindicans istud, inde remunerans illud. Res. carn. xrv.
(1) Thom. Summ. P. τ. qu. xx1. Art. τ.
(2) Tatian. Græc.x1. — Iren. 1v, 29. ἢ. 1 sq. — Tert. Marc. 11: 6:
(3) Bas. In Ps. xzvrrr. ἢ. 8.
(4) Tertullien distingue déjà : malum delicti et malum supplicii, culpæ et pœnæ. Marc. 11, 14. mala peccatoria et ultoria. Marc. 11, 24.
(5) Tü. Bostr. adv. Manich. 11, 9. 10. — Aug. Cur enim nou crearet, quos præsciebat bonis profuturos, ut et utiles eorum bonis voluntatibus exercendis admonendisque nascantur, et juste pro sua mala voluntate patiantur? Gen. lit. xx, 6. n. 8.
UNITÉ DE DIEU. 209 portent à la prière (1), et pour qui, d’ailleurs, elles sont pleines de consolations (2); elles servent, d’un autre côté, à guérir (3) et à punir le péché (4) : elles ont pour destination générale d'entretenir la créature dans le sentiment de sa dépendance et de sa faiblesse (5); elles lui sont ainsi salutaires de toute facon (6).
16. La doctrine de l'unité de Dieu (7) ou de la monarchie (8), comme on la nommait d’après Philon . (περὶ μοναρχίας), apparaît de tout temps dans l’enseignement (9). On regarde lidée de l'unité de Dieu
(1) 7. Bostr. adv. Manich. τι, 15.
(2) Τὰ. Bostr. adv. Manich. τι, 9.
(3) Orig. Prince. τι, 10. — Clem. Pæd. 1, 8.
(4) Tert. Marc. 1, 16. 25. 26. 11, 14. Test. an. c. 11. Anim. x1x, — 7. Bostr. adv. Manich. 11, 9. — Lact. de ira Dei οἱ IV.
(5) Zren. Suam enim infirmitatem discere per sustinentiam nihil est malum : magis autem et bonum est non aberrare in vatura sua. Extolli vero adversus Deum, et præsumptionem suæ gloriæ assumere , ingratum reddens hominem, multum mali inferebat ei. v.3.n. 1.
(6) Tir. Bostr. adv. Man. 11, 12-16.
(7) Deus singularis Zact, Mort. persec. c. 11. v. Ira Dei xx. Div. Inst, 1, 1.11, 1.110, 4 etc. — Deus summus Zact. Mort, persec. 1. xzvir. Div. Inst, 1, 1. 5. 6.11, 1 etc. — Deus princeps Arnob. τ, 32.
(8) Justin. 110. περὶ μοναρχίας (Eus.1v, 18).— Jren. περὶ uovapyias ad Flor. Epl. (fragm. ap. Æus. v, 20.). — περὶ μοναρ-- - χίας θεολογίαι Eus. Dem. Evang. 111, 2.— Tert. Prax. c. 111. — Eus. de Psalm. Asaph. insc. n. x. (in Montfaucon Coll. N. PP. T.x. p. 424.) — Bas. Sp. 5. 6. xvur.
(9) Herm. Pastor. 1. 11. mand. τὶ — Zgnat. Magn. virr. — Athenag. leg. 1v. — Iren. 1, 10. n. 1.— Justin. Coh. xxxvr.
comme une idée innée (1), et la révélation comme le moyen qui doit la développer dans toute sa pureté (2). Les anciens et après eux les théologiens du moyen-âge s'appuient, pour la démontrer, sur la suffisance d’un seul Dieu pour la création et la conservation du monde (3), sur l’unité d'ordre et de gouvernement qui apparaît dans le monde (4), sur le témoignage immédiat de l’âme humaine (5), sur les
(1) Athenag. leg. vi. — Tert. Apol. xvu. Scap. 11.
(2) Athenag. leg. ντῖ, — Cfr. Tert. Marc. 1, 18.
(3) Tert, Marc. 1, 5. — Athenag. adv. Gent. ἢ. 39.— Lact. Div. Inst. 1, 3. — Mar. Vict. de Physic. 6: τττ: 19. — 4mbr. Fid. 1, 1. — Abæl, Theol. christ. |. v. — Hugo (a δ, Vict.) Summ. sentent. tr. 1V. ©: 1V. — Duns Scot. de Rer, princip. qu. 1. Art. 111,
(4) Zren. τι, 27. n. 2. 11, 1. ἢ. 4. — Justin, Coh. ΧΥΙΙ, — Tert, Marc. 1, 3.5. — Orig. Cels. 1, 23. — Minuc. Fel. Oct. xx. — Athan. adv, Gent. n.38.39:— Lact, Div. Inst, x, 3 sq. Ira Dei xx. — Tt. Bostr, adv Man. τι, 37. — Mar, Vici. adv. Manich, dePhys. v. — Greg. Naz. Or. xxix. — Cyr. in Malach. n. xxv.—/oan, Damasce. Orth. fid. τ, ὅ. ---- 4bæl, Intr.in Theol. 1, 2. — Hug. a δ. Vict. Trin. summ. per visib. agnit. ©. xx.
(5) Tert, Test. anim. c. x1. Scap. 1x. Apol. xvxr — Minuc. Fel. Audio vulgus, cum ad cœlum manus tendunt, nihil aliud, quam Deum dicunt; et : Deus magnus est; et: Deus verus est; et : sé Deus dederit. Vulgi iste naturalis sermo est, an christiani confitentis oratio? Octav. xvirr. — Lact, Nam et cum jurant, et cum optant, et cum gratias agunt, non Jovem aut deos multos, sed Deum nominant : adeo ipsa veritas, cogente natura, etiam ab invitis pectoribus erumpit; quod quidem non faciunt in prosperis rebus. Nam tum maxime Deus ex memoria hominum elabitur, eum, beneliciis ejus fruentes, honorem dare divinæ indulgentiæ debent. At vero, si qua necessitas gravis presserit, tunc Deum recordantur, Div. Inst, 1ῖ,.,.1}
UNITÉ DE DIEU. 211 anciennes traditions (1), sur la croyance unanime des paiens les plus intelligents (2).
A ces preuves cosmologiques et anthropologiques, ils joignent les preuves ontologiques tirées dé l'unité de la cause première (3) et de la fin dernière (4); de l’idée de l'être (5); de celles du vrai (6), du bien (7), du beau, de l'infini (8), d’un souverain maître de toutes choses (9); de l'impossibilité d’admettré la
(1) Justin les appelle χαθολιχὴ δόξα. Mon. c. 1.
(2) Justin. Coh. xvin. xix. Monarch. 1, 11 sq. Tryph. vi.— Athenag. leg. v. vi. vin — Min. Fel, Oct: x1ixX, = Cle. str. V3 14. — Lact. Div. Inst. 1, 6. — Cyr. cont, Julian. 1. 1. — Prudent. Apotheos: Ὁ, δον. Sabell, — Cfr. Petav. de Deor, 3. — Pfanner. System. theol. gentil. purior. c.rr. 5. 9. — Voss. Histor. doctr. de uno Deo. De orig. et progress. Idolol. 1,2: — Huet. Quæ:t. Alnet. 11, 2. 5. 13.
(3) Hippolyt. adv. Noet, ἢ. x1. — Joan. Dam. Orth. fid. τ, δ. — Dionys: div. Nom. €. v. ἢ. 13. — Anselm. Mon. 11. 1v. — Düns Scot. de Rer. princip. qu. 1. Art. 111.
(4) Duns Scot. Dist. x. 11. qu. 17. Schol. x. Rerum prince. qu. 1. Art, 111.
(5) Cyr. A. Où γὰρ, ὦ βέλτιστε, φαίης ἂν, τὸ ἀληθῶς ὃν, ἕν εἶναί τι χαὶ οὐ πολλά; τοῦτο δὲ ἐστὶ Θεὸς, ἤτοι Θεοῦ φύσις. B. Φαίην ἄν. Trin. dial. τν. TT. v. p. 544 — Duns Scot. Sent. 1. 1. dist. 11. qu. 11. Schol. x.
(6) Fulgent. ad Donat. c. xiv.
(7) Athen. leg. xxx. — Boeth. Consol. |. τι, Pros. x. x1.
(8) Tert. adv. Marc. 1, 3. 4. Hermog. 1v. — Movat, Triu. €. 1V. — Prudent. adv. Marc. v, 20-24. — Abæl. Theol. christ. 1. v.— Duns Scot? Sent, 1. dist. τὰς qu. τὰ. Schol, x. De rer. princip. qu, 1, Art, 111,
(9) Lact. Ira Dei ec. x1. — Prudent. Hamartigenia adv. Marc. v, 22 sq. — Thom. adv, gent. 1, 42. Summ. P. 1. qu. x1, Art, IT,
coexistence dans le monde de plusieurs infinis (1) de plusieurs tout-puissants (2), de plusieurs êtres par soi (3); de l’impossibilité radicale de concevoir soit une différence dans la nature divine (4), et par suite la pluralité des dieux, soit une ressemblance, et par conséquent une égalité de nature divine entre plusieurs dieux (5); de l'impossibilité, si l’on admet plusieurs dieux, de concevoir aucun rapport soit entre eux, soit d'eux aux créatures, soit des créatures à eux (6); les Pères en appellent enfin aux paroles de
(1) Athenag. leg. vin. — Iren. τες 1. n. 2. 5. — Tert. Marc. 1,11.— Athenag. adv. gent. ἢ. 6. — Cyr. Trin. c. 1v. — Joan. Dam, Orth. fid, 1, 5.— Rich. a S. Victor. Trin. P. τ. Le © va
(2) Cyp. Neque enim illa sublimitas potest habere consortem, cum sola omnem teneat potestatem. Idol. vanit. — ZLact. Ira Dei x1. — Rich. a 8. Victor. Trin. 1, 14.
(3) Justin. Τὸ γὰρ ἀγέννητον τῷ ἀγεννήτῳ ὅμοιόν ἐστι καὶ ἴσον χαὶ ταὐτὸν, χαὶ οὐδὲ δυνάμει, οὔτε τιμῇ προχριθείη ἂν θατέρου τὸ ἕτερον - ὅθεν οὐδὲ πολλά ἐστι τὰ ἀγέννητα. ΕΪ γὰρ διαφορά τις ἣν ἐν αὐτοῖς, oÙx ἂν εὕροις ἀναζητῶν τὸ αἴτιον τῆς διαφορᾶς, ἀλλ᾽ ἐπ’ ἄπειρον ἀεὶ τὴν διάνοιαν πέμπων, ἐπὶ ÉVOS ποτε στήσῃ ἀγεννήτου καμὼν, καὶ τοῦτο φήσεις ἁπάντων αἴτιον. Tryph. v.
(4) Justin. Tryph. νι. — Cyr. Trin. 1v. — Joan. Dam. Orth. fid. 1, 5.
(5) Athenag. Τὰ μὲν γὰρ γενητὰ, ὅμοια τοῖς παραδείγμασιν" τὰ δὲ ἀγέννητα, ἀνόμοια, οὔτε ἀπὸ τινὸς, οὔτε πρὸς τινὰ γενόμενα. Leg. vin.
(6) Zren. Unusquisque deus suis contentus erit, et non curiose aget de alienis; siquo minus, injustus erit, el avarus, et cessans esse, quod deus est, Et unaquæque conditio (création) suum fabricatorem glorificabit , et ipso suficiens erit, et alterum non cognoscet : si quo minus, apostata justissime ab omnibus judicata, dignissimam concipiet pœnam. 11, 1.
UNITÉ DE DIEU. 213 Dieu sur lui-même (1). Marius Victorinus fait observer que l'unité appartient exclusivement à Dieu (2). Saint Basile et d’autres Pères en concluent que le Fils et le Saint-Esprit, possédant essentiellement l'unité, ont véritablement la nature divine.
17. Le dogme chrétien de la 20narchie trouva des adversaires dans Marcion (3), dans Bardesanes (4), et dans les Manichéens (5), dont le dualisme reparaît au moyen âge chez les Pauliciens (6), héritiers de leurs erreurs. On leur répondait que leurs deux principes devaient exister lun dans l’autre ou l’un près de l’autre, deux hypothèses également impossibles (7) ;
n, 5, — On ne saurait pousser plus loin la subtilité de la spéculation sur ce point, que ne l’a fait Duns Scot, Sent. 1. dist. 11. qu. 111. Schol, 1. 11.
(1) Athenag. leg. vrr. ΙΧ, — Tert. Marc. 11, 26.
(2) Solus autem Deus unus est : ergo quidquid extra Deum est, multa sunt, In Gal, τι, 20.
(3) Rhodon ap. Eus. Hist. σοὶ, v, 13. — Zren. 1, 29. 11,1. n, 4.11, 13. — Tert. Marc. 1,2 sq. — (Pseudo-) Orig. De recta in Deum fide. Sect. τι. — Æznich, Conf. Hær. 1. 1v. adv. Marcion. — Selon d’autres témoignages, les Marcionites admettaient trois principes. then. ©. Arian., Or, ur, mn. 15. Deer. fid. Nic. n. 26. — Epiph. Hær. xzur. n. 2. 6.
(4) Æus. Hist. Ecel. 1v, 30. — Theod. Hist. Eccl, 1, 22. — Epiph. Hær. χχχν. Lv.
(5) Felix Disput. c. Aug. 1, 17.18. — Alex. Lycopol. (300) Manich. placita, — Athan. c. Arian. Or. 11. n. 15. — Aug. Faust. xx, 1. xx7, 1. Hær. xLvI. et souvent ailleurs. — Theod, Hist. Eccl. 1, 26. — Epiph. Hær. Lxvi.
(6) Phot, Περὶ τῆς Μανιχαίων ἀναδλαστήσεως. (Gall. xrir.) Petr. (Sicul.) Hist, Manichæor. (Bibl. PP. Lugd. T, xvr.) — Joan. (Ozniens.) Orat. cont. Paulic. ed. Venet. 1833.
(7) Τὰ. Bostr. adv. Manich. 1, 5-7.
que, s'ils étaient tenus séparés et contenus dans leurs limites respectives par un troisième principe, ce troisième principe leur était supérieur , et qu’ainsi ils n'étaient plus premiers principes, ce qui allait contre l'hypothèse (1); que la supposition de deux principes éternels et tout-puissants constitués en état perpétuel d’antagonisme était une absurdité sans égale (2); que l’idée de deux principes dont l’un était mauvais (3), constituait une contradiction (4); que si l’on croyait devoir reconnaître deux principes supérieurs, on pouvait tout aussi bien en admettre un nombre indéfini (δ). Didyme soutient (ado. Manichcæos) que le mauvais Principe pouvant être soumis à ua châtiment, il est par cela même corruptible; d’où il suit qu'il n’est plus éternel; que le bon principe pouvant détruire le mauvais principe, celui-ci par cela même est destructible ; d’où il suit qu’il n’est pas éternel; car si le bien est éternel, le mal qui est
(1) Zren. adv. Hær. 11, 1. n. 4.
(2) Mar. Victor. Potesne majus et minus de æternis ingenitis arbitrari? Si tenebras antiferes, ipsis dabis omne principium, et earum erit esse majores. Si lumen fateris antiquius , ab eo omnia confiteris. Si utrumque æque coævum perspicis, aut vinci neutro erit, aut manebit alteri, quod unus exceperit. Et ubi hic erit omnipotens, vel æternus? Numquid in altero ipsorum, qui victor erit, et in pari existentia fiet causa dissimilis, et ingenitorum bellum reget eventus aut suscipiet casus? Absit animæ sensui advertere hunc errorem, atque tam amentem intelligentiam confiteri abjiciat spes humana. Cont. Manich. n. 12. (Sirmond, Opp. 1, 249.)
(3) Tert. Marc, 1, 3.
(4) Zren. 1u, 28, n. 3, — Tert. Marc. 1, 2.
(5) Tert. Marc, τ, 4. b.
L Dos rc
UNITÉ DE DIEU. 215 son contraire ne saurait par cela même être éternel comme lui; que si le mal peut s'expliquer par la liberté de la créature et l’abus qu'elle en fait, il s’ensuit qu'il n'est pas tel en lui-même et par la force de sa nature; qu'il n’est par conséquent ni éternel ni positif. Zacharie de Mytilène (disput. adv. Harich.) conclut dans le même sens, que si le bien est un principe, le mal, qui est son contraire, par cela même, n'en est pas un; que si le bien est éternel, le mal, qui est son contraire, ne saurait être éternel comme lui.
18. Si les Pères de l'Église combattent le polythéisme, ils repoussent aussi, cela se conçoit assez, le panthéisme, auquel incline la philosophie païenne, parvenue au plus haut degré de son développement, chez les Stoïciens et les Platoniciens. Rien n'exclut plus formellement le panthéisme et ne va plus direcment à le détruire, que la doctrine d’un Dieu personnel, qui a librement créé le monde de rien, doctrine que les plus anciens apologistes et docteurs du christianisme professent et soutiennent avec une fermeté inébranlable. L'auteur des Questions aux Grecs, attribuées à saint Justin, remarque, pour exclure toute apparence d’idée panthéiste, que Dieu opère non par son être, mais par sa volonté (111) ; Tatien dit de même que Dieu n’est pas l’esprit de la matière, qu'il n’est pas l'âme du monde (Græc. 1v) ; et si l’on rencontre çà et là, dans Origène, par exemple, et dans quelques autres Pères, des expressions qui semblent rappeler le panthéisme de l'antiquité, comme l’âme du monde etc. (1), c’est une
(1) Orig. Magnum animal mundus., Prince, 11, 1. 3. — Hi, Deus anima mundi. In Ps, ΟΧΙΧ,
similitude du langage qui n'implique nullement l'identité de la doctrine.
Mais on trouve des éléments de panthéisme dans le livre apocryphe intitulé Æ£vangelium Evæ (1), comme aussi dans le Manichéisme (2). Nous avons remarqué précédemment que le langage du faux Denys est fortement empreint de panthéisme. Quant à Scot Erigène, qui fait beaucoup d'emprunts à Denys, à Maxime et à saint Grégoire de Nysse, le fond même de ses spéculations pourrait difficilement échapper au reproche de panthéisme ; on en peut dire autant de Bérenger. On peut citer comme explicitement panthéistes Amalric ou Amaury de Bena, professeur à Paris(3),et maître David de Dinant (4), qui enseignent que tout est un, que tout est Dieu , que Dieu est la matière première de tout ce qui est. Dans les temps plus rapprochés de nous, le panthéisme est professé par Jordano Bruno (5) et par Spinoza. Hegel ἃ combattu le panthéisme de Spinoza, mais pour en mettre à sa place un autre plus subtil et plus hardi.
(1) ᾿Εγὼ σὺ, καὶ σὺ ἐγώ: καὶ ὅπου ἂν ἧς, καὶ ἐγὼ ἐχεῖ εἶμι, χαὶ ἐν ἅπασίν εἶμι ἐσπαρυένος. Ap. Epiph. χχνι. n. 8. T. 1. p. 84. ed. Petav.
(2) Ils n’admettent qu'une seule substance. — Aug. Faust. xx,1r. Act. cum Felic. Manich. 1, 18. — Dieu est engendré en tout, il naît en tout, il vit en tout, il souffre et jouit dans tout ce qui sent. — Aug. Faust. xx11, 79. Nat. Bon. c. xzrv.
(3) Omnia unum, quia quidquid est, est Deus. — Voy. Conc. Paris. 1210. (In Marten. et Durand. Thes. Noy. anecd. T. 1v. p. 163.)
(4) Cæs. Heisterb. Mirab. v, 22. — Thom. Sent. τι, dist. XVII. QU. 1. Art. 1.
(5) Voy. ses œuvres; édit. de Wagner,