TIRAGE
Nous allons maintenant nous occuper des principales opérations typographiques qui constituent le tirage.
L'imprimeur aura soin , avant de mettre la forme sous presse, de tenir le marbre extrêmement propre ; car s'il s'y trouvait la moindre particule d'une certaine dureté , quelque minime qu'elle fût , la lettre qui serait placée dessus s'élèverait peu à peu par l'effet du tirage , et formerait sur le papier on foulage plus fort que dans les autres parties de la forme , et altérerait encore la platine , ou emporterait et ferait sauter avec elle les lettres voisines. Il examinera aussi avec beaucoup d'attention si le dessous de la forme est propre. Avant de s'occuper du registre et des autres préparatifs nécessaires à la mise en train , la forme doit être placée sous le centre de la platine.
Le grand tympan est ordinairement recouvert en soie. On le garnit de toile sur les bords pour recouvrir les barres du tympan avec cette toile , éviter ainsi uû emploi inutile d'étoffe , et lui donner plus de solidité. Le petit tympan se fait avec une feuille de parchemin que l'on choisit le plus possible d'une égale épaisseur ; on le couvre quelquefois également en soie , au lieu de parchemin , pour les ouvrages soignés. Les autres étoffes que l'on place entre le petit et le grand tympan varient également selon le degré de perfection que l'on veut donner à l'impression. Depuis qu'on fait usage de presses en fonte, dont le foulage est
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généralement plus égal et plus fort que celui des presses eu bois, on a diminué l'épaisseur des garnitures du tympan , non sans quelque détriment i l'égard des caractères. On se sert habituellement aujourd'hui de drap fin, qui résiste mieux que le casimir et se durcit moins -vite , et dans certains cas on ne se sert même que d'un blancbet de soie , en ajoutant à l'un comme à l'autre un carton lisse et mince. Chaque presse doit être munie de plusieurs blanchets pour les changer selon les for-* mats. L'ouvrier doit entretenir avec soin les étoffes de sa presse , étendre et secouer de temps à autre les blanchets qui se reposent , et les frotter pour les préserver des vers , ainsi qu'à chaque mise en train , pour les rendre plus doux et plus moelleux.
Les tympans étant ainsi disposés , l'un des deux ouvriers qui occupent chaque presse commence par établir la marge, pendant que l'autre s'occupe de préparer ses balles ou les rouleaux pour exécuter une bonne touche.
Pour faire la marge , l'ouvrier plie en deux une feuille de papier de l'ouvrage, et présente le côté du pli au milieu des crénures de la barre du châssis in-8*. Pour les in-12, la barre du châssis n'ayant pas de crénures, et ne recevant pas les pointures, la feuille se plie en deux dans la plus grande Ion* gueur, c'est-à-dire dans le même sens qu'est placée la barre du châssis. Il abat ensuite le tympan sur lequel il a mis un peu de colle ; il frotte sur le petit tympan pour faire attacher la feuille , puis relevant le tympan il examine si la feuille est placée bien «gaiement sur la forme ; si la marge n'est pas satisfaisante , il faut recommencer l'opération ; car il
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est d'une extrême importance que la feuille soit parfaitement droite. Cette feuille est appelée feuille de marge, et elle reste fixée au tympan pendant tout le temps que dure le tirage du papier blanc, afin que toutes les autres feuilles conservent la jmérae marge que cette première , qui sert ainsi de guide pour bien marger. Il arrive souvent que dans les papiers mal triés ou mal fabriqués il se rencontre des feuilles plus petites ou plus grandes que la première qui sert de marge ; dans ce cas , l'imprimeur a dû s'assurer de l'état de son papier, pour choisir la feuille la plus convenable ; s'il rencontre une feuille irrégulière , il doit la placer sur le tympan , de manière que ce qui se trouve en plus ou en moins soit également, réparti sur tous les côtés de la feuille.
Après avoir arrêté sa feuille de marge, l'imprimeur choisit ses pointures »• pour le papier de grand format on prend des pointures courtes, et pour Je petit papier des pointures longues ; les autres doivent être proportionnées aux formats intermédiaires; car les pointures doivent être placées de telle sorte qu'elles puissent entrer dans les trous en comprenant la crénute entre le pouce et l'index droits, parce que lorsqu'il fera sa retiration , il pourra diriger, beaucoup mieux sa feuille , et l'ajuster convenablement sur les pointures en la mettant sur le tympan.
L'imprimeur doit avoir soin de ne pas placer ses pointures trop près du bord du papier, parce que lors de la retiration il se trouverait forcé de reporter plus loin de lui 'encore le trou de pointure le pins éloigné, ce qui occasionne en résultat une
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perte de temps considérable : l'attention qu'il a *fe placer les feuilles de papier avec vitesse sur les trous de pointure, augmente beaucoup la célérité du travail. En outré , plus la distance entre les deux pointures est petite, plus on gagne de femps à placer la feuille. Si donc l'ouvrage est in-folio , in-4° ou in-8°, l'ouvrier place la pointure qui est de son côté plus avant dans la feuille que celle qui est du côté opposé. Dans l'in-12 les pointures doivent être à égale distance des bords de la marge. On les fait correspondre aux blancs du grand et du petit carton , et on les dispose de telle sorte, que leur distance du petit carton soit égale à la moitié du blanc des têtières de la forme.
En plaçant les pointures à distances inégales du papier dans lés ouvrages in-folio , in~4° et in-8° , ainsi qu'on vient de le dire , l'imprimeur évite d'avoir du papier mal retourné lors de la retiration , car il ne pourrait alors faire tomber en registre sans faire de grands changemens dans la garniture.
La frisquette est couverte avec du papier fort , que l'on double avec des bandes de parchemin, et on la découpe suivant la disposition et la grandeur des pages de la forme. Pour exécuter cette opération, l'ouvrier introduit les couplets de la frisquette dans les couplets correspondans du grand tympan , où ils sont maintenus au moyen de brochettes en fer. Il faut bannir l'usage des brochettes en bois dont on se sert quelquefois , parce qu'elles s'usent promptement , et occasionnent une vacillation à la frisquette, qui peut produire divers acci-
dens. Après avoir taque la forme , l'imprimeur fsiit
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retomber la frisquette et le tympan sur elle , et tire sur la frisquette couverte ; il déroule ensuite le train , relève la frisquette et le tympan de dessus la forme , retire les brpchettes de la frisquette , l'étend sur le banc , et , avec la pointe d'un canif
le tour de chaque page , en ayant soin de laisser à l'entour un vide de la largeur d'une nompareille ; puis il rattache sa frisquette au tympan comme auparavant.
L'imprimeur doit s'assurer si la forme est serrée convenablement 9 si aucune lettre ou espace n'est restée sur les lignes de cadrats , ce qui pourrait arriver si le compositeur avait fait quelques corrections depuis la mise sous presse, ou plutôt après la révision de la tierce, qui se corrige sur le marbre de la presse.
Si une ou plusieurs pages blanches se trouvent dans une forme, et que l'ouvrier se serve d'une frisquette neuve , il ne faut pas qu'il découpe cette page; mais s'il emploie une vieille frisquette, et que la page soit déjà découpée, il colle dessus une feuille de papier pour couvrir la page blanche dans la forme , afin qu'elle ne laisse aucune marque d'encre sur le papier blanc. Les pages voisines d'une page blanche reçoivent nécessairement un foulage plus considérable que si la forme était toute pleine. Pour obvier à cet inconvénient, l'imprimeur placera des supports sur la. frisquette. Ces supports sont ordinairement des réglettes qu'on prend de l'épaisseur d'une forte interligne de plus que ce qui manque en hauteur à la page blanche sur laquelle op les pose. On met un peu de colle en dessus de
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ces réglettes ; on abaisse alors la frisquette et te tympan sur la forme, et par un léger coup de barreau les réglettes s'attachent sur la frisquette. On emploie aussi des supports en liège pour le même usage ; leur élasticité les rend très utiles en beaucoup de circonstances.
U examinera si la frisquette mord , c'est-à-dire si elle reçoit l'impression de quelque partie des pages. Si cela arrive , l'ouvrier coupe la frisquette à l'endroit qui mord , et même un peu plus qu'il ne serait nécessaire pour la dégager, afin qu'elle agisse librement , sans atteindre de nouveau l'œil de la lettre.
L'ouvrier examine si l'épaulement de la lettre barbouille au bas de chaque page. Dans ce cas , il s'assurera si ce défaut provient de ce que le train est trop ou trop peu avancé solis la platine ; si c'est une page courte qui l'occasionne , il y remédie en plaçant un support au pied de cette page.
Pour éviter qu'il n'y ait un foulage trop fort sur l'une des extrémités de la forme , l'imprimeur aura soin d'amener le train juste au milieu de la platine , de manière que la pression s'opère également aux deux extrémités; autrement la feuille aurait plus de foulage dans une partie que dans l'autre , et le tirage exécuté long-temps d'une manière inégale finirait par détruire l'aplomb de la platine.
L'ouvrièr doit encore examiner si en relevant la frisquette elle est convenablement placée sur son soutien , qu'on appelle servante. Si la frisquette est trop en arrière , le mouvement de l'ouvrier pour la ramener sur le tympan est un temps perdu , pendant lequel il peut laisser glisser des feuilles;
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si elle est trop droite , le moindre mouvement la fera retomber sur le tympan ; il faut donc qu'elle sbit placée dans une légère inclinaison, qui empêche l'un et l'autre inconvénient.
L'imprimeur doit donner une certaine attention A la position du marche-pied, c'est-â-dire le placer dans l'endroit le plus convenable relativement à sa taille; car un homme de haute stature doit le tenir plus éloigné et plus bas qu'un homme petit, parce que ses jambes s'avancent beaucoup plu? sous le train , et qu'il peut s'aider des pieds pour augmenter la force du tirage ; tandis qu'un homme de petite taille porterait trop loin ses jambes pour atteindre le marche-pied , ce qui diminuerait d'autant la puissance du tirage.
L'imprimeur prend le papier, le place sur le pupitre, à l'une des extrémités de son banc, aussi près que possible du tympan , sans cependant qu'il y touche. Une des extrémités du papier est tournée du côté de l'ouvrier ; celui qui tient le barreau place les feuilles, manœuvre la frisquette et le tympan , ôte les feuilles et les place sur le banc. Toutes ces opérations sont confondues ordinairement sous le nom général de tirage.
Pour prendre la feuille, et la placer sur le tympan , l'ouvrier se tient presque droit devant son papier. Il doit éviter de saisir deux feuilles à la fois ; et pour cela , il commence par prendre des deux mains une certaine quantité de papier, qu'il remue sur place , afin de détacher les feuilles qui tiennent ensemble. U ramène ensuite à lui , en se servant de l'ongle du pouce de la main droite , trois ou quatre feuilles qui débordent les autres par ce