‹ Manuel de l'histoire des dogmes chrétiensChapitre 54 sur 55 · Les Pères enseignent unanimement (3) l’uni · texte numérisé non relu

Les Pères enseignent unanimement (3) l’uni

(1) Petr. Chrys. Serm. ext. — Greg. Nyss. adv. Eun. Or. τι. Τὶ 11. p. 403. ed. Mor. — Aug. Nupt. et concup. τι, 34.

(2) Luther. Fœtus in utero, antequam nascimur et homines esse incipimus, peccatum est. In Ps. L. Vide quid sequatur ex illa sententia, si statuamus justitiam originalem non fuisse naturæ, sed donum quoddam superfluum , superadditum, Annon sicut ponis , justitiam non fuisse de essentia hominis, ita etiam sequitur, peccatum, quod successit, non esse de essentia hominis? In Genes. 6. ax, La'formule de Concorde admet, au contraire, une certaine différence (guoddam discrimen) entre la nature de l’homme et le péché originel. Epit, 1. de P. O. affirm. n. 1. 11. Negat,. n. 1x.

(3) Ambros. in Luc, 1. ναι, ἢ. 234, — Aug. Civ. Dei x. 14. Pecc. mer. et rem, 1, 10. n. 11. Jeremias et Joannes, quamvis sanctificati in uteris matrum, traxerunt tamen peccatum originale. c. Jul. Opus Imperf. τν, 134, et souvent ailleurs, — Pet. Chrys. Ad hæc Filius de sinu Patris respondit : Pater, justum est ut carcer non innocentes teneat, sed nocentes.., Quamdiu sub unius hominis culpa, propter Adæ solius noxam... omnes ætates, utrumque sexum, certe parvulos nescientes bonum et malum, hic carnifex ad se trahere

LA CRÉATION, —— L'HOMME. 439 versalité du péché originel, Il n'y a que Jésus-Christ qui soit né sans péché, parce qu'il n'y ἃ que lui qui soit né d’une Vierge (1).

Quant à la sainte Vierge, ils n’enseignent pas qu'elle ait été conçue sans péché (2), mais seulement qu'elle ἃ été sanctifiée après sa conception (3). Saint Jean Damascène (4) ne parle non plus que d’une sanctification postérieure à sa conception ; il en est de même de Paschase Radbert (Opusc. de partu Virginis), de Ratramne (5), de saint Anselme (6), de Hildebert (Tract. theol. c. x), de saint Bernard (7), de Richard

crudeli infestatione non cessat? Pater, ego moriar, ut non moriantur omnes , etc. Serm. Lxv. Per illum et in illo omnes peccaverunt. Serm. xt.

(1) Aug. Peccat. mer. et remiss. 11, 20. ἢ. 34. — Ferrand, Epl. ad Anatol. (Diac. Rom.) c. 1v. — Beda. De circumcis. Domini., Hom. in Oct. Epiph. — Servat. Lup. De trib. quæstt,

(2) Aug. ο. Julian. Op. imp. 1v, 122. — Fulgent. De incarn. et grat. c. vi. — Ferrand. Epl, ad Anatol, c. 1v. — Cfr. aussi Hilar. in Ps. τι, 8.

(3) Greg. Nyss. Or. xxxvur.

(4) Orth. fid. τὶ, 2. Dormit. deipar. Or. 1.

(5) De eo, quod Christus ex virgine natus. c. 117.

(6) Tr. Cur Deus homo τι, 16. Concept. virgin. 6. xvrir. Mais la critique a établi que ce livre n’est point de saint Anselme,

(7) Epl. erxxx1v, où il blâme les chanoines de Lyon de s'être permis de célébrer la fête de la Conception, sans en avoir demandé l'autorisation à Rome, Au reste, cette fête était reconnue depuis longtemps déjà dans l’église de Tolède , et aussi en Angleterre, où on la célébrait au temps de saint Anselme. L'usage en vint d'Angleterre en Normandie, d’où il se répandit par toute la France, puis en Italie et à Rome (Bened. x1v. de fest. beat. Mar. virg. 11, 15. n. 21). En

de Saint-Victor (1), d'Engelbert (2), d'Odon de Cambray (3), de Pierre le Vénérable (L. m, epist. νη)» d'Albert le Grand (L. 11. Dist. 11. Art. 1v), de saint Thomas (4).

Saint Ildefonse de Tolède (5), Pierre de la Celle (6), Pierre de Blois (7), Guibert (de laude S. Mariæ ), Alain de Ryssel se prononcent au contraire en faveur de l’Immaculée Conception. C’est Duns Scot(8), qui a le plus contribué à répandre cette pieuse croyance; il réussit même à faire prendre à l’Université de Paris une décision tendant à exclure des degrés académiques quiconque ne s’engagerait pas préalablement par serment à soutenir cette opinion (9); décision qui fut renouvelée en 1497, et adoptée plus tard dans les mêmes termes par d’autres universités (10). L'opinion contraire des Dominicains fut condamnée en 1384

Orient, nous trouvons cette fête mentionnée dans une Novelle de Manuel Comnène (+ 1180) (Bered. xxv. ibid. ἢ. 17 sq.) ; plus tard elle fut approuvée par les conciles d’Oxford (1222) et de Canterbury (1328).

(1) De Emmanuel, τι, 25 sq.

(a) De grat. et virt. beat. Mar. virg. P. 1v. 6. 111. (3) Exposit. sacr. can, miss. Dist. 111.

(4) Summ. P. m1, qu. xxvir. Art. 1, 11, (5) Contra eos, qui disputant de perpet. virg. S. Mar. (6) De Assumpt. beat. Mar. virg. Serm. 1rr. id, 1. 1x. Epl. 1x. (7) De Nativ. beat. Mar. virg. Serm, xxxvnr.

(8) Sent. lib. ar. Dist, ar. qu. 1. Cfr. 1. τι. Dist. xvrrr, qu. 13. Cfr. aussi son Rosar. beat. Mar, virg.

(9) Wadding. Ann. ff. min. vi. p. 51 sq.

(10) Celle de Cologne, 1499. D’Argentré T. rtr. P. 11. p. 1 56. Celle de Mayence, 15o1. Les universités d’Espagne, 1617. D'Aargentré cit. p. 190.

par la même Université de Paris comme fausse et scandaleuse (1); les thèses soutenues en 1387, par le professeur Jean de Montesono contre lImmaculée Conception excitèrent également Pindignation de l'Université (2). Le concile de Bâle chargea le dominicain Turrecremata, maitre du sacré palais sous Eugène IV, de faire un rapport sur cette question vivement débattue par les théologiens. Plus tard, bien que Turrecremata se fût retiré avec la partie la plus saine du concile, et qu'il eût gardé son travail par devers lui, le concile n'en fit pas moins un décret tout à fait favorable à l'opinion de l'Université de Paris (Sess. xxxvi). Gerson se déclara positivement dans le même sens (3), aussi bien que Wessel (Caus. incarn. xv). Le concile de Trente se contenta de déclarer (Pallav. vu, 3,n. 8) qu'il n'avait pas l’intention de comprendre la sainte Vierge dans son décret sur le péché originel; et il renouvela les bulles publiées à ce sujet par Sixte IV (8655. v). On sait assez, du reste, que le sentiment favorable à l’Immaculée Conception n'a jamais obtenu d’être regardé comme un dogme, malgré la faveur qu’il a toujours eue près des souverains pontifes (4), et les efforts tentés plus d’une fois en ce sens par les Franciscains et par les rois d’'Es-

(1) Boulay Hist. univ. Paris. T. 1v. p. 600.

(2) Spondan. ann. 1387. n. 12.

(3) 11 dit que c’est là une de ces vérités, quæ noviter sunt revelatæ vel declaratæ tam per miracula, quæ leguntur, quam per majorem partem Ecclesiæ, quæ hoc modo tenet. Serm. de Concept. beat. Mar. virg. 1 Consid, in Opp. T. τῆ, p. 1330. ed. Du Pin.

(4) νον. S. Liguori 1. vrr. De excom. dub. 1v. Art. 1x.

449 SÉCONDE PARTIE. — CHAPITRE 1.

pagne (1). Il est remarquable que Jacob Bæœhme luimême admet que la sainte Vierge a été exempte du péché originel (2), Dieu ayant conservé sa substance immaculée malgré la chute d'Adam; c’est pour cela qu'elle n’a pas éprouvé non plus la corruption du tombeau.

26. La foi de l’Église est que non-seulement le péché, mais aussi les suites du péché, ont passé aux descendants du premier homme; savoir, la mort dans le sens le plus compréhensif du mot (3), lignorance (4) et la concupiscence (5), les souffran-

(1) Philippe ΠῚ, sous Paul V; Philippe IV, sous Grégoire XV.-— Voy. Wadding. Hist. legat. Philipp.

(2) Incarnation du Christ. P. 1. c. 1x. ἢ. 18. 19.

(3) Pacian. de Bapt. n. 1. — Greg. Naz. Serm. xxxvru. — Sev. Gab. Mundi creat. Or. vr. n. 2.

(4) Tat. Græc. x111. XIV. XXX. — Macar. Hom. xx1v. n. ἃ. De libert, ment. n. 21. — Aug. Nam quod ad primam originem pertinet, omnem mortalium progeniem fuisse damnatam, hæc ipsa vita, si vita dicenda est, tot et tantis malis plena testatur. Quid enim aliud indicat horrenda quædam profunditas ignorantiæ , ex qua omnis error existit, qui omnes filios Adam tenebroso quodam sinu suscipit, ut homo ab illo liberari sine labore, dolore, timore non possit ? Civ. Dei xxrr, 22, n. 1, — Gregor. Humana quippe natura primorum hominum vitio ἃ paradisi gaudiis expulsa lumen invisibilium perdidit, et totam se in amorem visibilium fudit, tantoque ab æterna speculatione cæcata est, quanto foras deformiter sparsa, unde fit ut nulla noverit, nisi ea quæ corporeis oculis, ut ita dixerim, palpando cognoscit. Homo enim qui, si præceptum servare voluisset, etiam carne spiritalis futurus erat, peccando factus est etiam mente carnalis, ut sola vogitet, quæ ad animum per imagines corporum trahit. In Job. v, 34. n. 62.

(5) Clem, Coh, χι, — Method, de Resurr. c: 1, 11. — Macar,

ρος ner ἀν νοὶ

ces (1)et la mort corporelle (2. Cependant on ἃ toujours reconnu que le péché n’a pas anéanti l’image de Dieu dans l'homme (3), point de doctrine sur lequel on ne trouve dans l'antiquité, en désaccord avec l’enseignement général, que les seuls Origénistes (4). La

lib, ment. n,27.— Aug. Quid amor ipse tot rerum vanarum atqne noxiarum , et ex hoc mordaces curæ , perturbationes, mœærores , formidines , insana gaudia, discordiæ, lites, bella, insidiæ , iracundiæ... luxuria, petulantia, impudicitiæ?. . : Verum hæc hominum sunt malorum , ab illa tamen erroris et perversi amoris radice venientia , cum qua omnis filius Adæ nascitur, Nam quis ignorat cum quanta ignorantia veritatis, quæ jam in infantibus manifesta est; et cum quanta abundantia vanæ cupiditatis, quæ in pueris incipit apparere, homo veniat in hanc vitam, ita ut si dimittatur vivere ut velit, et facere quidquid velit, in hæc facinora et flagitia, quæ commemoravi, et quæ commemorare non potui, vel cuncta vel multa perveniat ? Civ. Dei xx11, 22. n. 1. Peccat. mer. et rem. it, ἡ. — Greg. M. in Job. v, 34. n. 61.

(1) Theoph. Autol. 11, 25. — Greg. Nyss. in Ecclesiast, Hom. νι. Hom. in Princ. Jejunii.

(2) Justin. Tryph. n. zxxxvur. — Tat. Græc. vit. ΧΙ. — Tren. V, 12. n. 3. — Theoph, Autol. 11, 25. — Tert. Anim. 1.11. adv. Marc. 11, 9. v, 25. — Cyp. Pat. — ZLact. Inst, 11, 13. — Hil, in Ps. zxrr. ἢ. 6. — ÆEphrem. Necros. c. xxx1. — Victorin. Phys. c. xvr, — Greg. Nyss. de Virginit. c. ΧΙ. — Greg. Naz. Carm. 11. x1. 44. 45.

(3) Æpiph. Hær. 1xx. n. 3. — Cyr. adv. Anthrop. c. v. x. — Aug. Sp. et lit. 6. xxvur. Retr. 11, 24. — Cfr. Gen.1x, τ sq. — 1 Cor. x1, 7. — J'ac. 111, 1.

(4) On leur reproche de s’être avancés jusqu’à prétendre que l’image de Dieu et sa ressemblance ont été entièrement détruites dans l'homme par le péché, et qu'il ne lui en est rien resté après son expulsion du Paradis, — Æpiph. Epl. ady.

liberté, en particulier, est attribuée à l’homme comme faculté propre (1), après le péché comme avant; les expressions si claires de l'Ecriture (2) ne permettent pas, d’ailleurs, de penser autrement. Saint Augustin, entre autres, affirme de la façon la plus solennelle la permanence du libre arbitre après la chute (Contr. Epist. Pel. 1, 2), et il fait observer que Dieu n’opère pas notre salut en nous comme il opère le mouvement dans les pierres et les substances inanimées (3).

D’après Théodore de Mopsueste, la mort ne fut

Joan. Jeros. — Hier. Epl. xxxvi11. ad Pammach. de error, Joan. Jeros.

(1) Justin. Apol. 1,24. — Athen. Leg. xx1v. — Clem. Strom, IT, 4. 11, 9. IV, 20. — Orig. Princ. Prol. n. b, — Min. Fel. Octav. xxxvr. — Tert. Marc. 11, 5. — Cyp. Epl. τιν. Exhort. cast. c. 11. — Cyr. Cat. 1V, 21 etc.

(2) Gen. 1v,7.— Deut. xxx, 1. 2. 8 etc. — Jos. χχιν, 14. 15.22. — 15.1, 19. 20.— Jerem. xx1, 8. — Sirac. xV, 14-16. — Matth. κνι, 24. XIX, 17. 21. XXI, 37. — Joan. νι, 68.

VIT, 17. — Rom. 1, 21. 11, 14. 15. VI, 18. ΧΙ, 2, — 1 Cor. vis. 37. — 1 Thess, v, 21. — Eph. v, το. 15 sq.

(3) Non sicut in lapidibus insensatis, aut sicut in eis in quorum natura rationem voluntatemque non condidit , salu tem nostram Deus operatur in nobis. De Peccat. mer. et remiss. 11. n. 6. Prorsus hoc credite, sic vos agere bona voluntate, Quia vivitis, utique agitis. Non euim adjutor est ille si nihil agatis : non enim cooperator est ille, si nihil operamini... Neque enim templum suum sic de vobis ædificat Deus, quasi de lapidibus qui non habent motum suum; levantur, ab structore ponuntur. Non sic sunt lapides vivi= Et vos tanquam lapides vivi coædificamini in templum Dei, Ducimini , sed eurrite et vos : Ducimini, sed sequimini, etc. Serm, cLvi (alias Χαμ), n. 13.

nullement pour Adam une suite de son péché (1), bien que ce soit pour ce péché que le genre humain yaété condamné. Les Pélagiens enseignèrent aussi que le péché de nos premiers parents n’a pu altérer en rien la condition de leurs descendants (2); que le péché n’est rien, qu'il ne saurait donc altérer la substance de l’homme (3); que la concupiscence et amour charnel sont bons, puisque autrement Île mariage serait criminel, ce que l’on ne saurait dire (4); à quoi saint Augustin répliquait que linstinct sensible est certainement bon en soi, mais non pas l'excès et l'abus qu’on en peut faire (Cont. Jul, vs, 14, 18). Dans leur orgueil égoïste, ils attribuatent aussi à l’homme une véritable impeccabilité, fondée sur la force de son libre arbitre; c’est cette prétention que saint Jérôme a particulièrement combattue dans son Dialogue contre les Pélagiens. En général, l'excès des Pélagiens, ce fut l’optimisme qui leur faisait revendiquer pour l’homme la perfection la plus élevée, à l’état permanent, en même temps qu’ils écartaient bien loin de lui tout ce qui sent l’imperfection; ce que saint Jérome leur reproche avec une amère ironie (5).

(1) Voy. les fragments rapportes par Pot. Cod. czxxvir.

(2) Pelag. lbell. fid. Epl. ad Innoc. — Cælest. Profess. fid. — Aug. Hær. zxxxvirr, Don. persev. c. 11. — Mar. Merc. Commonit. €. 1. n. 1.

(3) Aug. Nat. grat. 6. XIx. n. 21.

(4) Aug. cont. Jul. 11, 1. vi, 8,

(5) Reprehendis Deum , quare hominem fecerit hominem? reprehendant et angeli, eur angeli sint. Omnis creatura causetur, quare id sit quod condita est, et non id quod condi

28. En regard et à l'extrême opposé de la doctrine pélagienne, qui rejette absolument le péché originel avec toutes ses conséquences, nous trouvons les vues et les doctrines soutenues par les réformateurs du xvr'° siècle. D’après Calvin, la chute a complétement détruit dans l’homme la liberté et toutes les facultés spirituelles (1); toute sa nature n’est que concupiscence et semence de péché (Inst. 117, 1, n. 8), et ainsi tout ce qu'il fait n’est rien que péché (44. n. 9). Luther enseigne aussi qu'il n’est resté dans l’homme ni libre arbitre, ni puissance quelconque, pour tout ce qui tient à l’ordre du salut (2); que toute force

potuit, Scilicet nunc mihi puerilibus declamatiunculis ludendum est, et a culice atque formica usque ad Cherubim et Seraphim veniam, cur non singula in meliori statu condita sint, Quumque ad excelsas venero potestates, causabor et dicam : quare Deus solus tantum Deus sit et non omnia deos fecerit. Aut enim impossibilitatis juxta te, aut invidiæ reus erit. Reprehende eum, eur et diabolum in hoc mundo esse concedat, et aufer coronam, quum certamen abstuleris. Adv. Pelag. 1, ax, n, DAT 19. Poux. p: 595, ed: Mat,

(1) Inst. 1, 2. dans le titre : Hominem arbitrii libertate nunc esse spoliatum et miseræ servituti addictum. Ibid, n, 1. Nimis etiamnum commendantur vires nostræ, dum baculo arundineo comparantur.

(2) Cæterum erga Deum, vel in rebus quæ pertinent ad salutem, non habet liberum arbitrium, sed captivus subjectus et servus est vel voluntatis Dei, vel voluntatis Satauæ. De serv. arbitrio ad Erasm. fol. 178. T. 111. ed. Jen, Quod autem de miraculis dixi, idem de sanctimonia dico. Si poteritis in tanta serie sæculorum , virorum, et omnium quæ memorasti, ostendere unum opus (sit etiam levare stipulam de terra) aut unum verbum (sit etiam syllaba my) vel unum cogitatum ex vi liberi arbitrii (sed vel tenuissimum suspirium),

LA CRÉATION. — L'HOMME. 447 spirituelle dans l’homme a été non pas seulement détériorée, mais totalement anéantie (1); que l’image divine a été effacée en lui de façon à n'y laisser aucune trace (2); que tout l'être de l'homme n’est que péché, et que toute son activité va au péché (3) et au péché mortel, Au reste, à parler strictement, Adam ne pouvait, au point de vue de Luther, perdre par la chute son libre arbitre, puisqu'il n’en avait, πὶ n'en pouvait avoir; Luther s'étant fait de la prescience divine une idée qui rend impossible 4 priort

quo vel applicuerunt se ad gratiam, vel quo meruerunt spiritum , vel quo impetraverunt veniam, vel quo aliquid, cum Deo egerunt, quantumvis modiculum (taceo, quo sanctificati sint) , iterum victores vos estote, et nos victi, ex vi (inquam) et nomine liberi arbitrii. Ibid. fol. 179. — Aug. Confess. cxwIt, — Apol, Art. vit. n. 732. — Form. Concord, Epit. Art. 11. Affirm. c. 1. ἢ. 2. — Solid, declar, τ. de lib. arbit. | DE AE RE

{1) Je dis donc que les puissances spirituelles ont éte non pas seulement altérées, mais entièrement et totalement détruites par le péché, dans les hommes aussi bien que dans les démons ; en sorte qu'il ne nous reste plus qu’une intelligence corrompue, qui ne pense et ne s'applique à rien autre chose qu'à ce qui est contraire aux commandements de Dieu. Propos de table, c. x. 5 4.

(2) Solid. declar. 1. de Pecc. orig. 5. 9. Docetur, quod peccatum originis sit horribilis defectus concreatæ in paradiso justitiæ originalis, et amissio seu privatio imaginis Dei.

(3) Melanchthon. loc. comm, de pecc. act. et de peccat. diserim. Luther. Nous disons donc que même les meilleures pensées, dans le sens du service ou de la volonté de Dieu, ne sont que ténèbres et aveuglement. Propos de table, c. x. 5. 3, — Les œuvres de l’homme, quelque bonnes et belles qu’elles puissent ètre, ne sont, à tous égards, que des péchés mortels. Dispute d’Heidelberg, 1518. Thèse ur,

toute liberté dans la créature (1). La formule de concorde, expression de la doctrine luthérienne dans la forme la plus rigoureuse, réduit l’homme, quant au* choses spirituelles, à l’état d’une souche ou d’une

pierre (2).

Calvin s'exprime au sujet de la corruption de Fhomme en termes tantôt plus durs, tantôt plus modérés. Il dit dans un endroit que l’image de Dieu dans l’homme a été presque entièrement détruite par le péché (Inst. 1, 15. δὶ 14); ailleurs, il dit simplement

, AU ,ὔ .

qu'elle ÿ a été anéantie (Inst. 111, 2, ἢ. 12); que toute liberté ἃ été perdue (Inst. 11, 2, dans le titre); que toutes les facultés spirituelles ont été éteintes en lui (Inst. 11, 2, n. 12; m1, 20, ἢ. 2); que c’est beaucoup trop encore de les comparer à un roseau (bid. 11, 2, ἢ. 1); que l'homme possède sans doute l’intel-

(1) Est itaque hoc imprimis necessarium et salutare Christiano , nosse quod Deus nihil præscit contingenter, sed quod omnia incommutabili et æterna infallibilique voluntate et prævidet et proponit et facit. Hoe fulmine sternitur et conteritur penitus liberum arbitrium. Ideo qui liberum arbitrium volunt assertüum , debent hoc fuimen vel negare, vel dissimulare, aut alia ratione a se abigere. De Serv. arbit. ad Érasm. T. ur, fol, 170. Jen. Si enim dubitas aut contemnis nosse, quod Deus omnia non contingenter, sed necessario el incommutabiliter præsciat et velit, quomodo poteris ejus promissionibus credere, certo fidere et niti? Ibid. fol. 157.

(2) Ex sese et propriis naturalibus suis viribus nihil inchoari, operari aut cooperari potest, non plus quam lapis, truncus aut limus. Solid. decl. 11. de lib. arbit, $ 21.— Zuther. Notre volonté est purement passive , et n'agit en aucune facon dans l'œuvre de sa conversion. Propos de table, €. x. ς 8.

LA CRÉATION. — L'HOMME. 419 ligence et la volonté, qui le rendent capable de connaître les arts et les sciences (#id. n, 2, $ 15), qu'il a même comme des éclairs de connaissance de Dieu (#bid. n, 2, $ 12), mais que c’est Dieu qui les lui donne afin de pouvoir le condamner (1); que l’homme est corrompu d’outre en outre, qu'il ne veut rien que le mal (2), que sa nature n’est que concupiscence (#bid. u, 1, ἢ. 8); que tout ce qui est en lui, est péché (3); que tout ce qu'il fait, est péché (ibid. im, 2); que toutes ses vertus sont des vices (zbid. 1, à, n. 19).

Les confessions des réformés se rapprochent de Calvin les unes de plus près, les autres de plus loin. Quelques-unes disent que l’homme est entièrement corrompu (4), d’autres se bornent à dire que son état de corruption est tel, qu'il ne saurait rien faire de bon (5). La confession belge reconnaît à l’homme quelques faibles traces de ses facultés primitives (ce. xiv), et la première confession helvétique rejette la comparaison luthérienne de l’homme avec une

(1) Præbuit quidem ällis Deus exiguum divinitatis suæ gustum , ne ignorantiam impietati obtenderent, et eos interdum ad dicenda nonnulla impulit, quorum confessione convincuntur, Inst. 11, 2. $ 18.

(2) Cor peccati veneno ita penitus delibatum, ut nihil quam corruptum fœtorem efflare queat. Inst. 11, 5. n. 19. Ac proinde quidquid ab eo procedit, in peccatum imputari, Ibid. ἢ. 9.

(9) Quidquid in homine est, peccatum est. Inst. 1191, n. 8.

(4) Conf. Gallic. c. x. x1. — Conf. Scot. Art. rt.

(9) Conf. Hele. 11. c. xx. 111. c. 1, — Conf, Anglic. Art. IX. N

souche ou une pierre, déclarant que c’est là une erreur manichéenne (c. 1x. Cf. Syn. Dordr. Exp: Doctr. c. in et 1v, n. 4. 16).

D'après Zwingle, l’homme est tout entier nuit et ténèbres (1); toutes ses pensées et toutes ses actions sont des péchés (2). OEcolampade enseigne aussi que, comme tout ce que Dieu fait est bon, quelque mauvais qu'il paraisse être, de même tout ce que l’homme fait est mauvais, quoiqu'il paraisse bon (3); il dit ailleurs que toutes les bonnes œuvres de l’homme sont des péchés, et toutes ses vertus des vices (4). Bucer tient tout à fait le même langage.

29. [ Parmi les suites du péché originel, il faut signaler encore le penchant au péché, que l'Écriture

(1) Qui totus caligo est et tenebræ, imo qui mortuus est, qua ratione fieri potest ut aliquid Deo dignum gerat. De. canone Missæ epichiresis. Τὶ, 111. p. 96.

(2) Quod si inter fideles invenias, qui negent gloriæ compendiique privati studio omnia ab homine fieri, jam pro explorato habeas, ipsos fideles non esse, sed carnales peccatique mancipia... fixum tamen ac immotum stat, quod omnia cujusvis hominis consilia peccatum sunt, quatenus ut homo consulit. Ver. fals. relig. p. 171. vol. ru.

(3) Quamvis enim ratio nostra relatret et non intelligat, concurrit tamen cum sanctissima et justissima Dei voluntate peccatrix nostra voluntas et nos propter peccata nostra sumus inexcusabiles et Dei puritas salva manet. Etenim opera mala , quatenus a Deo fiunt, jam non mala, sed bona sunt, sicut et opera in specie bona, quatenus a nobis, in nobis et per nos fiunt, quibus est saucia originali peccato natura, verissime mala sunt. In Jes. I. 111. fol. 72.

(4) Peccatum est, quidquid fiat; etiam virtutes illæ philosophicæ peccata sunt, In 165. |. xv. fol, 123.

LA CRÉATION. —— L'HOMME. 451 désigne par les différents noms de péché, de chair, de concupiscence , de loi des membres, de vieil homme, d'homme extérieur, et qui devient en chacun de nous la source tristement féconde des péchés actuels. |

Tous les docteurs de l'antiquité reconnaissent de la façon la plus explicite, d’après les expressions formelles de Ecriture Sainte (1), une différence de gravité dans les péchés actuels, peccata actualia, comme les appelle déjà Cassien (Coll. x, 7). Origène parle de petits péchés (2) et de grands péchés, comme il parle de petits et de grands commandements (3); 1} distingue les fautes mortelles, qui ne peuvent jamais être remises, les fautes graves qui ne sont remises que rarement ou qu’une seule fois, et les fautes ordinaires, qui peuvent être souvent remises (in Lev. Hom. xv, n. 29). Tertullien parle dans le même sens des péchés ordinaires, dans lesquels nous tombons tous journellement (4), et qu'il

(a) Matth. v, 22. vi, 3. 5. x1, 24. x11, 31, 32. — Joan. XIX, 11. — 1 Joan. 1, 8-10. 1V, 16. 17.—1 Cor. v, 1.— Gal. V, 19-21. — 1 Tim. v, 8.

(2) Neque de peccato parvo negligas, quoniam ex uno peccato generatur et aliud. In Num. Hom. xxr11. n, 7. Beatus est igitur, primum qui non peccat, secundo, ut in collectione aliquis saltem tenue peccatum habeat. Et inter ipsa quoque tenuia atque subtilia est diversitas peccatorum, In Luc. Hom. xxxv.

(3) Ad comparationem mandatorum alia sunt minima. In Matth. Comm. Ser. n. 2.

(4) Et hic enim illam (distinctionem peccatorum) Joannes commendavit {1 Joan. 11, 1), quod sint quædam delicta quotidianæ incursionis, quibus omnes sumus objecti. Cui enim non accidit, aut irasci inique, et ultra solis occasum; aut et

trouve désignés dans saint Jean (1 Epist. 1, 1); on sait assez, d’ailleurs, qu'il en vint à regarder certains péchés comme pouvant être remis par l'Église, et d’autres, au contraire, comme irrémissibles, et que ce fut ainsi qu’il devint montaniste. Sant Cyprien distingue aussi les fautes journalières et les péchés graves. Saint Ambroise déclare les péchés de l'esprit plus graves que ceux de la chair (Apol. David. 1, 9, n. 49; 13, n. 62). Saint Augustin divise les péchés eu péchés très-graves, qui exigent une pénitence rigoureuse, en péchés moins graves, qui n’entraînent point l’excommunication, et en péchés purement νόniels (de fid. et opp. c. xxv1). Saint Jérôme (1) soutient, ex professo, la distinction des péchés, contre Jovinien, qui, à l'exemple des anciens stoïciens (2), prétendait que toutes les fautes, aussi bien que toutes les bonnes actions, sont égales. Au moyen äge, les Cathares (3) enseignèrent aussi l'égalité de tous les

manum immittere, aut facile maledicere, aut temere jurare, aut fidem pacti destruere; aut verecundia, aut necessitate mentiri ? In negotiis, in officiis, in quæstu;, in victu, in visu, in auditu, quanta tentamur, ut si nulla sit venia istorum, nemini salus competat! Pudic. c. xx.

(1) Sunt peccata levia, sunt gravia. Aliud est decem millia talenta debere, aliud quadrantem. Et de otioso quidem verbo, et adulterio rei tenebimur ; sed non est idem suffundi, et torqueri ; erubescere, et longo tempore cruciari. Δαν, Jovin. Ἰ. 11, n. 30. T. 1v. P. 11. p. 222. ed. Martian.

(2) Diog. Laert. vir, 1. ἢ. 64.— Stob. Eclog. 11, 7. T. τι. P.1. p.219. ed. Heeren. — Hier. In hoc enim delirant Stoici, paria contendentes esse peccata. Dial. adv. Pelag. 1. 1. T. 1v. P. 11. p. 496. ed. Mart.

(3) Moneta adv. Cathar. 1v, 12. $ 1 sq.

péchés; les Luthériens et les Calvinistes ont reproduit cette doctrine; toutefois, la première confession helvétique reconnait entre les péchés une différence de gravité (c. vin).

$ 3.— La Providence, +

SOMMAIRE

1. Dogme de la Providence. — 3, Preuves de la Providence. — 3. Universalité de la Providence. — 4. Action divine conservatrice, — 5. Gouvernement du monde par la Providence.

1. Les anciens définissent la Providence, le soin que Dieu prend de tout ce qui est (1).

Le dogme de la Providence forma de tout temps un article capital dans la croyance chrétienne, qui dut le proclamer et le maintenir contre le paganisme, et particulièrement contre l’Aristotélisme (2), l'Épicuréisme (3) et le Stoïcisme (4), et aussi contre le Gnosticisme et le Manichéisme. Tous les Pères (5)

(1) Nemes, Πρόνοιά ἐστιν ἐχ Θεοῦ εἰς τὰ ὄντα γινομένη ἐπιμέλεια, Nat. hom. c. xzur. ap. Galland. T. vir. p. 419. — C’est aussi la définition de Joan. Dam. Orth. fid. 11, 29.

(2) Orig. in Ps. xxxv, 6. — Theod. Provid,

(3) Lucret. Rer. Nat. v, 196 sq. νι, 389 sq. — Plin. Hist, Nat. 11, 7. — Lucian. passim.

(4) Cfr. Marc. Aur. de se ipso. vix, 7.

(5) Zren. Providentiam autem Deus habet omnium... Necesse est igitur ea, quæ providentur et gubernantur, cogno-

scere suum directorem. 111, 25. n. 1. — Athen. Kai μὴν οὐξὲν, εἰ μὴ προνοεῖ, πεποίηχεν. Leg. virr. — Clem. Ἢ γὰρ

\ \ , EN Ἅ , e \ 4 αν χατὰ τὴν θείαν παράδοσιν φιλοσοφία ἵστησι τὴν πρόνοιαν χαὶ βε-

établissent ce dogme important, sur lequel Théodoret a même écrit un traité spécial (Lib. de Provid.) contre Diagoras de Melos. -

2, C’est dans le dogme de la création que les Pères trouvent la preuve de celui de la Providence. Dieu prend soin de tout, parce qu’il n’y ἃ rien qui ne soit son œuvre (1); puis, on ne saurait indiquer un motif pour lequel il ne prendrait pas soin de tout ce qui est. Si Dieu, dit Nemesius, refusait de prendre soin des créatures, ce serait ou bien par paresse, et parce qu’il redouterait la fatigue attachée au gouvernement du monde, ou bien parce qu’il trouverait un tel soin indigne de sa grandeur. Or, on ne saurait dire ni l’un ni l’autre; la paresse, en effet, suppose amour du plaisir ou crainte de la peine, deux sentiments qu'on ne peut admettre en Dieu. Il ne serait pas plus raisonnable de trouver inconvenant que Dieu prenne soin de la création; car Dieu n’est pas orgueilleux, et rien n’est à ses yeux petit ou im-

Got. Strom. 1, 11. — Orig. Usque ad consummationem sæculi ab earum provisione et dispensatione non cessat. In Num. Hom. xxmi. ἢ. 4. — Min. Fel. Quid enim potest esse tam apertum, tam confessum, tamque perspicuum, cum oculos in cœlum sustuleris, et quæ sunt infra circaque lustraveris, quam esse aliquod numen præstantissimæ mentis, quo omnis natura inspiretur, moveatur, alatur, gubernetur? Octav. xvit, — Lact. Secundus vero gradus (sapientiæ) perspicere animo, quod unus sit Deus summus, cujus potestas ac providentia effecerit a principio mundum, et gubernet in posterum. [νὰ Dei c. 11. — ÆEus. adv. Hierocl, de Resurr. 1. 1 ( Gall. IV. ἢ. 479 Sq.).

(1) Athen. leg. vrir. — Nemes, Nat, hom. xzrir,

pur (Nat. hom. xuiv). L'auteur des ARecognitiones attribuées à saint Clément, s'exprime ainsi sur ce sujet (vi, 10):« S'il n’y a pas de Providence, c’est en vain « que l'âme se porte à la vertu; c’esten vain qu’elle « observe la justice, puisqu'il n’y a personne qui « puisse un jour payer au juste le prix de ses mérites.»

On établissait aussi le dogme de la Providence par l’ordre qui règne dans le monde sensible (1), par la loi qui domine dans la conscience (2), par le bienfait de la venue de Jésus-Christ (3), par la punition des méchants et la récompense des bons (4).

Les Manichéens trouvaient une objection sérieuse contre la Providence dans le fait de la pluie qui tombe sur la mer et sur les rochers; Titus de Bostra leur répond que Dieu n’est point avare de la pluie; que d’ailleurs l'eau qui tombe sur les rochers alimente les sources (Manich. n, 32); il explique aussi par le principe de la variété et des contrastes (n, 1), tout ce qui leur semblait être un désordre dans la nature. Relativement au mal commis par les hommes, Clément d'Alexandrie (5) et saint Augus-

(1) Min. Fel. Oct. χντι. — Tit. Bostr. adv. Manich. 11, 11. — Chrys. ad eos qui scandalizati sunt. 1, 5. 7.

(2) Chrys. ad eos qui scandal. 1, 8.

(3) Chrys. ad eos qui scandal, τ, 8.

(4) CArys. in Ps. 1x. n. 4.

(5) Clem. Μέγιστον γοῦν τῆς θείας προνοίας, τὸ μὴ ἐάσαι τὴν ἐξ ἀποστάσεως ἑχουσίου φυεῖσαν χαχίαν, ἄχρηστον χαὶ ἀνωφελῇ ΄, \ \ \ ΄ 7. A = A 7] Ὁ \ μένειν, μηδὲ μὴν χατὰ πάντα fhubepav αὐτὴν γενέσθαι" τῆς γὰρ θείας σοφίας, καὶ ἀρετῆς, χαὶ δυνάμεως ἔργον ἐστιν, où μόνον τὸ ἀγαθοποιεῖν - φύσις γὰρ, ὡς εἰπεῖν, αὐτὴ τοῦ Θεοῦ, ὡς τοῦ πυρὸς

A L4 A! La \ \ LA 2 \ 2 1 τὸ θερμαίνειν, καὶ τοῦ φωτὸς τὸ φωτίζειν" ἀλλὰ χἀχεῖνο μάλιστα,

tin (1) font observer que la sagesse et la puissance de Dieu le tournent et le changent en bien. Quant au mal dont l'homme juste est si souvent ia victime ici-bas, les Pères remarquent qu'il n’est pour lui qu’un moyen de salut (2).

Saint Thomas démontre la Providence par la prescience et la toute-science de Dieu; puisque, en efἔοι, 1] connaît toutes choses, 1] veut aussi l’ordre en toutes choses; et cet ordre qu’il veut, il le résout et le réalise (Cont. Gent. im, 7). C’est par la justice et la bonté de Dieu que Moneta prouve qu’il prend soin de toutes les créatures; il prend soin des animaux, puisqu'il les pourvoit de tout ce qui leur est nécessaire; il prend soin des hommes, puisqu'il fait profiter à leur salut tout ce qu'il leur envoie, même la souffrance (adv. Cath. v, τι, $ 6).

3. Tous les Pères admettent la Providence comme universelle, comme s'étendant à tout (3); mais ils re-

τὸ διὰ χαχῶν τῶν ἐπινοηθέντων πρός τινων, ἀγαθόν τι χαὶ χρηστὸν τέλος ἀποτελεῖν, χαὶ ὠφελίμως τοῖς δοχοῦσι φαύλοις χρῆσθαι, χαθάπερ καὶ τῷ Ex πειρασμοῦ μαρτυρίῳ. Sirom. 1, 17.

(1) Multa enim fiunt quidem a malis contra voluntatem Dei, sed tantæ est ille sapientiæ tantæque virtutis, ut in eos exitus sive fines, quos bonos et justos ipse præscivit, tendant omnia, quæ voluntati ejus videntur adversa. Civ. Dei ΧΧΙΙ, 2. — Cfr. adv. Faust. xx11, 78.

(2) Ti. Bost. adv. Manich. τι, 9. 10. 12-16. — Nemes. Nat.

hom. xziv. — Amb. Offic. 1, 12. — Dion. de div. Nom. c. VIT.

(3) Zren. Hær. 111, 25. ἢ. 1. v, 18. n. 3. — .Tert. Possum

dicere, porcorum (dans lesquels entrèrent les démons) quoque setas tune numeratas apud Deum fuisse, nedum capillos

connaissent en même temps en Dieu la distinction d’une sollicitude plus où moins étendue selon la mesure de dignité des créatures, en sorte qu'il prend plus de soin des êtres doués de raison que des créatures irraisonnables (1), plus de soin aussi de l’ensemble que des individus (2); les Scholastiques suivent en ce point la doctrine des Pères (3). Mais l’umiversalité de la Providence divine devait être miée, et l’a été en effet, par les hérétiques qui regardaient le monde matériel comme une production du mau-

sanctorum. Fug. in persec. 11. adv. Jud. 11. Anim, xx. — Min. Fel. Oct. xvu.

(x) Hier. Sicut igitur in hominibus etiam per singulos Dei currit providentia, sic in cæteris animalibus generalem quidem dispensationem et ordinem, cursumique rerum intelligere possumus ; verbi gratia, quomodo nascatur piscium multitudo, et vivat in aquis, quomodo reptilia et quadrupedia oriautur in terra , et quibus alantur cibis. Cæterum absurdum est ad hoc Dei deducere majestatem, ut sciat per momenta singula, quot nascantur culices, quotve moriantur, quæ cimicum et pulicum et muscarum sit in terra multitudo, quanti pisces in aqua natent , et qui de minoribus majorum prædæ cedere debeant. Non simus tam fatui adulatores Dei, ut dum potentiam ejus etiam ad ima detrahimus, in nos, ipsi injuriosi simus, eamdem rationabilium quam irrationabilium providentiam esse dicentes. Ex quo liber ille apocryphus stultitiæ condemnandus est, in quo scriptum est, quemdam angelum nomine Tyri (θηρίου conject.) præesse reptilibus ; et in hanc similitudinem piscibus quoque, et arboribus, et bestiis universis proprios in custodiam angelos assignatos. In Habac, 1, 14. — Orig. Cels. 1V, 74. 99.

(2) ren. v, 18. n. 3. — Orig. in Jerem. Hom. xu1, n. 5.

(3) Thom. Provisor universalis permittit aliquem defectum in aliquo particulari accidere , ne impediatur bonum totius. Summ. P. 1, qu. xxu. Art. 17,

vais principe, tels que Marcion (1), Manès (2), les Priscillianistes et les Cathares (3). Bayle, dans les temps modernes, ἃ particulièrement soutenu cette

erreur (4).

4. Les docteurs de l'Église reconnaissent dans la Providence divine, en même temps que son universalité, les deux points de vue qui la constituent, savoir, d’une part, la conservation, et, de l’autre, le gouvernement du monde,

Que les créatures aient besoin (5) d’être conservées par la puissance divine, et qu’elles le soient en effet (6), nul doute ne s’est jamais élevé à cet égard dans l'Église. On en trouvait la preuve dans l'Écri-

(1) Tert. Nemo te sustinebit improvidentiam adscribentem Deo ei, quem Deum non negans, confiteris et providum. Advy. Marc. 11, 24.

(2) Voy. Tit. Bostr. adv. Manich.

(3) Moneta adv. Cath, v, 11. 8 6.

(4) Dict, hist. Art. Manichéens. Marcionites, Pauliciens.

(5) Zren. Ζῆσαι aveu ζωῆς οὐχ οἷόν τε ἦν: À δὲ ὕπαρξις τῆς ζωῆς Ex τῆς τοῦ Θεοῦ περιγίνεται μετοχῆς. τν, 20. n. 5. --- Hier. Sciamusque nos nihil esse, nisi, quod donavit, in nobis ipse servaverit, dicente Apostolo : Non est volentis neque currentis, sed miserentis Dei (Rom. 1x. 16). Velle et currere meum est, sed ipsum meum sine Dei semper auxilio non erit meum. Dicit enim idem apostolus : Deus est, qui operatur ir nobis et velle et perficere (Philipp. 1, 13); et Salvator in Evangelio : Pater meus usque modo operatur, et ego operor (Joun. v, 17). Semper largitor, semperque donator est. Non mihi suflicit, quod semel donavit, nisi semper donaverit. Epl. xrur. ἢ, 6, ad Ctesiph. adv. Pelag.

(6) ren. in 1, 1v. Præf, n, ἡ. — Bas. Sp. 5. C. VIII, D, 19 etc.

LA CRÉATION, — LA PROVIDENCE. 459 ture (saint Jean, v, 17 (1), et Col. 1, 17). C'est le Logos (2) et l'Esprit saint (3), que l’on représente comme opérant cette œuvre de conservation, qui n'exclut pas, toutefois, la coopération de la créature à l’action divine conservatrice (4). Selon saint Grégoire le Grand, tous les êtres, si Dieu cessait de les conserver directement par son action toute-puissante, s’abimeraient aussitôt dans le néant (Moral. xvi, 18); et c’est aussi le sentiment des Scholastiques (5), qui se fondent sur ce principe, que l'être, étant un effet de la puissance divine, doit cesser avec l'exercice de cette puissance qui est sa cause (6); d’où ils infèrent que, l’anéantissement n'étant que la cessation de toute participation à l'être (7), l’action conservatrice de la Providence est une création continuée.

Saint Thomas distingue, en outre, une conservation éadirecte, qui consiste à écarter les principes et les influences destructives ou délétères; et une conservation directe, qui suppose une action positive ayant pour effet de maintenir les êtres dans leur état constitutif (P. 1, qu. οἷν, Art, 1); le saint docteur

(1) Greg. Nyss. Or. adv. Ar, et Sabell, — CArys. in Gen. Hom. x. n. 7.

(2) Zren. v, 18. n. 3.— Ath. Gent. n. 41. Inc. verb. n. 17. — Bas. Sp. 5. 6. vis. n. 19.— Æus. Dem. Evang. 1v, 2. — Chrys. in Heb. τι. n. 3. — Theod. in Col. 1, 17.

(3) Tat. Græc. vis. — Ath. ad Serap. Epl, 1. n. 19. — Epiph. Hær. 1xx1v. ἢ. 5.

(4) Bas. Sp.S. c. v. — Aug, Trin, 111, 8. n. 13.

(8) Thom. P, 1. qu. c1v. Art. 1.

(6) Thom. P. τ. qu. crv. Art, τ.

(7) Thom. Ῥ. 1. qu. iv. Art, nr.

ajoute que les créatures spirituelles, n'étant susceptibles d'aucune décomposition, n’ont besoin que d’une conservation directe, tandis que les créatures matérielles ont besoin de la double action conservatrice, directe et indirecte (zhëd.). C’est aussi la doctrine de Scot Érigène, que les choses ne subsistent que parce que Dieu continue de les poser ; mais il se fonde sur un tout autre principe; c'est, dit-il, que Dieu est lui-même l'être des choses, d’où il suit que sil vient à se retirer d'elles, elles ne peuvent plus subsister (1). Les Cartésiens ou plutôt les Occasionalistes rigoureux enseignent aussi que Dieu seul est actif dans l'opération conservatrice de la créature, tandis que les Leibniziens admettent que la substance créée se conserve elle-même en vertu des forces qu’elle a recues de Dieu, se déclarant ainsi pour une conservation purement immédiate, contrairement au sentiment des anciens docteurs qui expliquent, comme nous l’avons déjà remarqué, la conservation du monde par une action à laquelle ont part tout à la fois Dieu et la créature. Les Arminiens ( par exemple Episcopius) et les Sociniens (Osterode. Inst. Catech. c. xxiv) n'admettent non plus qu’une conservation toute négative, qui se borne à préserver la créature de l’anéantissement.

3. Les anciens Pères, conformément à l’Éeriture (2) attribuent le gouvernement du monde au

(1) Eorum (des méchants, des réprouvés) in nihilum rediret natura , si summa essentia in eis non esset. De Prædestin. c. XV1I. nn. ὅ.

(2) Hebr.1,3.— Col. τ, 17. — Joan. x.

LA CRÉATION, — LA ΡΆΟΝΓΡΕΝΟΕ, 4161 Logos; c’est le sentiment de saint Irénée (1), de Clément d'Alexandrie (Str. vn, 2), de saint Grégoire Thaumaturge (Or. paneg. in Orig. n. vi), d'Eusèbe (2), de saint Athanase (3), de saint Chrysostome (in Heb. 1, 3) et de plusieurs autres ; ou bien au Père par le Logos (4); ou bien enfin à la Trinité tout entière (5). On trouve reconnu tout à la fois, dans le gouvernement de la Providence, et le caractère d'universalité par lequel il embrasse toutes les choses créées (6), et le caractère de spécialité en vertu duquel chaque créature est l'objet d’une direction particulière analogue à ia mesure de grâce et de valeur (7) qui lui a été départie. Au reste, saint Augustin s'exprime d’une facon aussi exacte que précise sur la manière dont le gouvernement de la Provi-

(1) Mundi enim factor vere Verbum Dei est : hic autem est Dominus noster, qui secundum invisibilitatem continet, quæ facta sunt omnia, et in universa conditione (création) iufixus, quoniam Verbum Dei gubernans et disponens omnia. v, 18. n. 3. Ipse est enim qui universorum potestatem habet a Patre, quoniam Verbum Dei, et homo verus, invisibilibus quidem participans rationabiliter, et sensuabiliter (νοερῶς ἢ) legem statuens, universa quæque in suo perseverare ordine ; super visibilia autem et humana regnans manifeste, et omnibus dignum superducens justum judicium. Ibid.

(2) Προστάτην καὶ κηδεμόνα, σωτῆρά τε καὶ ἰατρὸν, καὶ xu6epνήτην τῆς τῶν ὅλων δημιουργίας, etc. Dem. Evang. 1v, 2.

(3) Ath. ς. Gent. n. 42 sq. Incarn. Verb. Domini ἢ. 16. 15.

(4) Const. apl. vaux, 22. 15, — Ath. τὰ illud : Omnia mihi tradit. n. 1. cont. Ari. Or. zur. n. 55.

(Bb) Aug. vera Rel. c. vir. n. 13.

(6) Zren. 111, 25. ἢ. 1. v, 18. n. 3. — Min. Fel. Oct. xvur.

(7) Zren. v, 18. n. 3.— Hier. in Hab. 1, 14.

dence se concilie avec l’activité propre de la créature (1); point essentiel à maintenir solidement dans la question de la liberté, pour ne pas faire Dieu auteur du péché (2). Les docteurs du moyen âge (3) admettent aussi l’activité propre des créatures en vertu des forces que Dieu a déposées et qu'il maintient en elles.

Les Pélagiens soutinrent, au contraire, que la créature agit seule par ses propres forces, que le secours de Dieu ne lui est nullement nécessaire, et que prétendre qu’elle en a besoin, c’est détruire en elle le libre arbitre (4). Les Prédestinatiens, se jetant dans

(1) Aug. Sic Deus res, quas condidit , administrat, ut eas agere proprios motus sinat. Civ. Dei vir, 20. — Hier. Sic liberum homini servamus arbitrium, ut Dei per singula adjutorium non negemus. Adv. Pelag. Dial. 1. 1. ἢ. 5.

(2) Tert. Non est bonæ et solidæ fidei, sic omnia ad voluntatem Dei referre , et ita adulari sibi unumquemque , dicendo nihil fieri sine nutu ejus, ut non intelligamus esse aliquid in nobis ipsis. Ceterum, excusabitur omne delictum, si contenderimus nihil fieri in nobis sine Dei voluntate ; et ibit definitio ista in destructionem totius disciplinæ, etiam ipsius Dei, si aut quæ non vult de sua voluntate producit , aut mihil est, quod Deus non vult. Exh. caslit. c. 11.

(3) Thom. P. 1. qu. zv. Art. 5. — Durand. in 11 Dist, 1. qu. v. Dist. XxxXvIT. qu. 1,

(4) Hier. Audite, quæso, audite sacrilegum : « Si, inquit, « voluero curvare digitum, movere animum, sedere, stare, « ambaulare, discurrere, sputa jacere, duobus digitulis narïum « purgamenta decutere,... semper mihi auxilium Dei neces- «sarium erit ?...» Injuriam tibi fieri putas et destrui arbitrii libertatem , si ad Deum semper auctorem recurras , si ex illius pendeas voluntate , et dicas : Oculi mei semper ad Dominum , quoniam ipse cvellet de laqueo pedes meos ? (Psalm.

LA CRÉATION. — LA PROVIDENCE. 163 l'extrême opposé exagérèrent l’action de Dieu jusqu'à Ôter à la créature toute activité libre. Cette doctrine a été reproduite, plus tard, par Gabriel Biel, qui enseigna que Dieu fait tout, et la créature, rien ; opinion qu'ont admise aussi plusieurs philosophes de l’école cartésienne, comme Laforge, Regis, Malebranche (1) et le théologien réformé Wittich, qui tous ont soutenu le système des causes occasionnelles. L'opinion de Leibniz, au contraire, c’est que la créature fait tout; et il s’est élevé entre Clarke et lui une vive controverse sur ce point. Zwingle enseigne que Dieu fait tout, même le mal; et pour établir que malgré cela il ne pèche pas, il allègue que Dieu n'est soumis à aucune loi (Provid. c. v, vi), et qu'il se propose le bien en tout ce qu'il fait (2). Cal-

xx1v, 15.) Unde et audes lingua proferre temeraria, unumquemque arbitrio suo regi? Si suo arbitrio regitur, ubi est auxilium Dei? Si Christo rectore non indiget, quomodo scribit Jeremias : Non est hominis via ejus (x, 23), et : a Domino gressus hominis diriguntur. Epl. zxint (alias cxxxu1), ἢ. 7. ad Ctesiph. adv. Pelag. /

(1) Cfr. contre eux Gusset. Causarum primæ et secundarum operatio rationibus confirmata, avec une Apologia pro Renato Cartesio adv. discipulos ejus Pseudonymos, dans laquelle il s'efforce d'établir que Descartes n’a point admis l’occasionalisme, — Cfr. contre le livre de Malebranche, de la Nature et de la Grâce, celui que /urieu fit paraître sous le même titre.

(2) Quod Deus facit, libere facit, alienus ab omni affectu noxio , igitur et absque peccato, ut adulterium David, quod ad auctorem Deum pertinet, non magis Deo est peccatum, quam cum taurus totum armentum inscendit et implet, Provid. c. v.

464 SECONDE PARTIE. — CHAPITRE Hi.

vin soutient aussi que c’est Dieu qui fait le mal par les hommes (1); que Dieu a ses raisons justes et convenables pour pousser l’homme au mal; qu'il ne veut en cela obtenir que le bien (2). Tant on peut se laisser égarer par une fausse conception du gouvernement de Dieu dans le monde!

C’est Dieu qui est regardé par les docteurs catholiques comme la fin dernière du gouvernement de la création, ce que saint Thomas démontre ainsi : La fin des choses est le bien; la fin de toutes choses est le bien universel, Dieu par conséquent (P. 1, qu. ΘΠ]. Art. 11). Du reste, les docteurs anciens, comme ceux du moyen âge, maintiennent que les voies de Dieu

sont tout à Ja fois les plus simples et les plus [ὁcondes.

(1) Quod autem nihil efficiant homines nisi arcano Dei nutu, nec quidquam deliberando agitent, nisi quod ipse jam apud se decreverit et arcana sua directione constituat, innumeris et claris testimoniis probatur... Absalon incesto coitu patris torum polluens detestabile scelus perpetrat, Deus tamen hoc opus suum esse pronuntiat. Inst. 1, 18. n. 1, Cfr. contre cette doctrine Remonst. thes. x1. ΧΙ. in Sy. Dordr. Sess. xxxIvV. , ν᾽

(2) Calvin. Instruct. adv. Libertin. c. x1v. De ætern. Prædest. adv. Pigh.

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