‹ Manuel de l'imprimeurChapitre 34 sur 74 · CORRECTION · texte numérisé non relu

CORRECTION

De toutes les parties de l'art typographique , nous sommes arrivés à la plus essentielle , à la plus ' difficile , à celle qui fait la gloire et la réputation de l'imprimeur. La correction, en un mot, est l'âme de l'imprimerie , et elle seule peut assurer la prospérité d'un établissement. Peu de personnes savent apprécier combien il en coûte de peines et de soins pour donner au public un ouvrage correct : il existe si peu de livres sans fautes, que l'on peut les compter ; et pour pouvoir annoncer au frontispice la plus exacte correction, pour pouvoir y placer, comme Didot l'a fait à son Virgile, sine mendd (sans faute), il a fallu sacrifier un grand nombre de feuilles imprimées.

On conçoit que c'est surtout dans les opérations du compositeur que la correction est difficile : c'est là qu'il trouve ou la récompense de $a capacité et de son application , ou la peine due à son impéritie et à son inattention.

La lecture des épreuves est sans contredit l'opération qui exige les soins les plus attentifs : aussi

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devons-nous faire connaître les employés qui sont chargés de les lire , et que Ton nomme correcteurs. Un correcteur doit être un homme instruit; il ne suffit pas qu'il indique le mal , il doit prescrire le meilleur remède à y apporter, et c'est sous ce rapport qu'il est indispensable qu'il connaisse toutes les parties de l'imprimerie. La plupart des personnes qui se proposent pour remplir cet emploi sont dépourvues des notions élémentaires de la typographie , soit qu'elles croient pouvoir s'en pas- ( ser, soit qu'elles cherchent à se soustraire aux longueurs et aux dégoûts d'un apprentissage. Rien ne remplacera cependant la science pratique qui leur aura manqué d'abord. Si le correcteur ne s'est ' exercé préaîablement à la composition , une foule d'arràngemens vicieux et de fautes typographiques échapperont à son inexpérience ; si au contraire il » s'est familiarisé avec cette opération , il reconnaîtra facilement les fautes les plus communes , telles que les lettres de bas de casse mal fondues ou retournées , l'espacement négligé ou irrégulier, les pages ou colonnes inégales, la fausse position des renvois de notes, le chevauchage de lignes et de mots, les renfoncemens fautifs, etc.

Dans les imprimeries où il, n'y a pas de correcteur, c'est le prote qui en remplit les fonctions.

Les corrections doivent être placées sur la marge extérieure, et vis-à-vis des lignes auxquelles elles correspondent. Il y a pour marquer les corrections des signes convenus , dont nous donnons la figure et la valeur dans la Planche ci-jointe.

Dans les manuscrits on désigne les mots à mettre en italique en tirant une barre dessous; deux barres*

DK LA CORRECTION. (jn

indiquent les petites capitales, et trois barres les grandes.

Pendant que l'imprimeur tire l'épreuve , les compositeurs doivent reunir la copie et la mettre en ordre pour la donner au correcteur. La feuille à lire doit aussi lui être remise non coupée , afin qu'il la déplie pour s'assurer si elle est bien imposée, et si la garniture est régulière. Il la plie et la coupe lui-môme , vérifie si les signatures sont en rapport avec les folios , et si ceux-ci se suivent ; si les titres courans sont exacts, s'ils sont bien échelonnes, espacés, blanchis, césures, etc. Le correcteur en première inscrit ensuite en marge le nom du compositeur, tel qu'il est sur la copie. Le correcteur doit aussi prendre note sur un registre ouvert à cet effet, de la date des lectures des épreuves qui lui sont remises , en ayant soin d'indiquer les signatures des feuilles; au moyen de ce livret , il pourra toujours faire connaître à l'imprimeur ou au prote la situation des ouvrages qui passent sous ses yeux.

Le correcteur se fait ordinairement lire la copie par un apprenti ; mais dans ce cas il faut que celui-ci soit en état de lire distinctement, car autrement sa lecture serait plus propre à tromper le correcteur ou le prote sur le sens ou la ponctuation qu'à les lui faire sentir ; l'œil du correcteur doit toujours devancer un peu la lecture de l'apprenti. Quelquefois l'apprenti ne fait que tenir lar copie , et le correcteur lit l'épreuve , mais il est encore plus rare que l'apprenti le suive exactement dans sa lecture , et ce second mode a beaucoup plus d'inconvéniens, le but principal de la

première lecture étant de s'assurer que la composition reproduit exactement tout ce qui est contenu dans la copie , qu'il n'a été passé aucun mot , au- • cime phrase ou membre de phrase , etc.

Quelquès correcteurs préfèrent suivre du doigt la copie tout en corrigeant les épreuves ; cette méthode n'est pas plus heureuse : il faudrait qu'un teûeur de copie fût instruit et intelligent, et qu'il portât la plus sérieuse attention à ses fonctions.

Le correcteur ne doit faire lever qae la correction strictement nécessaire ; par exemple , on veut mettre le mot régiment en place de aisément , il ne faut pas effacer le mot entier, mais seulement les syllabes qui doivent être changées ; ainsi on marquera un déléatur sur aisé, et on portera en marge régi.

Quand le correcteur trouve un mot retourné ou bloqué , c'est que le compositeur a été incertain sur ce mot. Dans ce cas, il décide quel doit élre le mot , et porte en marge la correction à faire. Si la page est longue , le correcteur cherche dans un alinéa une ligne qui soit assez courte pour pouvoir être regagnée facilement ; si au contraire la page est courte, le correcteur s'en aperçoit à une ligne de blanc que le metteur en pages a placée au bas de la page. Dans ces deux cas il doit marquer des échelles pour ce qu'il y a à perdre ou à gagner.

Il convient que les premières, les secondes , les bons h ttrer, les tierces et révisions soient lues par des correcteurs difTérens. Lorsque la première tst surchargée de corrections , il est nécessaire de relire toute la feuille avec la copié.

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