‹ Manuel de l'imprimeurChapitre 35 sur 74 · DE LA CORRECTION · texte numérisé non relu

DE LA CORRECTION

Le correcteur remet ensuite l'épreuve au compositeur pour qu'il fasse ses corrections sur le plomb ; ce qui ne doit souffrir aucun retard. Mais avant d'indiquer la manière de procéder a cette opération , nous dqvons faire encore quelques observations générales.

Le prote ne doit envoyer aucune épreuve à l'auteur ou à l'éditeur d'un ouvrage , sans inscrire sur un registre spécial la, date du jour où il la remet, et celle du jour où elle lui revient.

La plupart des auteurs gardent très long-temps les épreuves , et nous devons leur faire connaître les dangers qui résultent de leur négligence à cet égard. Comme les pages sèchent en châssis, les coins se relâchent , et alors il est a craindre que la forme ne tombe en la plaçant sur le marbre. L'habitude qu ont certains auteurs de refaire leurs ouvrages sur les épreuves n'est pas moins nuisible à la pureté du texte qu'à l'exécution typographique d'jm livre. Toutes les fois qu'un auteur a fait des changemens ou des additions considérables sur une épreuve , le correcteur doit la relire avec une scrupuleuse attention.

Nous allons maintenant entrer dans les détails de la correction proprement dite, et donner la description de cette opération pour ce qui concerne le compositeur.

Quand le compositeur manque d'une sorte de lettre , il renverse en attendant un signe ou lettre de la même force que celle qui lui manque t ce qui forme cette marque ™ et s'appelle bloquer. Il vaut encore mieux retourner l'œil en dessus la lettre ou le mot que l'on est obligé de bloquer, que de le

tOO CHAPITRE III.

renverser, parce que de cette manière le caractère souffre toujours plus ou moins.

Les fautes les plus ordinaires sont des lettres renversées , des lettres pour d'autres, ce qu'on appelle coquilles : ces erreurs proviennent le plus fréquemment de l'inattention du compositeur en distribuant ; les doublons , qui sont des mots , des membres de phrases ou des phrases entières composées deux fois; les bourdons, mots ou phrases oubliées ; les transpositions de mots ou de phrases, etc.

Quand les formes sont corrigées , il en faut faire une seconde ou une troisième épreuve pour l'auteur de l'ouvrage. Quelquefois même une quatrième quand la précédente se trouve encore chargée de fautes ou qu'il est survenu des changemens.

Le prote ne se contente pas de confronter ou collationner la dernière épreuve ou la tierce , c'està-dire la première bonne feuille tirée quand les imprimeurs ont mis en train ; fréquemment il arrive que la forme est mal serrée, que des lettres se déplacent , que des bouts de ligne lèvent ou baissent : rien de tout cela n'est marqué à l'épreuve; une simple collation ne permet point qu'on s'en aperçoive, et les imprimeurs, qui comptent sur les soins du prote , roulent sans se douter que chaque feuille qui sort de dessous presse atteste l'insouciance du maître de l'imprimerie.

On doit observer encore que quelques soins que prennent les ouvriers quand il y a eu de grands changemens ou des remaniemens considérables dans une feuille , que le tout s'est fait sur le marbre , et 6ans reprendre au composteur et à la galée , il est impossible que la justification soit bonne, et que

Page 1