CHAPITRE II
δ 1°, — La Trinité en général.
SOMMAIRE
1. Notion de la Trinité. — 2. Foi de l'Église au dogme de la Trinité; Témoignages des Pères. — 3. Importance du dogme de la Trinité. — 4. Preuves du dogme de la Trinité alléguées par les Pères. — 5. Explications de la Trinité proposées par les Pères. — 6. Unité dans la Trinité. — 7. Rapport des personnes entre elles dans la Trinité. — 8. Rapport des personnes divines avec le monde, — 9. Adversaires de la Trinité; Modalisme, — 10. Subordinatianisme et Trithéisme. — 11. Doctrine et explication de la Trinité au moyen-àge. — 12. Adversaires de la Trinité au moyen-âge et dans les temps modernes.
4. Le mot 77rinité (Τριάς) (1) se rencontre pour la première fois dans saint Théophile d’Antioche ; puis il est fréquemment employé par les Alexandrins, et il finit par dominer dans l'Église grecque après le concile d'Alexandrie (317), comme le mot
(1) Theophil. Autolye. 11, 15. — (Pseudo-) Justin. 1, περὶ Τριάδος. — Clem. Strom. ναι, 7. — Orig. Exod. Hom. 1x. n. 3. In Ps. xziv, 16. Prince. 1v, 20. In Matth. T. xv. n. 31. — Trinitas Tert. Prax. ur. xur. Pudic. xxr. — Cyp. Epl. ad Jubaj. LXXI1. — Ailleurs on trouve aussi les expressions οἰχονομία (Hippolrt. adv. Noet. var. x1v.— Tert. Prax. τι, 11. Vin), dispensatio, dispositio (Tert. Prax. 1v). — D’après Valois (sur Eus. Hist, Eccl. 1, 2), on aurait dit du Père μοναρχία, du Fils et du Saint-Esprit οἰχονομία.
Trinitas daus l'Église latine, depuis que Tertullien la mis en usage.
Le mot οὐσία, employé tantôt pour ὑπόστασις, tantôt comme synonyme d’essentia (1), finit par ne plus avoir que ce dernier sens dans le langage de l'Église. De même, le mot ὑπόστασις, qui ἃ d’abord la signification tantôt d’essence (2), tantôt de substance (3), tantôt de personne (4), finit (5) par ne
(1) (Pseudo-) Justin. Eïs ἐστιν ὃ Θεὸς τῇ συνυπάρξει τῶν τριῶν θείων ὑποστάσεων, τῶν διαφερουσῶν ἀλλήλων οὐ τῇ οὐσίᾳ, ἀλλὰ τοῖς τῆς ὑπάρξεως τρόποις. Ἣ διαφορὰ δὲ τῶν τῆς ὑπάρξεως τρόπων, οὐ διαιρεῖ τὸ ἕν τῇ οὐσίᾳ... ᾿Επὶ τοῦ Θεοῦ, τῇ ταυτότητι τῆς τῶν προςώπων οὐσίας, εἷς Θεὸς πεπίστευται, ὅ τε Πατὴρ, καὶ ὃ Υἱὸς, χαὶ τὸ Ἅγιον Πνεῦμα. Οὐδὲν γὰρ συντελεῖ πρὸς τὸν τῆς oùσίας λόγον ὃ τρόπος τῆς ὑπάρξεως. Resp. ad Orthod. quæst. 130. — Athan. (?) Ἢ οὐσία τὴν χοινότητα σημαίνει" χαὶ εἴ τί ἐστιν ἴδιον τῆς οὐσίας. τοῦτο χοινόν ἐστι τῶν ὑποστάσεων τῶν ὑπὸ τὴν οὐσίαν. De Trin. dial. 1. 13.— A{mmon. in Joan. x, 30.
(2) C. Sardic. Ῥαύτην ἔχομεν τὴν χαθολιχὴν καὶ ἀποστολιχὴν παράδοσιν, χαὶ πίστιν, καὶ ὁμολογίαν, μίαν εἶναι ὑπόστασιν, ἣν αὐτοὶ οἵ αἱρετιχοὶ οὐσίαν προςαγορεύουσι, τοῦ Πατρὸς, χαὶ τοῦ Υἱοῦ, χαὶ τοῦ Αγίου Πνεύματος. Epl. Synod. ap. Theod. Hist. Eccl. 11, 8. (Cfr. substantia pour essentia, dans les Pères latins; par exemple dans Tertuli, Prax. x11). — A Antioche, les Mélétiens prenaient ὑπόστασις dans le sens de personne; les partisans de Paul, au contraire, dans le sens d’essence, — S. Jérôme dit dans une de ses Lettres : Tota sæcularium literarum schola nihil aliud Aypostasin, nisi usiam novit. Et quisquam, rogo, ore sacrilego tres substantias prædicabit?... Taceantur tres hypostases, si placet, et una teneatur. Epl. x1v (alias xv), n. 4. ad Damas.
(3) Tatian. Græc. νι.
(4) Voy. Orig. (cfr. Proct, in Tim.). — Ammon. in Joan. Xi. 20, |
(5) Conc. Alex, (362) Epist. Synod. — Conc. Constant.
LA TRINITÉ. 219 plus en avoir d'autre que celle de personne; lon emploie aussi dans le même sens le mot πρόςωπον (1), qui correspond au mot latin persona (2). Les Latins ne voulaient pas employer l'expression res hypostases pour désigner les trois personnes divines, par crainte de lPArianisme; les Grecs, de leur côté, n’osaient parler d’une seule hypostase du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, par crainte du Sabellianisme, jusqu'à ce qu'une explication ayant eu lieu au concile d'Alexandrie en 362, l'expression, trois hypostases (hypostase dans le sens de personne) fut adoptée par opposition au Sabellianisme (3); mais les Ariens rejetèrent obstinément lexpression Æypostase du
Père, du Fils, et du Saint-Esprit (4).
Ταύτην γὰρ (πίστιν) χαὶ ὑμῖν καὶ Auiv... συναρέσχειν δεῖ... διδάσχουσαν ἡμᾶς πιστεύειν εἰς τὸ ὄνομα τοῦ Πατρὸς, καὶ τοῦ Υἱοῦ, χαὶ τοῦ Ἁγίου Πνεύματος: δηλαδὴ θεότητός τε χαὶ δυνάμεως χαὶ οὐσίας μιᾶς τοῦ Πατρὸς, χαὶ τοῦ Υἱοῦ, χαὶ τοῦ Ἁγίου Πνεύματος πιστευομένης, ὁμοτίμου τε τῆς ἀξίας χαὶ συναϊδίου τῆς βασιλείας, ἐν τρισὶ τελείαις ὑποστάσεσιν, ἤγουν τρισὶ τελείοις προςώποις. Epist. Synod. ap. ΤὝεοά. Hist. Eccl. v, 9. — Greg. Naz. Orat, xzv, de Fid. Orthod. Τὶ τ. Append, — Basil. Epist. ccxxxvr,
(1) Tert. Prax. 111. xvur. — Greg. Naz. remarque (Or. xxr. in Laud. Athan.) que les Latins, à cause de l'indigence de leur langue, n’emploient que l’expression πρόςφωπον (persona), et qu'ils ne veulent point employer ὑπόστασις dans le même sens.
(2) Hippolyt. adv. Noet. c, vir. Χιν. — Greg. Naz. Or. xiur. ΧΧΧΙΧ, — Gelas. H, C. Nic. 11, 12. — Cfr. contre l'expression τρία πρόςωπα Bas, Epl. cexxxvi.— Eus. c. Marcell.
(3) €. Alex. Epl. Syn. ad Antioch. — Soc. Hist. Ecel. 11, 7. — 803. V, 12.
(4) €. CP. (sous Acacius, en 360).— Soc, Hist, Eccl. 11,
On trouve encore les trois personnesdivines désignées par les mots : φύσεις (1), τάξεις (saint Justin), gradus, formæ, species (Tert. Prax. 1, vin), potentiæ (2), οἰκονομίαι (3). C'est dans Boèce que nous trouvons la première définition rigoureuse de l’idée de personne; il définit la personne : zaturæ ralionalis individua substantia (de duab. natur.). Saint Thomas (P. 1, qu. 20. art. 1), et les théologiens du moyen-âge adoptent cette définition. Mais Richard de Saint-Victor voulait qu'on définit la personne divine, divinæ naturæ incommunicabilis existentia (Trin. τν, 22, cfr. 18), et qu’on entendit par personne, en général, ce qui exéslt per se solum juxta singularem quemdam rationalis existentiæ modum (Trin. 1v. ch.). C’est aussi dans l’incommunicabilité que Duns Scot place l’essence de la personnalité (Sent, 1, dist. 23. qu. 1); mais il exige, pour la personnalité, l’incommunicabilité à ce double point de vue, qu'il n’y ait ni participation d’une existence particulière à une existence qui serait générale, ni adjonction d’une chose qui soit forme à une autre qui soit matière : d’où 1] suit que l’âme humaine, qui est communicable dans le dernier sens, comme étant le principe qui ἐμ ον le corps, n’est point une personne proprement dite; non plus que l'essence divine, à cause de la double communieabilité en vertu de laquelle, en tant qu’elle est géné-
(1) Alex. (Alex.) ap. Soc. 1, 6.— On trouve aussi l’expression φύσεις δύο appliquée au Père et au Fils dans Pier. ap. Phot. Cod. exix. qui la désapprouve.
(2) Mar. Victor. Gal. 1v, 6. adv. Ari. ut, 17. — Nicet. (Aquil.) Tr. de Sp. 8.
(3) Hippolyt, adv. Noet. c. xrv.
LA TRINITÉ. 221 rale, elle se particularise dans les trois personnes et informe en Jésus-Christ la nature humaine.
L'opération qui constitue dans l'être divin la triplicité des personnes est désignée par les termes χατευρύνεσθαι (1), πλατύνεσθαι (2), derivatio (3), mouvement de l’unité pour passer à la dualité et se terminer à la Trinité (4). Quant à la permanence dans l'unité, on l’exprimait par les mots χορυφεῖσϑαι (6), συνάγεσθαι (6). C'est en ce sens que les Pères présentent souvent l’idée de la Trinité comme un développement, une expansion ( πλατύνειν ) de l'unité,
comme une concentration ( συγχεφαλαιοῦν, συλλέγειν ) des trois personnes (7). La Trinité, dans son rapport
(1) Cyr. adv. Julian. 1. 7.
(2) Cyr, in Joan. χιν, 14.
(3). Tert. Prax. 1x1.
(4) Greg. Naz. Or. xxur.
(5) Dion. Rom. “Ηνῶσθαι γὰρ ἀνάγχη τῷ Θεῷ τῶν ὅλων τὸν θεῖον Λόγον: ἐμφιλοχωρεῖν δὲ τῷ Θεῷ καὶ ἐνδιαιτᾶσθαι δεῖ τὸ Ἅγιον Πνεῦμα. Ἤδη χαὶ τὴν θείαν Τριάδα εἰς ἕνα, ὥςπερ εἰς χορυφήν τινα (τὸν Θεὸν τῶν ὅλων τὸν παντοχράτορα λέγω) συγχεφα-λαιοῦσθαί τε χαὶ συνάγεσθαι πᾶσα ἀνάγχη. Adv. Sabell. ap. 44. Decret. Nic. Syn. ἢ. 26 (in Routh. Reliq. sacr. 11).
(6) Hippolrt. Oixovoutx συμφωνίας συνάγεται εἰς ἕνα Θεόν. εἷς γὰρ ἐστὶ ὁ Θεός. Adv. Noct. χιν. ap. Galland. T. 11. p. 461. — Dion. Rom. Epl. adv. Sabell.
(7) Dion. Alex. Eï τε τὴν Totdda τὴν μονάδα πλατύνομεν ἀδιαίρετον" χαὶ τὴν 'Γριάδα πάλιν ἀμείωτον εἰς τὴν μονάδα συγκεφαλαιούμεθα. Ap. Ath. de Sent. Dion. Alex. n. xvir, — Cyr. Alex. Οἴχεται δὴ οὖν χατόπιν ἡμῖν τῶν εὐαγγελικῶν χηρυγμάτων ἣ διὰ νόμου παίδευσις, εἷς μὲν ὅτι δὴ μόνον ἐστὶ Θεὸς, τοῖς ἀρχαιοτέροις διαχηρύττουσα, ἀνευρύνουσα δὲ οὐδαμῶς τὴν τῆς θεότητος φύσιν εἰς τὸ τριπλοῦν χαθ᾽ ὑπόστασιν, καὶ αὖ συλλέγουσα πρὸς
avec l’unité, est conçue tantôt comme l’ayant pour principe (1), tantôt comme l’ayant pour terme (2), ou, ce qui est plus exact, comme étant au sein même de l'unité (3). Il ÿ à une justesse remarquable dans les expressions de Tertullien : Trénitas untius divinitalis (Prax. xx1), Trénitas unitas (Prax. 1). La formule, trina deilas, que l’on rencontre plus tard dans les hymnes de l’Église, déplaît à Hincar, parce qu'elle sent le Trithéisme (4).
2. La foi de l'Église au dogme de la Trinité est exprimée avec la plus grande simplicité dans les cérémonies du culte, et surtout dans la forme du baptème; c'est là le témoignage que les Pères invoquent le plus souvent et le plus solennellement contre les Antitrinitaires. On en trouve un autre tout pareil dans l’ancienne conclusion doxologique de la prière publique : « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit (5) » ; ou bien : « Gloire au Père par le Fils dans
ἑνότητα φυσικήν. Trin. Dial. 11. T. v. p. 476. — Cfr. Zerr. Quasi non et unitas irrationabiliter collecta, hæresin faciat; et Trinitas rationabiliter expensa, veritatem constituat, Prax. III, (1) Tert, Prax. 11. — Greg. Naz, Or. xxn. — Cfr: Lucian. dans le dialogue intitulé: Philopatris : Εν ἐκ τριῶν, καὶ ἐξ ἑνὸς τρεῖς.
(2) Hippol. Noct. x1v.— Dion. Rom. ap. Ath. Decret. Nic. Syn, ἢ. 26, — Epiph. Fid. cath, ἢ. 14.
(3) {ren, 1v, 20. — On trouve aussi l'expression μονὰς ἐν 'ριάδι, dans δ, Alexandre d'Alex.
(4) Hincmar. Tract. de non trina deitate adv. Gotteschalcum, |
(5) Justin. Apol. r. n. 65. 67.— Can. apl. xxx1V, — Const. apl. viut, 5-12.
die cage ον
LA TRINITÉ. 223 le Saint-Esprit ; » et dans cette doxologie adressée à Jésus-Christ : « À qui soit honneur et gloire, avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles (1). » On en trouve d'autres encore daris la division par le nombre trois du temps assigné autrefois à la prièré (2), et dans l'invocation explicite de l& Prinité-en Dieu (3). Le symbole de la foi adopté dans l'Église des premiers temps contient aussi sous des formes diverses l'énoncé pur et simple de la croyance au Père, au Fils, et au Saint-Esprit (4). Les termes employés par les Pères apostoliques sont äussi de la plus grande simplicité, et rappellent tout à fait le langage de l’Écriture. Ainsi le pape Saint Clément dit aux Coritthiens : « N’avons-nous pas un Dieu, un Christ, et un Esprit de grâce qui à été répandu sur nous (1 Cor. xLvi.)? » Et ailleurs : « Dieu vit, et le Seigneur Jésus-Christ, et le Saint- Esprit (Ap. Basil. de Spir. sanct. xxix, n. 72).» Saint
(1) Smyrn. Eccl. Epl. deS. Polyce. ἢ. 14. 22. 24. — Martyr. 5. Igo. n.7.— Act. S. Felic. n, 5. — Pass. S. Symphor. n. 8. etc, — Cfr. Tert. Spect. xv.
(2) Clem. Stx. vux, 7. — ὦ». de Orat.
(3) Clem. Stx. var, 7. — Orig. Princ. Prol, n.4. Joan, T. vi. ἢ. 17. — Greg. Thaum. Fid. (Mai. vnr.) — Ephrem. Paræn. ad Pœnit. xuir. — Greg. Nyss. Sp. 5. (Mai. vu. 11.) etc. — Cfr. le bel Ὕμνος ἑσπερινός (11. 111. Sæc.) : Φῶς ἱλαρὸν ἁγίας δόξης ἀθάνατου Πατρὸς, οὐρανίου, ἁγίου, μάχαρος, Ἰησοῦ Χριστέ" ἐλθόντες ἐπὶ τοῦ ἡλίου δύσιν, ἰδόντες φῶς ἑσπερινὸν, ὑμνοῦμεν Πατέρα , χαὶ ΥἹὸν, χαὶ Ἅγιον Πνεῦμα Θεοῦ. Ἄξιος εἶ ἐν πᾶσι καιροῖς δμνεῖσθαι φωναῖς ὁσίαις, ΥἹὲ Θεοῦ, ζωὴν ὃ δίδους - διὸ ὃ χόσμος σε δοξάζει. in Routh. Rel. sacr. T. 111. p. 299.
(4) Zren. x, 10. ἢ. 1. — Cfr. Zert. vel. virg. c. 1. Præscr. au. — Orig. Prine. Prolog.
Ignace s'exprime en ces termes : « Efforcez-vous de vous tenir fermes dans la doctrine du Seigneur et des apôtres, afin que tout ce que vous faites soit utile à votre salut, par votre union avec le Fils, le Père, et le saint Esprit. Soyez soumis à l’évêque, et les uns aux autres, comme Jésus-Christ l'était selon la chair à son père, et comme les apôtres l'ont été à Jésus-Christ, au Père, et au Saint-Esprit (Magn. n, xun). Les fidèles ne doivent point écouter ceux qui enseignent une mauvaise doctrine, «eux qui sont les pierres du temple de Dieu le Père, élevées au moyen de la croix de Jésus-Christ, à l’aide du câble qui est l'Esprit saint luimême (Eph. n. 1x).
Cependant on aperçoit déjà dans les Apologistes un effort tendant à développer avec plus de rigueur scientifique l’idée de la Trinité et celle du rapport qu’elle implique entre la triplicité et l'unité; d’où il résulte, à cause de l’imperfection du langage humain en général, et en particulier à cause de l’imperfection du langage théologique de cette époque, que leur exposition parait entachée tantôt d’un semblant de Trithéisme, tantôt d’une apparence de Subordinatianisme; c’est qu'il est très-difficile en effet d'exprimer l’idée de la Trinité, sans paraître détruire l'unité, et de proclamer lunité sans paraître sacrifier la ‘Trinité.
Saint Justin, pour justifier les chrétiens de limputation d’irréligion et d’athéisme qu’on faisait peser sur eux, dit qu'ils n’adorent point les dieux; mais, ajoutet-il: « Nous honorons et nous adorons le Père, et, «avec lui, le Fils qu’il nous ἃ envoyé et qui nous ἃ « enseigné cette doctrine, ainsi que la milice des bons
LA TRINITÉ. 225 « anges, ses fidèles serviteurs et sa parfaite image (1), «et, avec le Père et le Fils, PEsprit, qui a inspiré les « prophètes ; et le culte que nous leur rendons a pour « fondement la raison et la vérité. » (Apol.1, n. 6.) S'il est fait mention dans ce passage tout à la fois des anges et du Fils de Dieu, c’est uniquement dans l'intention de représenter le Fils de Dieu comme le roi et en quelque sorte le type primitif des esprits célestes, et non pour leur attribuer une divinité égale à celle du Fils, ou supérieure à celle de PEsprit; et si l'apologiste parle d’un culte rendu à la Trinité et aux anges, il veut dire que les chrétiens ont un culte unique, mais qui s'adresse à différents objets, et non. pas établir un culte égal pour Dieu et pour les anges, puisque nulle part il ne présente les anges comme consubstantiels au Fils, et que nulle part non plus il ne les met au même rang avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. L'idée qu'il se fait de la Trinité ressort clairement de ces expressions, dans lesquelles les anges ne sont point compris : « Nous hono- « rons Jésus-Christ, que nous avons appris à connaître « comme le Fils du Dieu véritable, et nous le met- « tons à la seconde place; et nous honorons après « lui, en troisième lieu (2), l'Esprit, qui a inspiré les
(1) Au lieu de στρατὸν, Münscher propose de lire στρατηγὸν, parce que S. Justin dit ailleurs que le Fils est ᾿᾿ ἀρχιστράτηγος qui apparut à Josué : ποτὲ δὲ ἀρχιστράτηγον ἑαυτὸν λέγει (le Verbe, fils de Dieu), ἐν ἀνθρώπου μορφῇ φανέντα τῷ τοῦ Ναυὴ Ἰησοῦ (Tryph. 61).
« prophètes; or, nous allons montrer combien ce culte «est raisonnable (n. 13).»
C’est aussi par le fait du culte rendu à la Trinité, qu'Athénagore répond au reproche d’athéisme que les paiens adressaient aux chrétiens; et il conclut son raisonnement par ces paroles : « Qui ne s’éton- « nerait d'entendre appeler athées des hommes qui « disent qu'il y a un Dieu Père, un Dieu Fils, et un « Saint-Esprit, unis en puissance et distingués en «ordre (Leg. x) (1)? » Il dit plus loin que loccupation principale des chrétiens, c’est « de connaître «le Père et le Verbe qui vient de lui; de comprendre « quelle est Punion du Fils avec le Père, et la commu- « nication du Père avec le Fils; et ce que c’est que « l'Esprit ; et quelle est l’union des trois : l'Esprit, le « Fils et le Père, et leur distinction dans leur unité « (Leg. χη) (2). »
Saint Théophile d’Antioche, chez lequel on rencontre pour la première fois le mot Τριάς (Trinité), s'exprime de la manière suivante : « Dieu, qui avait «son Verbe dans son sein ( ἐνδιάθετον ἐν τοῖς ἰδίοις « σπλάγχνοις ), l'a engendré avec sa Sagesse (l'Esprit
« Saint), le produisant ( ἐξερευξάμιενος ) avant toute
pr Christ. x.
(2) Ὃν ἴσως Θεὸν καὶ τὸν παρ᾽ αὐτοῦ Λόγον εἰδέναι, τίς ἣ τοῦ Παιδὸς πρὸς Πατέρα ἑνότης, τίς À τοῦ Πατρὸς πρὸς τὸν Υἱὸν χοινω- - . \ via, τί τὸ Πνεῦμα, τίς ἣ τῶν τοσούτων ἕνωσις, χαὶ διαίρεσις ἕνου-- , es LA -Ὁ S\ ΓΝ , - CI .
μένων, τοῦ Πνεύματος, τοῦ ΠΠαιδὸς, τοῦ Πατρός... Leg, pro Christ.
LA TRINITÉ. 227 «chose (1).» D’après lui, les trois jours qui précèdent, dans le récit de la Genèse, l'apparition des corps lumineux, le soleil, la lune, etc., sont l’image de la Trinité, c’est-à-dire de Dieu, de son Verbe, et de sa Sagesse (Autolyc. n, 15).
Tertullien a longuement exposé, dans son livre contre Praxéas, la doctrine de la Trinité; 1] y établit
avec la plus exacte précision, d’un côté, la triphicité des personnes, et, d'autre part, l’unité de la substance; il y rejette avec la même force et la même décision le Hodalisme et le Subordinatianisme (2). Si, lorsqu'il est question du Fils et de l'Esprit, il parle de seconde et de troisième place, /ocus (Prax. im}, ou de second et de troisième degré, gradus (Prax. IW), il ne veut exprimer par là que la distinction des personnes, sans aucune idée de subordination,
(ἡ ἜἜχων οὖν 6 Θεὸς τὸν ἑαυτοῦ Λόγον ἐνδιάθετον ἐν τοῖς ἰδίοις σπλάγχνοις, ἐγέννησεν αὐτὸν μετὰ τῆς ἑαυτοῦ Σοφίας ἐξερευξάμενος πρὸ τῶν ὅλων. Ad Autolyc. 11, 10.
(2) Unitas ex semetipsa derivans Trinitatem. Prax. 111, Trinitas unius divinitatis Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus. xx1. Unicum Deum non alias putat credendum (Praxeas), quam si ipsum eumdemque et Patrem, et Filium, et Spiritum Sarnctum dicat : quasi non sic quoque unus sit omnia, dum ex uno omnia, per substantiæ scilicet unitatem; et nihilominus custodiatur œconomiæ sacramentum, quæ unitatem in trinitatem disponit, trés dirigens, Patrem, et Filium, et Spiritum Sanctum. Tres autem nou statu, sed gradu; nec substantia, sed forma; nec potestate, sed specie : unius autem substantiæ, et unius status, et unius potestatis; quia unus Deus, ex quo et gradus isti et formæ et species, in nomine Patris, et Filüi, et Spiritus Sancti deputantur. Prax. 11. Scripturæ... unamquamque personam in sua proprietate constituunt. ibid. xr.
228 SECONDE PARTIE. — CHAPITRE If.
puisqu'il déclare expressément ailleurs qu'il ne saurait y avoir de degré supérieur et inférieur dans la nature divine (1), et que la substance du Père est identique avec celle du Fils et de l'Esprit (2).
Les Alexandrins n’ont pas saisi avec autant de précision l’idée de la Trinité. Clément, par exemple, n’a pas pénétré fort avant dans cette doctrine, et il n’a dit de la Trinité que tout juste ce qu'il faut pour ne point omettre d’en parler. Ainsi, il nomme, mais seulement en passant, la sainte Triade (Str. v, 14), la bienheureuse Triade (Str. vis, 7); il lui donne, d’ailleurs, les attributs de la Divinité; il dit, par exemple : «Il n’y a qu’un Père de toutes choses, qu’un Verbe à « qui appartiennent toutes choses, qu'un Esprit Saint «qui est présent partout (Pæd. τ. 6. p. 255, édit. de « Wurtzb.).» Plus loin, il réunit les trois personnes, le Père, le Fils, et l'Esprit Saint, comme devant être de la part des chrétiens l’objet d’une même louange et d'une même action de grâces (20. πὶ, 12, p. 643).
Origène, au contraire, parle souvent et en bien des manières du mystère de la Trinité. Non-seulement il l’énonce dans les termes simples et élémentaires de la foi (Exhort. Mart. n. 39); mais il
(1) Neque enim proximi erimus opinionibus nationum , quæ si quando coguntur Deum confiteri, tamen et alios infra illum volunt. Divinitas autem gradum non habet, utpote unica. Hermog. vir.
(2) Filium non aliunde deduco, sed de substantia Patris… Hoc mibhi et in tertium gradum dictum sit, quia Spiritum non aliunde puto, quam a Patre per Filium. Prax.1v. Le Fils et l'Esprit sont dits consortes substantiæ Patris, tandis que les anges sont déclarés a substantia alieni, Prax. τι.
LA TRINITÉ. 229 descend à des expositions plus profondes et plus savantes. 11] mentionne indirectement la réelle existence, la personnalité distincte et la consubstantialité du Père, du Fils, et de l'Esprit (1), puisqu'il les désigne par les noms de Trinité souverame (2), de Trinité sainte et adorable (3); les déclarant placés au-dessus et en dehors du temps et de l’espace (Prince. 1v, 28), et inaccessibles à notre intelligence, qui ne saurait absolument les comprendre (bid.). Si nous nous en rapportons au traducteur latin de plusieurs de ses ouvrages, dont nous ne possédons plus le texte original, nous aurons même, en faveur de la consubstantialité des personnes divines, plusieurs témoignages tout à fait directs; ceux-ci, par exemple: « Si tu reconnais un seul Dieu, et que tu déclares en « même temps que le Père, le Fils, et le Saint-Esprit « ne sont qu'un seul Dieu, combien cette foi ne doit- « elle pas sembler, à ceux qui ne croient pas, embar- « rassée, difficile et inexplicable (In Exod. Hom. v, « n. 3)! » Et ailleurs : « Cette distinction de trois per- «sonnes en Dieu, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, « rappelle ainsi les eaux de trois puits, séparés les uns « des autres, mais qui viennent de la même source » (Τὰ Num, Hom. x11, n. 1). On pourrait citer beaucoup d’autres passages analogues. Il se rencontre aussi dans
‘“H: εἴς δὲ εἴς ὕ σε «0 jt “γα D\ II Ξ Ι μεῖς δὲ τρεῖς ὑποστάσεις πειθόμενοι τυγχάνειν, τὸν Πατέρα, χαὶ τὸν Υἱὸν, χαὶ τὸ Ἅγιον Πνεῦμα. Joan. Τ'. 11. n. 6. (2) Ἀρχικὴ Τριάς. Matth. T. xv. n. 51, Ἢ Ἁγία Τριὰς, ἥτις ἄρχεται τῶν χτισμάτων. In Ps. xvir, 16. 3) T7 Su «> 7) \ \ τ AA ΝΟ, à VC aoû ’ (3) Τῆς δὲ Σιὼν μοχλοὶ, τὰ οὐράνια δόγματα, χαὶ ἣ ὀρθὴ πίστις τῆς προςχυνητῆς χαὶ Ἁγίας 'Γριάδος. In Ps. cxLvIr, 13.
les ouvrages d’Origène dont nous avons le texte grec un grand nombre de passages où la consubstantialité des trois personnes est indirectement affirmée; où il donne par exemple au Fils et à V’Esprit des noms qui ne conviennent qu'à Dieu; où 1] leur attribue les opérations et les propriétés de la nature divine; où il réclame pour eux les hommages dus à Dieu; où il mentionne expressément les honneurs divins et l’adoration qu'ils reçoivent dans l'Église. On trouve d’un autre côté, dans les ouvages dont letexte grec s'est conserve, plus d’un passage qui sent le Subordinatianisme, et qu'il faut mettre sur le compte de quelque faussaire inconnu, ou que l’on doit considérer comme une méprise d'Origène, et comme un effort malheureux pour expliquer avec plus de rigueur le rapport du Fils et de l'Esprit avec le Père, envisagé comme leur principe originel. Nous y reviendrons en exposant la doctrine de l'Église sur le Fils.
Saint Méthode enseigne avec une remarquable précision, que « le royaume du Père, du Fils, et du « Saint-Esprit est un, comme leur essence (οὐσία) et « leur puissance (χυριότης) sont unes; c’est pourquoi, « ajoute-t-il, nous adressons une seule adoration au « Dieu unique en trois personnes, au Dieu éternel, «incréé, immuable et infini (in Ram. palm. n. v ).» Saint Hippolyte se sert contre Noëtus de cette raison, que dans la profession de foi qui reconnaît un seul Dieu, se trouve aussi exprimée la foi aux trois personnes divines (1). Saint Grégoire Thaumaturge re-
(x) Δύο μὲν οὐχ ἔρῳω θεοὺς ἀλλ᾽ à Eva, πρόςωπα δὲ δύο, οἶχο-
connaît expressément la consubstantialité (ὁμουσία ) des trois personnes (Fid, in Mai, vu, 1, p. 174, 175); et saint Cyprien dit que « le Père, le Fils, et le Saint- Esprit sont Dieu, et que les trois ne sont qu'un » (ad Jubaj. ep. 73). Saint Basile (Epist. vitr, n. 2) et saint Augustin (Trin. 1, 4, n. 7) affirment que cette foi au dogme de la Trinité est la foi de toute l'antiquité chrétienne, et qu’elle est fondée sur la lettre et sur le sens le plus profond de l’Écriture. Il est remarquable qu'il ne se trouve aucune mention de la Trinité dans Arnobe, πὶ dans Lactance. Ils ne sauraient toutefois être soupçonnés de déisme, parce qu'ils reconnaissent aussi clairement que possible l'existence distincte et la réelle divinité du Fils.
3. Les Pères désignent le dogme de la Trinité comme étant, par excellence, le mystère de la foi (1), comme constituant le caractère (2) et l’objet spécial de la connaissance chrétienne (3). C’est notre doctrine capitale (4); celle qui nous sépare d’un côté du paganisme, de l’autre, du judaïsme, et nous élève au-dessus de tous les deux (5); la foi à ce dogme est
νομίαν δὲ τρίτην, τὴν χάριν τοῦ Ἁγίου Πνεύματος. Πατὴρ μὲν γὰρ εἷς, πρόςωπα δὲ δύο, ὅτι καὶ ὃ ΥἹὸς, τὸ δὲ τρίτον τὸ Ἅγιον Πνεῦμα... Ἄλλως τε ἕνα Θεὸν νομίσαι μὴ δυνάμεθα, ἐὰν μὴ ὄντως Πατρὶ, καὶ Υἱῷ, καὶ Αγίῳ Πνεύματι πιστεύσωμεν. Adv. Noet. c. x1v, Cf. vrrr. ΧΙ,
(2) Μὰ. in Matth. c. x1v. ἢ. 1.
(2) Tert. Prax. xxx. — Greg. Nyss. Sp. S. (Mai. vix. τι. Ρ. 18.)
(3) Athen. leg. n. xur. — Orig. Lev. Hom, v. n. 3.
(4) Bas. Sp. S. δὴ x. n. 26. xur, 28.
(5) Bas. Sp. S. Χχιχ, ἢ. 77. — Greg, Nyss. Or. Cat. nr, —
232 SECONDE PARTIE, — CHAPITRE Il.
la condition et le fondement même de l'Église (1); sans cette foi, il n’y a point de salut (2). C’est au nom de la Trinité que se confère le baptême (3), que se fait la confession des péchés (4), que se donne lEucharistie (5), que se font toutes les prières (6).
4. Du reste, on signale des traces et des indications du mystère de la Trinité dans Ancien Testament, par exemple dans la Genèse (1.6) (7), et, un peu plus loin, dans ces paroles (Gen. 1. 26) (8) : « Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance.» A l'explication donnée par les juifs, que Dieu dans ce passage s'adresse
Greg. Naz. Or. 11. Χχιι. — Cyr. Trin. Dial, 11. —Joan. Dam. Orth. Fid. 1, 7.
(1) Orig. in Exod. Hom, 1x. n. 3.
(2) Bas. Sp.S. x. n. 26. — Ambr. in Luc. vis. n. 9.
(3) Bas. Sp. 5. xt. n. 27. x. n. 28, — Greg. Nyss. adv. Eun. ΧΙ.
(4) Greg. Nyss. Εἰ γὰρ ἀχρηστὸς μὲν À τῶν σέμνων τε χαὶ τιμίων τῆς Ἁγίας Τριάδος ὀνομάτων ὁμολογία, ἀνόνητα δὲ τὰ ἔθη τῆς ᾿ἘΕχχλησίας. Ἔν δὲ τοῖς ἔθεσι τούτοις ἐστὶν À σφράγις, À προςεύχη, τὸ βάπτισμα, ἣ τῶν ἁμαρτίων ἐξαγορεύσις, ἣ περὶ τὰς ἐντολὰς προτιμία, ἣ περὶ το ἔθος χατορθώσις. Adv. Eun. Or. xx. p. 705. T. 11. ed. Morelli.
(5) Justin. Apol. 1. n. τιν.
(6) Greg. Nyss. adv. Eun. Or. χτ, — Cfr. Clem. Excerpt. — Theod, c. LXXX. LXXXNI.
(7) Orig. Cels. 11, 9. — Hi. Trin. 1v, 16.— Ephr. «ὦν. Scrut. Serm. vi,
(8) Barn. Epl. n. xx. — Justin. Tryph. rxr. — Theophil. Autolye. 11, 18. — Jren. adv. Hær. 1v. Præf. — Tert. Prax. c. x11, — Zus. Præp. Evang. vir, 5. Hist. Eccl. 1, 2. — Hu. Trin.1v, 17, 18 sq. — Bas. Hexaem. 1x. ἢ. 6. — Greg. Nyss. Or. in illud : Faciam. hom.—-4mbros. Hexaem,. v1, 7. — Aug. Civ. Dei xvr, 6. Serm, exxvi, ἢν 11.— ÆEpiph. Hær. 1, 1. n. 5. — Theod.in Gen. qu. xx.
LA TRINITÉ, 233 aux anges (1), les Pères répondent (2) qu'il est dit expressément au verset 27: « et Dieu créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu. » Quant à cette interprétation donnée aussi par les juifs, et reproduite depuis par les Sociniens, que Dieu se parle ainsi à luimême, au nombre pluriel, comme ferait un ouvrier, qui s'encouragerait au travail, saint Basile fait remar-quer (Hexaem. Hom. 1x, ἢ. 6) qu'on ne pourrait croire à la raison de celui qui, étant seul, s'adresserait ainsi la parole à lui-même. Les Pères rejettent aussi comme absurde l’idée admise par quelques juifs, et reproduite jusque dans les derniers temps (3), que c’est aux éléments que Dieu adresse ce langage (/ust. Tryph. zx11). Ils citent encore d’autres passages dans le même sens. (Cfr. Gen. xx, 7 (4); xvinr, 1 seq. (5); x1x, 24 (6); 15. vi, 3 (7); Lxix, 9 (δ); Ps. Χχχιπ, 6). (Eus. Bas. in. h. loc.)
(1) Philo, Ομ, mundi. Voy. aussi Maimon. More nevoch. Ἐν τὰ 2: xx.
(2) Zren. 1v. Præf.— Tert. Prax. ΧΙΙ, — Ephr. adv. Scrut. S. vi. — Cyr. c. Jul. ]. 111, — See. Gab. Mund, creat. Or, 1v. n. 6. — Aug. Civ. Dei xvr, 6.
(3) Nizzachon. vetusin Wagenseil. tela ignea append. p. 5.
(4) Aug. Civ. Dei xv1, 6. Ἶ
(5) Ambr. Tres vidit et unum adoravit. Abrah, 1, 5. — Prud. Hoc vidit princeps generosi seminis Abram, hospes homo, in triplicem numen radiasse figuram. Apotheos. c. Noet. Hæres. Quelques Pères ne voient ici que trois anges : Clem. Str. 111, 19.— Aug. Civ. Dei x, 8. xvi, 29. D’autres n’y voient que le Fils et deux anges avec lui: Cfr, Justin, Tert. Hil Epiph.
(6) Tert. adv. Prax. xrr.
(7) Orig. h. 1. — 4rhan. How. in illud : Omnia mihi tradita.
(8) Athan. c. Arian. Or. 11. ἢ. 2.
[ Les Pères invoquent d’ailleurs, à l'appui du dogme de la Trinité, les passages bien connus du Nouveau Testament où les trois personnes divines, le Père, le Fils, et le Saint-Esprit, sont formellement mentionnées. |
Quant à la preuve traditionnelle, les Pères en appellent constamment à la forme du baptême (1), puis à la doxologie : Gloire soit au Père avec le Fils et le Saint-Esprit. Arius fit rejeter par ses sectateurs cette formule, avec le Fils, pour y substituer la formule par le Fils (2). Les Eunomiens, qui la rejetèrent aussi, objectaient contre elle qu’elle n’est pas dans la la Bible; à quoi saint Basile répondait que le sens qu’elle exprime et les éléments qui la composent sont dans l’Écriture (Sp. 8. xxv, ἢ. 59); qu'il n’est pas nécessaire d’ailleurs que tout soit dans l'Écriture, et qu'il y a beaucoup de points essentiels qui ne s’y trouvent pas (ébëd. 27, n. 67; xxix, n. 71), que la formule σὺν, avec, compte en sa faveur l’autorité d’un grand nombre de Pères anciens, de saint Denys d'Alexandrie, entre autres, et de saint Grégoire Thaumaturge; enfin, qu’elle est généralement admise dans l’Église (#0id. xxvir, 67; xxix, 71-74 ) tandis que l’Église n’a point autorisé la formule Eunomienne (xxvir, ἢ. 67). Plus tard, Euthymius écri-
(1) Tert. Prax. xxv1. — Athan. Serap. 1. ἢ. 11. 30, et passim. — Greg, Nyss. adv. Eun. Or. χα. (Mor. Τὶ 11. p. 706.)
(2) Οὗτος (Arius) καὶ τῆς δοξολογίας τοὺς νόμους καταλιπὼν, οὺς οἱ ἐξ ἀρχῆς αὐτόπται καὶ ὑπηρέται τοῦ Λόγου παρέδοσαν, ἕτερον 2 LA LA ὃ τ 4 \ ἐξ 4 ὃ ὃ LE \ Il LA ἐπειςήγαγε τύπον, δοξάζειν τοὺς ἐξηπατημένους διδάξας τὸν Πατέρα διὰ τοῦ Υἱοῦ ἐν Ἁγίῳ Πνεύματι. Theod, Hær. Fab. τν, 1.— Cfr, Theod. Hist. Eccl, 11, 19.
LA TRINITÉ, 235 vit aussi une longue défense par la tradition de la formule σὺν, avec (Panopl. Part. 11, ΤΊ. x11, c. xxx).
5. Tout en reconnaissant l’incompréhensibilité du dogme de la Trinité (1), les anciens Pères ne laissent pas d'essayer, dans un intérêt soit apologétique, soit purement scientifique, de le rendre aussi intelligible qu'il est possible par des explications, des raisonnements et des comparaisons. Nous trouvons des essais de ce genre dans saint Irénée (2), dans Tertullien (3), dans saint Grégoire de Nazianze (4), dans Marius Victorinus (in Phil, 11, 7).
(1) Zren. τι, 28. — Orig. Prince. 1v, 28.— Aug. Doct. christ. 1, 6,
(2) Cogitatio enim ejus Logos, et Logos mens, et omnia concludens mens, ipse est Pater. 11, 28. n. 5.
(3) Quodcumque cogitaveris, sermo est... Loquaris illud in animo necesse est; et dum loqueris, conlocutorem pateris sermonem, in quo inest hæec ipsa ratio, qua cum eo cogitans loquaris, per quem loquens cogitas. Ita secundus quodammodo in te est sermo, per quem loqueris cogitando, et per quem cogitas loquendo. Ipse sermo alius est. Quanto ergo plenius hoc agitur in Deo, cujus tu quoque imago et similitudo censeris, quod habeat in se etiam tacendo rationem, et in ratione sermonem ? Possum itaque non temere præstruxisse, et tunc Deum ante universitatis constitutionem solum non fuisse, habentem in semetipso proinde rationem, et in ratione sermonem , quem secundum ἃ se faceret agitando intra 56, Prax, αὐ v.
(4) Τριάδα τελείαν ἐκ τελείων τριῶν, μονάδος μὲν χινηθείσης διὰ τὸ πλούσιον, δυάδος δὲ ὑπερόαθείσης, ὑπὲρ γὰρ τὴν ὕλην χαὶ τὸ εἶδος, ἐξ ὧν τὰ σώματα, Τριάδος δὲ δρισθείσης διὰ τὸ τέλειον, θεότης, μῆτε εἰς ἄπειρον χέηται. Τὸ μὲν γὰρ ἀφιλότιμον, τὸ δὲ ἄταχτον᾽ καὶ τὸ μὲν ᾿Ιουδαϊκὸν παντελῶς, τὸ δὲ ᾿Ελληνικὸν χαὶ πολύθεον. Or. xxrI7, 8.
Entre tous les essais d'explication se distingue celui de saint Augustin, qui fait procéder le Fils de la connaissance du Père, et l'Esprit de l’amour mutuel du Père et du Fils (1). 1] en donne une autre moins heureuse, qui consiste à dire que l'unité se manifeste dans le Père, l'égalité dans le Fils, et l’accord de lunité et de légalité dans le Saint-Esprit (2). On a recours aussi à des analogies, pour rendre la Trinité aussi intelligible qu'il est possible. Tertullien se sert pour cela de comparaisons empruntées à la nature physique, par exemple, la racine, l’arbre, et le fruit (Prax. var); la source, le ruisseau, et le fleuve (1béd.); le soleil, le rayon, et le développement du rayon (#brd.). Saint Augustin prend pour terme de comparaison le triple aspect que toute substance revêt nécessairement : l'existence, le mode, et l’identité permanente (3). Outre ce point de vue tout ontologique, il en trouve un autre dans la psychologie : la conscience, la connaissance, et la volonté (4).
(1) Trin. v, 6. n.6; g.n.10;10.n. 11.
(2) In Patre unitas, in Filio æqualitas, in Spiritu Sancto unitatis æqualitatisque concordia : et tria hæc unum omnia propter Patrem, æqualia omnia propter Filium, connexa omnia propter Spiritum Sanctum. Doctr. christ, 1, 5.
(3) Nulla natura est, Nebridi, et omnino nulla substantia , quæ non in se habeat hæc tria et præ se gerat : primo ut sit, deinde ut hoc vel illud sit, tertio ut in eo, quod est, maneat, quantum potest. Primum illud causam ipsam naturæ ostentat, ex qua sunt omnia; alterum, speciem, per quam fabricantur et quodammodo formantur omnia; tertium, manentiam quamdam, ut ita dicam, in qua sunt omnia. ἘΦ], χα, ΠΡῸΣ
(4) Trin. 1x. n. 18. x. n. 19. Χὲν. n, 8. 13. xv, n. 28. cont.
C'est ce dernier point de vue que Mamert Claudien adopte dans son traité de Statu animæ (X, 26, n. 1); tandis que Prudence, revenant après Tertullien à la comparaison prise du soleil, voit dans la substance même de l’astre l’image de l'unité, et dans le mouvement, la lumière et la chaleur, l'image de la Trinité (adv. Marcion). Pour expliquer comment deux des personnes divines ne sont pas plus que ἰὰ troisième, saint Augustin remarque (Trin. vu, ἢ. 2) qu'en elles toutes l'existence et la réalité sont égales.
6. Les anciens Pères font observer au sujet de l'unité dans la Trinité, qu’elle n’est point une unité collective (1), mais une unité rigoureusement numérique ; comme ils maintiennent, d’autre part, l'existence réelle et la personnalité distincte du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, et cherchent à éloigner toute idée de pur Nominalisme ou de pur Modalisme (2).
Serm. Arian. c. xvr. etc. Il prend ailleurs un autre terme de comparaison : Et sumus, et nos esse novimus , et id esse ac nosse diligimus. Civ. Dei x1, 26.
(1) Dion. Rom. (ap. Eus. vi, 8). Bas. Οὐχ ἂν πιστεύσαιμι, εἰς τοσοῦτον αὐτοὺς παραπληξίας ἐλαύνειν, ὥςτε φάναι τὸν Θεὸν τῶν ὅλων, ὥςπερ χοινότητά τινα, λόγῳ μόνῳ θεωρητὴν, ἐν οὐδεμίᾳ δὲ ὑποστάσει τὸ εἶναι ἔχουσαν, εἰς τὰ ὑποχείμενα διαιρεῖσθαι. Sp. S. xvir, 41. — Greg. Νγες, lib. ‘quod non tres sint dii. — Cyr. Trin. Dial. ur, — Aug. Trin. 1, 6. — C. Arimin. Si quis Patrem et Filium duos deos... et non Patris et Filii unam deitatem profiteatur, anathema sit... Si quis Patris et Filu et Spiritus Sancti unam personam aut tres substantias divisas dixerit, et non perfectæ Trinitatis unam deitatem profiteatur, anathema sit. Apud A4. Op. hist. fragm. vi. n. ἡ. (Append.)
(2) Dion. Rom. “Ἑξῆς δ᾽ ἂν εἰχότως λέγοιμι καὶ πρὸς τοὺς διαι-
7. Quant à la relation intérieure des personnes de la Trinité, elle consiste, d’après la manière dont les Pères la conçoivent, en ce que le Fils et l'Esprit ont absolument et éternellement leur principe dans le Père (1); ils s'efforcent en même temps, pour maintenir d'un côté les enseignements de l'Écriture (Joan. XIV, 7, 0, 103 XVI, 12, etc.), et de l’autre, le dogme de l’unité et de limmensité de Dieu, d'exprimer partout l’idée de la coexistence absolue (2) et de l'im-
ροῦντας καὶ χατατέμνοντας χαὶ ἀναιροῦντας τὸ σεμνότατον χήρυγμα τῆς ᾿Ἐχχλησίας τοῦ Θεοῦ, τὴν μοναρχίαν, εἰς τρεῖς δυνάμεις τινας καὶ μεμερισμένας ὑποστάσεις χαὶ θεότητας τρεῖς. Πέπυσμαι γὰρ εἶναί τινας τῶν παρ᾽ ὑμῖν κατηχούντων καὶ διδασχόντων τὸν θεῖον λόγον, ταύτης ὑφηγητὰς τῆς φρονήσεως" οἱ χατὰ διάμετρον, ὡς ἔπος εἰπεῖν, ἀντίχεινται τῇ Σαῤδελλίου γνώμη" 6 μὲν γὰρ βλασ-φημεῖ, αὐτὸν τὸν Υἱὸν εἶναι λέγων τὸν Πατέρα, χαὶ ἔμπαλιν" οἵ δὲ τρεῖς θεοὺς τρόπον τινα χηρύττουσιν, εἰς τρεῖς ὑποστάσεις ξέ-νας, ἀλλήλων παντάπασι χεχωρισμένας, διαιροῦντες τὴν ἁγίαν μονάδα. Epl. adv. Sabell. (ap. S. 4than. Epist. de Decret. Nicænæ Synodi, cap. xxvi. T. 1, p. 231. ed. Bened.), — Dion. Alex. Οὕτω μὲν ἡμεῖς εἴς τε τὴν Τριάδα τὴν μονάδα πλατύνομεν ἀδιαίρετον, καὶ τὴν 'Γριάδα πάλιν ἀμείωτον εἰς τὴν μονάδα συγχε-φαλαιούμεθα. Ap. “απ. de Sent, Dion. Alex, ἢ. 17. T. x. p.255;
(x ) Aug. Quid ergo dicimus ? Si natus est Filius Dei de Patre, jam Pater destitit gignere; et si destitit, cœpit; si autem cœpit giguere, fuit aliquando sine Filio : sed nunquam fuit sine Filio, quia Filius sapientia ejus est, quæ candor est lucis æternæ. Frgo semper gignit Pater, et semper nascitur Filius. Hic rursus timendum est ne putetur imperfecta generatio, si non dicimus natum esse, sed nasci., Compatere mecum, obsecro, in his angustiis humanæ cogitationis et linguæ. Epl. CCXXXVIII, ἢ; 24.
(2) Zren. Adest enim ei semper Verbum et Soprentes Filius et Sp. S. 1v, 20. ἢν 1. — Aug. Simul unum atque idem (sunt P.
manence mutuelle des trois personnes, la περιχώρησις , συμπεριχώρησις, CECUMENCESSEO, Comine on ἃ dit plus tard (1). Saint Grégoire de Nysse ἃ tâché d’éclaircir cette vérité par la comparaison de la coexistence de deux sciences dans un seul esprit, et de la pénétration mutuelle de l'air et de la lumière (Or. adv. Sabell. et Ar.).
Le principe de lPunité dans la Trinité, c’est, suivant les uns, l'Esprit (2); suivant d’autres, le Père (3). Quant au caractère qui distingue les trois personnes (4), et qui constitue à chacune d’elles sa personnalité, c’est précisément la qualité de Père, de Fils,
et d'Esprit (5).
F. et Sp.S.) ab æternitate in æternitatem, tanquam ipsa æternitas, quæ sine veritate et caritate non est. Trin, 1v, 21. n. 30.
(1) Athen. leg. x. — Orig. in Luc. Hom. xxx1v. Joan. T. xx. n. 16. — Athan. cont. Ar. Or. ται, 25. — Hi. Trin. xx, 4. 1v, 4o. — Ephrem. adv. Scrut. Serm. rxxx11, — Greg, Nyss, Or. adv. Sabell, et Ar. (Mai. ντιτ. 11. p. 8.) — Cyr. in Joan. xrv, 11. XVII, 18. Trin. Dial. vir, — 4mbros. de interpell. David. ut, δὲ τὰ 15.
(2) Athen. leg. x: — Greg. Naz. Or. xxix. — Aug. Doctr. christ, 1, 5. Trin. passim.
(3) Dion. Rom. Epl. adv. Sabell., ap. 4x. de Decret, Nic. Synod. n. 26. — Greg. Naz. Or. xzur. — Epiph. Fid. cath. expos. n. 14.
(4) Greg. Nyss. Ὑ ποστάσεων γνωριστικαὶ ἰδιότητες. Adv. Eun. Lun. Tu. p. 435. ed. Hor.
(5) Πατρότης, υἱότης, ἁγιασμός. Bas. Epl. cexxxvr. n. 6. Πατρότης, υἱότης χαὶ ἐχπόρευσις. Enlog. Alex. Fragm. in Mai. vit, 19. — Sever. Gabal. Omnia quæcumque Patris sunt, eadem et ἘΠῚ], nisi solum quod non est Pater : et omne quidquid Filius est, idem et Pater, nisi solummodo, quod non est Filius, nec carnem sumpsit : atque omme quidquid Pater est et Filius,
240 SECONDE PARTIE. -— CHAPITRE fi.
8. Conformément aux indications données par l'Écriture, on conçoit le rapport extérieur de la Trinité avec le monde, de telle sorte qu'on attribue au Père la volonté et la décision; au Fils, l'exécution ; au Saint- Esprit, l'achèvement et la consommation (1) : théorie que nous trouvons particulièrement adoptée dans l'École de Cappadoce, et qui est aussi celle de saint Jean Damascène (Orth. Fid. 11, 2). Saint Irénée désigne le Fils et l'Esprit comme étant en quelque sorte les mains de Dieu (2); saint Méthode représente le Père comme le créateur de la substance des choses, et le Fils comme le créateur de la forme (3); Eusèbe représente le Fils et l'Esprit comme coopérateurs du Père dans l’œuvre de la création (4). On trouve dans
idem et Spiritus Sanctus, præter quod non est Pater et Filius, neque homo factus est, sicut Filius, Hom, 1. P. 13. edit. Venet,
(1) Zren. (L'homme a été créé) τοῦ μὲν Πατρὸς εὐδοκοῦντος καὶ χελεύοντος, τοῦ δὲ Υἱοῦ πράσσοντος χαὶ δημιουργοῦντος, τοῦ δὲ Πνεύματος τρέφοντος χαὶ αὔξοντος. IV, 38. n. 3. — Hippol. Πατὴρ ἐντέλλεται, Λόγος ἀποτελεῖ, Υἱὸς δὲ δείκνυται, δι᾿ οὗ Πα-τὴρ πιστεύεται... ὃ γὰρ χελεύων Πατὴρ, ὃ δὲ ὑπαχούων Υἱὸς, τὸ δὲ συνετίζον Ἅγιον Πνεῦμα... Πατὴρ γὰρ ἠθέλησεν, Υἱὸς ἐποίσε, Πνεῦμα ἐφανέρωσεν. adv. Noet. xrv. --- Greg. Nyss. Πῶς εἰς τὸ ὄνομα τοῦ Πατρὸς (βαπτίζονται) ; ἐπειδὴ ἀρχὴ τῶν πάντων. Πῶς εἰς τὸν Υἱόν ; ἐπειδὴ δημιουργὸς τῆς χτίσεως. Πῶς εἷς τὸ Πνεῦμα τὸ Ἅγιον: ἐπειδὴ τελειωτικὸν τῶν πάντων. De bapt. christ, T. 111. p. 352. ed. Morel. (Cfr. ad Ablavium, seu de Fide.) — Bas. Sp. 5. xvr. ἡ. 38. — Greg. Naz. Or. xxxvurr. XLV, — Cyr. de Fid. ad Reg. Serm. τι. ἢ. 51. c. Jul, 1. xxx.
(5): Ν, ψπ 073.6. ns ae Proœm,. ἢ. 4, 1v, 20. fish
(3) Περὶ γεννηϊῶν. Ap. Phor. Cod. cexxxv.
(4) Æus. Εϑρήσομεν δὲ ἀλλαχοῦ χαὶ λόγον στόματος αὐτοῦ εἰ--
LA TRINITÉ. 241 Origène cette idée très-remarquable, que l’action du Père se rapporte à tout ce qui est; celle du Verbe, à la créature intelligente; celle du Saint-Esprit, à la créature régénérée par le baptême (1; c’est par cette idée qu'Origène cherche à s'expliquer la gravité plus grande du péché contre le Saint-Esprit.
9. Ce fut la tendance au HModalisme et au Subordinatianisme qui donna occasion à l'Église d'exprimer avec une plus rigoureuse précision la doctrine de la ‘Trinité.
L'origine des conceptions modalistes remonte au gnosticisme samaritain. $//207n enseignait que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont de simples expressions, de pures manières d'être, des formes d’une seule et même personne divine (2). Le Dieu unique s'était révélé, disait-1l, comme Père chez les Samaritains, comme Fils chez les Juifs, comme Esprit Saint chez les Gentils. Plus tard, Praxéas enseigna que le Père et le Fils sont le même Dieu; le Père, c'est Dieu caché à nos regards ; le Fils, c'est Dieu manifesté dans la création et dans la rédemption (Zert. adv. Prax.). Plusieurs anciens Pères accusent aussi de modalisme l’hérésiaronuévov ἵνα νοηθὴ ὃ Σωτὴρ καὶ τὸ Ἅγιον αὐτοῦ Πνεῦμα. Ἀμφότερα δὲ συνήργησεν ἐν τῇ χτίσει τῶν οὐρανῶν χαὶ τῶν ἐν αὐτοῖς δυναμέων. In Ps. χχχιι, 6.
(1) Ὃ μὲν Θεὸς xat Πατὴρ, εἰς πάντα διήχει χαὶ πάντα συνέχει, ἄψυχά τε, χαὶ ἔμψυχα, λογικά τε χαὶ ἄλογα" τοῦ δὲ Υἱοῦ ἣ δύναμις, εἰς τὰ λογικὰ μόνα διατείνει... τὸ δὲ Πνεῦμα τὸ Ἅγιον, εἰς μόνους ἐστι τοὺς μεταλαύῤόντας αὑτοῦ ἐν τῇ τοῦ βαπτίσματος δόσει. Apud Athan. ad Serap. 1v. ἢ. 10. Cfr. Prince, 1, 3. πὶ 5.
(2) Epiph. Hær. 11, 2. — Hier. in Matth. xx1v. — Aug. Hær. 1.
que Montan (1), ce qui serait d’autant plus étonnant, si le reproche était fondé, que c’est précisément le modalisme que Tertullien, devenu montaniste, combat si vivemeut dans Praxéas. Mais si le modalisme de Montan est resté incertain, celui de Voëtus est bien constaté. Noëtus prétendit qu’il n’y a qu’un Dieu, lequel, s'étant fait homme dans le temps, a souffert et est mort. C’est dans l’Écriture, qui ne parle que d’un seul Dieu, et qui désigne partout le Christ comme Dieu, que cet hérésiarque voyait une raison décisive d'affirmer l'identité personnelle du Père et de Jésus-Christ (2).
Cette erreur passa de Noëtus à Sabellius, qui la réduisit en système, et qui soutint que le Père, le Fils, et le Saint-Esprit ne sont que trois noms (3), ou trois puissances (4), d’une seule et même per-
(x) Hier. Epl. xxvir. (Ed. Martian.) — Timoth. de Recept. Hæreticor. — Cfr. Theod. Hæret. Fab. τι, 2. — Et dans un autre sens Epiph. Hær. XLVIIT.
(2) Hippolyt. c. Noet. ἢ. 1 54. — Æpiph. Hær. vit. Anaceph. ἢ. 11.— Cfr. Theod. Hæret. Fab, 11, 5. — Aug. Hær. ΧΧΧΥΙ. XLI. — Philastr. Hær. ταττ.
(3) Eire, Δογματίζει γὰβ οὗτος, καὶ ot ἀπ᾿ αὐτοῦ Σαδελλιανοὶ, τὸν αὐτὸν εἶναι Πατέρα, τὸν αὐτὸν Υἱὸν, τὸν αὐτὸν εἶναι Ἅγιον Πνεῦμα" ὡς εἶναι ἐν μιδ' ὑποστάσει τρεῖς ὀνομασίας, ἢ ὡς ἐν ἀνθρώπῳ σῶμα, καὶ ψυχὴ, καὶ πνεῦμα. Hær. Lxir, 1. T. 1. p. 513. ed. Petav. — Sulpit. Sever. Trionyma solitarii Dei unio secundum Sabellium, 11, 42. — Greg. Nyss. Ὥς μὴ δοχεῖν τῇ ἀσεδείᾳ τοῦ Σαδελλίου συμφέρεσθαι, ἑνὶ τῷ ὑποχειμένῳ τρεῖς ἐφαρμόζοντος προςηγορίας. Adv. Eunom. |. 1. (T.zr. p. 331. ed. Mor.) :
2: ; È : \ τὸ (4) Epiph. Ἢ ὡς ἐὰν à ἐν ἡλίῳ ὄντι μὲν ἐν μιδ ὑποστάσει,
LA TRINITÉ. 243 sonne (1). Il s’'appuyait sur la comparaison tirée du soleil, dans l’unité duquel se trouvent trois choses distinctes, la forme, la puissance de donner la lumière, et celle de dispenser la chaleur; il prenait aussi pour terme de comparaison l’homme, dans lequel le corps, l’âme et l'esprit ne sont qu’une seule personne (Æpiph. Haer. Lxn1). Le Père ἃ pris dans le temps la forme du Fils (2), et après la réparation de la créature, il est retourné à sa forme de Père (3). Sabellius employait, pour exprimer ces transformations de la divinité de Père en Fils et en Esprit, les mots éxreivecha, πλατύνεσθαι (4), πέμπεσθαι (Epiph. 1. c.), μεταμορφεῖσθαι, μετασχηματίζειν (Bas. ep. οὐχ; coxxxv). Les Pères désignent cette doctrine sous les noms de judaïsme (Bas.
τρεῖς δὲ ἔχοντι τὰς ἐνεργείας. Φημὶ δὲ τὸ φωτιστιχὸν, χαὶ τὸ θάλπον, χαὶ αὐτὸ τὸ τῆς περιφερείας σχῆμα. Loc. cit.
(1) Greg. Naz. Or. ν. — Bas. Epl. οὐχ. ----- Aug. Hær. χα. — Theod. Hæret. Fab. 111, 9. — Prud. Unionitarum hæresis, Apotheos.
(2) Καὶ λέγοντας (ἀναθεματίζομεν) αὐτὸν τὸν Πατέρα εἶναι Υἱόν- καὶ ὅτε μὲν γίνεται Υἱὸς, μὴ εἶναι τότε αὐτὸν Πατέρα" ὅτε δὲ γίνεται πατὴρ, μὴ εἶναι τότε Υἱόν. μεῖς γὰρ ὁμολογοῦμεν Πατέρα ἀΐδιον, Υἱοῦ ἀϊδίου ὄντος χαὶ ὑφεστῶτος: χαὶ Πνεῦμα Ἅγιον ἀϊδίως ὃν χαὶ ὅφεστός. Οὐ γὰρ ἀνυπόστατον τὴν Τριάδα λέγομεν" ἄλλ᾽ ἐν ὑποστάσει αὐτὴν γινώσχομεν. Eugen. (Diac.) Legatio ad S. Athan. ἢ, 2. (in Galland, v, 18.)
(3) Greg. Nyss. Οἰόμενοι διὰ μὲν λειποταξίαν ἀνθρωπίνην προἐληλυθέναι τὸν Υἱὸν ἐχ τοῦ Πατρὸς προςχαίρως" αὖθις δὲ μετὰ τὴν διόρθωσιν τῶν ἀνθρωπίνων πλημμελημάτων ἀναλελυχότα ἐνδύναι τε χαὶ ἀναμεμίχθαι τῷ Πατρί. Or. adv. Ar. et Sabell. in Mai, Coll. nov. να. 11. p. 4.
(4) Ath. c. Ari. Or. 1v. n. 13-15. — Extendere ΗΠ, Trin. 1, 4. — Protendere Pigil, Taps. Disp. Athkan, e. Ari. I. 1.
ep. LxIV), d'urio où συστολὴ de la divinité (1), de patripassianisme (2), d’uioraropio (3).
Marcel dAncyre est aussi accusé par saint Basile (4) d’avoir nié l'existence réelle et permanente du Fils et du Saint-Esprit, et d’avoir prétendu que le Fils est sorti du Père dans le temps, et qu'il doit y rentrer à la fin des siècles. Il fondait cette doctrine, entre autres raisons, sur une fausse interprétation de la consubstantialité (ὁμοουσία) du Fils avec le Père. Voilà ce que rapporte saint Basile. Mais Marcel nie de la manière la plus positive, dans sa lettre au pape saint Jules, qu'il adopte et soutienne ces erreurs (5); et il obtint en effet de l’évêque de Rome, comme aussi du concile de Sardique (6) la reconnaissance de son orthodoxie (7).
Quant à Photin, disciple de Marcel, il est certain qu'il enseigna que les dénominations de Père, de Fils,
(1) Συστολὴ Greg. Naz. Or. xx1. Συναίρεσις Greg. Naz. Or. v. Unio. Detestantes secundum Sabellii blasphemias ipsam unionem, neque aliquam partem Patris esse Filium intelligentes... ita ut non unio divinitatis, sed unitas intelligatur ; quia unio sit singularis, unitas vero secundum nativitatis veritatem plenitudo nascentis sit. Fides catholica in Conc. ap. Fariseam civitatem ab Epp. Gall. ad Orient. Epp. exposita. ap. Hil. Op. hist. fragm. χα. ἢ. 2.
(2) Dion. Alex. ap. Athan. de Sent. Dion. Alex. — Aug. Heryxani : 100
(3) Υἱοπατορία Cæs. Dial. τ. Resp. ad interrog. 111.
(4) Epl. zxIx. cozxrr, ἢ. 4, GLXV. n. 3. ccexur. n. 5.
(5) Marcell. Epl. ad Jul. Rom. ap. Epiph. Hær. Lxx11.
(6) Cfr. Montfaucon. de Marcello Ancyr. dans sa Nov. Coll. PP.T. 11. p. 1 sqq.
(7) Jul, Epl. in 4th. Apol. ο. Arian. n, 32.
LA TRINITÉ, 245 et d’'Esprit, ne sont que les noms différents d’une seule et même personne (1). Le Verbe, selon lui, n'est autre que l'intelligence de Dieu , le principe de toutes les opérations divines, et c’est pour cela qu'il est aussi appelé Dieu. Le Saint-Esprit n’est que la Vertu de Dieu. Jésus-Christ est un pur homme, et son existence ne remonte pas au delà du moment où il est né de Marie, qui la conçu par l’opération du Saint-Esprit. Il a fait des miracles par la puissance de Dieu; voilà pourquoi on dit que le Verbe habitait en lui. C’est à cause de ses prérogatives extraordinaires, que Dieu la adopté pour son Fils.
L'existence distincte et la réelle personnalité divine du Fils fut aussi attaquée par Hérylle de Bostra, qui prétendit qu'avant l’incarnation le Fils n’avait ni existence propre ni nature divine, et qu'il n'eut depuis d'autre nature divine que celle du Père, laquelle vint résider en lui (2). Paul de Samosate nia aussi l'existence distincte du Verbe, et enseigna qu'il m'était autre que l'intelligence divine (3). On cite encore, comme n'ayant pas voulu accepter la distinction de Père, de Fils, et de Saint- Esprit, les hérétiques nommés Hypsistiens où Hypsistariens (4). 1] faut y joindre les £uchètes, à qui
Γ C. Sirm. (351). — Soz. Hist. Eccl. 1v, 16.— Soc. 11, bg. — Hi. Trin. var, 3,9. — Theod. Hæret. Fab. 11, 11. — Epiph. Hær. 1xxt. — Mar. Merc. Diss, de x11. anathem, Nestor, — Fig. Taps. Dial. — Vince. Lir. Comm. ce. xvrr.
(2) Eus. Hist. Eccl. vi, 33. — Hier. de Vir. illustr. zx, — Soc. Hist. Eccl. 111, 7.
(3) Æpiph. Hær. Lxv.
(4) Greg. Nyss. adv. Eun, Or. 11, T. 11, p. 44o. ed. 220». — Greg. Naz. Or. xvixr.
l’on reproche d’avoir confondu les trois hypostases divines en une seule (1).
10. Deux autres erreurs directement contraires au Modalisme s'en éloignent jusqu'a l'extrême opposé. C’est le Subordinatianisme, qui, dans la distinction du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, va jusqu’à admettre trois natures tout à fait séparées; et le 7;γἱthéisme, qui reconnaît trois dieux. |
Le Trithéisme, que Praxéas (7ert. Prax. ur) et les Eunomiens (2) prétendaient imputer à la doctrine de l'Église sur la Trinité, et dont le pape saint Denys rapporte que plusieurs évêques avaient pris quelque teinte dans leur opposition contre le Sabellianisme (Ep. adv. Sabell.), se rencontre plus tard chez les Eutychiens, particulièrement chez Jean Philoponus (3), qui, pour établir contre les catholiques l’unité de nature en Jésus-Christ, pose en principe que zature et personne sont une seule et même chose. C’est aussi la doctrine d’Askusnages (4), de Sévère d’Antioche (5), et de plusieurs autres.
(1) Aéyouou ὅτι τρεῖς ὑποστάσεις, Πατρὸς, χαὶ Υἱοῦ, χαὶ Αγίου Πνεύματος, εἰς μίαν ὑπόστασιν ἀναλύονται χαὶ μεταδάλ-λονται. Témoth. τὰ Cot. Mon. Eccl. Gr. τηι. 6.
(2) Greg. Nyss. Quod non tres sunt dii. — Scver. Gabal, Hom. 1v. edit. Venet. p. 159. 177.
(3) Timoth. De recept. hæretic. — MNiceph. Hist. Ecel. xvIIt, 46 sq. — Remy. Ceill, Hist. des auteurs eccles. xvir, p. 528. ᾿
(4) Assem. Bibl. Orient, 11, 327.
LA TRINITÉ. 247 11. Le moyen âge reçut de l'antiquité chrétienne la doctrine de la Trinité dans sa conception précise et dans sa formule nettement arrêtée; et 1] s’efforça de l’approfondir, à la suite et sur les traces des anciens Pères, de saint Augustin particulièrement. Abailard, Richard de Saint-Victor, Henri de Gand, et surtout Raymond Lulle (1) pensent, après Claudien Mamert (de Stat. anim. c. vit), que le dogme de la Trinité peut être démontré par la raison; Pierre Lombard et presque tous les scholastiques soutiennent le contraire. Richard de Saint-Victor conclut de la bonté souveraine l’amour infini, et de l’amour infini l'existence d’un objet de cet amour; ce qui implique qu’il y aiten Dieu plusieurs personnes {Trin. 111, 2, 12); ailleurs, c'est de la félicité souveraine qui ne saurait être sans l'amour infini, qu'il tire sa conclusion (zbid. 1, 3, 12); il la tire encore du principe de la gloire souveraine, qui implique de même pluralité en Dieu (id. 111, 4, 13); or, ajoute-t-il, le sujet aimant et l’objet aimé ont besoin de s’associer un troisième terme qui participe à l'amour infini, aimant avec celui qui aime, heureux du bonheur de celui qui est aimé; il doit donc y avoir en Dieu trois personnes (ébid. 11, 14, 15, 18, 20).
Les autres théologiens du moyen âge soutiennent qu'on ne saurait démontrer la Trinité. Ils se fondent sur ce que Dieu, ne pouvant être connu par la raison
θεῶν λέγειν τετολμήχε. — Cyr. (Scythopol.) Vit. 5. Sabæ n. τινι. in Cotel. Mon. Eccl. Gr. 111, 309.— Timoth. De recept. hæret.
(1) Lib, de articc. fidei. Lib. de demonstratione æquiparent,
qu’en la mesure et de la manière qu'il se mauifeste dans ses œuvres, lesquelles ne nous révèlent qu’une puissance absolue et une sagesse souveraine dans une essence unique, on ne saurait arriver par la raison à une démonstration de la Trinité des personnes.
Ils ne laissent pas cependant de chercher à rendre aussi intelligible qu'il se peut le mystère objet de la foi; ou plutôt ils reproduisent les essais de construction et d'explication donnés par les anciens Pères, et surtout par saint Augustin. Ainsi, nous retrouvons dans Léon ΠῚ l’idée qui met « dans le Père, « éternité; dans le Fils, l'égalité; dans le Saint-Es- « prit, l'union de l'éternité et de légalité (1). » L'autre explication qui voit la personnalité du Père dans la conscience, celle du Fils dans la connaissance, celle du Saint-Esprit dans l’amour, est reproduite partout dans les Scholastiques et dans les Mystiques; et on la retrouve plus tard dans Rusbrock (de Vera contempl., c. xxvs1), dans les sermons de Tauler, et même dans Melanchthon (Loci theol.), dans la confession française (c. vr), et jusque dans Lessing (Fragments théologiques).
Les théologiens du moyen âge emploient aussi comme terme de comparaison le nombre, la mesure et le poids, propriétés essentielles de la substance corporelle (2); la conscience, la connaissance et la volonté, attributs de la substance intelligente (3).
(1) Symb. orthod, fid. ad omn. Orient. Eccl. in Baluz. Miscell. 1. vi, p. 20.
(>) Humbert. adv. Simoniac. 111, 24.
(3) Alcuin. De animæ ratione. 1, vi. Dicta supra illud Genes, : Faciamus hominem, etc.
LA TRINITÉ. 249 Hugues de Saint-Victor trouve une image de la Trinité dans la famille, constituée par trois termes, l'époux , l'épouse et l'enfant (1). Saint Bonaventure en voit un reflet dans la division trichotomique des sciences, οἱ donne à cette idée un développement plein d'intérêt. La philosophie, en effet, se divise en philosophie naturelle, philosophie intellectuelle, et philosophie morale, La philosophie naturelle comprend à son tour la métaphysique, la science mathématique et la physique; la philosophie intellectuelle se divise en grammaire, logique et rhétorique; la philosophie morale, en doctrine monastique, doctrine économique, et doctrine politique (Itiner. in Deum, e. vin). Luther lui-même ἃ comparé les trois personnes de la sainte Trinité aux trois sciences intellec- tuelles, la grammaire, la rhétorique et la dialectique ; et l’on peut dire que plusieurs, parmi les modernes, ont enchéri de beaucoup sur les anciens dans la recherche des objets de toute sorte, où se trouve empreinte l’idée de la Trinité.
12. Les erreurs de l'antiquité n’ont pas non plus manqué de se reproduire dans les siècles postérieurs, et jusque dans les temps les plus rapprochés de nous. On trouve une forte empreinte de Sabellianisme dans les expressions employées par le roi de France Chilpéric (2). Les Bogomiles prétendaient que le Fils et
(x) Est enim vir principium unde mulier, de quibus procedit tertiam, id est proles. Sacram. 1, 28.
(2) Sancta Trinitas non in personarum distinctione , sed tantum Deus nominetur. Indignum enim est ut Deus persona , sicut homo carneus nominetur, Ipse enim est Pater, qui est Fi ius , idemque ipse est Spiritus Sanctus, qui Pater et
le Saint-Esprit étaient sortis du Père, dans le temps, et qu'ils devaient rentrer en lui à la fin des siècles(1). Le médecin espagnol, Michel Servède (2), se pose plus tard en défenseur zélé de la doctrine de Sabellius; le Socinien Blandrata y incline aussi dans ses dernières années; elle est adoptée par Grotius, dans sa Sylv. sacr., par Le Clerc (3), et les Arminiens en général, par Lardner (Letter on the Logos), par le plus grand nombre des Puritains, par le traducteur de Souverain, Lœffler, et par beaucoup d’autres encore. Quant au Trithéisme, on le trouve renouvelé au moyen âge par le père du Nominalisme, Roscellin (4), qui fut réfuté par saint Anselme (de fid. Trin. et incarn.). Bien qu’Abaïlard se soit exprimé çà et là dans le sens du Modalisme, sa manière de parler rappelle aussi bien souvent l'erreur opposée du Trithéisme; ainsi, par exemple, il attribue la puissance au Père, en accorde une partie seulement au Fils, et la refuse tout à fait au Saint-Esprit; ailleurs, au contraire, il ne veut accorder au Père ni la sagesse, ni la bonté(5).
Filius. Sic prophetis et patriarchis apparuit, sic eum ipsa lux nuntiavit. Et sic volumus, ut archiepiscopi, episcopi et reliqui doctores ecclesiarum credant ac doceant. Indicul, de Summ. Trin. (583) in Godast. 1. p. 11.
(1) Euthym. Panopl. P. τι. Tit. xxrrr.
(2) De Trinit. erroribus Il. ναι. Dial. de Trinit. Il, 17.
(3) Liberius a δ. Amour. (Cleric.) Epl. theol. xx.
(4) Il enseignait : In Deo tres personas esse tres res ab invicem separatas , sicut sunt tres angeli; ita tamen , ut una sit voluntas et potestas et tres Deos vere posse dici , si usus admitteret. Anselm. |. 11. Epl. xzr. — D’Argentré x, τ. e
(5) Abæl. Err, 1, Quod Pater sit plena potentia, Filius quædam potentia, Spiritus Sanctus, nilla potentia, Err. ve