DU TIRAGE. 7 V
mouvement» et les saisit ainsi plus promptement. En retira tion l'ouvrier doit faire descendre les feuilles . en portant l'ongle du pouce sur le bord de la marge ou dans les blancs , pour ne pas frotter l'encre qui est encore fraîche. Il prend ensuite une feuille par ses deux angles inférieur et supérieur, et la porte rapidement sur la feuille de la marge du tympan , de manière à ce qu'elle la couvre complètement. Si cependant un coup d'œil rapide lui fait apercevoir que les côtes de la feuille ne sont pas places d'une manière égale sur la marge , il l'avancera ou la reculera de la main gauche selon qu'elle doit être placée plus haut ou plus bas sur les angles de la marge , pendant que sa main droite débart rasséc se place derrière l'oreille de la frisquette, et lui donne un léger coup pour la faire descendre sur le tympan qu'il abaisse en même temps sur la forme. Alors de sa main gauche il saisit la manivelle et la fait tourner rapidement en n'employant qu'une force médiocre , et pendant que la forme roule , il saisit de sa main droite le barreau , retire doucement son corps en arrière , de telle sorte que son bras , en amenant le barreau vers lui , conserve une position droite, qui, au moment du tirage, lui donne la plus grande force. Il place alors son pied droit sur le marche-pied pendant que sa main gauche tient la manivelle, aussi-bien pour se soutenir sur le marche-pied et la manivelle, que pour pouvoir- donner un tirage plus puissant, et qui sera plus long ou plus court, selon la force qu'il y aura développée. Alors , abandonnant le barreau de la main droite, il imprime un mouvement fort et rapide à la manivelle pour la faim
Di
l38 CHAPITRE IV.
marcher en sens contraire , et faire revenir le train sur lui-même ; et aussitôt qu'il a donné ce mouvement, il quitte la manivelle et appuie les doigts de sa main gauche vers le bas du tympan , pour aider sa main droite à le relever et être prêt eu même temps à saisir le bord inférieur de la feuille lorsque la frisquette se lève, et à la poser avec rapidité, mais avec précaution, à la place qui lui est destinée* Pendant que la frisquette se relève , il glisse le pouce de sa main gauche sous l'angle inférieur de la feuille le plus près de lui; il lève cette feuille à l'aide de ses deux premiers doigts , et fait exécuter la même opération à sa main droite au sommet de la feuille, qui se trouve enlevée ainsi avec soin et promptitude de dessus les poin- * tures.
C'est ainsi que dans le même instant les deux mains de l'imprimeur exécutent alternativement différentes opérations; car pendant que sa main droite est occupée à une action , sa gauche Test à une autre, et tous ces mouvemens sont si rapides, qu'une position semble se confondre dans l'autre , et que la seconde paraît commencer lorsque la première est à peine exécutée à moitié.
Après avoir tiré une feuille et l'avoir placée sur le banc , il se retourne vers le tympan , et au moment où il fait ce mouvement , il touche la feuille suivante du tas de papier blanc, avec le dos de l'ongle du pouce droit, comme il Ta déjà fait, pour l'attirer sur le bord ; et il renouvelle sa première opération pour la placer sur lé tympan , et ainsi pour toutes les autres, jusqu'à ce que le papier soit entièrement tiré.
DU TIRAGE. l3g
Quand il trouve une feuille de marque» il la dédouble , unit le pli avec le dos^des ongles de sa main droite , pour que l'œil de la lettre rencontre une surface unie. Après l'avoir tirée, il la replie » comme elle était pour servir de marque lorsqu'il met en retiration.
Après avoir tiré le papier blanc d'un in-i a , l'ouvrier place sa main droite sur le papier, et la gauche soutenant l'extrémité , il le retourne sur le pupitre , le côté imprimé en dessous. Si c'est un in-8° , ou tout autre format analogue, il place la main gauche sous le tas, soutient pareillement l'extrémité qui est de son côté , avec la main droite , et retourne l'une des extrémités sur l'autre.
Le papier étant convenablement retourné pour commencer la retiration, ce dont l'ouvrier doit s'assurer de nouveau , il s'occupe de faire le registre de la seconde forme, ce qu'il a déjà dû préparer sur la première , en retournant le papier sur cette même forme. Il place sur le tympan une feuille dé la mise en train tirée d'un côté, la recouvre d'une autre feuille de rebut,. et tire ces deux feuilles. II les retourne ensuite sur le tympan même , en les culbutant, et il examine si toutes les pages de la nouvelle forme se rencontrent parfaitement sur tous les points avec les pages déjà imprimées. Le registre de la première forme ayant été bien établi sur elle-même , il doit rester fort peu de choses à rectifier pour que le registre soit exact à la reti^ ration. Aussi l'imprimeur doit -il avoir soin.de lever sa première forme avec précaution , et de ne point déplacer les coins qui fixaieht cette forme sur le marbre du côté des têtières , non plus que
l40 CHAPITRE 1Y.
ceux qui sont contre les couplets du tympan , afin de faire prendre sans nouveaux essais à la forme de retira tion la place qu'occupait celle du papier blanc. L'ouvrier s'assure si la frisquette rencontre juste les pages sans mordre quelque part, ou s'il se trouve des pages blanc! es à couvrir. Quand la garniture est bien faite, que les blancs ont une parfaite justesse entre les deux formes, que les chAssis sont bien appareillés , il doit obtenir le registre sans toucher à la forme. Le jeu des pointures lui donne le moyen facile de corriger alors les légères variations qui peuvent exister. Il suffit de remonter ou descendre les pointures peu à peu , jusqu'à ce que le registre soit parfait. Après que l'imprimeur a. donné la tierce, il place sur le tympan une feuille de papier de décharge qu'il passe sous les pointures. Quelquefois on se contente de la maintenir de cette manière , mais bientôt elle se plisse sur le bord de* pages, et fait forcer l'impression ; il vaut donc mieux la coller aux extrémités pour éviter ce défaut»
La trempe du papier est une des préparations les plus essentielles pour obtenir un bon tirage. Le papier doit être trempé suivant sa qualité et suivant l'ouvrage auquel il est destiné. On se sert pour cela d'une eau très propre; celle de pluie est préférable. L'ouvrier examine d'abofd quelle est la qualité du papier, s'il est collé ou non, pour partager la main en uue, deux ou trois portions qu'il trempe successivement. L'eau du baquet destiné à tremper le papier ne doit être employée à aucun autre usage. Il doit se trouver dans la tremperie un autre baquet d'eau pour rincer les formes* Le papier se trempe à la main ou au balai. On
DU TIRAGE» î}î
trempe le plus ordinairement à la main le papier collé. On le prend à deux mains, et on le plonge dans l'eau avec la main qui tient le dos ; on le pose ensuite sur un ais qu'on a couvert d'une maculature mouillée ; on l'ouvre et on appuie sur le papier pour en écraser le dos et four bien l'étendre , afin qu'il ne se forme pas de plis. Pour tremper le papier au balai , on le dispose par main ou par demi-main sur un ais , et on secoue dessus le balai trempé d'eau. Lorsqu'on a trempé cinq mains, on plie une feuille qui sert de marque pour reconnaître si la quantité de mains qui ont été trempées s'accorde avec le i^ombre indiqué pour le tirage. Lorsque le papier est trempé, on le recouvre d'une maculature qu'on mouille comme la première, on place un ais par-dessus , et on charge modérément pour laisser facilement* pénétrer l'eau. Une heure après on charge plus fortement , et on remanie ensuite le papier , qui a dû rester ainsi chargé pendant six à sept heures. Cette opération demande beaucoup de soin et d'attention de la part de l'ouvrier , car c'est par là qu'il doit parvenir à rendre v la trempe parfaitement égale, si le papier a pris plus d'eau d'un côté que de l'autre. Il prend une certaine quantité de feuilles, de manière à ce que les parties les plus humides soient posées sur celles qui le sont moins ; il frappe le milieu du papier pour aplanir le dos des feuilles , il les détire pour eflacer les plis , il enlève les grains de sable , les ordures , les boutons qu'il rencontre sous la main. Si l'ouvrier juge que son papier est trop trempé , H doit y remédier, car il éprouverait de grandes difficultés au tirage, et l'impression n'en serait pas
Ijjï CHAPITRE IV.
moins très mauvaise. Pour cela il vaut mieux étendre le papier quelques heures , et le remanier ensuite par très petites portions. Quelquefois on se sert de feuilles de papier de décharge , que Ton place entre les feuilles de papier blanc : mais cette opération fait perdre beaucoup de temps. Lorsqu'on fait usage de rouleaux le papier doit être un peu moins trempa que lorsqu'on se sert de balles.
STÉRÉOTYPIE, POL YAMATYP|E. 1^3
STÉRÉOTYPIE, POLYAMATYPIE.
Nous devons parler d'un procédé nouveau comparativement aux autres , destiné à multiplier les impressions au moyen de planches fondues ; procédé que ses inventeurs ont nommé impression stéréotype ou stéréotypie. La stéréotypie est un procédé qui consiste â rendre solides et à convertir en un seul bloc de fonte des pages composées en caractères mobiles.
M. Partington a donné la description du mode de stéréotypie employé par les inventeurs, MM, Didot et HerKan , vers la fin du siècle dernier, ■
Les types sont fondus d'après le procédé ordinaire, mais le métal est une composition particulière , dont la dureté est assez grande pour supporter sans danger le coup nécessaire à l'impression de la matrice de métal. Lorsque la page est composée , on l'enferme dans une boîte d'acier, où elle se trouve de tous côtés comprimée , de manière à ce que la surface devienne parfaitement plane. La page ainsi préparée sert d'emporte-pièce. La pièce de métal destinée à la matrice a deux qualités essentielles ; la première d'être susceptible de recevoir une impression pure et nette; la seconde de n'être sujette à aucune altération , au
l4<{ CHAPITRE V.
commencement de la fusion , lorsque par l'action d'une presse on la met en contact avec le métal brûlant. L'emporte-pièce , ou page en caractères mobiles, est pour lors place' au-dessus de la matrice, et on le soumet, à l'aide d'une machine, à une pression égale. Cette machine a quelque rapport , par sa composition , avec celle qui sert à frapper la monnaie. La matrice est ensuite fixée dans un châssis , et on la soumet alors à une nouvelle opération, que les inventeurs regardent comme l'une des plus essentielles du procédé. Une table fixée solidement à la terre est préparée ; à l'un des côtés de cette table tiennent deux pièces de bois d'une hauteur convenable , avec une entaille ou rainure verticale. Dans ces entailles est disposée une pièce de bois garnie d'une languette ou plume, de manière â y remplir le môme office que le mouton dans le battage des pieux des piles de pont. A la partie inférieure de cel te pièce de bois est fixée perpen- ® diculairement a son axe une vis, et la boîte ou châssis qui contient la matrice est garnie par-derrière d'un écrou qui y correspond. La matrice est ainsi vissée avec beaucoup de force à la masse de bois ou mouton, la face en dessous; alors on place sur la table, au-dessous de la matrice descendante, un tiroir ou boîte de papier épais ou de carton. Ce tiroir est plein de métal de lettre fondu, et lorsque le métal est sur le point de se coaguler, une cheville détache le mouton qui tombe de tout son poids sur le métal qui se coagule à l'instant môme. La matrice est alors dégagée de la page stéréotype ;\ l'aide d'une lame de canif, et l'opération se trouve terminée, si le procédé a été biea^
STBREÛTYP1E , POLYAMATYP1E. 1^5
exécuté dans toutes ses parties (1). Le mouton se lèvè par le moyen d'un manche, et un rebord mince de cuivre ou de fer autour de la matrice sert de régulateur pour l'épaisseur à donner à la planche. Il ne faut pas oublier qu'antérieurement à cette époque , M. Firmin Didot , dans l'année 1 796 , prépara une édition des Tables de logarithmes de Callet, d'après un procédé qui se rapprochait beaucoup de celui qui fut employé par Vander Mey pour la Bible. Le déplacement d'une figure dans des ouvrages de cette espèce , produit par des causes connues des imprimeurs, occasionne souvent de graves erreurs; et dans le but de, prévenir des accidens de cette nature, après que les pages composées étaient corrigées, on soudait la forme en dessous , de manière qu'on n'avait plus à craindre de voir les chiffres se déplacer.
Vers la fin de l'année 1798, M. Bouvier, l'un des artistes qui avaient été employés à la fabrication des assignats, exécuta des stéréotypies suivant un procédé différent de celui de MM. Didot et Herhan. Le métal de la planche était de cuivre, et le moule d'une terre argileuse. Nous avons vu un spécimen d'une page fondue de cette manière; elle ne paraît toutefois pas aussi parfaite que celles fabriquées par M. Didot. M. Bouvier, en donnant de l'extension à sa découverte , l'appliqua à beaucoup d'autres objets , et notamment à l'impression de la musique.
(1) Cette opération se nomme clichagej àeclicher, mot qui signifie faire tomber perpendiculairement, vite et avec force, une matrice sur un me'tal en fusion.
l^Q CHAPITRE V.
Les succès obtenus par MM. Didot dans l'impression suivant le procédé de la stéréotypie, excitèrent naturellement l'attention de leurs confrères d'An gleterre , et la dernière tentative faite pour introduire cette innovation
fut suivie d'an résultat plus heureux que celles qui l'avaient précédée. Vers Tannée 1800 , M. Wilson, imprimeur renommé de Londres, s'associa arec le feu comte de Stanhope , dont l'amour pour les arts mécaniques est bien connu , à l'effet de répandre dans les trois royaumes l'usage dé co mode d'imprimer. On assure que le noble lord reçut ses premiers enseignements dans la formation des planches stéréotypées , de M. Tilïoch , le second inventeur, et fut ensuite secondé, durant plusieurs mois, par M. Foulis lui-même ; à sa maison de Cheyening , et c'est dans cette retraite que ce savant fut initie à la pratique de l'art typographique.
Après deux ans environ employés à mûrir les divers procédés relatifs à l'opération , M. Wilson annonça què l'adresse et la persévérance du comte de Stanhope avaient surmonté toutes les difficultés ; que les différens procédés avaient été amenés A donner un caractère qui réunissait à une netteté admirable l'économie la plus sévère, et que le public pouvait être assuré que le moment était arrivé où l'application de cet art à l'imprimerie ferait tomber de trente, et même souvent, dans certaines circonstances, de quamnte pour cent, le prix des livres.
En l'année iÇo4> M. Wilson offrit à l'université de Cambridge d'imprimer, d'après le procédé stéréotype français , et à certaines conditions , /es
STÉHKOTYPIK , VOL ÏAM A 1 Y I»1E. 1^7
Bibles, Tcstamens et livres de prières ; mais quelque différend survenu entre les syndics de la corporation et l'imprimeur , amena la rupture du traité. Le plan de M. Wilson a toutefois été adopté depuis par cette université, aussi -bien que par celle d'Oxford , et leurs imprimeries stéréotypes répandent annuellement dans le public plusieurs milliers d'exemplaires de la Bible , etc. La connais- # sance de cet art s'est aussi répandue peu à peu , non seulement dans la capitale, mais aussi dans d'autres villes de l'Angleterre ; il a pris beaucoup de développement à Edimbourg , dans les ateliers de M. Charles Stewart, imprimeur de l'Université, ([xâ l'emploie à l'impression des livres d'école, à laquelle ce procédé s'applique d'une manière avantageuse , puisqu'il atteint une perfection beaucoup plus grande que le procédé ordinaire.
Le procédé employé pour la fpnte des stéréotypes est aussi simple que possible. Une page de l'ouvrage qu'on veut stéréotyper se compose avec les caractères mobiles : lorsque, cette page se trouve corrigée, on en prend un moule en plâtre dont la base est le gypse, et ce moule sert à fondre le type ordinaire en métal qui va sous presse. Ordinairement la totalité de l'ouvrage qu'on se propose de stéréotyper. est composée par l'ouvrier, en pages séparées, qui, par ce procédé, sont reproduite* identiquement semblables à celles de la composition originale en caractères mobiles. Une planche stéréotype n'est donc véritablement qu'un fac-similé de la page dont elle est la copie. Quant à l'avantage qui en résulte, il consiste dans la diminution des frais ; car une planche stéréotype n'exige que la
l48 * * CHAPITRE V.
septième ou huitième partie de l'épaisseur ou hauteur des tyjpes ordinaires , et la composition n'étant plus à recommencer, il en résulte une grande économie de main-d'œuvre.
C'est du choix d'une substance convenable pour la composition des moules, et de la conduite de la fonte que dépend surtout le succès de l'opération. Ged , Tilloch , et après eux Hoffmann , employèrent une composition dont le plâtre de Paris formait la base. Quant à MM. Didot, Herhan et autres fondeurs célèbres , ils se procuraient un moule en frappant les types dans un métal très ductile , ou dans l'état de coagulation. La substance convenable doit être, lorsqu'elle est encore mollé*, d'une nature assez délicate pour recevoir l'impression des lignes les plus fines , et lorsqu'elle est sèche, assez forte pour supporter sans inconvénient l'action du métal fondu. Le gypse, ou plâtre de Paris, parfaitement pulvérisé et mêlé à l'eau , acquiert bientôt une grande dureté; mais exposé au feu il , se contracte et est sujet à se courber ; et il n'est pas moins difficile de chasser l'air et l'humidité qu'il absorbe. On pourrait donc, en le mélangeant avec d'autres substances moins -compactes , faire disparaître les défauts du plâtre de Paris. Mais quelle que soit la nature de la substance qu'on y ajoutera, elle doit être susceptible de recevoir et de conserver Une surface unie, de manière à procurer un poli parfait à la planche qui doit être fondue dans ce moule. Un moyen très simple a été recommandé pour remplir parfaitement ce but : c'est de dissoudre une certaine quantité de chaux dans un vase d'eau bien propre , en lui donnant la
STERBOTYPIE, POLYÀMÀTYPIB. ifo
consistance requise ordinairement pour le blanchiment. Le plâtre est mêlé à cette solution qui l'empêche de se contracter beaucoup à la chaleur, v et le rend moins sujet à se fendre que lorsqu'il est employé' seul.
Pour fabriquer le moule où la page doit être fondue , on prépare un châssis en fonte de fer , plus large d'un demi-pouce dans tous les sens que la page ou que les pages à la fonte desquelles il doit servir , et de près d'un pouce de profondeur. Ce châssis sert à déterminer l'épaisseur et la force du moule. Quatre pièces cubiques de métal sont alors nécessaires , leur hauteur étant exactement les quatre cinquièmes de celle des types, parce que c'est de leur hauteur que dépend l'épaisseur de la planche stéréotypée. La page ou les pages, serrées comme à l'ordinaire dans les châssis ou formes en fer communes', se placent alors sur la table du moule et. dans les ouvertures ; aux coins de la page sont placées les quatre pièces de métal, sur lesquelles repose le châssis de fer lorsqu'il' est mis sur la page.
. Pour prévenir l'adhésion du plâtre aux types, il est nécessaire de frotter d'huile la surface de;la page, au moyen d'une brosse douce; alors on met une certaine quantité de composition blanche, dont nous avons parlé ci-dessus, dans un vase en bois, et on y ajoute une dose semblable de gypse réduit en poudre impalpable, de manière à former une pâte peu épaisse. , Lorsque cette substance a pris une consistance égale , on l'applique sur l'œil des caractères avec un pinceau pour remplir exactement toutes les cavité», et le reste est versé largement
l5û CHAPITRE V.
pour remplir la forme. Dès qu'il commence à sécher , on enlève la superficie du plâtre avec une
' interligne pour unir le derrière du moule, et lorsque la pâte se trouVe suffisamment consolidée , le moule est séparé de la page et séché dans un four.
Dès, que le moule est formé convenablement , il faut s'occuper de la fonte de la planche. Pour cela f le moule séché est placé dans un fourneau de deux pouces environ de profondeur , la face en dessus , et sur chaque coté, ou à chacune des extrémités du fourneàu , est adaptée une petite vis mobile destinée à fixer la forme qui contient le moule. Le métal en fusion ( il ne diffère en aucune manière du métal qui entre dans la composition des types ordinaires) est pour lors versé dans le moule placé dans le fourneau , et porté au four où on le laisse une ou deux heures pour qu'il puisse acquérir un égal deg*é de chaleur; car c'est de l'égalité de lk température entre le métal et le moule que dépend surtout le succès de l'opération ; et si Von ne con- 1 serve.au four une chaleur suffisante pour élever la température du moule au même degré que celle du métal fondu , l'expérience est manquée.
Api;ès la fonte de la planche, on y découvre fréquemment quelques légères imperfections , car il arrive que l'œil de la lettre e , et d'autres semblables, est plein de la poussière qui s'y est glissée lorsque le moule a été ôté. Le fondeur prend alors la planche , et après l'avoir dégagée de tout le métal
* inutile , fait épreuve , indique les défauts et se dispose à faire les changemens nécessaires. S'il arrive que dans le cours de l'opération une lettre ou un mot soit gâté , l'ouvrier l'enlève et l'y remplace
STSUÉOTYI'IJS , POLYAMAT YP1E . l5l
par une autre lettre ou un autre mot en caractères -mobiles de la même force, auxquels on donne la hauteur convenable. Cette opération terminée , la planche peut être mise sous presse.
Tels sont les procédés employés actuellement pour la stéréotypie, et dont les résultats sont si exacts , que l'on peut reproduire sur des planches de cuivre d'autres planches aussi pures que la gravure elle-même. Ou peut reproduire de la même manière des gravures en bois et des ornemens de toute espèce.
. M. Auguste Applegath, imprimeur du comté de Surrey, demanda, en avril 1818, un brevet pour l'invention d'un procédé.propre à donner des planches stéréotypes, mais qu'il prétendait différer de ceux que nous venons de décrire. Les moyens employés par M. Applegath se rapprochent tellement du procédé suivi par M. Didot, qu'il devient superflu d'en donner ici la description. Il produit le moule et les planches au moyen de l'impression sur un métal près de se coaguler, comme le firent dans l'or igineles premiers inventeurs. L'instxument qu'il a imaginé pour opérer le clichage est construit sur le même principe, quoiqu'il en diffère un peu sous le rapport de la construction.
Cette machine est un appareil destiné à fondre les types d'imprimerie. La figure 1 5 de la Planche IV offre la coupe de la partie de l'appareil auquel sont attachés le moule et la matrice; la figuré 16 donne use vue horizontale du même ; les lettres de renvoi indiquent les mêmes parties dans lçs deux figures 1 a est une roue dont la circonférence, dans sa plus grande étendue, est garnie de dents destinées à lui
l5î CHAPITRE V.
communiquer un mouvement de rotation interrompu, ainsi qu'on le dira plus bas : cette rotie^ est fixée à l'essieu ou flèche b qui tourne dans les parties saillantes du châssis ; c est une plaque parallèle fixée à l'essieu qui fait une révolution sur lui-même; d est une plaque semblable et parallèle aussi, qui se meut en' avant efren arrière sur une petite étendue le long de l'axe, pour ouvrir et fermer le moule du type qui est placé entre ces plaques dans la partie supérieure; e est une bride ou pièce fourchue qui sert à maintenir la plaque glissante , et dont l'extrémité est introduite dans une mortaise pratiquée dans l'axe b qui suit un mouvement de rotation. A l'extrémité de cet axe est placée une pièce f qui reçoit l'extrémité de la liride ; à l'entour de cette pièce on roule un écrou saillant , sur lequel se visse un chapeau de "fer ou couverte jusqu'à l'essieu b pour retenir l 'écrou; et par le moyen de cet écrou , la pièce f, qui tient l'extrémité de la bride réunie à la plaque d, comprime cette plaque contre celle qui est fixe e , de manière à tenir le moule parfaitement serré*
L'ouverture ou Vouvreur, comme on l'appelle , au travers duquel coule le métal fluide dans le moule , se trouve au sommet des plaques parallèles c et d, et on voit dans la Figure 16 comment elles se serrent l'une contre l'autre , de manière à former un trou carré entre leurs surfaces. Au-dessous de cet ouvreur, ou autrement de cette gouttière, qui forme le col de la lettre , est le moule g composé de plusieurs pièces ajustées ensemble avec soin au moyen de vis , laissant une ouverture en forme de carré long, dans laquelle le métal fluide coule et forme
STBBBOTYPIE, ?OL YÀMAT YPIE. i53
le corps du type. La matrice ou dé, dans laquelle est taillé Vœil de la lettre, est placée au-dessous dans la barre h qui passe au travers d'une ouverture dans les plaques c et à. Cette barre est ajustée et liée a l'autre mécanisme, de telle sorte, qu'au moment où la fonte du type doit avoir lieu , la matrice se trouve comprimée et entre en contact parfait avec la partie inférieure du moule.
JLa barre h est montée sur pivots reposant sur des saillies dans le train i , ce qui permet de l'élever et de le baisser ; elle éprouve en dessus une pression qui lui fait maintenir la matrice en contact avec le moule, au moyen de la verge et une autre pression ise fait sentir en dessous, lorsque la matrice doit être tirée du moùle, au moyen d'un rouleau-frottoir /, agissant dans l'intérieur de la partie fixe m (lors de la rotation de la flèche des autres parties de l'appareil ). La position de la barre de la matrice exige sous tous les rapports un ajustement parfait, et on parvient à ce résultat par le moyen de petites vis agissant contre le train de la barre , comme on peut le voir dans les Figures.
Supposons qu'un type ait été fondu dans le moule (on décrira le procédé de la fonte, lorsqu'on aura terminé la description de la construction et de l'opération de cette partie de l'appareil) , il faudra ôter le type ainsi fondu du moule; opération qui s'exécute par les moyens suivans :
U n petit rouleau frotteur n est attaché à un bras qui s'étend de la pièce /, et lorsque la flèche h tourne sur elle-même, le rouleau dont nous venons de parler agit contre un plan incliné o , fixé à l'extrémité de la pièce principale de la machine; on
1 54 CUAFITKB V.
peut s'apercevoir par là que lorsque ce rouleau n atteint la partie élevée du plan incliné o , la pièce J est ramenée en arrière , et en même temps la bride e ; et par suite la plaque glissante d, qui est attachée à cette dernière, quittera la plaque fixe c , ce qui ouvrira le moule. Comme il est convenable qne le moule s'ouvre dans une direction diagonale , deux plans inclinés , liés l'un à l'autre par une courroie y sont placés sur la partie de dessous des plaques c et d; en sorte que lorsque la plaque d quitte la plaque e, elle se meut nécessairement dans une direction diagonale. Il arrive fréquemment que le type s'attache au moule , et il faut, employer dé la force pour le détacher; on y parvient au moyen d'un petit crochet. Dans l'appareil dont nous parlons , lorsque les plaques sont ouvertes , comme nous l'avons dit ci-dessus , de petites verges saillantes p p détachent le type du moule , d'où il tombe au-dessous dans un vase destiné à le recevoir.
La Figure 1 7 de la même Planche ofl're une vue de face d'un fourneau mobile dans lequel- on fait fondre le métal ; à ce fourneau sont adaptées deux des machines décrites ci-dessus , disposées de la manière dont on s'en sert.
La Figure 18 est une vue de côté du même fourneau ; les lettres de renvoi qui s'y trouvent se rapportent aux deux figures, ainsi qu'à la partie de l'appareil dont nous avons donné ci-dessus la description*. Le fourneau et la cuiller q sont repré 7 sentes par des lignes ponctuées dans leur situation sur le four en briques. Ce dernier , et les autres parties de la machine , sont montés sur un châssis en fer avec des goussets rr sur lesquels reposent
STÊRBOTTPIE, I>OL YAMATYPIE. l55
les moules à caractère et leur attirail ; s est une roue mise en mouvement par une manivelle , sur l'axe de laquelle est l'appareil qui fait agir les flèches tu Les moules se trouvant placés dans une position horizontale , comme on le voit en ce des Figures 17 et 18 , ont leurs ouvertures ou gouttières à l'opposé des saillies un du pot , et au moment où les flèches 1 1 éprouvent leur mouvement de rotation sur elles-mêmes, les lappets vv, placés sur ces flèches, frappent les leviers ww, et ceux-ci comprimant les plongeurs 11, forcent le métal en fusion de sortir de la cuiller, de passer, par les saillies u u , dans les gouttières * du moule. C'est par ce moyen que les types sont fondus. La rotation subséquente des flèches 1 1 force les autres tappets yy 9 attachés aux roués sur ces flèches, de frapper contre lés essuyoirs z z des roues a a ; et par suite de faire tourner les flèches bb,et avec eux les moules et autres attirails de la machine décrits dans les Figures 1 5 et 16. Le segment denté sur les flèches t t entre dans le segment denté des roues a a , et continue le mouvement de rotation des flèches kb aussi loin qu'il est nécessaire pour l'exécution des diverses évolutions du mécanisme détaillé et démontré dans les Figures 1 5 et 16.
Lorsque les moules reprennent leur position horizontale , on recommence à injecter le métal , et un autre type est fondu dans chacun des moules , de telle sorte , qu'à chaque rotation des flèches t et b un nouveau type est formé dans chaque moule, et est rejeté par les moyens, indiqués plus haut ; puis la main dç l'ouvrier s'en empare et lui donne l'apprêt.
l56 CHAPITRE V.
Il nous reste à parler de la Polyamatypie , mot qui exprime l'art de fondre une certaine quantité de lettres à la fois. M. H* Didot, graveur distingué , inventa d'abord un moule à refouloir qui fondait une à une, comme l'ancien moule, les lettres de deux-points et les grosses de fonte, sans employer la ponce ni le clichage , mais qui ne pouvait s'appliquer à la fonte des petits caractères. Les lettres fondues de cette manière offraient toute la vivacité du poinçon. Le problème à résoudre était de multiplier les produits sans nuire à leur perfection. Après dix ans de recherches , ses travaux furent couronnés* d'un succès complet. Depuis ce temps , la connaissance de ce procédé s'étant de plus en plus répandue, la fonderie polyamatype n'a cessé de prendre de nouveaux développemens. Ce procédé permet de fondre avec la matière la plus dure; et les fontes qu'il produit, en donnant une durée double de la matière employée ordinairement a la fonte des caractères , ne subissent d'autre augmentation dans les prix que celle qu'éprouve la matière première. Nous pourrions citer un grand nombre d'ouvrages imprimés avec les caractères de cette fonderie, et dignes de figurer à juste titre parmi les produits les plus remarquables de la typographie française.