‹ Manuel de l'homme de bon tonChapitre 1 sur 18 · Manuel de l'homme de bon ton · texte numérisé non relu

Manuel de l'homme de bon ton

\. existe beaucoup d'ouvrages sur la civilité j mais la plu[)art ne roulent que sur la morale , au lieu de s'attacher particulièrement aux usages que la politesse française a introduits dans la bonne société.

J'ai essayé, dans celui-ci, de donner des préceptes généraux qui puissent diriger les jeunes gens destinés à vivre dans le monde. Je me suis attaché plus particulièrement à enseigner comment on doit se conduire dans la société , selon les différentes cir-

(ij ) constances dans lesquelles on se

trouve, pensant qu'avec un peu de bon sens on sentira toujours la cause de ces bienséances. C'est aussi parce que je évippose à mes lecteurs une éducation soignée, que je n'ai pas cru devoir rappeler ici des choses qui sont de pures civilités puériles que les parens et les professeurs ne cessent de recommander aux cnfans.

Mon intention a donc été de donner aux jeunes gens un guide pour les diriger dans le monde : timides assez souvent, ils craignent de se produire, faute de connaissances prc»

liminaires^ et j'ose espérer que cet opuscule pourra au moins leur donner quelques nolior.s principales

(ju'il l'^l iii'lKp('ii>.;il)l<* (l'avoii- pour sr |)ii'>oiili'i-. .Ir (ils si'iiU'uu'iit, des iiolions, (Ml il csl ccrlain que ce ne soiil [)ci-> les livres (jui peuvent donner eelle connaissanec parfaite (lu Ion (le I.i honne conipaijnie : il ne s'ae(juiert qu'autant (pi'on fréquentent la société, et qu'on n'yappoj'le ])as un caraclèie d'éi^oïsmc , et le mépris des bienséances.

De tous temps la politesse française a été citée comme le modèle de la i^race , de la i^alanterie et de la vt'rilahle obligeance. Celui qui veut la pratiquer réussira toujours à s'attirer ce sulFrai^e universel qui ne s'accorde toutefois qu'au ton, à l'esprit, aux manières et à la dé-

(iv) cence extérieure de la coridiiite.

C'est à la vertu à nous attirer la considération : mais la vertu , accompagnée d'une sincérité grossière qui dirait tout sans ménage mens et sans égards , deviendrait l'effroi de la société. Elle a besoin de s'humaniser pour plaire, et peut le faire sans scrupule. Et peut - on considérer , comme dangereux et faux 5 le tour que l'on donne à une chose pour la présenter sous un point de vue différent , quand cela peut produire un bien ou prévenir un mal ? Non , il y a loin de cette conduite à celle qui est dirigée par cette flatterie basse et pernicieuse dont ge servent certaines gens pour

( V ) couvrir, par un« espèce (rélcgance de ton , la turpiliulc de leur cœur.

Si dans ct*s aines viles la ])olitesse csL une iaushclé encore, que penserait-on de rètre vicieux et sans ])udeur qui ne chercherait même pas à déguiser rap[)arence de ses défauts?

Avec un peu de tact et d'esprit il est facile de distiniiuer la vraie politesse de son masque. Dans les gens naturels , agréable , sans avoir rien ile sec et de contraint , elle a tout le charme de la bienveillance; il y a de la simplicité , de la bonne grâce et du bon goût dans les respects (ju'elle adresse, tandis que les hommes qui lie sont point naturel-

( vi )

leiïient polis laissent toujours, soulevé en quelque endroit , le voile dont ils voudraient couvrir les vices de leur ame et de leur caractère.

Leur artifice est toujours sans grâce, parce que tout ce qui manque de naturel n'en peut avoir.

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